Le violon blessé

Le violon blessé

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Livres
450 pages

Description

C’était il y a 51 ans. Henri Charles Bonnet envoie à Magdeleine une lettre quotidienne dans laquelle il raconte ses péripéties militaires, en France puis en Algérie.

Ce journal, nettoyé de ses banalités, redondances et formules intimes d’amour et de désespoir est à l’origine du Violon blessé. L’auteur y ajoute ensuite ses « réminiscences » d'aujourd’hui, qui mettent en lumière ce qu’il n'avait pas pu écrire à l'époque – que ce soit pour ne pas affoler son entourage ou par pudeur.

À la mort de Magdeleine, l’ouvrage connaît une longue éclipse. Puis, une fois le temps du deuil révolu, l’auteur remet sur le métier ces « maux croisés » et les étoffe : extraits de lettres de son épouse Magdeleine, de ses parents, de ses proches, de professeurs, d’amis...

En décembre 2012 le point final est apposé et Le violon blessé est prêt à vivre sa vie.


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Informations

Publié par
Date de parution 22 juillet 2013
Nombre de lectures 25
EAN13 9791020321466
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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LE VIOLON BLESSÉ

Henri Charles BONNET

Le violon
blessé

FRANCE – ALGÉRIE – FRANCE
1er Juin 1959 – 24 août 1961

Éditions Baudelaire

Photographies réalisées par l’auteur

© Éditions Baudelaire, 2013

Envois de manuscrits :
Éditions Baudelaire – 11, cours Vitton – 69452 Lyon Cedex 06

Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants cause, est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.

SOMMAIRE

VOLUME I

Prologue : Le sursis inutile

CHAPITRE 1: Classes à Clermont-Ferrand

CHAPITRE 2 : La Nouba du 1er régiment de tirailleurs marocains

VOLUME II

CHAPITRE 1 : Croisière sur le Sidi Bel Abbes

CHAPITRE 2: La Glacière

CHAPITRE 3: La planque aux Trois Marabouts

CHAPITRE 4 : Court séjour à Oran

VOLUME III

LE CENTRE D’INSTRUCTION

VOLUME IV

CHAPITRE 1 : Errance moutonnière

CHAPITRE 2: Consultation à l’hôpital d’Oran

CHAPITRE 3 : Démobilisation, sur le chemin du retour

ÉPILOGUE:

À Magdeleine

(…) Et il y avait quelque part, dans l’invisible, une douzaine d’autres hommes qu’on ne connaissait pas, qu’on avait jamais vus. (…) Ces gens-là prenaient des résolutions auxquelles on n’avait point de part et dont on n’apprenait pas le détail et décidaient ainsi, sans appel, de ma propre vie et de celle de tous les autres (…)

Stéphan ZWEIG
Extrait de Le monde d’hier

C’était il y a 51 ans, j’envoyais à Magdeleine quotidiennement une lettre décrivant mes 28 mois de péripéties militaires, dont 24 en France, puis 24 en Algérie.

Ce journal, reporté sur informatique, est présenté, ici, nettoyé de ses banalités, redondances et formules intimes récurrentes d’amour et de désespoir. J’ai rédigé ensuite les inserts, sous le titre de « réminiscences », qui rapportent mes commentaires d’aujourd’hui et mettent en lumière des faits que je n’avais pu écrire à l’époque, soit pour ne pas affoler mon entourage ou tout simplement par pudeur et qui éclairent cette chronique, mettant en miroir mon histoire personnelle et les « évènements » qui ensanglantèrent cette période douloureuse. (Prés de 30 000 morts !)

Puis en janvier 2003 ce fut la mort de Magdeleine, destinataire virtuelle de cet ouvrage qui subit alors une longue éclipse. Le temps du deuil ayant cheminé, en 2006 j’ai remis sur le métier ces « maux croisés » et les ai complétés d’extraits de lettres de mon épouse Magdeleine, de mes parents, de proches, de professeurs, d’amis et enrichi de photos personnelles. Après 50 ans de maturation j’aime imaginer mes deux filles, mères de famille maintenant, lisant pardessus mon épaule, m’encourageant et me blâmant tout à la fois… peut-être ?

VOLUME I

PROLOGUE

Le sursis inutile

— De Gaulle, tu verras !

La rumeur :

— Tu verras… cette guerre se terminera… forcément… un jour !… de Gaulle… !

Dès 1954, l’obsession de ce départ annoncé me tarauda, inéluctablement, interminablement. Une mort sans gloire, ou pire une mutilation, pourrait être mon lot dans un proche avenir. J’appréhendais cette longue péripétie imposée par ces puissances obscures sur lesquelles je n’avais pas de prise et qui mettront un terme à ma « carrière » de violoniste ; angoisse amplifiée par la perspective de l’inévitable hiatus imposé également à ma vie familiale. Dans l’espoir d’une issue pacifique toujours plus lointaine, je fis traîner le sursis au-delà du possible, mais la guerre n’en finissait pas de finir !

