Confidences de parents
163 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Confidences de parents

-

163 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Description


J'aide mon enfant à se concentrer, L'Enfant de l'autre, Éloge des mères... Au fil de ses ouvrages, Edwige Antier, dont la présence dans les médias est de plus en plus marquante, s'est imposée comme la référence dans le domaine des relations parents-enfant. Ce nouveau livre, Confidences de parents, se présente comme un jeu de questions-réponses, un dialogue entre les parents et la spécialiste, où sont abordés les grands thèmes de la vie de nos petits. Depuis une dizaine d'années, les connaissances sur le développement psychologique des enfants ont été révolutionnées de fond en comble. Ce sont les résultats de cette " nouvelle psychologie " qu'Edwige Antier met à la disposition de tous les parents. On retrouve ici tous les ingrédients du succès des ouvrages précédents d'Edwige Antier. Une langue claire et accessible, une véritable empathie pour les préoccupations des parents, un souci de clarification et de déculpabilisation.





Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 20 décembre 2012
Nombre de lectures 71
EAN13 9782221117897
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

« RÉPONSES »
Collection dirigée par Sylvie Angel
et Abel Gerschenfeld
DU MÊME AUTEUR
Je comprends mon bébé , Jacob Duvernet, avril 2002.
Éloge des mères , collection « Réponses », Robert Laffont, 2001.
Attendre mon enfant aujourd’hui , nouvelle édition, Robert Laffont, 2001.
Élever mon enfant aujourd’hui , nouvelle édition, Robert Laffont, 2001.
Eddy a peur du noir, etc. , collection « Croque la vie », Nathan, octobre 2000, mars 2001, octobre 2001, mars 2002.
Sages paroles d’enfant , Édition o  1-France Inter, 2000.
L’Enfant de l’autre , collection « Réponses », Robert Laffont, 2000.
Itinéraire d’un nouveau-né (préfacé par Françoise Dolto), Marabout, 2000.
Mon bébé parle bien , Balland-Jacob Duvernet, 2000.
Le Roi Bébé (album de naissance), Hachette, 1999.
Mon bébé joue bien , Balland-Jacob Duvernet, 1999.
Je soigne mon bébé , Balland-Jacob Duvernet, 1999.
Mon bébé devient propre , Balland-Jacob Duvernet, 1999.
J’aide mon bébé à se concentrer , collection « Réponses », Robert Laffont, 1999.
Mon bébé mange bien , Balland-Jacob Duvernet, 1998.
Mon bébé dort bien , Balland-Jacob Duvernet, 1998.
Pourquoi votre enfant est fan de Disney , Hachette, 1998.
Je vois grandir mon enfant , Nathan, 1991.
Mémoires d’un nouveau-né (préfacé par Françoise Dolto), Nathan, 1991.
Maux d’enfants , Denoël, 1990.
Pourquoi tous les enfants aiment Mickey , Eshel, 1988.
Maman écoute ton cœur , Éditions de l’Instant, 1988.
100 questions à ma pédiatre , Éditions de l’Instant, 1988.
 
Vidéo : Naissance d’une maman , TF1 Vidéo, 1996.
 
Sites Internet : www.edwigeantier.com
www.antierementvotre.com
EDWIGE ANTIER
CONFIDENCES DE PARENTS
Une nouvelle approche psychologique pour répondre à toutes vos interrogations
© Éditions Robert Laffont, S.A., Paris, 2002
EAN 978-2-221-11789-7
Ce document numérique a été réalisé par Nord Compo
À ma petite-fille, Fleur.
« J’ai dans l’âme une fleur que nul ne peut cueillir. »
V ICTOR H UGO
Introduction

Votre enfant est avant tout un être sensoriel et c’est ce que notre culture rationnelle a oublié. Nous, parents mais aussi spécialistes de la petite enfance qui scrutons le développement psychomoteur de l’enfant, planifions ses vaccins, multiplions ses jouets d’éveil, évaluons sa courbe de poids et mesurons ses rations de lait, ne tenons pas assez compte de la nourriture dont il a le plus besoin : la nourriture affective.
Quand le bébé vient au monde, il ouvre tous ses sens pour capter les informations qui viennent du milieu qui l’entoure : il est en stratégie de recherche. Le regard de sa mère crée un lien sensoriel entre ce qu’il perçoit de lui-même, dans ses viscères, et les messages provenant du monde environnant, à travers la chaleur, l’odeur, le goût de cette matrice. Ainsi se fait la genèse d’un être humain. « Un bébé tout seul, ça n’existe pas 1 . » C’est dire combien ce que ressentent les parents doit être respecté lorsque l’enfant s’adresse à eux. Or chaque message nous montrera combien ils sont souvent déstabilisés par des préceptes dogmatiques qui font partie du registre trop intellectuel de la psychologie et de la puériculture d’aujourd’hui, et combien le petit d’homme souffre d’incompréhension.
Car au fur et à mesure que l’enfant se développe et grandit, sa pensée s’organise à partir des réactions de sa mère aux signaux qu’il a lui-même envoyés. Ainsi se construit sa représentation sensorielle du monde dans lequel il s’inscrit. Que l’entourage vienne contrecarrer ce que les parents ressentent profondément, et une distorsion de leur comportement se crée, qui génère dans la pensée de l’enfant la conception que le monde est absurde. Il s’y adaptera certes, mais à quel prix pour son organisation psychique !
C’est ce qui ressort de vos confidences de parents, livrées à l’intimité et l’anonymat d’un site Internet exceptionnel car mettant à votre disposition une pédiatre en ligne directe, accessible à tous les parents. C’est pourquoi, après deux ans d’échanges, grâce à ce site, j’ai pu répondre à plus de six mille de vos messages. J’ai choisi de sélectionner les plus représentatifs des questions posées par les parents d’aujourd’hui. Ces témoignages qui sont venus déferler sur l’écran sont autant de cris du cœur et parfois de torrents de larmes. Ils nous révèlent en quoi notre société est souvent incohérente lorsqu’elle s’immisce dans le rapport entre l’enfant et ses parents.
Nous verrons ainsi se dérouler, au fil de vos si touchantes interpellations du pédiatre, le besoin d’une nouvelle psychologie, la psychologie de la sensorialité ; celle qui tient compte des signaux sensoriels envoyés par l’enfant et si mal compris par les adultes. Une psychologie qui tient compte aussi de ce que ressentent les parents mais qui bute contre le mur de l’incompréhension environnementale, qu’il s’agisse de la famille, des partenaires de la petite enfance – éducateurs, enseignants – ou de la société en général.
On sera frappé de voir, dans une société qui se prétend évoluée, gavée des dogmes d’une culture psychologique trop superficielle, combien sont entravés les ressentis des parents et ceci quel que soit l’âge de l’enfant, qu’il s’agisse de l’instinct maternel, de l’allaitement, du rôle du père ou de l’épanouissement à l’école.
On verra aussi combien est niée la transmission d’une génération à l’autre, combien les mères ont refoulé la relation à leur propre mère, et combien il est souvent utile de renouer avec l’histoire de sa propre enfance.
On aura la chance, car Internet reste plus prisé des hommes que des femmes, de voir arriver la voix du père, soit directement dans les messages, soit en arrière-plan des questions de la mère. C’est pourquoi, même si je lui ai consacré des chapitres particuliers, on ressent la présence – ou la lourde absence – du père. Mais on voit aussi comme sa place et sa fonction sont mises à mal par le discours actuel qui essaie de lui faire jouer un rôle souvent déplacé, en opposition avec cette sensorialité, alors qu’il l’exprime aussi dans son rapport à sa femme et à son enfant. C’est l’écoute des sens plus que de la raison qui permet à chacun – bébé, mère et père – de trouver sa nouvelle identité. Encore faut-il savoir entendre ces émois, et c’est vers cela que tendent mes réponses, et les synthèses que vous trouverez en tête et en fin de chaque chapitre.
J’ai décidé de garder certains témoignages de parents et de professionnels, bouleversants de chagrin et de lucidité mêlés. Ils sont nécessaires pour comprendre ce que vivent de nos jours mères, pères, enseignants et combien ils sont souvent incompris et mal accompagnés dans les épreuves qu’ils traversent.
La mère y trouvera bien sûr une place de choix, car je dois dire que ce sont les femmes qui m’ont donné les plus beaux témoignages, ce sont elles qui réfléchissent en permanence à leur comportement, s’interrogent sur leurs erreurs et s’inquiètent de ce que l’entourage les pousse à faire. Oui, le rôle de la mère est fondamental. Par chaque petit mot, chaque regard, chaque caresse, chaque tétée, chaque pas vers son enfant, c’est elle qui l’aide à construire la théorie qu’il se fait du monde. Elle donne sens à la vie de l’enfant. Sans elle, il ne serait qu’un brouillard de perceptions mal ordonnées. Mais pour que la mère puisse ainsi choyer son enfant, encore faut-il qu’elle soit elle-même « supportée », c’est-à-dire soutenue psychologiquement au sens anglais du terme, par son compagnon, le père de cet enfant.
C’est pourquoi, au fil de vos confidences de parents, tout mon travail consiste à réparer les dégradations du lien immense qui se tisse jour après jour avec votre enfant, dégradations sans doute dues à une rivalité entre les acteurs sociaux défaillants envers cet univers sensoriel qu’est la mère.
Ce livre nous fait vivre les premières années de notre enfant, de notre enfance. Il appelle une « suite », qui nous conduira de 3 ans à l’adolescence. Vos messages me portent déjà à l’écrire...
 
