Daniel Herroin, la clé des possibles

Daniel Herroin, la clé des possibles

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Livres
180 pages

Description

Plusieurs fois champion de France de kung-fu, champion d’Europe en 1984 et champion du monde en 1987 : Daniel Herroin ne compte plus les distinctions sportives. Entraîneur respecté, il conduit beaucoup de ses élèves sur les plus hautes marches du podium. Son parcours atypique l’amène à voyager, à exercer différents métiers – cuisinier, garde du corps ou chorégraphe de combat – et à côtoyer une foule de personnages, connus et moins connus. Et pourtant, rien ne laissait présager un tel destin...

Daniel naît en 1959 dans une famille aux revenus modestes, au passé fragile mais où l’amour ne manque pas. L’histoire dérape et l’adolescent est contraint de grandir vite, trop vite. Guidé par les valeurs de ses parents et par celles du kung-fu, il donne toujours le meilleur de lui-même, que le combat soit privé ou public. Persuadé que notre accomplissement est avant tout de notre responsabilité, Daniel, malgré les turbulences de l’existence; réalisera ses rêves les plus importants.


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Date de parution 13 mars 2014
Nombre de lectures 67
EAN13 9791020321954
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Daniel HERROIN et Marie-Pascale MEUNIER
Daniel Herroin, la clé des possibles
ISBN 979-10-203-0357-8 ISBN numérique 979-10-203-2195-4 © Éditions Baudelaire, 2014 www.editions-baudelaire.com
Préface Introduction Chapitre I Chapitre II Chapitre III Chapitre IV Chapitre V Chapitre VI Chapitre VII Chapitre VIII Chapitre IX Chapitre X Chapitre XI Chapitre XII Chapitre XIII Chapitre XIV Chapitre XV Chapitre XVI Chapitre XVII Chapitre XVIII Distinctions sportives
Table des matières
Préface
Voici plus qu’un livre sur la vie et le parcours d’ un grand champion de Kung-Fu, Daniel Herroin. Tout au long du récit biographique, au sty le tantôt énergique, tantôt plus lent, adapté à la narration, de petites phrases par-ci, p ar-là expriment des idées plus générales sur l’éducation, la mort et ses tabous, m ais aussi sur l’amitié, l’amour et l’espoir. Un texte déroulant le fil de 53 années d’une vie qu i aurait pu tourner court… et mal. Mais non. La passion éternelle, démesurée et dévora nte pour un sport et son état d’esprit, fait de loyauté, d’engagement et d’équité ont gagné sur de possibles dérapages. Simplement. Des conditions familiales modestes et a imantes, une éducation simple, fondée sur le respect et le partage des tâches forg ent un caractère plutôt solitaire mais actif. La tension s’installe, ce qui est impensable et insoutenable arrive, mais Daniel est là, réagit et se bat comme il le fait chaque fois, pour chaque combat. Avec envie, avec e douleur, avec rage. Des débuts dans le luxueux quar tier du VII arrondissement parisien vécu depuis la loge de concierge d’un immeuble, un premier ballon de foot en papier et… « c’est parti ! »… La découverte du Kung-Fu avec un e professeur exemplaire, les combats qui se suivent et ne se ressemblent pas, le s doutes, les espoirs déçus mais aussi les grandes joies : les maîtres, les amitiés sincères, les voyages, les distinctions les plus hautes, une famille réduite à peau de chag rin mais une sœur et des neveux très présents, des amours manqués puis un grand qui se r évèle à chaque jour, le cinéma, la télévision, les chorégraphies de combat et l’enseig nement de son art pour mieux vivre au travail, tout ceci s’enchaîne et s’entrechoque dans de grands éclats de rire enfantins et des zones d’ombre du fond de sa chambre à coucher. L’histoire que vous allez lire est celle d’un athlè te de très haut niveau, mais aussi celle d’un homme construit à l’école de la vie, profondém ent altruiste, dont l’humanité et la sensibilité presque féminine sont une leçon de cour age et de ténacité pour tous. Pas de misérabilisme ni de voyeurisme dans les propos, jus te du respect, de la pudeur et de l’orgueil qui font déplacer des montagnes. « En rou te ! » nous disent les derniers mots… Oui, en route, grâce à ce récit vif, parfois tranch é, souvent en retenue, aux rencontres étonnantes et aux coups de poing sanglants mais jus tes, en route vers notre propre chemin. Chapeau bas, Champion. Virginie Chuimer-Layen Auteure, journaliste
Introduction
Elle met de la couleur sur son visage, maman. C’est l’heure, papa va bientôt rentrer du travail. Nous sommes le reflet de notre tendre enfance. En p rononçant ces mots, je pense à mes parents qui, malgré leur douloureux passé et de s conditions de vie modestes, nous ont donné des bases solides d’amour et d’éducation. Bien sûr, un jour l’histoire va déraper et les adolescents que nous sommes, grandir trop vite, mais je sais que mes parents nous ont portés aussi loin qu’ils le pouvai ent, c’est la raison pour laquelle je leur dédie ce livre.
