156 pages
Français

Chef de département à l'université de Ngaoundéré

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Description

Y a-t-il un mode d'emploi, une recette miracle pour être un bon chef de département ? C'est la question posée dans cet essai, où un enseignant du supérieur, pendant ses 752 jours de mandat à la faculté des arts, lettres et sciences humaines de l'université de Ngaoundéré, dit ce qu'il pense des conditions dans lesquelles il a exercé son métier.

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Date de parution 01 mars 2012
Nombre de lectures 162
EAN13 9782296484382
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

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Chef de département à l’université de Ngaoundéré
Jean-Marcel MEKA d’OBAM
Chef de département à l’université de Ngaoundéré Témoignage
Du même auteur Aux Editions C.L.E. (Yaoundé) Genèse et Gestion d’une Décadence chez Achebe et Marquez, essai, 2007. Aux Editions L’Harmattan (Paris) Le Jeu du Songo. Reflet du social, essai, 2008. La Structure symbolique dansambiguë L’Aventure  etLe Monde s’effondre, essai de critique discursive, 2008. Aux Editions Le Manuscrit (Paris) La Deuxième mi-temps, roman, 2007. Le Nègre du Quai Jacoutot, roman, 2007. Un Mariage mort-né, roman, 2007. Un Sauvage à Strasbourg, roman, 2007. Un Métier difficile, roman, 2007. Un Plaisant Ghetto, roman, 2008. Sandélé, le jeune homme nu, roman, 2008.© L’Harmattan, 2012 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-96451-8 EAN : 9782296964518
A mon très cher frère et ami Pr DOUBLA Avaly, arraché tragiquement à la vie le 10 janvier 2009. Aux Professeurs ANGO MENGUE Samson, DASSI Etienne, HAMADOU Adama, et NOLA Bienvenu, toute ma reconnaissance. A tous mes collègues du Département de français. A tous mes étudiants des Universités de Yaoundé I et de Ngaoundéré, mon meilleur souvenir. A tous mes fidèles et incorrigibles détracteurs.
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Je ne peux pas chiffrer avec exactitude le nombre de canailles qui avaient applaudi et s’étaient réjouies de mon départ, suite à la nomination, le 6 décembre 2007, du Dr Zouyane Gilbert, à la tête du Département de français.
Cette décision de la haute hiérarchie ne m’avait pas du tout surpris, car je m’y étais bien préparé. Et j’étais content de pouvoir enfin me libérer des servitudes liées à ma fonction, deux ans après ma première prise de service comme chef de cette cellule technique académique avec, pour seul regret, la perte, le 19 octobre 2007, du très regretté collègue Mbog Bitanga Robert, enseignant de littérature française.
Vingt-quatre heures avant la publication de l’arrêté ministériel de nomination, je me souviens d’être arrivé à mon bureau à sept heures du matin, plus tôt que d’habitude, à l’effet de signer au plus vite les centaines d’attestations de réussite et les relevés de notes que j’avais sur la table. Un travail qui s’était accumulé en raison de mon absence d’une semaine à Yaoundé, où je devais faire partie d’un jury de soutenance à la Faculté des Arts, Lettres et Sciences Humaines, Département de Littérature Négro Africaine, de l’Université de Yaoundé I.
Pendant mon séjour, j’avais eu la chance d’être reçu par le locataire du ministère de l’Enseignement supérieur à qui j’avais fait part de mon départ prochain. Je me souviens encore d’avoir avancé un seul nom à proposer à monsieur le ministre, celui de mon actuel remplaçant.
Rentré de Yaoundé mardi, 4 décembre 2007 autour de quatorze heures, j’avais jugé inutile de me rendre à la faculté où m’attendait, j’en étais conscient, un boulot énorme. Et mon vibrant souhait était que le texte de nomination ne fût pas rendu public avant que j’eusse mis les choses en ordre. Aussi avais-je travaillé d’arrache-pied toute la journée de
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mercredi, demandant à mon collègue Paré Daouda d’aller me représenter à une réunion que devait présider monsieur le doyen, dès douze heures. Et ce n’est que bien tard, vers dix-huit heures trente, que je regagnai mon domicile sis au Champ de Prière, et fier d’avoir relevé l’exploit de traiter tous les dossiers en instance. Le lendemain donc, 6 décembre 2007, j’avais eu un entretien de près d’une heure avec mon collègue Zouyane, entré à l’improviste dans mon bureau. Nous avions évoqué des sujets divers se rapportant surtout à la mise en place prochaine duSystème LMD, du manque criard d’enseignants dans la section langue française et linguistique, lorsque, sans la moindre transition, je lui demandai s’il serait à la hauteur au cas où on lui confiait la responsabilité de la conduite des affaires du département. Il resta interdit. Je reformulai ma question en français courant pour savoir s’il pouvait accepter cette charge, mais je n’eus pas de réponse précise, car il ne comprenait toujours pas pourquoi je le soumettais à cet interrogatoire, loin qu’il était de s’imaginer que le choix du nouveau chef