Inéluctablement, la 59 1 B, ma classe de sursitaire, fut appelée sous les drapeaux – en juillet 1960. Je me soumis, ainsi que bien d’autres jeunes gens de mon âge, et l’angoisse tendue, tenace, qui nourrissait mon anxiété coutumière, me tiendra compagnie, fidèlement, des mois durant, creusant, fouillant, là, au creux de l’estomac, crabe nourri d’un enchaînement de processus incontrôlables manœuvrés hors du champ de mon libre consentement. Pire ! La famille, les amis, acceptaient, mollement, mon départ annoncé pour cette guerre innomée, dite de maintien de l’ordre.

Et chacun de dire :

— Henri va partir en Algérie, une évidence incontournable !

Enfin l’étau se referma m’offrant, en guise de consolation, un service fragmenté : 14 mois en France, 14 mois en Algérie, privilège de l’homme marié ! Les autres, moins chanceux, se voyaient expatrier 28 mois d’affilée et certains, avant nous, plus malchanceux encore, s’étaient vus imposer un service de 36 mois.

La rumeur :

— À l’issue des 14 premiers mois, allons donc ! La guerre sera finie, vous verrez !

28 mois après, j’ai vu !

« JE VOUS AI COMPRIS »

Extrait du discours du général de Gaulle,
le 04/06/58 au forum d’Alger

Je vous ai compris ! Je sais ce qui s’est passé ici. Je vois ce que vous avez voulu faire. Je vois que la route que vous avez ouverte en Algérie, c’est celle de la rénovation et de la fraternité. (…) Et je dis la fraternité parce que vous offrez ce spectacle magnifique d’hommes qui, d’un bout à l’autre, quelles que soient leurs communautés, communient dans la même ardeur et se tiennent par la main. Eh bien, de tout cela, je prends acte au nom de la France et je déclare, qu’à partir d’aujourd’hui, la France considère que, dans toute l’Algérie, il n’y a qu’une seule catégorie d’habitants : il n’y a que des Français à part entière, avec les mêmes droits et les mêmes devoirs. (…) (Source INA)

HISTORIQUE

La guerre d’Algérie se déroule de 1954 à 1962 principalement sur le territoire des départements français d’Algérie, avec également des répercussions en France métropolitaine.

Elle oppose l’État français à des indépendantistes algériens, principalement réunis sous la bannière du Front de libération nationale (FLN).

La guerre d’Algérie, (…) entraîne de graves crises politiques jusqu’en France métropolitaine, avec pour conséquences le retour au pouvoir de Charles de Gaulle et la chute de la Quatrième République, remplacée par la Cinquième République.

Après avoir donné du temps à l’armée pour qu’elle utilise tous les moyens à sa disposition pour écraser définitivement l’insurrection, de Gaulle penche finalement pour l’indépendance en tant que seule issue possible au conflit, ce qui conduit une fraction de l’armée française à se rebeller et entrer en opposition ouverte avec le pouvoir. (Source Wikipedia)

Lettres écrites trois ans avant ma mobilisation :

MAXIME A SON FILS HENRI

Nevers, le 24/01/56

Mon cher Henri,

Je constate avec regret que tu cherches par tous les moyens à nous faire revenir sur notre décision d’attendre, pour consentir à ton mariage, de gagner ta vie. Ce n’est pas que nous sommes opposés au principe même de ton mariage avec Madeleine mais nous sommes payés pour savoir ce qu’il en coûte de se marier avant d’avoir la possibilité de subvenir aux soins du mariage.

D’autre part je me suis renseigné sur l’éventualité que vous envisagez de séjourner à Paris. (…)

Si tu n’es plus élève au Conservatoire ton sursis tombera et un séjour en Algérie n’est pas fait pour arranger les choses et je ne comprends pas ta fringale de détente et de loisirs, tu ferais mieux pendant les vacances à utiliser tes talents de violoniste. Je m’étonne que tu sois encore une fois sans le sou et, tout en reconnaissant que la vie est difficile, j’aimerais, à l’avenir, que tu me fournisses quelques justifications.

Maman me prie de vous dire de ne pas lui acheter de cadeau pour la fête des mères ; outre qu’elle a tout ce qu’il lui faut, il est anormal que nous vous donnions de l’argent pour nous acheter des cadeaux…

Excuse la sécheresse de ma lettre qui se ressent de l’habitude d’établir des rapports.

Je te prie de croire à nos sentiments les meilleurs et à notre désir de contribuer à ton bonheur.