Chapitre I
Michel, mon père, est né le 4 février 1929 à Alenço n, préfecture de l’Orne. Sa mère, seule, ne peut prendre soin de son fils et le dépos e dans un orphelinat avec l’intention de venir le chercher dès que les circonstances le lui permettront. Malheureusement, elle meurt peu de temps après. Son père, lui, les a aban donnés depuis longtemps. Dans les années 30, il y avait beaucoup d’orphelins , et souvent les pères et mères nourriciers auxquels ils étaient confiés, s’en serv aient comme de leurs domestiques, les traitant avec beaucoup de rudesse. Michel grandit d ans une ferme du Lot-et-Garonne. Sans affection, brutalisé, il apprend ses cours sur le chemin de l’école. Il se réfugie, le plus souvent possible, chez les voisins d’à côté. L à, il y a cinq garçons qui deviendront des amis, presque des frères. Madeleine, ma mère, est née le 19 octobre 1929 à Sa int-Brice-en-Passais, petit village de l’Orne. Cadette d’une famille de cinq enfants, e lle n’a que trois ans lorsque sa mère, qui travaille dans les champs, se donne un coup de faux dans la jambe. La blessure s’infecte, elle en meurt. Son père, aidé de sa sœur , veuve depuis de nombreuses années, s’occupe alors de la tribu avant de contrac ter une maladie et de décéder à son tour. Madeleine a douze ans. La tante, surnommée mémé, prend en charge les cinq frères et sœurs, qu’elle emmène e avec elle à Paris. Elle devient concierge dans le 7 arrondissement. L’espace manque dans la petite loge et la fratrie s’installera dans les chambres de bonnes du quatrième étage. Mes parents parlaient peu de leur enfance. Tous les deux sont de jeunes adolescents lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate. Comment vivent-ils cette époque ? Je l’ignore, mais tandis que cette guerre s’achève, celle d’Indochine commence. Michel, sans attaches e t peut-être sans but, s’engage. Là, il rencontre Fernand, un des frères de Madeleine. Ils deviennent amis. Lors d’une permission, Fernand invite Michel à Paris. De retou r en Indochine, Michel contracte le paludisme : gravement malade, il est rapatrié en Fr ance pour y recevoir des soins. La famille de Fernand l’héberge et ce qui devait arriv er arriva : Madeleine et Michel tombent amoureux et se marient le 20 décembre 1950. Quelque temps plus tard, ils reprennent la loge de mémé. J’aime beaucoup cette histoire racontée par mes parents sur leur première année de mariage. Fauchés, ils se rendent à Rungis acheter une caisse de hareng saur. Pendant deux mois, ils ne mangeront pratiquement que cela, heureux d’être ens emble et d’avoir un toit. Durant sept ans, ils espéreront la venue d’un enfan t, en vain. Tous deux orphelins, il leur paraît alors naturel d’adopter. C’est à ce mom ent-là que Madeleine tombe enceinte et accouche le 16 septembre 1957 d’une petite fille , Patricia. Deux ans plus tard, le 24 e novembre 1959, je vois le jour dans le 7 arrondissement parisien. Je passerai toute mon enfance dans ce beau quartier de pouvoir et d’opule nce, puisque ma mère est concierge, rue de Bourgogne, tout près de la Chambre des Députés. Nous voici donc tous les quatre dans un espace minu scule. La loge mesure 9 mètres carrés ; quelques marches étroites d’un escalier en colimaçon conduisent à notre chambre commune, à peine plus grande. Elle est meub lée d’une grosse armoire et de 3 lits ; il n’y a pas de douche, à l’époque on se lav e au lavabo, les toilettes sont au quatrième étage. L’immeuble est comme divisé en deu x. D’un côté, les appartements des grandes familles bourgeoises ; femmes et maris se vouvoient, ce qui choque beaucoup le petit garçon que je suis. De l’autre, l es bureaux du Ministère de l’Environnement avec les anciennes cours. Difficile de me souvenir avec précision de mes dix premières années, période heureuse cependant, période d’insouciance. Bambin, je me pro mène partout avec mon nounours sans tête, mon meilleur ami. Patricia et moi, nous nous chamaillons souvent. Ma sœur,
