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Supplément au Voyage de Bougainville - D. Diderot

De
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SOMMAIRE
1 - REPÈRES. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .7 1 - LESUPPLÉMENTET SES MODÈLES. . . . . . . . .7 Une œuvre seconde. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .7 Littérature de voyage en Occident. . . . . . . . . . . . .8 L’imaginaire vrai – « romance ». . . . . . . . . . . . . .10 Le voyage de Bougainville. . . . . . . . . . . . . . . . . . .12 Pour faire mentir Bougainville, leSupplément. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .14 2 - VOYAGES AU PAYS DE NATURE. . . . . . . . . . .15 Considérations sur…. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .15 Exit Descartes : évolution de l’idée de nature. .18 Nature et société : l’osmose. . . . . . . . . . . . . . . . . .19 3 - LE MONDE DE DIDEROT. . . . . . . . . . . . . . . . .27 Le siècle de Louis XV. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .27 Diderot et son œuvre dans un courant de pensée. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .29 Repères. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .34
2 - TEXTE. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .35
3 - ÉTUDE DU TEXTE. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .93 1 - VUE D’ENSEMBLE. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .93 De la contradiction à la stratégie critique. . . . .93 Qu’est-ce qu’un « supplément » au voyage ?. .94 Le texte : sa vie, sa forme. . . . . . . . . . . . . . . . . . . .96 2 - RÉSUMÉ COMMENTÉ. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .99 Chapitre I : un jour de pluie…. . . . . . . . . . . . . . .99 Chapitre II : la harangue du vieux tahitien. . .100 Chapitre III : la société tahitienne. . . . . . . . . . .101 Chapitre IV : retour de A et B. . . . . . . . . . . . . .105 3 - PERSONNAGES, GENRES ET REGISTRES106 Personnages. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .106 Genres. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .108
Les registres. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .110 Un texte à l’épreuve de lui-même. . . . . . . . . . . .113
4 - PERSPECTIVES. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .115
1 - PAYS DE NATURE. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .115 Comparaison et réflexion. . . . . . . . . . . . . . . . . . .115 La société tahitienne. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .116 La notion d’intérêt. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .120 Nature positive. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .124
2 - MONDE CIVILISÉ. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .128 Les préjugés contre la nature…. . . . . . . . . . . . . .128 Critique et autocritique. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .134 Utopie ? aporie ?. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .137 Un essai ?. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .139
5 - ÉCHOS ET CORRESPONDANCES. . . . . . . . . . . . .143 1 - LA FORTUNE LITTÉRAIRE DUSUPPLÉMENT. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .143 Intertextualité. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .143 Politique et poésie. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .145 Jeux sur le langage. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .146 2 - DIALOGUE DUSUPPLÉMENT AVEC D’AUTRES FORMES D’EXPRESSION MODERNES. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .148 Point de vue géographique. . . . . . . . . . . . . . . . .149 Réflexion d’ethnologue. . . . . . . . . . . . . . . . . . . .150 Interprétation freudienne. . . . . . . . . . . . . . . . . . .152 Approche socio-politique. . . . . . . . . . . . . . . . . . .153
6 - ANNEXES. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .155
1 - BIBLIOGRAPHIE. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .155 2 - LEXIQUE. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .157
6LESMOTS
1
REPÈRES
1- LESUPPLÉMENTET SES MODÈLES Une œuvre seconde Pour présenter leSupplément au Voyage de Bougainville, il faut d’abord considérer l’œuvre de Diderot par rapport à son modèle. C’est une œuvre « seconde », ce qui n’implique aucun jugement de qua-lité. Elle se fonde sur une œuvre antérieure qui est un récit :Voyage de Bougainville autour du monde. Ce récit était authentique, et de la main du navigateur qui avait obtenu du roi Louis XV une mission de reconnaissance et d’exploration dans le Pacifique, dont l’itinéraire figure sur la carte en page 16. De 1766 à 1769 – le délai est court – il a traversé l’Atlantique, cherché des repères dans le Pacifique mal connu, et tracé sa route de retour vers l’Europe en relâchant, au large de l’Afrique, dans l’Île de France (actuellement Île Maurice).