Je dois préciser que j’ai répondu personnellement à chaque parent par le mode sonore, ce qui a permis aux parents – ma voix étant connue par le biais de mes émissions radiophoniques – de savoir que c’était bien la pédiatre qui leur répondait.
Tous les noms et tous les signes qui auraient pu rendre l’auteur du message reconnaissable ont été transformés de manière à préserver la confidentialité totale de ce courrier électronique.
On me fera certainement le grief de répondre avant tout aux questions venant des mères. C’est que les messages de mères sont beaucoup plus fréquents, comme lors de nos émissions sur France Inter ou sur la chaîne Santé-Vie, où nous appelons régulièrement ces nouveaux pères à témoigner. Et on les voit de plus en plus participer, soucieux qu’ils sont aujourd’hui de l’équilibre psychologique de leur enfant et de leur compagne.

1 - Winnicott D.W., De la pédiatrie à la psychanalyse , Payot, 1992.
1
Désir et non-désir d’enfant

L’âge des maternités recule, la natalité permet à peine le renouvellement des générations, et les femmes sont aujourd’hui suspectées de trop vouloir « programmer » leur fécondité, leurs grossesses, leurs accouchements. Le slogan « un bébé si je veux, quand je veux » n’a-t-il pas fait partie de leur désir de libération ? Mais les confidences révèlent une tout autre disposition : le projet de devenir mère n’a jamais été aussi puissant, existentiel. Ce désir n’est-il pas alors freiné par la société et non par la femme elle-même ?
Rien n’est plus secret que le désir d’enfant. Il est tapi tout au fond de nous. C’est une immense pulsion de vie si intime, si précieuse, si fragile. En parler la désacralise. Impossible de communiquer avec sa famille ou ses amis tant que ce désir ne se concrétise pas par une grossesse stabilisée, à trois mois. Alors, les confidences à la fois muettes et parlantes dévalent sur l’écran comme un déluge d’émotions que l’on ne saurait confier à personne d’autre qu’à cet ami anonyme et discret. Et l’on voit combien la femme se trouve dans un état de mobilisation psychique précoce, dans une profonde préoccupation maternelle, parfois même avant la fécondation. État de maternité anticipée qui remonte probablement à la petite enfance, quand elle jouait à la maman : moments déjà très intimes. Avoir un enfant sera, rapidement, aussi vital que respirer l’air ambiant !

Ces « non-mères » que l’on pense égoïstes, matérialistes
« On est très injuste avec nous, les jeunes femmes “qui ne veulent pas de bébé”. Même si ce n’est pas exprimé, je ressens les jugements négatifs : on me pense égoïste, matérialiste. Il est vrai qu’à trente ans je me rends compte que j’ai – consciemment ou inconsciemment – privilégié ma carrière. Mais j’adore votre émission de radio sur France Inter. Chaque écoute me donne envie et me laisse un large sourire sur les lèvres pour le reste de la journée... Je replonge en enfance, nostalgique jusqu’au soir. Et je me dis qu’il y a, pour moi, urgence de faire un bébé. Mais si je ne me suis pas “jetée à l’eau”, ce n’est pas par égoïsme. Au contraire ! Je n’ai pas d’enfant parce que je n’ai pas trouvé le papa... et je pense qu’on ne peut pas rendre un enfant heureux sans un bon papa. »
 
Quel poncif, ce « femmes égoïstes » murmuré devant celles qui n’entament pas de grossesse à l’âge « normal » ! Les femmes d’aujourd’hui sont simplement mieux averties et plus autonomes que leurs mères : elles savent l’importance du rôle du père, la fragilité du couple, les avantages d’une indépendance matérielle. Mais cela n’empêche pas le désir d’enfant. Et il se révèle, ici, puissant : le sentiment ressenti face à l’émission est un véritable test puisqu’elle renvoie à sa propre enfance. Comme elle a dû être douce, cette enfance-là, pour procurer ainsi ce sentiment de béatitude ! Or le désir de procréer et de transmettre la vie prend racine dans notre propre enfance.

Le chagrin peut-il provoquer un œuf clair ?
« À un mois et demi de ma grossesse, suite à des saignements, mon gynécologue s’est aperçu que j’avais un œuf clair. Le décès de ma mère, dix jours après l’annonce de l’heureux événement, en a-t-il été la cause ? Et à partir de quand pouvons-nous envisager avec mon mari une nouvelle grossesse ? »
 
Du point de vue purement scientifique, on pourrait répondre : « Mais non, les œufs clairs sont fréquents, ce n’est pas psychologique. » Oui mais... les femmes vivent toujours une sorte de superstition les trois premiers mois et ne veulent pas évoquer, par des mots, la grossesse. Ainsi, la tradition veut qu’on n’offre pas de chaussons à une future maman pendant le premier trimestre. Toutes sortes de causes provoquent ces œufs clairs qui ne laissent pas se développer l’embryon : la rencontre entre l’ovule et le spermatozoïde a pu donner un « mélange » génétiquement incompatible, la nature trie et attend la prochaine donne ; ou bien le taux d’hormone est inadapté à la nutrition de l’œuf. L’on imagine alors combien un stress peut influencer cet équilibre « symphonique » hormonal dont le chef d’orchestre, l’hypothalamus, est justement situé dans le cerveau, juste derrière les yeux, ces yeux qui voient les événements de la vie.
On pourra envisager sereinement une grossesse dès le prochain cycle.

Quand les yeux cherchent l’embryon...
« Je suis tombée enceinte une première fois juste après l’arrêt de la pilule. J’essaie à nouveau, mais sans succès ; mes courbes de température ne varient pas et je ne détecte pas de pic d’ovulation sur les tests vendus en pharmacie. Une seule fois un pic m’a semblé apparaître, pourtant le lendemain il n’y en avait plus et ma température était la même. Mes yeux ont-ils bien vu ? Peut-on mettre en doute les tests ? Existe-t-il des cycles sans ovulation ? »
 
Comme il est désiré, ce bébé ! Au point d’en voir « de toutes les couleurs ». Mais le virage des tests est net lorsqu’il y a vraiment ovulation. On peut, en effet, après l’arrêt de la pilule, rester plusieurs cycles sans ovulation ; surtout si l’on est stressée, angoissée, trop impatiente. Tout cela bloque. On dit aux jeunes femmes : « Détendez-vous », comme si l’on pouvait le décréter ! Mais d’être si tendue vers ce désir l’empêche de se concrétiser. C’est en rêvant doucement à ce bébé : pourquoi on le désire, qu’est-ce qui enchante à l’idée de l’avoir dans les bras, de voir ses lèvres dégoulinant de lait, ouvert sur le bonheur qui l’attend... que bébé viendra. Ne regardez plus les tests !