comme peut-être beaucoup de grandes sœurs, ayant te ndance à jouer à la maman avec son petit frère. 1 Je passe presque tout mon temps libre au patronage paroissial, tenu par des curés. C’est à cinq minutes de chez nous, au 121 rue de Gr enelle. De nombreuses activités sont proposées, telles que cinéma, poterie, foot av ec des ballons en papier… L’équipe de foot était essentiellement composée des fils des concierges du coin. Si j’ai de nombreux copains, plus ou moins du même niveau soci al que moi, je suis aussi un solitaire. En tant que gardien de l’équipe, je m’en traînais seul pendant des heures, avec une balle, pour me perfectionner. Je me défiais con stamment, me chronométrais, entrais en compétition avec moi-même et ce depuis mon plus jeune âge. Je crois que c’est un véritable état d’esprit sportif que de toujours che rcher à s’améliorer, sechallenger sans cesse. J’ai été louveteau chez les scouts également. J’ado rais partir quelques jours en tente, préparer l’autel, les repas, jouer, prier aussi. Bi en que mes parents ne soient pas croyants, nous serons baptisés et ferons nos commun ions à l’église Sainte-Clotilde ; j’irai 2 même jusqu’au catéchisme de persévérance . Au patronage, j’ai rencontré le Père Gautier, un vr ai personnage. Un jour, je ne sais plus ce que j’avais fait, il m’a donné une claque. — Eh, vous n’avez pas le droit ! ai-je protesté. — J’ai le droit et t’arrêtes tout de suite tes conn eries, a-t-il répondu. Les choses en sont restées là. Je ne lui en ai pas voulu, au contraire, je trouvais génial qu’un curé ose me donner une « baffe ». Après avoir organisé une procession au flambeau, il s’est fait « muter » à Pigalle. En effet, il avait dérangé la circulation de notre bea u septième arrondissement. C’est à partir de ce moment-là, me semble-t-il, que j’ai commencé à avoir de sérieux doutes sur la religion. De temps en temps, le Père Gautier passai t prendre un verre chez nous, toujours vêtu de sa soutane noire. La dernière fois que je l’ai vu, il buvait tranquillement un cognac en compagnie de mes parents et soudain il s’est exclamé : — Et merde ! J’ai oublié, il faut que je parte tout de suite, sinon une prostituée risque de se faire tabasser par son maquereau. Joignant le ge ste à la parole, il s’est levé de table et il est sorti. Ce que j’aimais chez cet homme, c’était son franc-p arler. Il ne s’encombrait pas de belles paroles, il agissait. Un homme sincère, croy ant en ce qu’il faisait. Dans notre quartier chic, tout était à proximité : les artisans et commerçants qui peuplaient notre rue, le patronage, mais également l’école, rue Las Cases. L’école, quel ennui ! Dans ma mémoire, seules subsistent quelques images floutées. Aucun enseignant ne m’a vraiment marqué, le système éduca tif ne me convenait pas du tout. J’ai toujours beaucoup plus appris au contact des a utres qu’au contact des livres ou du tableau noir. Dès le départ, j’étais bon en sport e t mauvais en orthographe. Plus tard, un prof de math, aimant visiblement les jeux de mots, m’appellera « R moins 1 » au lieu de Herroin, ce qui m’amusait beaucoup. Il y avait une sorte de racisme financier de la par t des élèves comme des instituteurs. Tu portais des shorts parce que tes parents n’avaie nt pas les moyens de t’acheter un pantalon et les autres se moquaient de toi. Tu n’of frais pas de petit cadeau à la maîtresse comme du muguet ou autre… et tu te retrou vais au fond de la classe. Ma sœur, plutôt bonne élève, aimait s’instruire, ma is à l’époque la connaissance était réservée à l’élite et faute de moyens, elle n’a pas pu continuer. Quant à moi, après la troisième, je tenterai une fo rmation en électronique avant de partir en apprentissage cuisine. En attendant, personne ne pouvait m’aider. Ma mère, parce qu’elle n’avait pas fait d’études et mon père, bien qu’excellent en orthogra phe (il avait appris grâce aux mots croisés), parce qu’il était magasinier, puis chef m agasinier et rentrait tard le soir ; les trente-cinq heures n’existaient pas. De plus, pour améliorer le quotidien, il lui arrivait de
