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Description

À quelques jours de ses 14 ans, Paul est confronté au terrorisme.
Sous ses yeux, sa sœur, son frère et 30 autres enfants sont pris en otages à Loyada, tout près de Djibouti en Afrique de l’est.
Deux d’entre eux seront tués, plusieurs autres blessés, lors de l’opération de libération.
Le traumatisme est toujours présent, d’autant qu’une chape de plomb s’est abattue sur cette affaire, si peu connue 41 ans après les faits.
Entre temps, Paul va connaître la maladie.
Pendant les 15 dernières années, il affrontera 3 cancers différents.
Il est toujours sous la menace de 2 d’entre eux, qui ne se guérissent pas.
Ce récit est le témoignage de son vécu de la prise d’otages et de la lutte contre la maladie.
Des moments de vie plus ou moins heureux le parsèment : ses voyages et ses rencontres à travers le monde, le harcèlement au travail,…
Le message de Paul est multiple.
D’abord, il entend redonner de l’espoir à ceux qui sont confrontés à la maladie.
La lumière peut être au bout de l’interminable tunnel.
Ensuite, il souhaite que les ex otages soient reconnus, notamment des pouvoirs publics.
Enfin, il rend hommage à ses médecins, aux libérateurs de sa sœur et de son frère, tout comme aux bénévoles qui se mobilisent en faveur de ceux touchés par la maladie ou le terrorisme.
Les droits seront versés à des associations qui soutiennent les victimes du cancer et du terrorisme.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 25 avril 2017
Nombre de lectures 3
EAN13 9791029006807
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Leçons de vie
Paul Vitani
Leçons de vie
De Djibouti à Villejuif,
en passant par la Corse,…
Les Éditions Chapitre.com
123, boulevard de Grenelle 75015 Paris© Les Éditions Chapitre.com, 2017
ISBN : 979-10-290-0680-7A v a n t - p r o p o s
« Quand tu traverses l’enfer, surtout continue d’avancer. » Winston Churchill
Je n’ai pas tout de suite prêté attention à cette photographie que je venais de scanner
d’une diapositive d’époque. C’était fin janvier 2015 et, avec Patricia, mon épouse, nous
étions partis nous reposer quelques jours en Corse. J’avais des circonstances
atténuantes. Je souffrais le martyre au niveau des lombaires depuis plusieurs mois,
malgré kiné, ostéopathie, anti-inflammatoires,…
Je ne savais pas encore qu’un troisième cancer s’installait dans mon corps.
Cette photo date sans doute du 1er février 1976. Elle a probablement été prise par
mon père.
Cette photo serait impossible à prendre aujourd’hui, non seulement parce que nous
{1}avons pris quarante années, mais aussi parce que la 13è DBLE a quitté Djibouti pour
partir à Abou Dhabi, puis, depuis 2016, dans le Larzac.
Lorsqu’elle a visionné cette photo, ma sœur Nathalie a immédiatement remarqué les
chaussures qui l’habillaient. C’était celles que mes parents venaient de lui acheter,
quelques jours avant que la photo ne soit prise. Celles que, deux jours plus tard, elle
devait porter dans ce bus maudit.
Nous étions très beaux, insouciants. Nathalie allait avoir 7 ans, Thierry avait 10 ans
et demi, Pascal filait sur ses 12 ans et j’ai eu 14 ans quelques jours après.
Cela faisait presque deux ans que nous étions à Djibouti.
École le matin, plage l’après-midi. Comment ne pas rêver une telle enfance, une
telle jeunesse, une telle scolarité ?
Certes, il y avait eu ici ou là, des attentats en ville, avec « quelques » morts et
blessés.
Un mois et demi avant, le 20 décembre 1975, un Noratlas ou Nord 2501 ; l’avion de
transport militaire ; fut menacé par des chasseurs Mig 19, forcé à atterrir en territoire
somalien, fouillé de fond en comble, car l’équipage était soupçonné de faire de
l’espionnage, avant d’être, enfin, autorisé à repartir pour Djibouti, pour la base aérienne,
la BA 188 Emile Massart, nom presque homonyme avec l’un de « mes » futurs
oncologues. Mon père aurait pu participer à cette mission.
Quelques semaines auparavant, un légionnaire fut découvert découpé en morceaux
juste à côté de notre domicile, face au club hippique.
Malgré tout, au collège Boulaos, je discutais facilement avec des copains
Djiboutiens de divers sujets, comme, avec mon camarade Saleh, de l’avenir du
territoire : « Vivement notre indépendance, afin que nous soyons maîtres de notre
destin ». Auquel je lui répondais : « vous ne pourrez jamais être réellement
indépendants, car vous n’avez que peu de ressources, et vous ne tarderez pas de le
regretter ».