Comme une obsession
« J’ai vingt-quatre ans et je vis en couple depuis deux ans. Nous avons envie d’avoir un bébé, mais mon ami est en formation et moi, je travaille dans le domaine médico-social et généralement mes contrats sont de deux ou trois mois. L’idée d’être enceinte m’obsède de plus en plus, mais je crains la réaction très inquiète de mes parents qui se transformerait vite en pression. Nos familles nous jugent irresponsables car nous sommes trop jeunes, pas assez installés dans la vie. Pourtant il ne se passe pas une journée sans que je ne m’imagine enceinte, sans que je le voie ce bébé, là, avec nous. Mais rien ne vient. Le fait d’y penser régulièrement pourrait-il causer des complications au moment de la grossesse ? Est-ce normal d’y penser autant ? Ça ne fait que trois mois que nous essayons, il n’y pas à s’alarmer, je sais, mais je m’angoisse. Vos conseils seront pour moi très précieux. J’ai lu d’une traite votre livre Attendre mon enfant aujourd’hui alors que je ne suis même pas enceinte. »
 
Se pencher sur les mille et une transformations du corps pendant les neuf mois de la grossesse, les examens nécessaires, les petits maux ressentis selon le trimestre, les différentes présentations possibles du bébé... sans avoir le moindre embryon dans son ventre, c’est tout dire de la mobilisation du psychisme féminin lorsque le désir d’enfant est prêt. Oui, vingt et un ans est l’âge de la plus grande fécondité, cependant l’ovulation peut être inhibée par les réflexions à connotations négatives de l’entourage. Et, pourtant, le désir partagé des amoureux reste la seule vraie justification pour concevoir un bébé. En être convaincue rendra résistant aux dires des autres et aura toute chance de déclencher l’ovulation.

Protéger son bébé avant même de l’avoir conçu
« Je suis, depuis un mois et demi, un traitement dermatologique, et ce qui me fait peur est qu’on le déconseille aux femmes enceintes car il jaunit les dents du bébé. Or je ne prends plus la pilule depuis quatre, cinq mois, car j’ai très envie, et mon mari aussi, d’avoir un enfant. En même temps, nous faisons très attention, en contrôlant la température et pratiquant le retrait. Hier matin, j’aurais dû avoir mes règles ; si je suis enceinte, y a-t-il vraiment un risque que mon bébé ait les dents jaunes, que dois-je faire ? »
 
Ainsi parle-t-on de « préoccupation maternelle primaire » devant l’extraordinaire mobilisation psychique d’une mère vers son enfant. Avec cette question, on voit qu’elle prend naissance avant même la fécondation, ce qui est de bon augure pour le bébé. Car un nourrisson a besoin de cette intense protection pour trouver son identité.
L’antibiotique en question appartient probablement à la famille des tétracyclines. Les minuscules bourgeons dentaires du bébé ne commencent à se former dans les maxillaires qu’à la sixième semaine après la conception, donc quatre semaines après le retard de règles. Il n’y a donc pas de risques que le bébé ait les dents jaunes. Par contre, maintenant, il faut arrêter de le prendre.
(Sachez que les médicaments contre l’acné sont formellement interdits dès le début de la grossesse.)

Tu seras mon petit « Pondichéry »
« Je prévois de partir vivre en Inde (à Pondichéry) dans un an et demi, et mon ami et moi voulons avoir un enfant. Notre problème est de savoir si nous devons le “faire” avant ou après notre départ. En effet, nos rhésus sont incompatibles et nous ne savons pas s’il existe un traitement en Inde comme en France.
Je penche plutôt pour concevoir cet enfant de telle sorte que je puisse accoucher en France, mais, dans ce cas, je voudrais être sûre qu’un nourrisson, même très jeune, puisse supporter un tel changement de climat et d’environnement. Qu’en pensez-vous ? Est-ce prudent de notre part ? »
 
Lorsqu’une jeune femme se sent prête à être mère, elle protège ainsi son futur bébé bien à l’avance. Notre terme médical est terrible lorsqu’on annonce aux futurs époux, avant même le mariage, lors de leur « Certificat prénuptial », qu’ils sont « incompatibles » ; – mais le raisonnement de cette future mère dans l’âme, même si ce n’est pas encore dans son ventre, est excellent : la grossesse sera suivie en toute sécurité en France, bébé naîtra sous la protection du système de santé qui lui est familier. Par contre, ce « petit chéri », dont elle rêve déjà en même temps que de son beau voyage, peut partir en Inde dès son quinzième jour s’il naît près du terme.

« Incompatibilité », « abstinence », « autonomie », que de sombres mots entravent les pulsions de vie dans notre société ! Les femmes ressentent pourtant plus que jamais que la procréation donnera un sens à leur existence. Elles rêvent de s’appuyer sur le compagnon qui partagera leur désir si profond. Mais, alors même qu’elles l’ont rencontré, elles tournent et retournent l’idée dans leur tête avant qu’elle ne germe dans leur corps, dans leur famille. Le désir d’enfant n’est certes pas en veilleuse chez les futurs parents mais bien dans la société.
2
Une si troublante attente

Lorsque j’exerçais en Nouvelle-Calédonie, j’ai souvent entendu les femmes mélanésiennes me confier leurs angoisses : « Si, enceinte, tu enjambes ce ruisseau, me disaient-elles pendant nos promenades en brousse, ton bébé aura une fente de la lèvre ; si tu empruntes ce chemin de terre rouge, tu verras une tache rouge sur son visage... » La crainte de la malformation, le sentiment de culpabilité maternelle sont-ils donc universels ? Quand l’échographie est entrée dans les mœurs médicales, j’ai pensé qu’elle allait rassurer bien des futures mères sur la normalité de leur futur bébé. On s’aperçoit qu’il n’en est rien : il suffit d’un simple silence un peu prolongé du médecin, d’un fémur signalé un peu court, d’un organe caché au moment du passage de la sonde pour alimenter les angoisses de la mère. Les fantasmes de la grossesse, le sentiment d’être coupable après un excès minime, un pas de travers, sont bien évidemment non seulement universels mais éternels.

Je regrette de lui avoir dit que j’attendais un enfant de lui
« Je suis tombée enceinte sans le vouloir. Normalement, je devrais accoucher dans deux mois, et je suis complètement perturbée car je regrette de l’avoir dit à mon ancien compagnon. C’est juste un « petit ami » que j’ai revu après quelques années de séparation. Nous ne vivons pas ensemble. C’est moi qui ne l’ai pas voulu au motif que j’étais enceinte ! Je viens de lui annoncer que j’attendais un enfant de lui. Pas pour lui ou pour moi mais bien pour le petit garçon à venir. Mais j’appréhende de partager mon bébé. La décision, c’est moi qui l’ai prise, et j’ai vraiment l’impression d’avoir fait ce bébé toute seule. Or je suis quasiment certaine qu’il va le reconnaître. Pourtant j’ai l’impression que j’élèverai mon enfant avec plus de sérénité si je suis seule. Et, en même temps, je m’inquiète des questions qu’il pourrait me poser plus tard, sur sa conception, la conception en général, sur l’amour, bref plein de questions auxquelles il est plus facile de répondre quand on vit en couple, ou au moins lorsqu’on était en couple au moment de la grossesse. »
 
Les femmes d’aujourd’hui disent encore parfois : « Je n’ai pas voulu ce bébé. » Mais avec la révolution médicale, dès lors qu’une femme instruite n’a pas pris de contraception efficace, cela veut dire qu’elle avait un désir de bébé, forcément – même s’il était ambigu. Certes, on peut dire que cette grossesse n’était pas prévue, mais elle n’a pas été non plus évitée et c’est une notion très importante pour un bébé que de se savoir désiré.
Au fur et à mesure du développement de l’enfant dans son corps, on voit cette jeune femme évoluer, dire l’indicible, guidée par l’intérêt de l’enfant qu’elle porte. De femme encore fille, qui se croit surpuissante, décidant seule de son destin, elle devient mère. Son enfant la force à accepter cette vérité. Et la guidera vers les bonnes conduites, dès lors qu’elle est ainsi réceptive aux messages envoyés par le futur bébé.

On souffre et « ça n’est pas du cinéma »
« Pour un premier bébé, avec un tempérament déjà anxieux on se fait un monde de tout, on souffre réellement dans sa tête et ça n’est pas du cinéma... J’écoute souvent vos émissions. Je sais que vous êtes une femme de bon sens et de cœur, alors je me tourne vers vous pour une question que je n’ose pas poser à mon gynécologue : j’ai continué de boire un verre de vin à chaque repas pendant les premières semaines de ma grossesse, ne sachant pas que j’attendais un bébé. Maintenant, je lis que même un verre est toxique pour le cerveau du fœtus. Je m’en veux beaucoup, j’ai peur que mon bébé ne soit pas éveillé à cause de moi. »
 
La peur de l’anomalie hante toutes les futures mères (les pères aussi, bien sûr. Mais pour la femme, le sentiment de culpabilité personnelle est très puissant). Bien sûr, il est prouvé que l’alcool est toxique pour le développement cérébral du fœtus, et l’abstinence complète est éminemment souhaitable. Mais cette toxicité est proportionnelle à la quantité consommée... et à la durée. C’est pourquoi l’arrêt d’une consommation modérée dès la certitude de la grossesse permet de se sentir tout à fait sereine vis-à-vis du cerveau fœtal. Heureusement, sinon, tous les bébés seraient atteints !