Affectueusement

MAX

AMÉLIE À SON FILS HENRI

Nevers, vendredi

(…) Papa a envoyé une lettre, hier, où il disait que je n’avais pas besoin de cadeau. (C’était mon avis aussi) et voici que je viens de m’apercevoir que j’ai perdu le lézard semblable à celui de Madeleine. Vous voudrez bien m’en acheter un passage de l’Argue

(…) Ci-joint 1 000 FF pour la broche et le reste pour acheter des fleurs à Mme. Saint-Luc.

Je vous embrasse et travaillez bien.

MAMAN

MAXIME À SON FILS HENRI

Nevers, le 06/06/56

(…) Maman a été heureuse de constater que ton écriture s’améliore – Continue et tu arriveras à la perfection. (…)

Nous pensons, comme toi, qu’une détente est nécessaire après le travail mais je pense que tu chercheras à t’occuper pendant les vacances. Nous avons vu Jacques et Simone dimanche ; François (7 ans) travaille de plus en plus mal, ses parents nous ont demandé de le prendre à Nevers, en octobre.

Espérons que cela ira mieux qu’à Charenton. (…)

Je t’embrasse affectueusement.

Papa MAX

Nevers, le 15/06/56

(…) Je suis tellement heureux, que les mots me manquent pour exprimer ma joie. Ce premier prix de violon est, pour toi, la récompense de tes efforts acharnés de ces dernières années. Je te remercie de nous avoir procuré cette satisfaction. (…)

Papa MAX

Le 6 août 1956 : mariage d’Henri et Magdeleine

Nevers, le 31/07/56

Quelques mots pour te confirmer notre arrivée dimanche après-midi accompagnés de François pour assister à votre mariage. Jacques a dû t’écrire pour annoncer le désistement de Simone*. (…)

Papa

_________

* La femme de mon frère : Simone, qui ne m’aime pas ! Le couple s’est déchargé sur ma mère de l’éducation de leur fils Francis.

CHAPITRE 1
Classes à Clermont-Ferrand

Initiation à la vie militaire

Après un court séjour au
1er Régiment de Tirailleurs Marocains
à Bourg en Bresse

1959, le droit à l’autodétermination, le plan Challe.

Le général Challe lance le plan du même nom : Plan Challe qui aboutit à une victoire militaire sur le terrain algérien sans que la situation politique ne s’améliore, le fossé se creusant entre les communautés et les critiques internationales continuant. Le FLN (Front de Libération Nationale) constitue une armée des frontières en Tunisie. (Source Wikipedia)


MAXIME À SON FILS HENRI

Nevers, le 14/05/59

(…) Peut-être êtes-vous fixés sur l’affectation d’Henri ?

Le moral n’est pas en hausse à la maison, maman souffre d’un eczéma aux bras et au cou depuis bientôt deux mois. Comment va Monsieur Saint Luc, est-il en bonne voie de guérison ?1 Nous espérons que les applications de radium tirent à leur fin et que ce traitement ne l’a pas trop fatigué. Nous avons récupéré François2 hier, pétri de bonnes intentions pour finir l’année scolaire.

Nous avons eu la visite de Jacques3 il y a une quinzaine, Simone4 a évité la maison ; elle fuit de plus en plus ses responsabilités et, gagnée par l’énervement ne peut supporter la moindre remarque concernant François. Il paraît que nous l’élevons mal ! Je me demande ce qu’il fait chez nous ! Grand-père5 continue de relativement bien se porter. La mémoire, seule, est déficiente, il ne se rappelle rien d’un jour à l’autre. Il est probable que nous devrons prendre des dispositions pour l’accueillir à Nevers l’hiver prochain. Tante Marie6 va cahin-caha, à force de prendre des drogues, elle a la figure toute boursouflée et souffre souvent de ses rhumatismes. Tante Marthe7 a eu une sérieuse bronchite et s’en remet lentement. La vieillesse n’a rien de réjouissant.

Nous sommes allés voir, ces jours-ci, Roger et Suzanne8 ; (…)

Max

Sur le fil du rasoir

04/59, 14 heures

Les membres de la section, l’un suivant l’autre, offrent au Tirailleur Marocain sacrificateur leurs pilosités militairement superflues, première étape d’une initiation qui fera d’eux des hommes nouveaux…

— Des vrais hommes… pas des gonzesses, quoi !

Le sergent-chef, grand ordonnateur de la cérémonie :

— Rasibus! Bien dégagés sur les oreilles, hein coiffeur ! bien dégagés !

Estimant, qu’à son goût, son coupe-choux n’est plus assez tranchant, le coiffeur (marocain) affûte son redoutable outil en le faisant circuler rythmiquement sur une lanière de cuir luisante des innombrables allers retours précédents, puis il relève la jambière de son pantalon, crache dans ses mains, s’enduit la jambe de salive, constate avec satisfaction l’excellent tranchant du rasoir sur sa propre pilosité et porte enfin l’instrument à ma nuque échevelée ! Sous les doigts, peu habiles, de ce grand immolateur, je perds – mèche par mèche – mon aspect déplacé de civil et acquiers l’allure – réglementaire – d’un vrai militaire !

