Sur les ailes du temps

Sur les ailes du temps

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Livres
102 pages

Description

Pilote de guerre

L’homme, regardant les oiseaux,

Voulut annihiler de la Terre l’attraction.

Il inventa des machines qui bientôt,

Devinrent pour la guerre des armes de destruction.

Les combats aériens mettent aux prises des hommes,

Dont la vie ne tient qu’à un fil.

Échapper au danger, c’est posséder en somme,

Une chance qui sourit sans faire la difficile.

Raconter ces instants traumatisants,

Ne va évidemment pas de soi,

Même comme conte à un petit-fils.

Cela peut apporter un baume calmant,

Sur des nuits aux rêves pleins d’émois,

Et apporter à un enfant, pour sa vie, un bénéfice.

Claude Dupouy est l’auteur de poèmes et de deux ouvrages, parus aux éditions Baudelaire : Les hirondelles dans la tempête, un roman, et De l’Algérie à l’Égypte, une autobiographie.


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Informations

Publié par
Date de parution 13 mars 2013
Nombre de lectures 6
EAN13 9791020324825
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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SUR LES AILES DU TEMPS
SUR LES AILES DU TEMPS
Les hirondelles dans la tempête, 2 011 Éditions Baudelaire
De l'Algérie à l'Égypte, 2 012 Éditions Baudelaire
DU MÊME AUTEUR
© Éditions Baudelaire, 2013
Envois de manuscrits : Éditions Baudelaire – 11, cours Vitton – 69452 Lyon Cedex 06
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PROLOGUE
Pierre s’est installé sur un coussin dans le salon, aux pieds de son grand-père, comme il le fait chaque soir après le dîner depuis qu’il est en vacances chez les parents de sa mère, en cet été breton qui fait alterner bruine et soleil radieux. Il va sur ses onze ans et entrera en sixième à la rentrée prochaine au collège Fromentin de La Rochelle. Ses parents travaillent dans la restauration à Saint-Martin-de-Ré, et sont occupés tout l’été à satisfaire les envies gastronomiques des touristes qui ont choisi la côte atlantique pour passer des vacances sur les belles plages des îles de Ré et d’Oléron, en priant le dieu Râ des Égyptiens antiques de leur offrir ses rayons chaleureux, au moins pendant leur séjour en Charente-Maritime. Sa grand-mère vient de servir le tilleul qui facilite l’endormissement après une journée à se promener à bicyclette sur les sentiers qui longent la côte escarpée de Saint-Brieuc. Peu de temps après son arrivée, il avait mis ses pas dans ceux de cet homme de quatre-vingts ans au regard si doux, d’un bleu de velours, qui le regardait comme s’il était un personnage important. Il faut dire, qu’enfant unique, il était considéré par ses grands-parents maternels comme une perle rare, offerte en cadeau par leur fille unique pour compenser son absence. Il apprenait bien à l’école, grandissait si bien en responsabilité que ses parents le voyaient embrasser une grande carrière dans la magistrature ou la médecine. Lui se voyait plutôt grand reporter pour les voyages dans le monde entier, ou chercheur pour découvrir une parcelle des secrets de la planète Terre. Il ne lui déplairait pas non plus de pouvoir voyager vers des planètes inconnues. Tous ces désirs occupaient pour l’instant une zone de son cerveau où son imaginaire alimentait ses rêves d’enfant. Dans le regard de son grand-père, il avait découvert un passé énigmatique, et il avait décidé de tout tenter pour obtenir des éclaircissements significatifs. Dans leurs promenades par beau temps, sur le sentier des douaniers, le vieux monsieur montrait à son petit-fils les merveilles de la baie si réputée dans le monde entier. Pierre n’avait d’yeux que pour cette faune aquatique qui emplissait l’azur de paires d’ailes, voyageant sur fond de ciel changeant, lieu de mystères au-delà de la planète Terre, vers un cosmos si grand que l’on pouvait s’y perdre avec délice. Il avait remarqué comme les yeux de son grand-père suivaient avec une attention toute particulière l’évolution gracieuse des mouettes, cormorans, canards, oies et autres goélands, provoquant sur son visage vieilli, aux rides nobles, un sourire de grand bonheur, surtout pendant la chute vertigineuse des mouettes vers la surface à peine troublée de l’océan, pour attraper un poisson et s’envoler aussitôt, le bec chargé d’un éclair argenté encore frétillant. Cet intérêt pour l’évolution en arabesques surprenantes et variées des oiseaux avait fortement impressionné Pierre qui se questionnait sur cette sensibilité particulière de son grand-père pour ce manège aérien donnant à la nature la possibilité de le surprendre encore malgré son