L’échographie : « interruption volontaire de fantasme ? »
« On dit que l’échographie rassure les parents ? C’est faux ! La mienne, à douze semaines, a révélé une clarté nucale laissant suspecter une trisomie 21. J’ai donc compris que mon enfant risquait d’être mongolien, ni plus ni moins... et ma gynécologue me propose une amniocentèse (je suis âgée de trente ans). Depuis cette première échographie, sachant les risques de l’amniocentèse, je suis très angoissée à l’idée de perdre le bébé et je ne sais plus quoi faire. Je me demande si la part de risque est plus forte du côté de l’anomalie ou du côté de la ponction. Et s’il ne serait pas préférable de faire un dosage sanguin, pour confirmer le risque de trisomie 21 ? Dois-je faire cette amniocentèse ou une nouvelle échographie est-elle suffisante ? Finalement, la vie était peut-être plus simple avant les échographies. »
 
Oui, on a fortement espéré que les échographies diminueraient de beaucoup les angoisses des futures mères... mais en cherchant à traquer le moindre signe prémonitoire d’anomalie, on crée des situations cornéliennes. Maintenant que l’on a rendu la femme transparente, les futurs parents ne peuvent pas rester dans l’incertitude. Aussi les examens se multiplient et tentent d’apporter des réponses qui se révèlent souvent aussi angoissantes que les questions, et les seuls mots qui rassurent les futures mères sont les explications scientifiques :
les risques de perdre le bébé après une amniocentèse dès lors qu’elle est pratiquée par une équipe spécialisée sont très faibles (évalués à 0,5 %),
les dosages sanguins ne donnent pas une réponse complètement fiable et risquent simplement de prolonger votre incertitude.
L’amniocentèse est donc indiquée quand la maman veut savoir avant la naissance si le bébé est tout à fait normal. Pour avoir suivi des milliers de naissances, je peux seulement dire que la plupart des femmes la demandent.

Mes seuls moments de joie sont quand je sens mon bébé bouger
« Début du cinquième mois de grossesse. Je me sens très déprimée, n’ai pas d’envies, me traîne. Je ne travaille pas, me sens inutile, angoissée. Il s’agit de mon premier bébé. Je saurai dans dix jours si c’est un garçon ou une fille. Tout le monde me dit que j’ai tout pour être heureuse, ou alors, comme une amie l’autre jour : “Qu’est-ce que ce sera après l’accouchement, quand tu auras le baby-blues !” Le papa est adorable, il est très peiné, inquiet, déboussolé de me voir dans cet état.
Plusieurs éléments se conjuguent pour expliquer mon état :
J’habite à Lyon depuis moins d’un an (j’avais toujours vécu à Paris), ai suivi mon conjoint muté pour son job et ai dû démissionner du mien que j’adorais. Je suis maintenant loin de ma maman avec qui j’ai de très bons rapports, de ma sœur, de mes amies avec qui j’aurais pu partager ma grossesse.
J’apprends à être une femme au foyer, mais ce n’est pas dans mon caractère. J’avais retrouvé un travail en décembre, que je n’ai pu assumer : un vilain fibrome avait profité de la grossesse pour s’installer. J’ai mal vécu cet échec. Dans l’idéal, il faudrait que je travaille à mi-temps.
Je suis seule toute la journée, alors que j’ai toujours été très active auparavant (bientôt 35 ans) et ne trouve pas l’impulsion.
Mes seuls moments de joie sont quand je sens mon bébé bouger. Ça, c’est vraiment génial. Je crois que j’ai hâte qu’il arrive, pour de nouveau avoir une raison de vivre et ne plus être si seule. Je souffre beaucoup. Le matin, je ne pense qu’à une chose : arriver au soir pour me recoucher. Le sommeil a toujours été un refuge pour moi, et j’ai déjà eu des épisodes dépressifs dans ma vie. »
 
Tout est là pour déprimer : pas d’identité sociale, pas de famille, pas d’amis, et un état de métamorphose auquel on ne sait pas toujours comment se préparer. Il est faux de dire que la dépression maternelle ne survient qu’après la naissance. Une étude britannique a prouvé que 20 % des femmes – une sur cinq – souffrent de dépression pendant la grossesse. Mais c’est tabou et l’entourage ne peut pas comprendre.
Heureusement, la pièce essentielle du système, votre mari, est solide. Mais le pauvre ne peut pas vous donner les repères qui manquent. C’est vrai, l’idéal, pour une jeune femme, serait un travail à mi-temps. Je pense que vous vous sentez très mère, c’est ce qui a bloqué ce nouvel investissement professionnel : vous avez envie d’être disponible pour choyer le petit bout qui va venir. Mais, en même temps, comment trouver son identité dans ce monde où l’on est défini par le travail et où les amis s’y rencontrent le plus souvent ?

Déjà future maman dans la tête
« Merci, merci, de m’avoir répondu ! Je crois effectivement que je n’ai pas pu me lancer dans ce poste à responsabilités qu’on me proposait, pour lequel j’avais pourtant toutes les compétences requises. Mais il m’aurait demandé trop d’investissement dans cette période de grands bouleversements.
À Paris, je dirigeais une petite équipe de cinq personnes, dans une grande librairie où j’ai travaillé dix ans. J’y trouvais beaucoup de satisfactions, j’y avais beaucoup d’amis – plus que des collègues ! Ces amis me manquent, ainsi que ma vie sociale. Je souffre de ne plus avoir d’obligations. Je ne suis plus une femme qui travaille, et pas encore une maman. Je tourne en rond. J’ai longuement discuté avec mon mari aujourd’hui. Vos paroles me sont d’un grand secours et j’attends avec impatience votre prochain message. Merci !
Signé “Pioupiou” (surnom de futur bébé !) »
 
Une maman libraire ! Il en a de la chance, petit Pioupiou. Vous connaîtrez tous les beaux livres et lui raconterez plein d’histoires. Pourquoi ne proposez-vous pas à la mairie de venir aider à la bibliothèque municipale ou à la ludothèque, vous tiendriez une permanence peut-être ? Il y a tellement d’endroits où l’on a besoin de livres et surtout d’une libraire... mais il faut faire des propositions qui vous laissent très libre, parce que vous êtes déjà maman dans votre tête. Une femme intellectuelle se sent piégée par le bouleversement déferlant en elle. Il faut alors concilier d’urgence l’énergie cérébrale et celle nécessaire au fœtus : vous pourriez préparer une petite bibliothèque pour Pioupiou : les livres de bébé puis les belles histoires que vous aimeriez lui raconter. Certains de ces livres sont de véritables œuvres d’art et d’autres se révèlent très médiocres. Vous pourriez établir une petite sélection à notre attention ? Pourquoi ne pas aussi commencer son album de naissance, avec l’histoire de son papa et de sa famille et la vôtre... Vous n’aurez plus le temps de vous ennuyer !
Vous en avez du boulot, finalement !

Hypersensibilité au tabac... ou aux collègues de bureau ?
« Je suis enceinte de six mois, actuellement en arrêt maladie, quinze jours, pour cause de fatigue. Je partage un petit bureau avec mon patron et un collaborateur, ils fument tous les deux sans arrêt. Je leur en ai parlé, cela n’a rien changé. Dois-je reprendre mon travail quand même ou bien prolonger l’arrêt jusqu’à mon congé de maternité ? »
 
On sent bien l’inquiétude de cette future maman. Effectivement, la fumée est nocive pour le fœtus. Il faut donc, à mon avis, prolonger l’arrêt de travail pour protéger le bébé, non seulement du tabac, mais aussi du mauvais moral de sa maman. Car ces collègues qui ne changent pas leurs habitudes pour la protéger ne sont pas sensibles à ses préoccupations de future mère. Et voilà pourquoi je pense que, même s’ils ne fumaient pas, elle ne se sentirait pas capable d’y retourner.