Chacun regagne la chambrée tentant de tuer le désœuvrement.

– 4 hommes jouent aux tarots

– 2 les regardent

– certains écrivent, d’autres sont étendus, inactifs

– l’un a les yeux rouges – le moral est bas !

–je lis Marguerite dans la nuit de P. M. Orlan, lecture qui m’évite de trop broyer de noir

– l’homme qui pleurait vient de me demander de quoi lire !

– 17 h 45: visite de l’aumônier militaire qui tente de nous intéresser à ses « curetonneries chatemiteuses ». Certains lui prêtent attention, d’autres, pas. Le saint homme ne s’attarde pas auprès de mon lit… mon indifférence peu coopératrice ne l’inspire pas.

Le « témoin de Jéhovah »

Mêlé à notre troupe hétéroclite, un jeune appelé attire notre attention par son aspect hors normes :

— Je ne me rase jamais, affirme ce grand jeune homme à l’allure douce, aux quelques longs, très longs poils, rares, qui parsèment son visage.

— Tu sais, je suis témoin de Jéhovah ! me dit-il, puis j’oublie ce particulier très particulier dès lors qu’il est ordonné à notre section de se rendre au magasin d’habillement.

Remise du paquetage

La cérémonie de la remise du paquetage est célébrée par deux jeunes prêtres qui se donnent une allure importante et bourrue. À l’abri d’un comptoir, jubé d’un obscur sanctuaire, qui laisse échapper des nappes d’odeurs « naphtalineuses » mêlées d’épais remugles de sueur, de crasse rancie et d’urine hors d’âge, les officiants revêches jettent les tenues réglementaires sur l’autel des sacrifices de l’habillement civil que s’empressent de saisir les impétrants décontenancés. Ces tenues, inadaptées à la morphologie de chacun, sont dans un état d’usure avancé et représentent le triste privilège réservé aux petits nouveaux : « Les bleus ».

En taule, l’objecteur de conscience !

À la sortie du magasin d’habillement les « bleusailles » aperçoivent le doux jeune homme encadré par deux sentinelles armées. Sans résistance de sa part, il est introduit, sans ménagement, dans une sorte de cave close d’une porte métallique, présentant l’aspect d’un dôme herbeux dont l’accès n’est possible que par quelques marches creusées dans la cour même : la taule.

— Il a refusé de porter l’uniforme, dit un sbire. Alors on le met en taule !

Plusieurs années de prison l’attendent, dit-on dans les rangs. Cet homme est capable de mettre courageusement, de façon radicale, ses convictions en accord avec ses actes ! Heureux homme ? Peut-être ?

Ce même courage me manque, bien que je sois révulsé à l’idée d’avoir à porter la mort là où je ne serai pas le bien venu, ligoté par une nation timorée qui dans un élan apatriotique m’ordonne de traverser la Méditerranée. Il me manque l’audace de refuser ouvertement ce service militaire détesté qui me fera quitter ma femme, mes amis, abandonner la pratique musicale de haut niveau acquise après tant d’efforts tenaces et cela pendant de longs mois, vingt-huit, deux ans et demi, qui seront vécus comme autant de mois de prison intérieure, et, particulièrement, comme une lourde injustice.

MAGDELEINE À HENRI

(…) À 18 heures, je suis allée chercher ta maman à la gare*. Elle se sentait malade, j’ai dû l’amener chez le médecin qui ne lui a rien trouvé mais lui a donné un traitement de trois semaines ; si cela ne passe pas, il l’enverra chez un spécialiste. Elle a un moral déplorable, est extrêmement nerveuse et a beaucoup de boutons. (…) Je ne sais pas combien de temps elle restera, ce matin elle est couchée.

Ton papa ne vient pas, car il est de garde.** (…)

Mag

Le lendemain

(…) Ta maman a dormi toute la journée et allait bien mieux surtout du point de vue nerveux, elle était calme et vraiment gentille (…) Je descends au marché avec maman, en remontant, surprise, ton papa est arrivé, il était inquiet, de ce fait ta maman décide de partir sur le champ, quoique ton papa serait bien resté. Dès qu’il est arrivé elle est redevenue autoritaire, aussi venons-nous de les accompagner à la gare et je t’écris maintenant que la maison est redevenue calme ! (…)

Mag

Soldat Bonnet : « Vous serez officier »

Convocation impérative auprès de l’adjudant ou du lieutenant, ou du capitaine, je ne sais plus :

— Bonnet, vous devez faire l’E.O.R. (École d’Officiers de Réserve).