âge avancé. Il ne put s’empêcher de s’exclamer : — Comme c’est beau, grand-père, ces vols d’oiseaux dans le ciel, au-dessus de la mer pleine de reflets ! — Si c’est beau, mon petit, mais il n’y a rien de plus magique en ce bas monde ! — Je suis surpris qu’à ton âge tu sois encore étonné par ce que tu vois depuis si longtemps, à chaque fois que tu viens te promener sur ce sentier. — Il faut te dire, mon petit, que ce que j’aperçois, c’est ce que j’ai vécu pendant la dernière guerre en Angleterre, en France et au-dessus de l’Allemagne. Je ne vois pas des oiseaux, mais des avions de chasse en pleine bataille dans le ciel. Chaque jour que Dieu fait me ramène à ces instants si intenses, si violents, si pleins d’imprévus, mais si gonflés de vie que l’on pouvait perdre en l’espace d’un éclair. Je bénis le Seigneur de l’univers de me permettre de revivre cette intensité de l’existence à travers l’évolution des oiseaux marins de la baie de Saint-Brieuc. Et c’est ainsi que chaque soir, Pierre s’installe aux pieds de son grand-père, dans le salon, pour écouter le récit d’une aventure particulièrement riche, que seule une époque comme la guerre peut engendrer. C’est la possibilité de la perdre qui peut donner à la vie cette intensité de chaque seconde que recherchent les hommes de la planète Terre. Encore faut-il pouvoir supporter dans sa tête la tension que cela provoque. Le grand-père de Pierre, non seulement a tenu les chocs répétés de la violence extrême, mais il a montré une détermination indéfectible, une adresse d’artiste accompli dans une conscience précise de chaque instant et surtout, a bénéficié d’une chance incroyable. Que peut éprouver un homme qui a traversé un mur de guêpes d’acier aux dards acérés dont le venin est mortel et en est ressorti vivant ? Quelle peut être sa vie de chaque jour, l’esprit peuplé du souvenir de ces tranches du temps où la bourrasque a laissé peu de place au ciel d’azur éclairé par un soleil serein après des visions d’explosions toutes plus écarlates et noires les unes que les autres ? Par la présence de Pierre, il a l’occasion de mettre
des mots sur ses impressions, ses visions apocalyptiques qui le réveillent la nuit depuis un demi-siècle, et ce besoin obsessionnel d’aller regarder dans la baie le ballet incessant des oiseaux de mer sur un ciel radieux et serein que la tempête vient perturber par intervalles réguliers donnant à la nature un visage renfrogné et frondeur. Peut-être y trouvera-t-il peu à peu un apaisement qu’il recherche depuis si longtemps : — Vois-tu mon petit, l’aviation s’est développée pendant mon adolescence pour atteindre une grande puissance guerrière à partir de 1939. Elle n’a pas cessé d’évoluer jusqu’à la fusée meurtrière de 1945 avec lesV1et lesV2. J’ai baigné dans ce progrès, vibrant aux exploits de Lindbergh et de Mermoz par des traversées d’océans pour le bien de l’humanité en faisant communiquer l’Europe, l’Afrique et l’Amérique. Je me suis plongé dans les livres de Saint-Exupéry :Vol de nuit, 1931 etTerre des hommes, 1939. Très tôt, j’ai voulu ressembler à mes héros. Le bac dans ma poche, je m’apprêtais à m’engager dans l’armée de l’air quand la France, à la suite de l’Angleterre, a déclaré la guerre à Hitler qui entraînait son pays dans l’occupation armée des pays de l’Est voisins de l’Allemagne. J’ai hésité pour me décider, de voir comment évolueraient les événements. Quand la Wehrmacht a envahi le nord de la France et que Pétain a demandé l’armistice, j’ai regardé du côté de l’Angleterre où le général de Gaulle prenait la direction de la France libre, invitant les Français refusant l’Occupation, à le rejoindre. Il me restait à trouver un moyen pour m’y rendre. Mes parents ont essayé de me dissuader de me lancer dans cette aventure. Moi, je ne pouvais accepter l’Occupation de la France par l’armée allemande ; j’avais entendu vociférer Hitler à la radio et ne croyais pas que cette mainmise sur mon pays puisse se passer dans la douceur.
LA TRAVERSÉE