Y a-t-il des questions bêtes ?
« J’ai une question un peu bête à poser : chaque jour quand je me lave, je reste penchée sur mon lavabo pendant un bon moment (dix minutes) et ce, deux à trois fois par jour. J’imagine que cela ne plaît pas franchement à mon bébé car je le sens qui remue. Mais pensez-vous que je le coince et que cette position puisse lui faire mal au dos, par exemple ? Mon mari a beau me dire que les bébés sont “en plastique”, cela m’inquiète et j’essaye de reporter l’effort sur mes lombaires. Mais je ne tiens pas longtemps. Quel est votre avis ? »
 
Mais les bébés adorent que leur maman ondule ! Le fœtus bouge justement parce qu’il est content de cette petite gymnastique. Évidemment, j’imagine que cette maman ne coupe pas carrément son ventre en deux sur le bord du lavabo...
Et ce n’est pas une question stupide, elle révèle une légère angoisse bien compréhensible, dans la joie où l’on est d’imaginer bébé dans sa bulle.

Le prestige du chirurgien
« Mon gynéco vient de m’annoncer que j’aurais une césarienne. Je lui ai demandé tellement d’explications, et pourquoi... et comment... (avec tout ce qu’on raconte des césariennes faites abusivement), que je n’ai pas osé lui demander, en plus, si je pourrais allaiter mon bébé, comme j’ai toujours rêvé de le faire. Il m’a parlé, schémas à l’appui, du « mobile fœtal » qui ne descend pas bien s’il se présente par le siège – c’est le cas de mon bébé –, il m’a expliqué le bloc opératoire, je l’ai imaginé en tenue bleue comme dans Urgences et j’allais lui parler de mes mamelons, du lait à produire : des histoires “de bonnes femmes” n’est-ce pas ? Cela aurait paru tellement futile à côté de ces questions chirurgicales. Mais en sortant, dans l’escalier, je me suis mise à pleurer. Je ne pourrai sûrement pas allaiter, n’est-ce pas ? »
 
Regardez comme on attribue une importance majeure au mot magique d’« opération », parce que c’est de la chirurgie pratiquée par un grand spécialiste ; alors qu’on minimise le don personnel, immense, de l’allaitement maternel, au point de ne pas oser l’évoquer. Et pourtant, il faut une immense expérience pour savoir conseiller une mère en ce qui concerne son allaitement. Et celui-ci se passe tout aussi bien après une césarienne. Il suffit simplement de mettre bébé au sein dès la sortie du bloc opératoire, cela permet de se « refusionner » délicieusement l’un contre l’autre. Et de demander de le prendre chaque fois qu’il pleure (car après une césarienne on est un peu gênée dans ses mouvements) et qu’on le laisse le plus possible à côté de sa maman, le jour comme la nuit. On installera une barrière de sécurité du côté où est bébé pour qu’il ne tombe pas du lit. Avec cette méthode, il y a autant de lait, et aussi bon, avec ou sans césarienne.

Le hoquet et la tête en bas...
« Bonjour. Je suis enceinte de trente-deux semaines. J’ai remarqué que, depuis quelque temps, mon bébé a le hoquet trois, quatre, voire cinq fois par jour. Est-ce un phénomène normal ? À quoi est-ce dû ? Les gens me disent que c’est signe de bonne santé, ce que je voulais bien croire quand il l’avait une à deux fois par jour. Mais à présent je m’inquiète de la fréquence. Est-ce parce que bébé a la tête en bas ? »
 
Grâce à l’échographie, nous savons que tous les bébés ont le hoquet in utero , quelque dix à vingt fois par jour, avant que la mère le perçoive, et bien plus souvent encore, et quelle que soit la position du fœtus, tête en l’air, tête en bas, ou allongé. Ces hoquets, tout à fait normaux, sont dus à une immaturité du nerf phrénique qui commande le diaphragme et ils persistent plusieurs semaines après la naissance sans déranger bébé le moins du monde.

Quand la future mère ressent un « calme étrange »
« Je suis enceinte de vingt-sept semaines. J’ai senti mon bébé bouger au quatrième mois, il était très remuant et il bougeait plusieurs fois par jour, très vivement et assez longuement. Depuis deux semaines, j’ai l’impression qu’il s’est nettement calmé : il se manifeste une à deux fois par jour par deux ou trois coups. Mon entourage me dit de ne pas m’inquiéter, il est sûrement un peu à l’étroit maintenant. Mais je trouve ce calme étrange, cela me met mal à aise. »
 
Il faut toujours prendre au sérieux le ressenti d’une mère, et en particulier cette impression d’étrangeté. Bien sûr, il y a des temps de la grossesse où les mouvements sont moins facilement perçus. Mais j’ai vu plusieurs fois les échographies révéler une souffrance du fœtus alors que la future maman évoquait ces impressions bizarres. Aussi je pense qu’un tel sentiment justifie en urgence une échographie. Le temps est proche où les femmes enceintes porteront un body électronique captant en permanence les mouvements du cœur fœtal et les transmettant en temps réel à la maternité vingt-quatre heures sur vingt-quatre. La sécurité des bébés et la sérénité de leurs mères le valent bien. Mais bien sûr, là encore, ce progrès demandera un nouvel accompagnement psychologique de la femme enceinte.

Le regard des autres
« Mon terme est dans un mois et je désire allaiter mon enfant. En fait, je suis très pudique et la seule chose qui m’angoisse est que l’entourage me “gêne” (mis à part mon mari, ma mère et ma sœur). Je crains les regards trop proches, même si je sais qu’ils ne seront pas pour ma poitrine mais pour la beauté de l’allaitement. J’ai peur que cela ne perturbe ma relation avec mon fils lors des tétées et ne finisse par me faire abandonner. Je ne veux pas remettre en cause cette si belle chose qu’est l’allaitement. C’est vraiment difficile à expliquer... Je trouve cet acte très beau et je veux le préserver en gardant une certaine intimité, dans mon corps et avec mon fils, mais je ne voudrais pas non plus “rejeter” les autres.
«  P-S  : Lors de mon séjour à la maternité, je serai en chambre double, donc obligée d’allaiter en présence des visiteurs de ma voisine. »
 
Ce souci est bien légitime car il est l’expression de la pudeur naturelle de toute jeune femme. L’allaitement est un don intime et la mère ne doit pas être dérangée pendant les tétées. Sa relation avec son enfant ne regarde personne. Or, dans notre culture française, certains blocages idéologiques entraînent des regards indiscrets. Il faudrait faire comme les Américaines ou les Suédoises (elles allaitent toutes !), qui se drapent, un peu à l’indienne, d’un petit châle très fin. Ainsi, personne ne voit rien. Votre compagnon devra jouer aussi un rôle essentiel pour habituer l’entourage à respecter cette intimité.

Comment veux-tu donner le sein la nuit sans que cela me réveille ?
« Je suis une future maman d’un premier bébé. Je suis partante pour allaiter ce bébé qui naîtra dans deux mois. Mais, si je m’arrête à vos conseils sur l’allaitement, vous dites qu’il suffit de passer le nouveau-né de son lit au nôtre, le soir, et de l’installer près de nous afin de lui donner la tétée sans bruit, sans changes, sans lumière. Je serais tentée de vous dire qu’il faut être bien sûre de ses gestes pour accomplir cet acte. Surtout que le père, quand je lui en parle, me réplique : comment veux-tu donner le sein la nuit sans que cela me réveille ? »
 
Il est formidable de voir les questions ainsi posées avant la naissance, ce qui permet aux parents de se préparer en toute sérénité. Ce qu’il faut expliquer aux pères, c’est que le biberon, qu’il faut préparer, tiédir, donner lumière allumée, en position assise, réveille beaucoup plus qu’une tétée au sein, dans le lit, toutes lumières éteintes. Le seul risque serait que bébé tombe du lit – en maternité, ils sont hauts et étroits. À la maison, cela n’arrive pas, d’après mon expérience de trente ans... Il n’y a donc pas besoin d’être « sûre de ses gestes », on se réveille le matin à trois dans le grand lit, détendus, et le père ne sait même plus très bien si l’enfant a tété la nuit.

