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Souvenirs anecdotiques sur Mademoiselle Mars

De
29 pages

C’est le 2 septembre 1840 que je vis pour la première fois Mlle Mars. Elle revenait de Vichy, où elle allait chaque année pour essayer, disait-elle, de détourner une maladie de foie dont son médecin, le docteur P..., la menaçait déjà depuis quelque temps. Elle venait se reposer de ses fatigues chez une bonne et excellente amie qui demeurait d’habitude avec elle, et qui, par besoin de repos, était venue habiter à Chantilly un appartement délicieusement situé en vue de la grande pelouse.

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Elisa Aclocque
Souvenirs anecdotiques sur Mademoiselle Mars
AU LECTEUR
lle Je ne prétends point ici tracer l’histoire dramatiq ue de M Mars, de cette inimitable actrice qui fit pendant tant d’années la gloire, la fortune de la Comédie-Française ; de cette femme pour laquelle Marivaux et Molière duren t retrouver un dernier soupir du fond de leurs demeures sombres et froides. Non, cer tes : pour l’histoire d’une telle femme il faut une autre plume que la mienne, il fau t une une plume de diamant pour insérer ses brillantes conquêtes sur le livre d’or de la renommée. Ce que je veux vous raconter, c’est l’impression, ce sont les souvenirs qui se sont échappés de ses lèvres pendant les trop courts moments que j’ai passés prè s d’elle, et que j’ai recueillis sur le papier pour qu’ils ne sortent point de ma mémoire ; heureuse aujourd’hui de retrouver quelques unes de ses pensées, bien certaine qu’elle s intéresseront chaque lecteur, ses amis passés, ses amis présents, amis à jamais d e sa gloire immortelle !
C’est le 2 septembre 1840 que je vis pour la premiè re fois Mlle Mars. Elle revenait de Vichy, où elle allait chaque année pour essayer, disait-elle, de détourner une maladie de foie dont son médecin, le docteur P..., la menaçait déjà depuis quelque temps. Elle venait se reposer de ses fatigues chez une bonne et excellente amie qui demeurait d’habitude avec elle, et qui, par besoin de repos, était venue habiter à Chantilly un appartement délicieusement situé en vu e de la grande pelouse. Ce fut me donc chez M J... que je fis connaissance de cette merveilleuse actrice, merveille de naturel, de finesse et de tact parfaits. Je vous di rai naïvement mon impression lle première, bien qu’elle doive vous étonner. Je l’ai présente comme si je la voyais : M Mars portait une robe de mousseline bleu France, à bouquets blancs, chapeau paille orné d’un voile bleu, ombrelle bleue, écharpe en ta ffetas noir, une mise très simple qu’elle a toujours adoptée, du reste, à la ville ; bonne tournure, point trop dégagée ; beaux yeux, joli regard. Eh bien ! c’est à ne pas c roire, mais son aspect ne me fut pas agréable, surtout il me fallut beaucoup de temps po ur me faire àsa voix. J’insiste dessus, parce que sa voix mélodieuse, dont j’avais tant et tant entendu parler, sa voix mélodieuse sur laquelle j’avais ouï tout le monde s ’extasier, cette voix me sembla forte, durement accentuée, et le premier motqu’elle dit en nous saluant et se débarrassant à la hâte de sa toilette de promenade :Mon Dieu ! quel vent il fait à Chantilly !rs, je vous l’assure.cette phrase fut pour moi très peu harmonieuse alo Je changeai d’avis plus tard quand je la vis jouer, et je vous en parlerai plus longuement. Nous dînâmes donc avec elle. Je commenç ai à me sentir parfaitement à lle l’aisé, car M Mars a l’esprit charmant de se mettre à la portée de tous et de toutes, et il fut convenu que nous arpenterions la forêt da ns ses allées les plus lointaines, dans ses labyrinthes les plus inconnus. Marcheuse i nfatigable, parfois elle s’arrêtait pour me dire en riant : « Ma petite, quand vous en aurez assez, nous remonterons en voiture. » Moi, qui aime les bois, et que sa conver sation étonnait et charmait, je répondais : « Quand je ne pourrai plus, je vous le dirai ; » et nous marchions, marchions en manière de juif errant, jusqu’à ce que le soleil se refusa à nous éclairer toutes. La glace se fondit peu à peu ; son esprit r eprit son allure, son essor ; je parus lui plaire. A ce sujet elle m’avoua et me dit plus tard : « Je suis bonne personne, puisque j’ai su consentir à montrermon nez vis-à-vis d’autres femmes inconnues et plus jeunes que moi. En vous voyant tout d’abord, m e dit-elle long-temps après, mon premier mouvement fut de vous tourner le dos ; puis je mis l’amour-propre dans mon havre-sac, et je fis l’aimable, la charmante : n’es t-ce pas vrai ? »