Mais, nous étions au centre d’un échiquier, dont les pièces étaient manœuvrées par
la France, par les différents mouvements autonomistes ou indépendantistes, mais aussi
par la Somalie voisine et son protecteur soviétique, et, en arrière-plan, par les Etats-Unis.
Au nord du territoire, le détroit du Bab-el-Mandeb fermait la stratégique mer Rouge. La
route du pétrole, venant du golfe Arabo-persique, était trop proche.
L’enfer allait s’abattre sur nous : prise d’otages, terrorisme, enfants tués, d’autresparalysés. Sans compter une trentaine de soldats et terroristes tués « de l’autre côté ».
Jours et nuits d’angoisse, de souffrance.
Plus d’une quinzaine d’années avant que je puisse en parler sans avoir de fortes
émotions. C’est encore le cas plus de quarante années après. Je n’arriverai peut-être
jamais à évoquer tout ce que j’ai vécu, vu et que je sais, sans en parler normalement.
Pourtant, j’ai connu d’autres fortes émotions avec toutes ces maladies successives
depuis 2002.
Cette photo est très belle. Je n’ai pas tout de suite remarqué qu’elle est aussi chargée
de symboles. Symbolique parce que nous allions passer de l’innocence à la brutalité.
Symbolique, pour plein d’autres raisons encore.
Nous sommes devant l’entrée de la 13è DBLE. Notre maison est à quelques
centaines de mètres, en direction du quartier d’Ambouli. Mon père nous amenait de
temps en temps au quartier légion pour déjeuner ou diner au mess. Maman devait être à
ses côtés lorsqu’il nous a photographiés.
Nathalie est serrée dans cette croix de Lorraine, qui, forcément, renvoie au général
de Gaulle. Lorsqu’il était président de la République, fin août 1966, il se rendit à
Djibouti, dont le territoire s’appelait alors la Côte française des Somalis.
Des manifestations et affrontements meurtriers réclamant l’indépendance eurent
lieu. La légion étrangère, peut-être la 13è DBLE, soutint la gendarmerie dans les
opérations de maintien de l’ordre, qui furent meurtrières.
L’année suivante, en 1967, le Territoire français des Afars et des Issas (TFAI)
succédait à la Côte française des Somalis. La route de l’indépendance semblait tracée.
Cela n’empêcha pas la prise d’otages.
Cette croix de Lorraine était située à un « jet de pierre » de la cathédrale de Djibouti,
là où Pascal et Thierry ont fait leurs communions. Cette croix, en « terre d’islam »
comme l’on dit de nos jours, et si tenté qu’une terre doive s’intégrer à une religion,
souligne donc la proximité entre chrétienté et islam, entre Europe et Afrique.
Même s’il n’y a jamais eu à Djibouti d’oppression religieuse, cette croix renvoie
tout de même aux minorités persécutées, comme c’est le cas en Irak et en Syrie depuis
quelques années. Mais pas besoin d’aller si loin de Djibouti, puisqu’en Somalie voisine
au sud, de nos jours, les shebabs radicalisés essayent d’imposer leur vision de la
religion, de la société. Cette Somalie qui joua un rôle prépondérant dans la prise
d’otages.
En cette année 1976, d’autres minorités étaient persécutées au nord du TFAI,
lorsque l’Erythrée luttait pour son indépendance. Aujourd’hui, en Erythrée, le chef des
indépendantistes est devenu dictateur et martyrise son propre peuple.
Cette croix évoque aussi la chrétienté de l’Ethiopie voisine, dont la royauté a pris
fin au début de notre séjour djiboutien, en septembre 1974. La fleur de lys, placée entre
Nathalie et moi-même, renvoie également à la royauté, celle de Louis-Philippe 1er, qui
fonda la légion étrangère en 1831. Le roi des Français fut le dernier des Capétiens. La
fleur de lys était leur symbole.
Cela est bien plus ancien, mais comment ces plongeons dans l’histoire ne
pourraient-ils pas aussi faire songer à ce berceau de l’humanité que fut donc l’Ethiopie,
pays où je me rendis en famille en août 1975, au moment où Haïlé Sélassié 1er ; le
descendant de la reine de Saba qui séduisit le roi Salomon ; rendit son dernier soupir.
Ces plongeons dans l’histoire me rappellent aussi le Kenya ; situé à peine plus au
sud ; où, avec Patricia, nous nous sommes rendus tant de fois. Nous y avons beaucoupde connaissances, musulmanes notamment, tout comme chrétiennes. Certains sont nos
amis, indépendamment de leur foi.
Mais revenons à cette photo pour remarquer enfin, qu’à ma gauche, sont
symbolisés deux légionnaires qui montent au front.