L’attente d’un enfant renvoie l’inconscient féminin à des profondeurs abyssales, d’immenses interrogations sur sa propre enfance. Remontent aussi des informations engrangées dans notre mémoire archaïque depuis la nuit des temps. Des images se forment dans notre psychisme, on compare avec le vécu de ses amies, de sa mère, avec sa propre histoire transmises par nos aïeules. La future mère était supposée vivre un pur bonheur pendant sa grossesse, protégée par ses hormones placentaires, et l’on croyait le baby-blues réservé aux quelques jours suivant la naissance, sous l’effet de l’effondrement hormonal. Or, je le rappelle, 20 % des femmes enceintes souffrent d’une véritable dépression. Si elles sont encouragées à se confier, un accompagnement psychologique leur permettra d’être prêtes, le bébé arrivé, à mieux répondre à ses demandes. Ainsi, le dossier d’une future accouchée devrait comporter non seulement les questions rituelles : « Avez-vous un diabète ? Des problèmes veineux...? », mais aussi, d’autres comme : « Pleurez-vous souvent ? »
3
Les nouveau-nés sont-ils maman-phages ?

Dès la naissance, les hormones libérées par la délivrance placentaire, et en particulier l’ocytocine, poussent la mère à capter les signaux que son nouveau-né lui adresse. Si elle se laisse aller à l’écouter, hors des schémas préconisés par les interventionnistes en tout genre, famille ou professionnels, il y a toute chance, dès lors que son bébé est sain, pour que l’instinct entraîne un accordage juste entre les besoins de l’enfant et les gestes maternels. Et cet accordage est extrêmement important pour le développement non seulement physique mais psychomoteur et affectif du bébé. C’est sa vision de la vie et de l’adulte auquel il se réfère qui se construit alors. Mais nous allons voir comment des préceptes imbéciles viennent entraver obstinément l’alchimie qui se fait entre l’instinct maternel et les signaux envoyés par le bébé.

On me conseille de le laisser pleurer
« Pierre a 18 jours, il est né à terme mais par forceps, suivis de quelques jours en néonatalogie pour une suspicion d’infection. Depuis le séjour à la maternité, il connaît d’importantes difficultés pour s’endormir après la tétée, qui lui provoque d’ailleurs fréquemment hoquet, régurgitations et coliques. Je trouve que c’est un bébé très éveillé mais agité ; ses heures de sommeil dans la journée se réduisent comme peau de chagrin. Il se met à pleurer dès que je le dépose, encore éveillé et pourtant repu, dans son berceau. On me conseille de le laisser pleurer afin qu’il apprenne à s’endormir seul. »
 
C’est terrible, cette idée selon laquelle il faudrait laisser pleurer un nouveau-né ! Il n’est pas question de s’endormir seul à 18 jours, tout comme il n’est pas question de le laisser pleurer : ce serait tout à fait déstabilisant pour lui. À cet âge-là, les bébés se mettent souvent en tétée continue. Ils sont calmes à certains moments, puis, à d’autres, ils ne peuvent se consoler qu’au sein. Comment ferait une femme africaine ? Elle le bercerait, dormirait avec lui, le laisserait au sein, le temps qu’il faut.

Sera-t-elle obèse ?
« J’allaite ma fille, Célia, 1 mois, à la demande. Sa prise de poids me semble importante. Je ne voudrais pas créer un terrain propice à une obésité future – surtout qu’il y a des prédispositions génétiques du côté du papa. Parfois les tétées s’espacent un peu, mais en général elle tète toutes les deux heures dans la journée, voire un peu plus souvent encore, et toutes les trois heures la nuit. »
 
À peine 1 mois, et déjà le souci de la ligne ! Nous sommes dans une société obsédée par la maigreur, au point de priver les nouveau-nés de leurs besoins vitaux. Il est tout à fait normal de téter « en continu » pendant les trois premiers mois, c’est même le signe d’une excellente vitalité. Nourri uniquement de lait, le bébé ne risque pas d’être obèse. Lorsqu’on dit aux mères d’allaiter « à la demande », la plupart d’entre elles me disent : « Mais tout de même pas toutes les deux heures ! » Et pourtant si... Le rythme habituel d’un nouveau-né, c’est tétée pendant trois quarts d’heure, puis arrêt dix minutes, reprise deux minutes, arrêt deux heures, tétée trois quarts d’heure, arrêt quatre heures... qui sait ? Il ne faut, en aucun cas, avoir peur de lui donner autant de lait qu’il en demande, de dormir ou de vaquer avec lui au sein.

Je ne peux pas lui donner le sein tout le temps !
« Delphine est mon premier enfant, elle a aujourd’hui 2 mois et demi et je l’allaite exclusivement : cinq à six tétées par jour. Elle dort la nuit, son poids est correct, mais elle pleure beaucoup entre deux tétées. Les bras ne la calment pas toujours. Je crois qu’elle est nerveuse, qu’elle a sommeil, mais ne sait pas s’endormir. Seul le sein la calme, je ne peux pourtant pas lui donner le sein tout le temps ! Et ensuite, quand lui donner le prochain repas ? Je ne souhaite pas lui donner une tétine. Son papa pense qu’il faut la laisser pleurer pour qu’elle apprenne à se calmer toute seule. Nous avons l’impression qu’elle est maman-phage !? »
 
C’est vrai, on a l’impression de ne faire que ça ! Ils sont complètement scotchés, à cet âge-là, ce sont des ventouses : la tétée ne semble jamais finie. Mais c’est comme cela les bébés au début. La laisser pleurer serait vraiment lui imposer une frustration qui ne sert à rien du tout. Comment peut-on demander une régularité de jour et de nuit à un bébé de 2 mois et demi ! Bien sûr, il faut laisser le nourrisson prendre le sein complètement à la demande. C’est déjà formidable que ce bébé dorme la nuit.

Une mère célibataire doit-elle allaiter moins longtemps ?
« Je suis la future maman d’une petite fille, et je suis célibataire. J’aimerais avoir des conseils sur la durée recommandée pour l’allaitement. Ma sage-femme me dit que, pour une maman seule, il ne fallait pas allaiter trop longtemps, car je risquerais de devenir, d’un point de vue psychologique, trop fusionnelle sans présence du père pour m’obliger à me séparer de mon bébé. »
 
Voilà un bébé qui n’est pas encore né et sa mère qui se culpabilise déjà de l’envie qu’elle sent poindre dans sa chair de garder longtemps son bébé au sein... On a proféré tellement de poncifs sur le rôle « séparateur » du père. L’important est de laisser naître l’attachement sans mettre de barrière à la relation mère-enfant. Une fois que la jeune femme se sentira bien mère, de ce bébé-là, unique, elle sentira le moment où il sera prêt à être sevré. C’est surtout en ayant une vie sociale, des parents attentifs, des ami(e)s pour sortir, que la séparation se fera. Elle doit éviter de se replier sur elle-même, dans une bulle trop fermée. Or, nous allons le voir, si le regard de l’entourage est positif, allaiter n’enferme pas.

Pourquoi se réveille-t-il la nuit ?
« Mon petit garçon a 2 mois, il se réveille vers quatre ou cinq heures du matin pour manger. Et comme je l’allaite à la demande, je lui ai donné le sein depuis le début. Mais je ne comprends pas pourquoi il se réveille de cette manière. Est-ce la chaleur ? Le fait que je l’aie passé du berceau au grand lit ? Dois-je m’adapter à son rythme comme je l’ai toujours fait ou commencer à lui imposer des horaires ? »
 
Les trois premiers mois, bébé n’a pas de rythme, sa demande est donc normale, d’autant plus qu’elle peut aussi correspondre au besoin d’être rassuré – c’est tôt pour le grand lit – ou à un moment de développement accru, avec un besoin supplémentaire de lait. Il ne faut donc pas hésiter à donner une tétée supplémentaire. Les bébés se « règlent » spontanément en quelques mois. Mais c’est fou ce qu’on est pressé qu’ils « fassent leurs nuits » ! Alors qu’à 15 ans, lorsque l’enfant mettra un verrou à sa porte, on regrettera ce temps de si douce intimité !