— Cela ne m’intéresse pas, mon capitaine (ou lieutenant etc. !)

— Bon… Bonnet… si cela ne vous intéresse pas, vous irez en taule jusqu’à ce que ça vous intéresse !

Après un court, mais intense moment de réflexion :

— Bien… mon lieutenant (ou capitaine, je ne sais plus !), je ferai l’E.O.R.

Réminiscence 2011

Je ne récoltais que ce que j’avais semé, car je m’étais appliqué à briller lors de l’examen d’incorporation ; les supérieurs avaient alors estimé que je ferais une bonne graine d’officier de réserve ! Belle erreur ! Je terminerai mon interminable service avec le grade (qui n’en est pas un) de caporal, simple homme de troupe qui sert, essentiellement, à décharger les petits gradés, sergents ou adjudants, de la surveillance des basses besognes : corvées, surveillance des taulards, gardes à répétition !

MAXIME À SON FILS HENRI

Nevers, le 27/05/59

(…) Nous étions loin de penser que tu quitterais Bourg aussi rapidement.

Nous pensions musique et tu réponds E.O.R. Dans un sens, tu seras dans un milieu plus relevé qu’avec tes tirailleurs Marocains et tu en retireras quelques satisfactions. (…)

Maman a été très sensible aux termes de ta lettre et a été particulièrement touchée par tes pensées affectueuses.

Si cela t’est agréable je pourrai aller passe quelques heures avec toi, un dimanche ? (…)

Premier contact avec la réalité « voyoutomilitaire »

La veste de treillis est abandonnée quelques instants, accrochée au portemanteau des douches ; passe une ombre furtive qui subtilise mon portefeuille avec tous les papiers nécessaires à la vie d’un citoyen français et la très belle montre gousset Lip offerte par mon père. Ce rude contact avec la réalité des comportements primitifs d’une certaine faune « casernicole » fera du civil un peu naïf que j’étais, un militaire suspicieux propre à préserver dorénavant ses modestes biens contre d’éventuels prédateurs endémiques.

Je quitte précipitamment Bourg et me retrouve à :

CLERMONT-FERRAND

92e régiment d’infanterie
Quartier Desaix base d’une section spécialisée
dans la brutale fabrication d’officiers de réserve

Ainsi l’autorité militaire, dans le but illusoire de me métamorphoser en officier, me dépêcha prestement au centre d’instruction du 92e régiment d’infanterie à Clermont-Ferrand. Las ! Les gradés tentèrent, sans succès, de transformer le non-violent que j’étais et reste encore, en tueur efficace.

Achats obligatoires

Furieux d’avoir été incorporé, contraint de délaisser ma famille, mon métier, je m’étais fait l’intenable promesse de ne rien débourser en ce qui concernerait le quotidien de ma vie militaire. Je fus contraint de rompre rapidement ce serment hasardeux !

– L’adjudant Legros, chargé de l’instruction de « ma » première section :

— Vous devrez acheter l’insigne du régiment, en vente au foyer !

— Je n’ai pas d’argent, mon adjudant, il n’en est pas question !

— Très bien, comme vous voulez, sans insigne, vous ne pourrez sortir de la caserne !

Moi qui ne rêvais que de fuir cet enfermement « casernatoire », je fus mis au pied du mur (à défaut de pouvoir le faire !) et achetai, à contrecœur, l’insigne obligatoire orné du fier moustachu natté et ailé. Ainsi que la prison, l’armée ne fournissait aux recrutés malgré eux, ni savon, ni lessive, ni dentifrice, ni brosse à dents, ni papier à lettres, ni papier hygiénique, etc. Obligé de me conformer à ces contraintes mercantiles, enfermé dans mon entêtement, je refusai de prendre à ma charge des souliers adaptés à la marche : ces fameux « rangers » disponibles à un prix élevé au foyer. Ainsi il me fut attribué ces « chaussures à clous » réglementaires, de vrais brodequins à semelle cloutée, au cuir dur comme de la tôle qui m’ensanglantèrent les pieds et muèrent la route serpentine, asphaltée, pentue qui relie le camp de la Fontaine du Berger (au pied du Puy de Dôme) au quartier Desaix, en douloureuse patinoire.

Première marche, premières souffrances

– 6 heures, départ en direction des côtes de Clermont pour atteindre « la Fontaine du Berger », terrain de manœuvre du 92e R. I. situé à la racine du Puy-de-Dôme.

– rythme rapide et arrivée au sommet, les pieds en feu, écrasé de fatigue.

– courte pose

puis : exercices de combat – camouflage – planquage – orientation – estimation des distances etc.

–12 heures : absorption rapide de la nourriture venue par camion dans des marmites norvégiennes – salade – haricots – boudin cerises… le tout en menue quantité.