Leur courage est justement mis en valeur. C’est qu’il en a fallu à André Soubirou,
André Milésie et Pierre Jorand, les légionnaires du 2è REP (régiment étranger de
parachutistes) pour courir, avec leurs camarades du GIGN, sous la mitraille des
terroristes et des soldats somaliens ; plusieurs milliers de balles tirées sur eux et sur les
{2}enfants ; afin d’arriver jusqu’au bus pour en libérer les otages, pour libérer Nathalie,
Thierry et leurs camarades, des assassins qui voulaient les égorger.
Ce livre rend donc également hommage à ce courage.
Il évoque aussi la brutalité des hommes, l’inquiétude, la souffrance, le traumatisme
et forcément, la culpabilité ; avec ce car que je vois partir, à l’intérieur duquel se
trouvent Nathalie, Thierry, Franck, Jean-Luc, Virginie… Ces enfants que je connaissais ;
même si leur souvenir s’est estompé. Deux d’entre eux furent tués et sont tous marqués
à vie, parfois dans leur chair.
Ce récit évoque cet événement douloureusement vécu, alors que j’étais à peine
adolescent.
Christian Prouteau nous a dit le 9 avril 2016, que ces moments l’ont fait passer, lui
et son équipe du GIGN (groupe d’intervention de la gendarmerie nationale), de la
jeunesse à plus qu’adulte. J’entrais dans mes 14 ans. J’étais donc encore loin de l’âge
adulte, mais mon enfance, une partie de ma jeunesse et de mes illusions se sont
définitivement perdues en ce début de février 1976.
Cette photo constitue donc une rupture dans ma vie.
Ce livre aborde aussi, plus largement, ces années qui ont suivi mes 40 ans et qui
furent bouleversées par la maladie.
Je m’en suis rendu compte quatre décennies après février 1976, mais cet évènement
et cette période ont vraisemblablement un lien : la maladie a répondu au traumatisme, à
la culpabilité.
Je tenais à ce que cela soit restitué.
PREMIÈRE PARTIE
L a G I S T
1
Mars 2006 : pourquoi écrire ?
« Les pires souffrances deviennent tolérables dès lors qu’on les transforme en
récit. » Karen Blixen
Je ne sais pas si j’ai été confronté à des souffrances aussi terribles que celles
endurées par la romancière danoise qui a tant aimé le Kenya et l’Afrique en général.
Néanmoins, cette écriture aura constitué un véritable ballon d’oxygène indispensable
face aux épreuves que j’ai rencontrées.
Puisse donc ce récit être d’une utilité, même la plus modeste, à tous ceux qui
traversent des moments difficiles dans leur existence, particulièrement à ceux qui
souffrent de la maladie.
Qu’ils sachent que rien n’est joué d’avance et qu’il faut profiter du mieux possible
du présent.
Ce matin de début 2006, alors que je cours en forêt de Fontainebleau, je pense à
ceux qui viennent de prendre connaissance d’un diagnostic médical qu’ils n’attendaient
pas, mais plus encore à d’autres qui combattent durement la maladie, qui se situent à un
stade que j’espère, égoïstement, ne jamais rencontrer.
Je suis bien sûr troublé par un livre écrit par Catherine. Depuis quelques semaines,
je lis chaque soir quelques pages avant de me coucher. Au départ, je n’étais pas
vraiment très attiré par ce récit, dont la présentation au dos de la couverture évoque sa
lutte contre le cancer. Nathalie a de ces idées parfois !
Comment a-t-elle pu imaginer que j’allais me plonger dans une lecture abordant un
sujet qui, certes me concerne tout autant, mais que j’essayais, dès qu’il en était question,
de fuir ou tout du moins d’éluder, notamment lors de conversations ?
Il faut dire que Catherine ; je l’appelle par son prénom, tellement ce qu’elle a écrit
m’était devenu familier ; décrit un parcours qui ressemble, à bien des égards, à mon
vécu du moment, et pas seulement pour ce qui concerne son combat contre cette terrible
maladie, mais aussi dans les conflits qu’elle a rencontrés depuis son adolescence.
Je cours donc ce matin, alors que je suis, ou plutôt subis, un traitement depuis près
d’un mois. Ces médicaments que je prends, matin et soir, ont pour objet d’attaquer et de
réduire la tumeur.
C’est ma troisième tumeur depuis près de quatre ans. Celle-ci a été détectée au
niveau de la fosse iliaque.
La fosse iliaque se situe entre le nombril et l’aine. J’ignorai moi-même cet
emplacement, avant que le Dr Ducreux, le médecin qui me suivait depuis juillet 2003 à
{3}l’institut Gustave Roussy de Villejuif, ne m’annonce les résultats du scanner passé en
novembre 2005. Cette tumeur se situe légèrement à gauche de mon nombril.
Je suis donc seul à courir ce matin, mon ami Jean, fidèle compagnon de ces
samedis matins, n’était pas disponible ce jour.