6 semaines et déjà comédienne ?
« Je suis une jeune maman d’une petite Béatrice de 6 semaines. Mon problème est que ce petit bout de chou pleure de façon excessive et durable tous les soirs de vingt heures à vingt-deux heures.
« Je l’allaite encore. Depuis cinq jours nous la couchons à vingt heures dans son couffin pour qu’elle prenne l’habitude de dormir le soir. Mais il n’y a rien à faire ! Elle commence à crier après le bain – nous pensions que cela l’endormirait un peu. Puis nous arrivons dans sa chambre, et, malgré un gros câlin et une demande qu’elle fasse un petit dodo, elle continue de crier. Elle n’a pourtant plus faim car elle s’énerve sur le sein. Rien ne la calme. J’ai l’impression qu’il y a un peu de “comédie”. Sinon, dans la journée, elle est plutôt calme. Je ne sais pas si la laisser pleurer est une solution. Je ne sais plus que faire. C’est très déconcertant. »
 
Les parents sont extraordinairement pressés de voir leur minuscule bébé, dans son lit, dans sa chambre. Mais à cet état encore « larvaire », 6 semaines, le nouveau-né ressent une inquiétude folle à ne pas sentir la chaleur, la respiration proche de ses parents. Hors de leurs bras, il se sent complètement dissous dans l’espace, sans repères de sa propre enveloppe. Alors, il implose, c’est l’affolement. Il faut donc garder le couffin de cette petite fille près de ses parents à tout instant. Ce n’est pas l’âge des habitudes à anticiper !

Comment régler le sommeil d’un bébé ?
« À 2 mois, mon bébé est encore à un nombre phénoménal de tétées par jour, souvent huit. Il fait des courtes siestes la journée, voire ne dort pas du tout, et réclame souvent le sein. Ma mère me dit que je vais être fatiguée et qu’il faut le régler. Mais comment faire pour réguler son sommeil et l’amener à une tétée toutes les trois ou quatre heures ? »
 
Un bébé de cet âge pourrait même être à dix, voire douze tétées quotidiennes. Jusqu’à 3 mois, il est impossible de compter. La mère – et surtout l’entourage – a l’impression qu’elle passe son temps à l’allaiter, mais c’est ainsi qu’il devient de plus en plus éveillé et en interaction avec son environnement. Donc elle ne perd pas du tout son temps : plus elle lui donnera le sein, dormira avec lui en le laissant téter dans le grand lit, le père entourant le tout de ses bras affectueux, plus le bébé sera éveillé.

Peut-on nourrir un bébé avec un seul sein ?
« Pourriez-vous me dire s’il est normal qu’Alexandre – 3 mois et demi – ne tête que mon sein droit, et jamais le gauche ? Sa sœur, au même âge, vidait les deux, ne tétait que quatre fois par jour et, surtout, faisait ses nuits. Je sais que chaque enfant est différent, mais ça m’inquiète un peu. J’en suis à me demander s’il ne ferait pas de plus longues nuits s’il tétait les deux seins ? »
 
Effectivement, certains bébés n’arrivent bien à téter qu’un seul des deux seins et une fois qu’ils ont jeté leur dévolu dessus, il est très difficile de les faire changer. Mais, en effet, on peut tout à fait allaiter un bébé avec un seul sein ; c’est pourquoi d’ailleurs on peut allaiter complètement des jumeaux. Je connais bien des mamans qui ont des allaitements complets et prolongés avec un seul sein. Aussi je ne pense pas que le besoin d’une tétée nocturne soit une question de quantité de lait et, si on laisse ce bébé téter autant de fois qu’il le veut, il sera parfaitement nourri. Et ce serait bien dommage de ne pas le laisser profiter de cette magnifique réassurance qui est de téter maman pendant la nuit.

Faut-il laisser pleurer les jumeaux la nuit ?
« Nos jumeaux de 4 mois, Sophie et Simon, sont nourris au sein à la demande, et ce encore cinq fois par jour ! Tout le monde me dit que je devrais leur donner autre chose, que mon lait ne peut pas suffire pour deux bébés, et les laisser attendre la nuit pour se régler, car on me promet l’épuisement total ; même si pour l’instant je tiens bien le coup. Faut-il être plus rigide et commencer à les laisser pleurer ? Ont-ils encore besoin de manger la nuit ? Quel intervalle faut-il respecter entre les tétées ? Que penser des céréales en adjonction dans le dernier biberon ? »
 
Pourquoi l’entourage pense-t-il ainsi que l’allaitement épuise la mère ? Il n’est pas plus fatigant de faire du lait que de faire du sang, de l’urine, de la lymphe, tous les liquides naturels à la vie. Ce qui fatigue, c’est l’inquiétude, les pleurs des nourrissons. Mais si la mère sent que ce qu’elle donne a du sens – le développement et l’équilibre affectif de ses enfants –, elle ne s’en trouve pas fatiguée. Avec les jumeaux, ce sont surtout les nombreux changes, les sorties qui fatiguent. Et la solitude dans laquelle nous confinent deux bébés est source de dépression. Des conseils qui seraient impossibles à suivre et ne tendraient qu’à décourager la mère seraient tout à fait nocifs.
Les bébés ont en effet encore le droit d’être complètement anarchiques, et ceci jusque vers l’âge de 6 mois, surtout s’ils sont nés un peu prématurément. Donc, il faut les laisser téter à la demande : la nuit sans tétée viendra toute seule. Et il ne faut pas commencer les céréales avant 4 mois d’âge conceptionnel, c’est-à-dire calculés à partir du terme auquel ils auraient dû naître.

Déjà des dents à 2 mois ?
« Jules a 2 mois, il est élevé au sein. Or, il pleure souvent, fait des bulles, il bave et même me “mord” avec des gencives dures. Ce n’est pas tant qu’il me fasse mal, mais ce sont surtout ses pleurs qui me fatiguent. Je prends patience parce que je me dis qu’il souffre pour faire ses premières dents. Est-ce possible ? »
 
L’espoir de voir poindre les dents aide généralement les parents, car elles symbolisent la puissance, la force. Et ce n’est pas par hasard que l’on dit que Louis XIV et Napoléon en avaient à la naissance ! Il arrive – rarement – qu’un nouveau-né naisse avec des dents, et ce sont alors des dents anormales. Leur sortie ne procure aucune douleur à l’enfant. La dureté des gencives à deux mois n’est absolument pas un signe de précocité dentaire, je dois le dire en toute honnêteté, même si je déçois les parents toujours avides de précocité. De même, le plaisir de jouer avec sa salive est toujours mal interprété, c’est simplement une étape du développement psychomoteur. Le bébé peut donc avoir des gencives assez dures mais les dents percent bien plus tard : en général entre 6 et 10 mois. Il faut admettre que les pleurs, pendant les premiers mois, ont une autre cause et que le premier geste doit être de donner du lait, encore et encore... pour les besoins nutritifs mais aussi pour l’éveil et la sécurité affective.

Allaitement et stress
« Mon troisième petit garçon est né il y a quatre semaines et je l’allaite. Contrairement à ses frères qui n’étaient absolument pas sensibles à ce que je mangeais, Julien semble l’être beaucoup. Après avoir compris que le chou-fleur et l’asperge le perturbaient, j’ai découvert hier que le poireau faisait de même. Quels sont les aliments à éviter durant l’allaitement, et ceux favorisant une bonne lactation ? »
 
Les mamans ont toujours tendance à se culpabiliser de ce qu’elles mangent pendant l’allaitement. Mais il faut savoir que le bébé s’est déjà habitué, par le biais du liquide amniotique qu’il déglutissait, à ces aliments. Pourquoi s’en priver ? Lorsque bébé pleure, c’est en général qu’il voudrait à nouveau téter. Comme c’est un troisième enfant, peut-être la maman est-elle fatiguée. Le seul moyen de le calmer et d’assurer une bonne montée laiteuse, c’est vraiment de laisser bébé à la demande jour et nuit, pendant encore quelques semaines. Et, lorsqu’il refuse et pleure, lui donner une noisette de gel adoucissant les sécrétions digestives. Et, si cela persiste, il vaut mieux consulter son pédiatre.
 
« Je vais laisser Julien à la demande... c’est ce que je souhaitais faire... je ne pense pas être trop fatiguée, mais, comme nous habitons à l’étranger, nous avons la visite de la famille venue tendrement admirer Julien et cela bouleverse mes habitudes et me rend nerveuse. Je pense que Julien ressent cela. Encore une semaine et cela devrait aller mieux ! »
 
En effet, rien de tel que la famille... bien intentionnée, pour dire aux mères qu’elles rendent leur bébé capricieux en le prenant trop, ou qu’elles ont un mauvais lait... Bouchez vos oreilles et suivez votre instinct !