Repos, puis

– 14 heures : reprise des hostilités

– 16 heures : maniement d’armes pour toute la compagnie (6 sections de 20 à 90 bonshommes) (gus, nous disions) commandée par le capitaine

– 18 heures : dîner

– 19 heures : combat de nuit – exercices d’orientation dans le noir, long topo, il fait très frais, le treillis et la chemise ne protègent pas du froid pénétrant

– retour à travers les taillis, jusqu’au cimetière, et là:

– rassemblement de la compagnie et descente sur Clermont. Retour par un chemin plus court, moins pénible

– 23 heures : arrivée à la caserne

Le lendemain :

– 6 heures : heure habituelle du lever. Les caporaux et sergents se montrent insupportables, accumulant vexations sur engueulades ! Ont-ils été sermonnés par le capitaine ? Un mauvais moment à passer !

– tout au long de la matinée, au stade, tests d’endurance physique :

– flexions sur les bras (les fameuses pompes) !

– abdominaux

– porter 30 kg de sable sur 100 m

– grimper de corde

– reptation

et pour finir un 1 000 m

Faut-il avouer que dans toutes ces viriles activités je brille par mon incapacité à soutenir tout effort physique soutenu qui devrait faire de moi un militaire digne de ce nom ?! Je vis, en direct, l’amorce des brimades qui me tiendront compagnie tout au long de mon service, qui feront de moi un parfait bouc émissaire des petits gradés, ces vaches !

— Bonnet vous surveillerez les chambres, cet après midi, on vous apportera votre repas.

Mais je la « sauterai » car on oublia de m’apporter mon repas et pas question d’abandonner mon poste dont dépend la sécurité de toute la caserne… !

Réminiscences 2011
L’école des robots

De la pratique musicale à la pratique militaire

Des heures de répétition, voire de rabâchage, accroché à un instrument de musique récalcitrant, le violon en l’occurrence, n’avaient pas rendu mon corps apte à résister physiquement au traitement ardu qui me fut imposé ; je n’étais en rien préparé à affronter ce déferlement d’exercices destinés à faire de moi un défenseur efficace de la patrie en danger ! Moi, le fantassin Bonnet, devait subir ces exercices répétitifs, douloureux, traumatisants, attentatoires à la dignité, nommés « maniement d’armes ». Ces épuisantes pratiques avaient pour but d’inculquer aux néophytes de mon acabit l’art de se battre, de tuer ou d’épargner sa propre peau… croyez-moi, en ce qui me concerne, ce fut un fiasco ! Pour ceux qui n’ont pas eu la chance de servir militairement la patrie, voici un petit cours succinct concernant cette activité hautement instructive : le « maniement d’armes ».

Au cours de longues, longues heures, la section, alignée, doit répéter longuement et refaire obstinément des gestes automatisés, dans l’intention de transformer un individu, comme moi et vous, en un robot lobotomisé apte, en des circonstances particulières, le plus souvent publiques, (défilés, prises d’armes) à répéter et refaire ces mêmes gestes sous la contrainte verbale d’autres individus ayant pour tâche de soumettre des individus, (comme vous et moi) à se mettre en situation d’effectuer une gestique détestée, fondamentalement douloureuse, qui déforme le corps et vide l’esprit ; le système, bien rodé, fonctionne depuis la nuit des temps sur la base d’un discours élémentaire, récurant, redondant :

— Bande de cons ! (d’andouilles, de brelles, de pédés, de gonzesses, au choix.)

— J’veux voir qu’une tête – c’est mou – on n’entend pas claquer les crosses.

— Si vous arrivez pas à m’faire ce mouvement à la perfection, tous, j’vous dis bien tous, j’vous « sucre » vos perms pendant quinze jours au moins, à tous.

— M’avez bien compris, bande de pédés, bordel de merde ! Les contractures installées dans mes épaules et mes mains, héritées de ces pratiques contre nature, sont toujours présentes plusieurs décennies après, ainsi que mon incapacité à supporter le commandement aussi bien familial que civil !!!

Clermont, le 03/06/59

(…) Le premier quartier libre, premier contact avec le monde civilisé, sera sans doute accordé mardi… ?

(…) Du colis, je n’ai entamé qu’un cake, il est délicieux, provient-il de « notre » pâtissier ? Je m’attendais à trouver un réchaud (à pétrole solidifié) qu’est-il devenu ?

Les grandes lettres que tu m’écris sont lues et relues, elles me font vivre quelques moments avec toi, cela m’est indispensable. (…)

Henri

Brimades

Extrait brutalement – trop souvent à mon goût – de mon sommeil par le soudain basculement de mon lit au mitan de la nuit, las de soigner mes bosses et aspirant à un sommeil réellement réparateur, un soir, je décidais de me munir d’une lampe de poche et résolus de rester éveillé. Peu après minuit, remue-ménage feutré dans la chambrée, on s’approche à pas de chat de mon lit ; sur le qui-vive, je braque la lumière de ma torche qui révèle le visage étonné d’un jeune péteux, sergent d’active réputé pour son mauvais comportement visà-vis des appelés. Dépité, ce petit (tout petit !) gradé disparaît suivit de la petite troupe de conjurés qui l’accompagne en pouffant. C’est ainsi que le soldat Bonnet retrouva le sommeil, pour un temps !