faire des extra lors de réceptions à la Maison de l a Chimie. Papa était un homme avisé et, malgré la dureté de s on enfance, pas du tout violent. J’ai dû prendre une gifle dans ma vie et je suis bi en certain de l’avoir méritée. En une seule phrase, il vous remontait les bretelles. Ains i, Il nous rappelait souvent ce dicton : Ce n’est pas lorsque l’on a fait dans son pantalon qu’il faut chercher les toilettes. Une fois, sur un coup de colère, j’ai claqué la por te si fort que la vitre s’est brisée. Mon père a juste dit : — Ça tombe bien : tu as quelques économies ; tu vas pouvoir en acheter une nouvelle et l’installer. Une autre fois, j’ai voulu un vélo mais nos finance s ne le permettaient pas. Mes parents m’ont alors proposé de participer à l’achat, à cond ition que je participe aussi. J’aimais bien ce principe. J’ai fait quelques petits travaux ici ou là et, avec l’aide de mes parents, j’ai eu mon premier vélo. Les vacances étaient également une affaire de famil le ; un jour, mon père nous a exposé la situation : — Nous manquons d’argent en ce moment, donc, votre mère et moi avons cherché quelques heures de ménage supplémentaires à faire, pour partir cet été. Comme vous le savez, nous travaillons déjà toute la journée, mais si vous nous donnez un coup de main, on y arrivera. Vous êtes d’accord ? Bien sûr qu’on l’était. C’était demandé avec gentil lesse et cela renforçait les liens qui nous unissaient déjà, créant une véritable solidari té familiale. Ainsi, deux fois par semaine nous allions nettoyer les bureaux, dans un immeuble de notre quartier, pour nous offrir le camping. Tous les mois de juillet, mes parents nous envoyaie nt dans la Sarthe où des familles accueillaient trois ou quatre gamins pour les vacan ces. Là encore, ils avaient trouvé la bonne formule, celle qui leur permettait de dépense r raisonnablement tout en offrant à leurs enfants des instants de bonheur. Ma sœur et moi logions dans le même village, Maroll es-les-Braults, mais pas dans la même maison. J’étais chez un cordonnier, qui m’emme nait avec lui à la pêche : moments privilégiés. Le mois d’août, vacances en famille. On chargeait l a 203 et on partait en direction d’un camping du Gard. Nous n’avions pas beaucoup de vête ments et le linge, fraîchement lavé, séchait sur la plage arrière. Non seulement n otre mère s’occupait de la loge et faisait des ménages, mais elle pensait à tout et su rtout à notre bien-être. C’était une vraie maman de l’époque, prévenante et attentionnée. Elle ne donnait pas beaucoup de câlins, mon père non plus, tous deux n’en avaient pas vraim ent reçu, mais il y avait l’essentiel entre nous, l’amour. On le sentait bien. J’adorais me réveiller à trois heures du matin et partir à la pêche avec mon père. Là, tandis que le soleil se levait sur la rivière, nous tentions d’attraper du gros poisson, sandre, broche t etc. Quelle joie lorsque ça mordait ! Vers la fin des vacances, nous remontions sur Paris , non sans faire, au préalable, un crochet par le Lot-et-Garonne. Nous rendions visite aux habitants des cinq fermes dont étaient à présent propriétaires les cinq amis d’enfance de papa, ses presque frères. Nous employions notre temps à jouer avec leurs enfants. Patricia et moi dormions sous une tente installée dans le jardin : sensations d’avent ure, de liberté. Les soirs d’orage, Bobby, notre boule de poils noire et blanche, veillait sur nous, se postant devant notre tente jusqu’à ce que notre père vienne nous récupérer. No tre chien, protecteur, avait un sixième sens.Toute l’année, en début de soirée, nou s assistions au même rituel : quelques minutes avant que notre père ne rentre du travail, il aboyait joyeusement, tandis que maman changeait de blouse et se maquilla it. Il ne se laissait pas distraire par un retard de maman, peut-être même lui rappelait-il qu’il était l’heure de se préparer. Malheureusement, il fallut nous séparer de bobby, t rop bruyant pour les immeubles parisiens. Il fut entendu qu’il resterait dans l’un e des fermes. Tristes de le quitter, nous sommes partis vite, très vite presque sans nous ret ourner. Papa a accéléré, de peur qu’il