La tétée de nuit est-elle nutritive ?
« Mon fils qui aura 4 mois samedi prochain se réveille encore toutes les nuits pour téter : il demande le sein vers vingt-trois heures puis à quatre heures du matin puis vers sept, huit heures. Faut-il que je commence à le laisser crier pour se rendormir seul ou faut-il attendre ses 6 mois ? La tétée de nuit est-elle nutritive et indispensable ? »
 
Oui, il est tout à fait normal qu’un bébé de 4 mois veuille encore téter la nuit. C’est une tétée nutritive et affective. Pour répondre à la question « le laisser crier ou non ? » il faut chercher à comprendre ce qui pousse la mère à douter de ses réactions :
— Qu’en pense le père ?
— Quelles idées la maman se faisait-elle, avant la naissance, de la vie d’un bébé ?
Derrière cette notion de tétée non nutritive s’abrite souvent notre réticence à nourrir à la demande un bébé qui paraît tellement demandeur.
Et nous verrons au fil de ces confidences combien nous sommes sensibles à des schémas et à des influences qui luttent contre l’instinct maternel.

Faut-il choisir entre allaiter et avoir une belle poitrine ?
« À Toulouse je me suis rapprochée de la Leche Legue 1  qui m’a permis d’allaiter partiellement ma fille aînée jusqu’à 5 mois, alors que l’échec pointait dès les premiers jours, malgré les encouragements et le soutien de la maternité et de mon mari. La cause : une réduction mammaire effectuée il y a plus de dix ans avec déplacement du mamelon, pour laquelle on ne m’avait pas prévenue des conséquences sur l’allaitement. Sur le conseil de mon médecin, j’ai téléphoné à l’hôpital qui m’avait opérée pour me voir notifier par courrier, dix-sept jours après la naissance, qu’il convenait d’arrêter la montée laiteuse dès l’accouchement ? Heureusement, Clémence avait réussi à combiner un peu de sein et de lait infantile pris au sein grâce à un petit dispositif astucieux ; ainsi j’avais pu maintenir l’aspect affectif, sécurisant de l’allaitement même si tout le lait ne venait pas de moi. Ce système permet d’aller vers une augmentation de la lactation malgré les suppléments, mais aussi d’allaiter des enfants handicapés, de (re)mettre en route la lactation en cas d’adoption, séparation, etc.
Malgré ces “micmacs”, l’expérience fut fort belle pour toutes les deux et je compte mieux faire, d’ici un mois, avec mon prochain bébé. En effet, à la fin des cinq mois, des essais d’extraction et la diminution des suppléments m’ont permis de vérifier le débit de lait, et le nombre de canaux débouchant avait augmenté.
Je trouve que c’est fabuleux... mais dommage que pédiatres et médecins – même favorables à l’allaitement – n’aient pas plus de connaissances dans ce domaine et de relations avec les associations de ce type qui ont des compétences et une documentation extrêmement sérieuse doublée de solidarité maternelle, de désir du partage du bonheur de l’allaitement. Et quoi de plus naturel pour une future maman de voir comment des mamans de bébés, de 1 semaine jusqu’à 3 ans, allaitent et maternent ? Avec un peu d’efforts, pas besoin d’aller en Afrique pour partager cette complicité. »
Il est en effet désolant de voir l’inculture – pis, le blocage ! – de la société française en matière d’allaitement, y compris notre communauté médicale et paramédicale, comme je l’ai montré dans Itinéraire d’un nouveau-né 2 . Cette incompétence vient de plusieurs facteurs :
D’abord la culture française : déjà, au début du XX e siècle, alors même que l’industrie n’avait pas encore inventé les biberons d’aujourd’hui, les mères françaises avaient recours à des nourrices ; nécessité du travail en usine, pression d’une société mondaine, puis mouvement de libération de la femme, mode des seins nus... ont dévolu les seins à la vie érotique plus qu’à la bouche du bébé. Et cette tendance est beaucoup plus marquée en France, pays de la femme élégante. C’est pourquoi nous sommes le pays européen où le pourcentage de femmes qui allaitent est le plus bas. Comme s’il y avait antinomie entre beauté du sein et allaitement, ce qui n’est pas du tout le cas.
Ensuite, les jeunes auxiliaires de puériculture, qui jouent un rôle tellement crucial pour le départ d’un allaitement, sont elles-mêmes souvent non formées. Je suis toujours surprise lors de mes visites en maternité, de les entendre répéter à l’envi aux nouvelles accouchées : « Pas plus de dix minutes à chaque sein ! » « Il faudrait lui donner un biberon en attendant la montée laiteuse », autant de balivernes qui font se dresser les cheveux sur la tête chez tout initié à la lactation. Mais leurs professeurs n’ont toujours pas pris de leçons auprès des associations telles que la Leche Legue. Parce que défendre l’allaitement maternel est suspect, idéologiquement, d’un refus de la libération de la femme ! Alors que, et nous aurons l’occasion d’en reparler, les femmes d’aujourd’hui veulent être femmes et mères, pleinement.

Donner le sein à notre bébé fait partie, en tant que mammifères, de notre programme génétique, mais ne fait plus partie du programme de notre société. Dès lors, les jeunes mères qui n’ont pu, tout au long de leur enfance, suivre des modèles, sont désemparées entre leur désir d’allaiter et les diktats idéologiques qui s’y opposent. Lorsque le nouveau-né réclame le sein, on invoquera toutes les raisons possibles pour ne pas le lui donner : ce n’est pas l’heure, il faut donner le biberon, il faut qu’il dorme, il fait ses dents, vos bouts de seins sont mal faits... Il est temps de dire aux mères : vous avez toutes du lait, comme toute plante a de la sève : la nature vous a faite pour cela ! Proposer le sein à chaque pleur de votre bébé est sans inconvénient. C’est bien pour cela que les seins ne sont pas transparents ni gradués ! Laissez-vous enfin aller dans la béatitude de vivre au rythme de votre bébé, tant que vous le désirez.

1 - Association d’entraide pour l’allaitement maternel.

2 - Marabout, 2000.
4
Le sein ou son père, faut-il choisir ?

Les seins des femmes sont-ils faits pour se montrer sur les plages ou pour nourrir les enfants ? Dans notre culture française, on a l’impression d’une antinomie totale entre le rôle érotique du sein et la fonction qu’on nommerait animale de la glande mammaire. Aussi les femmes ont-elles les plus grandes difficultés à réussir leur allaitement, et les hommes à le vivre sans ressentir cette impression de rivalité entre leur position de compagnon et la position, vécue comme quasiment anthropophage, de leur bébé. Les informations sur les bienfaits du lait maternel portent au tout début, mais leur semblent rapidement contraignantes. D’autant plus que les psy sont les premiers à affirmer que la place du père suppose sa contribution à l’élevage et qu’ils insistent sur son rôle séparateur de la mère et du bébé. Difficile dans ces conditions de se laisser aller en toute confiance à l’intimité d’un allaitement paisible.
Tant de craintes se bousculent aujourd’hui dans la tête des jeunes pères à propos de l’allaitement : parité impossible des rôles, indisponibilité de la mère à la vie de famille, baisse du désir sexuel. Comment, dès lors, trouver sa nouvelle place ?

Le père n’en peut plus
« Je suis très triste parce que, depuis plusieurs jours, mon mari part dormir au salon. Il travaille beaucoup la journée et ne supporte pas que je dorme avec Mathias. Il dit que nous allons former un nouveau couple, mon fils et moi, et que sa place n’est pas dans mon lit. Mais le bébé n’a que 6 semaines, il ne dort pas vraiment si je le mets dans sa chambre, et moi non plus d’ailleurs, je n’arrive pas à dormir. Soit il pleure pour téter, et je préfère le reprendre dans mon lit car je m’endors pendant qu’il tète et c’est plus reposant. J’en veux à mon mari, car je le trouve égoïste de ne pas comprendre cela. Et je reconnais que je n’ai pas vraiment envie de faire l’amour. En même temps, je suis très triste de la situation. Ce n’est pas ce que j’imaginais à la naissance d’un enfant. »
 
Voilà encore des idées fausses ! Non, on ne forme pas « un couple » avec un bébé de 6 semaines !

  • Accueil Accueil
  • Univers Univers
  • Livres Livres
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • BD BD
  • Documents Documents