Malgré les dangers que représente une telle expédi-tion, celle-ci n’a rien d’extraordinaire, et n’a rapporté à la France qu’une fleur : la bougainvillée… Ce qui nous intéresse tient sans doute à la personnalité de l’explora-teur plus qu’à ses découvertes. Il était un homme des
REPÈRES7
Lumières, esprit curieux et sceptique, comme beau-coup. Mais s’il est un rêve qui demeure au cœur du e XVIIIsiècle, c’est celui de Nature. Bougainville, fugiti-vement peut-être, a cru la voir à Tahiti en son état de perfection. Son journal, puis son récit, témoignent de l’émerveillement qu’il en eut.
C’était plus qu’il n’en fallait pour attirer l’attention de Diderot qui est, avec Rousseau, celui des « philo-sophes » qui s’est le plus vivement intéressé à définir la Nature et à en rechercher la pureté. Les idées ambiantes opposaient à la Nature intacte (si elle existe quelque part), la société qui la modèle, et peut-être la pervertit. Tout leSupplément au Voyage de Bougainville est consacré à ce débat, où Nature et Société apparais-sent parfois, par la bouche de ceux qui les représentent, comme deux allégories dont les voix se font entendre.
Littérature de voyage en Occident Forme littéraire du voyage En Occident, les premiers chefs-d’œuvre racontent des voyages, ce qui marque fondamentalement le lien qui unit le voyage et la littérature. Et ce lien existe aussi d’une œuvre à l’autre, de l’Odysséeà l’Énéide, du roman courtois à Rabelais – la quête des chevaliers médiévaux inspirant les découvertes de Pantagruel. La fiction moule son rythme et sa structure sur le récit de voyage. Car un tel récit est dynamique par lui-même ; et puis le voyage nourrit un imaginaire suscep-tible de devenir fiction : alors s’ajoute à la trame du récit une interprétation qui l’arrache à la réalité.
Nul ne demande à Homère de prouver l’existence des sirènes ; nul ne s’étonne que Rabelais fasse pleuvoir sur le pont du bateau une averse de glaçons qui sont
8SUPPLÉMENT AUVOYAGE DEBOUGAINVILLE
des paroles gelées et dont le bruit éclate, lorsqu’ils fon-dent… Pourquoi ? C’est que nous admettons des sym-boles : les Sirènes sont peut-être la tentation de savoir, les paroles gelées manifestent la pensée jaillissante.
Il est clair que nous ne demandons pas une exacte représentation (mimésis) de la réalité. La littérature transforme : le retour de la guerre de Troie, événement historique probable, est devenu le récit (diégésis) du retour, c’est-à-dire une fiction : l’Odyssée.
La littérature initiatique
Inversement, la fiction emprunte ses formes à la réa-lité. C’est pourquoi les Grecs ont longtemps appris par cœur l’Odyssée, considérée comme un livre d’enseigne-e ment. Ce texte duVIIIsiècle av. J.-C. était pour eux le fondement de l’instruction, tant religieuse que géographique. Les Grecs en connaissaient pourtant le caractère fabuleux ; mais ils se plaçaient dans la perspective d’une littérature d’initiation où réalité et fiction ne se contre-disent pas, puisquela fiction est significative.
Aussi, parler de « grandes découvertes » (expression consacrée) peut s’interpréter dans un sens littéraire ou philosophique bien plus que géographique. Et ce sens-là, nous le disions, présente d’œuvre en œuvre une continuité : huit cents ans après le poète grec, le poète latin puise à sa source, fabrique, avec Énée, le semblable d’Ulysse, le soumet à des épreuves comparables sur terre et sur mer. Parlons moins d’imitation que d’une recherche commune de valeurs fondatrices : l’intelli-gence et le courage qui justifient la fierté d’un peuple.
Telle est la vérité de la fiction.
REPÈRES9