ne nous suive jusqu’à Paris. Probablement le reverr ions-nous l’année prochaine. Et l’été suivant, tandis que nous nous réjouissions déjà des moments de détentes à venir avec la famille adoptive de notre père, quelle ne fut pas n otre surprise de découvrir, Bobby, seul, au bout du chemin. Il nous attendait, comme s’il av ait été prévenu de notre arrivée. Du côté des frères et sœurs de ma mère, je me souvi ens de grands repas familiaux en Normandie, pour les communions, les fêtes de Noël, avec les cousins et cousines. Nous mangions pendant des heures : trois entrées, quatre plats et un nombre incalculable de desserts. Le déjeuner à peine terminé, le dîner com mençait déjà, l’immense tablée ne désemplissait pas. J’ai partagé beaucoup d’instants avec mon père que j’ai toujours connu malade, suite à la guerre d’Indochine. Il séjournait régulièrement à l’hôpital et cependant je le verrai toujours dans une grande énergie. C’est lui qui m’a appris à faire du vélo. Je pédalais tandis qu’il tenait la selle. La première fois qu’i l l’a lâchée je me suis écrié : — Ça y est, j’y arrive ! Et j’ai percuté une grand-mère qui passait par là. Nous écoutions ensemble les matchs de boxe à la rad io ; l’un des champions phares 3 de ces années-là était Jean-Claude Bouttier . Je garde de nos week-ends plein de petits bonheurs comme l’odeur du steak haché de cheval/frites que préparait ma mère, les parties de pétanque avec mon père sur l’esplanade des Invalides, (avant, ce terre-plein n ’existait pas.) Parfois je faisais équipe avec lui, parfois avec d’autres jeunes de mon âge, cela dépendait. Un jour, j’ai parié 1 franc, mes parents l’ont su et je n’ai plus eu le d roit d’y aller. Dommage, c’était très convivial. Je n’ai pas fait de grosses bêtises, excepté peut-ê tre lorsque j’ai eu mon pistolet à air comprimé. Je me planquais pour tirer de petites bal les en plastique sur les passants jusqu’à ce que deux femmes se plaignent à ma mère. Je me suis bien fait engueuler et jcrètement la mobylette de ma sœur, et de’ai arrêté. Il m’arrivera bien sûr d’emprunter dis me « planter » avec… Souvent, mes parents prenaient « l’apéro » au café d’à côté. Tandis qu’ils entamaient une partie de 421, nous jouions au flipper. De temp s en temps, des amis nous rendaient visite et là, c’étaient des parties de belote jusqu e tard dans la nuit. Je finissais par m’endormir sur le canapé bercé par les voix et les rires des adultes. À l’époque, il n’y avait pas la télévision. Il était donc assez couran t de se retrouver autour de divers jeux et ainsi de partager des instants animés. Nous avons e u notre premier téléviseur aux alentours de 1968-1969. Je me souviens bien des pro grammes de l’ORTF. Le mercredi soir,La Piste auxétoiles, que nous avions le droit de regarder, car le jeud i c’était congé scolaire. Tous les autres soirs, nous allions nous coucher après avoir vu Nounours, la vedette de l’émissionBonne nuit les petits. Bien sûr en 1969, il y aura les premiers pas de l’homme sur la lune… Avant, il y eut mai 68. De ces temps troublés, il m e reste en mémoire la joie de ne pas avoir d’école pendant deux mois et l’image d’un nom bre impressionnant de CRS, entourant la Chambre des députés. Nous grandissons. Depuis qu’elle a dix ans, ma sœur a sa chambre au bas de l’escalier, en face de chez nous. Il suffit de monter quelques marches, pour découvrir, sur le côté droit, une porte dans le mur, presque invis ible. Moi, je dors dans la loge de mes parents. Mais bientôt je m’installe dans une chambr e de bonne du quatrième étage, avec vue sur le ciel, grâce au Velux. Elle est meublée s uccinctement, d’un lit, d’un placard et d’un lavabo, mais c’est mon chez-moi, mon univers. Du coup, je me suis trouvé un nouveau défi. Je me chronomètre en descendant les e scaliers. Le but, aller de plus en plus vite.Le challenge, j’adore ça. C’est instinctif. Je ne me pose pas de questions, ça se fait, c’est tout.
1 Patronage : organisation, œuvre qui veille sur les enfants, les adolescents en organisant leurs loisirs pendant leurs congés.
2 Catéchisme de persévérance : catéchisme plus développé, dont les enfants suivent l’enseignement après la première communion solennelle.
3 Jean Claude Bouttier est un ancien champion de boxe. Sur 72 matchs disputés il en remporta 64 dont 43 par k.o. et fut champion d’Europe poids moyens en 1971 et en 1974.