On en rencontrera dans ce récit nombre de ces petits chefs, qui se sentent investis du droit et du devoir « d’emmerder » quiconque a le malheur d’être dans leur sphère d’autorité et qui s’épanouissent sur le bourbier de la vie militaire.

Réminiscences 2011
Les colis

Confectionnés et envoyés par Magdeleine, des amis, voire, très rarement, une administration, les colis ponctuèrent agréablement ma vie d’« encaserné ». Outre l’aspect de complément alimentaire, la bouffe de l’ordinaire « casernal » étant – ordinairement – peu appétissante et carencée, ces envois étaient bienvenus et représentaient – à point nommé – ce lien affectivement fort qui reliait le dehors avec le dedans. Le volet « gâterie » n’était pas négligeable non plus, bonbons et gâteaux contrebalançaient, bien faiblement mais de façon relativement importante, le vide affectif inhérent à ce mode de vie sommaire imposé. Le partage avec des camarades de misère renforçait l’entente, aspect positif équilibrant les inconvénients liés à ce demi-enfermement collectif.

MAXIME À SON FILS HENRI

Nevers, le 05/06/59

(…) Il me semble bien que la visite à Clermont de Madeleine soit pour dimanche. (…) Je souhaite que vous passiez une bonne journée et que vous puissiez, réciproquement vous donner du courage dans votre entrevue (…) Max

Répit inopiné

(…) Il est 17 heures, face à la gare de Clermont, installé nonchalamment, vautré à la terrasse d’un café, je me délecte d’un demi bien frais !

Contre toute vraisemblance, j’ai pu m’échapper de la caserne, voici pourquoi : ce matin, réunion de la 2e section E.O.R.

Ordre du jour : l’apprentissage d’un chant de route. Je suis désigné pour faire brailler les hommes.

Le pont de la rivière Kwaï est sur la sellette. Afin de limiter les dégâts j’ai demandé à ces « petits chanteurs à la gueule de bois » d’articuler et de placer quelques accents. Puis il a été question que je leur fasse apprendre des chants à plusieurs voix. (!) (utopie !)

La hiérarchie décida que je devais bénéficier d’une permission exceptionnelle afin de me rendre en ville pour acheter des partitions de chants. Ainsi je suis attablé, inopinément, à la terrasse de ce café, face à la gare de Clermont. Je m’en retourne à la caserne avec quelques chants militaires, ainsi qu’un cahier de chants à voix unies de W. Lemith – tout le reste était du César Geoffray (un vrai trust du chant choral ?) (…)

Henri

07/06/59 : voyage de De Gaulle à Saint-Étienne.

Extrait du discours :

(…) œuvre humaine au-dedans d’elle-même, c’est ce que la France est en train d’accomplir, œuvre humaine en Algérie, c’est ce qu’elle est en train de faire. Il s’agissait, il s’agit toujours de faire en sorte qu’en Algérie, chacune, chacun ait à son tour la Liberté, l’Égalité et la Fraternité. Nous avons établi en Algérie, dès à présent, l’égalité des droits, que ce pays n’avait jamais connu. Et à partir de là, le développement suivra d’autant plus vite, bien sûr, et d’autant mieux que l’apaisement se produira plus vite. (…) (Source INA)

Les chanteurs à la gueule de bois !

— EN AVANT… MARCHE

— Ann’ deuill’ – Ann’ deuill’.

— CHANTEZ

Les recrues recrues :

— Hello/le soleil brill’/brill’/brill’.

— J’VOUS ENTENDS PAS !

— Hello/nous reviendrons bientôt.

— PLUS FORT – vous m’avez compris ?

— PLUS FORT – Ann’ deuill’ – Ann’ deuill’.

— BONNET, comment vous leur avez appris à chanter ?

— V’z’aurez pas d’perm’, sucrée qu’elle s’ ra, la perm’, si y chantent pas plus fort ! Sucrée j’vous dis !

Ann’ deuill’ – Ann’ deuill’ – V’z’êtes pas des gonzesses, quoi !

Ann’ deuill’ – Ann’ deuill’.

— Hello/le soleil brill’ – brill’ – brill’.

— J’vous entends pas, bande de châtrés

— Hello/nous reviendrons bientôt, beugle la troupe.

— J’VOUS ENTENDS PAS ! bande de gonzesses !