Toute mon adolescence je me suis intéressé au métier de pêcheur en mer. Je connaissais les marins du port et j’avais même, les derniers temps, travaillé à bord de certains chalutiers comme mousse pour me faire de l’argent de poche pendant les vacances. Je discutais avec les uns et les autres de la situation de la France. Je communiquais à chacun mon désir de rejoindre l’Angleterre. Je désespérais de voir la Bretagne bientôt envahie par les nazis. J’appris qu’un capitaine voulait profiter d’une campagne de pêche pour relâcher à Plymouth afin d’acheter du matériel pour son bateau. J’allai le voir pour lui demander de m’emmener. Il accepta à condition de payer mon voyage en travaillant comme mousse. J’acceptai et il me donna rendez-vous pour le lendemain à la marée, tôt le matin. Le temps de préparer un sac de vêtements et d’objets indispensables, de dire au revoir à mes parents, j’étais prêt à partir. Ma mère pleurait, mon père me donna des conseils et un peu d’argent. J’étais triste de faire de la peine à celle qui m’avait choyé depuis ma petite enfance, mais mon envie de me battre pour la France était plus forte que tout. Je leur promis de donner signe de vie si je pouvais par un message à la BBC : « la violette embaume le bois ! ». À dix-huit ans on veut sauver le monde. Il fallait que je fasse quelque chose de bien de ma vie qui s’annonçait. L’occasion m’était offerte par la défaite du pays qui m’avait vu naître. L’occupant devait être chassé hors de la terre qu’il usurpait. Je me rendis sur le port pour embarquer sur laMarie-Jeanne, car tel était le nom du chalutier, à l’heure très matinale de nuit que m’avait indiquée la veille le capitaine Corbineau. Je montai à bord, salué chaleureusement par les marins dont je connaissais certains pour avoir travaillé avec eux pendant les vacances scolaires. Leboscome montra ma couchette sur laquelle je déposai mon sac. Il me donna un vêtement de pluie avec capuche, des bottes et je montai sur le pont pour la manœuvre de sortie du port. J’allai décrocher les amarres et nous sortîmes du bassin, doublant le phare de la passe qui s’éclairait par espaces réguliers. En gagnant la haute mer, le vent se mit à souffler plus fort de l’ouest et les vagues, en se creusant, imprimèrent au bateau un balancement de plus en plus marqué. Je regardai la côte encore endormie s’éloigner, toute cette ligne de lumières dans le petit matin brumeux que le soleil, tout à l’heure, allait déshabiller en longs lambeaux vaporeux. À l’est, tout à coup, des phares longèrent la côte en direction du port que nous quittions : « Voilà lesChleuhsqui débarquent ! » me souffla mon voisin qui observait la terre où il laissait pour un temps sa famille. Moi, je pensais à mes parents, ne sachant si je les reverrai un jour. J’avais le cœur gros qui cognait fortement dans ma poitrine : « Qu’allons-nous trouver au retour ? s’interrogea à haute voix celui qui se trouvait de l’autre côté de moi. Tu as raison de rejoindre de Gaulle, toi qui n’es pas chargé de famille. » Il me dit qu’il l’avait entendu à la BBC le 18 juin, en rentrant d’une campagne de pêche, à la radio du bord branchée sur l’Angleterre pour avoir des nouvelles de la guerre. — Dis grand-père, tu as eu de la chance de partir juste avant que la Bretagne soit occupée par l’armée allemande. Après, il aurait fallu trouver une filière clandestine beaucoup plus risquée, comme nous a raconté notre maître en parlant de la Seconde Guerre mondiale. — Tu peux le dire, mon petit, d’autant que notre voyage en mer ne fut pas de tout repos. Dès le lever du jour, nous vîmes passer dans le ciel des avions d’observation allemands. Le capitaine décida alors de virer de bord vers l’ouest pour s’écarter du danger. Quelques chasseurs ennemis passèrent en trombe dont l’un lâcha une bombe qui explosa assez loin pour ne pas nous toucher. Voulait-il nous obliger à regagner la côte bretonne ? Le capitaine décida alors de rallier la Cornouailles au plus vite vers le nord pour se mettre à l’abri. Nous n’eûmes pas assez d’yeux pour observer le ciel pendant toute la durée du jour. L’angoisse sur le bateau était palpable. À la tombée de la nuit, qui tardait trop à notre goût, nous pûmes respirer, confiant à son voile noir la possibilité ne pas être repérés. Nous reprîmes la direction de Plymouth où le capitaine avait un rendez-vous pour son achat de matériel. Il comptait y rester plusieurs jours, le temps que les Allemands se calment. Il repartirait alors en pêchant vers son port d’attache. Si une vedette rapide ennemie l’abordait, il devrait prouver qu’il était en campagne de pêche. Je n’étais pas mécontent de cette situation qui m’amenait plus vite en Angleterre.
EN ANGLETERRE
Je débarquai au petit matin dans un port anglais en pleine effervescence. LaHome Guardsillonnait le port pour installer des parapets de sacs de sable et des canons de DCA (défense contre avions) en prévision d’une attaque aérienne allemande. Je souhaitai aux marins pêcheurs et à leur capitaine de regagner sans encombre la Bretagne. Ils me souhaitèrent bonne chance avec beaucoup de chaleur. Je lus dans les yeux de certains une petite lueur d’envie. Je débarquai en leur faisant moult signes de la main et me dirigeai vers un poste de police, renseigné par unHome...