de département pût se porter sur sa modeste personne, parce que habitué, depuis son recrutement, à ne pas trop se dépenser, malgré son physique imposant de cent kilogrammes environ à la bascule. Véritable moteur Diesel ! Après deux ans faits de partage, de sollicitations diverses et parfois de querelles futiles, je connaissais pour ainsi dire par cœur tous mes collègues du département. Du paresseux au plus zélé, de l’opportuniste au délateur, de l’indifférent à l’absentéiste, tout y était. Je savais qui faisait quoi, qui pouvait faire quoi, eu égard aux prestations des uns et des autres. D’une manière générale, les enseignants du département avaient, certes, des aptitudes, mais il fallait en quelque sorte lesbooster, les pousser à l’action, le département ayant fonctionné jusque-là, non en collégialité, mais plutôt comme si c’était l’affaire d’un seul et même individu. Les blocages n’étaient pas ici naturels, mais savamment provoqués et entretenus par un autocrate. Il me fallait donc 8
user de beaucoup de tact et d’audace pour rompre avec ces pratiques d’un autre temps, briser à jamais ce qu’il convenait d’appeler leCode Ndinda, parce qu’aucun épanouissement intellectuel n’était possible avec sa façon de gérer le département. J’étais prêt à courir ce risque et à en assumer les conséquences. J’avais procédé par élimination directe. C’est ainsi qu’étaient exclus d’office de la compétition pour profils non conformes les trois Assistants sans thèse, à savoir M. Amadou Farikou, Mme Teyabbe Marceline et M. Wounfa Jean-Marie auxquels s’ajoutait M. Dili Palai Clément, en mission de recherche en France. Normalement, mon choix aurait dû se porter sur Ndinda Joseph, maître de conférences depuis mai 2007, n’eût été son passé ombrageux comme ancien chef de département et surtout à cause de ce que je considérais comme non respect de l’éthique universitaire. Mon cher Messasse Jean Cher, tellement investi dans la bonne marche de son Eglise, était écarté lui aussi. Exclus également étaient Mme Metangmo-Tatou Léonie et M. Paré Daouda, candidats respectivement àl’Habilitation à Diriger des Recherches et auPhD, en plus de leurs responsabilités administratives comme chefs de service. Et c’est finalement sur Zouyane Gilbert, faute de mieux, que mon choix fut porté. Sous-employé jusque-là, bien que doué d’une intelligence certaine, Zouyane Gilbert était le chef de département que personne, logiquement, n’attendait. Mais pour des raisons inconnues, et en attendant qu’il fasse ses preuves dans la gestion du département et dans la recherche, tous les détracteurs se devaient de lui apporter un soutien sans faille. Il pouvait se féliciter d’hériter d’un département équipé et bien organisé, administrativement parlant. Lorsque la nouvelle fut rendue publique, peu après treize heures, et qu’elle se répandit tel un feu sur l’herbe sèche, j’étais l’un des tout premiers à aller féliciter l’heureux promu, par une chaude et sincère accolade. Une importante page de  9
l’histoire de notre structure académique venait d’être tournée. Je voyais Zouyane jubiler en se prenant les mains sur la tête, je voyais aussi des hommes et des femmes, toutes catégories confondues, exprimer leur joie, en même temps que me parvint, claire et précise, cette fausse note qui m’obligea à vider les lieux: Enfin, le vieux chef s’en va !Je retournai aussitôt au bureau, talonné par M. Calaina. Ayant rassemblé ce qui restait encore de mes documents, je refermai la porte et, ensemble, nous sortîmes du campus. A mesure que nous nous éloignions, les cris de joie s’évanouissaient, le temps pour moi de renouer le dialogue avec Calaina qui se demandait certainement comment je réagirais après cette brusque annonce. Pourtant, je lui parlais, presque chaque jour, de mon départ à la retraite, conformément aux textes en vigueur dans le pays. Rien à faire là-dessus, puisque ma demande de prolongation d’activité, datée du 5 juillet 2007, et adressée au ministre de l’Enseignement supérieur sous le couvert du recteur, était restée bloquée au secrétariat général. C’était la preuve manifeste que nous avons encore du chemin à faire en vue d’un réel changement de mentalité. Car on se demanderait bien pour quelles raisons un haut responsable (sauvé de justesse de la retraite à la dernière minute, en 2006), trouvait un plaisir sadique à détourner une correspondance qui ne lui était pas destinée. Quelle aurait été la réaction du ministre s’il avait reçu ma requête ? Sans doute que j’aurais eu droit, au moins, à une réponse. Le nom deCalaina Théophile était, à lui seul, un programme. Il signifie leChemin de Dieu. Et combien de fois il m’était arrivé de remercier le Seigneur d’avoir placé sur mon chemin ce jeune homme dont le calme tempérait quelque peu mon ardeur. Pasteur de son état, il mettait sa connaissance de l’Evangile à ma portée. Cela me réjouissait le cœur et raffermissait mon peu de foi vacillante et chancelante. De lui j’appris à protéger ma vie spirituelle, car 10