Ann’ deuill’ – Ann’ deuill’.

— BONNET, v’z’avez pas été capable de leur apprendre à chanter…

— À chanter fièrement et fort…

— Comme des militaires qu’on entend de loin.

— Pas comme des fillettes…

— Hello/le soleil brill’/brill’/brill’/…

— J’ENTENDS RIEN !

— Hello/le soleil brill’/brill’/brill’

— Hello/nous reviendrons bientôt

— BONNET!… V’z’aurez pas d’perm’, et toute la section avec… jusqu’à nouvel ordre !

Ann’ deuill’ – Ann’ deuill’.

— Allez, on reprend.

— Et que j’vous entende bande de brelles !

— Hello/le soleil brill’/brill’/brill’/…

— J’ENTENDS TOUJOURS RIEN !

Ann’ deuill’ – Ann’ deuill’.

— Hello/nous reviendrons bientôt.

— Allez… c’est dit : v’z’aurez pas de perm’ !

— Sucrées qu’elles sont, les perms !

Ann’ deuill’ – Ann’ deuill’ – An douill’s – An douill’s…

Réminiscences 2011
Faire viril

La découverte du chant militaire bouleversa les certitudes du musicien Henri Bonnet sur la meilleure façon de chanter et il dut, de plus ou moins mauvaise grâce, se plier à la martiale tradition : éructer le texte avec accent sur la dernière syllabe raccourcie sèchement, brutalement, chanter le plus grave possible et le plus fort possible… pour faire viril !

Fantassin ! Fantassin tu es, fantassin tu resteras, donc, MARCHE !

Donc je marche en direction du champ de manœuvre de notre unité à la Fontaine du Berger, à la racine du Puy de Dôme, je le rappelle. De la caserne Aubry à la Fontaine du Berger, plus de 14 km dont 10 de montée ardue, sont dévolues aux fantassins, futurs officiers en formation ; ajoutons le bruit infâme des godillots cloutés, le poids du sac bourré de choses inutiles, ainsi que du lourd et antique fusil Mas 36 (conçu en 1936 par la Manufacture d’Armes de Saint-Étienne).

— Ah ! tenir le coup…

— Ne pas flancher malgré la colique qui me tord les intestins, la chaleur qui fait fondre l’asphalte et mes mollets…

Si — si si — sol – mi mi.

Le concerto pour violon de Mendelssohn, gloire éphémère de mes études musicales passées, hymne à Ma liberté, gravite obsessionnellement dans ma tête surchauffée, accompagné de la scansion lancinante des godillots cloutés.

— si Do si la la, la ré#… si Do si la la, la mi… (la dernière côte…?)

Si, si si… Sol, mi mi… (la dernière ligne droite… ?)

Si sol fa# mi do mi si… (en peux pluuus…)

Si, si si… fa# sol La sol fa# sol… (le souffle me manque…)

— ré# mi Fa# mi ré# mi… (aller jusqu’au bout…)

— la# si Do si la# si… (suivre la cadence des autres marcheurs…)

— fa# sol La sol fa# sol… (si mal aux pieds…)

— mi sol si mi mi sol si Mi, mi mi…

— Section – HALTE !

Haletant, mêlé au transhumant troupeau, les pieds en sang, la poitrine en feu, j’arrive enfin sur le plateau inhospitalier de la Fontaine du Berger sous la garde inquiétante du Puy de Dôme.

Ce bon vieux Mendelssohn, comme sauveur du piètre marcheur que je suis : inimaginable !

— Posez les sacs, cinq minutes de repos, vous pouvez fumer !

Lettre d’un copain, exporté en Algérie

El Milha, le 06/06/59

Cher copain,

C’est avec retard que je viens te donnez de mes nouvelles (…) depuis quelques jours on a un B M C et je te jure qu’il a du succé car il y a trois poupées qui ne sont pas mal et qui baises surtout bien mais sa ne vaut pas les bals avec une pucelle bien parfumée (…) reçois d’un copain ses meilleures amitiers d’Algérie.

Guiton

(Orthographe garantie d’origine.)

La vie sans musique est tout simplement une erreur, une fatigue, un exil. Friedrich Nietzsche, Crépuscule des idoles, « Maximes et pointes », § 33

Crapahutage

(…)« crapahutage » (progression sur un terrain susceptible d’être sous le feu de l’ennemi)

– Au matin : instruction, comment faire des bonds, ramper…

– Le soir application : simulacre de combat sous le feu de tireurs bien dissimulés. Les balles étaient à blanc, bien évidement.

Il s’est mis à pleuvoir, nous avons terminé l’entreprise, trempés. Je n’ai rien mangé de la journée, tiraillé par la colique. Il fut question de redescendre en camion. Contrordre, nous redescendons à pied.

– La première section arrivée en bas recevra des permissions de 48 heures.