Et quand on court seul sur quelques dix kilomètres, beaucoup de réflexions
traversent l’esprit. Les adeptes de la nage ou de la course sur des durées de plusieurs
dizaines de minutes voire de quelques heures, vous diront tous que l’on ne pense pas
uniquement à cet effort du moment. La fameuse « solitude du coureur de fond ». Je n’aidonc personne à rattraper, contrairement aux autres samedis où la distance avec Jean,
devant, à quelques mètres pour le moment, ne va pas tarder à s’accroître, si je n’arrête
pas de mobiliser mon esprit sur autre chose que cette course du samedi matin.
Enfin, ce matin je n’ai pas rencontré âme qui vive, ni Chantal, la sœur de notre
ancienne voisine Catherine, qui m’encourage à chaque fois dans cet effort, lorsqu’elle
me voit passer sous sa fenêtre.
Chantal connaît bien ma situation, puisqu’elle exerçait son activité professionnelle à
la pharmacie de La Rochette, où je vais habituellement chercher mes médicaments.
Et, depuis de nombreuses années, je suis devenu un solide client de cette
pharmacie.
Patricia, qui, souvent, apporte mes ordonnances médicales à la pharmacie, et
moimême, tenons donc régulièrement Chantal et ses collègues au courant des évolutions de
ma santé.
Je n’ai pas davantage rencontré Jean-Marie qui habite la même résidence que
Chantal. Jean-Marie est lui aussi au courant de mes problèmes. Le dimanche précédent,
à la fin de mon jogging, il m’a encore prodigué d’utiles conseils.
Jean-Marie est un éminent spécialiste de l’athlétisme. Entre autres, il fut entraîneur
au club de notre commune. En outre, il coache des champions tels Delphine ou Morgan.
Alors Jean-Marie me conseille d’être davantage couvert en ce froid matin d’hiver :
« Il fait 0° C et tu devrais mettre quelque chose par dessus tes jambes nues, car cela
n’est pas bon pour la circulation sanguine et car cela peut aussi rigidifier tes muscles et
tes os, puis te faire risquer un claquage musculaire, une tendinite ou encore une fêlure
ou une cassure. Et, mets-toi quelque chose sur la tête. »
Bien évidemment, Jean-Marie me demande aussi des nouvelles de ma santé. Je lui
indique que depuis le début de ce traitement il y a trois semaines, outre certains autres
effets secondaires tels le matin, l’apparition d’hématomes autour des yeux, je ressens
une certaine fatigue :
« Avant le début du traitement, je parcourais ces 10 km en 50 minutes environ et,
depuis, cela me prend 10 à 15 minutes de plus, mais je tiens tout de même à ne pas
réduire cette distance, même si cela donne quelques instants d’inquiétude
supplémentaire à Patricia. »
Néanmoins, il m’encourage à continuer le sport, car cela ne peut être que positif
pour mon organisme, particulièrement dans ces moments difficiles.
Le Dr Lecesne, qui m’a prescrit ce traitement à l’IGR et m’a prévenu de ces risques
d’effets secondaires, m’encourage aussi à ne pas modifier mes habitudes, notamment
sportives.
« Très bien Paul, mais ne te refroidis pas, à bientôt. » Ajoute Jean-Marie. Je le salue
et pars pour la forêt.
Juste avant d’entrer en forêt, j’ai eu l’agréable surprise de revoir Rox et Rocky, les
salukis, ces élégants lévriers originaires de Perse, qui font office de gardiens d’une
superbe maison ancienne qui fait face au centre international de La Rochette. Les
décorations de fin d’année, qui font resplendir chaque nuit d’hiver, ont été retirées par
les propriétaires. Mais, ce dimanche matin, ils ont eu la bonne idée de faire sortir leurs
salukis, ce qui me met du baume au cœur et me rappelle inévitablement Janouchka et
Mélody, notre barzoï et notre lévrier afghan qui avaient partagés nos vies, quelques
années auparavant.
Donc, je « refais le monde ».Refaire le monde est bien sûr une bien prétentieuse expression, qui, en fait,
recouvre des préoccupations ou des espoirs que tout un chacun rencontre au long de
son existence.
Refaire le monde signifie plus modestement réfléchir à mes soucis professionnels
du moment, aux désaccords lors d’une récente discussion subie,… Subir, ce mot est
employé à bon escient pour la Dre Harman, pour qui j’aspire à une vie plus paisible, au
lieu de m’impliquer dans des échanges parsemés de propos violents. Les courriels et
réseaux sociaux n’ont rien arrangé. Beaucoup de contacts ne se font plus que par leur
biais et la violence des propos est trop souvent présente, au détriment de l’écoute.
Heureusement, lorsque je cours, je ne me remémore pas que ces tristes aspects
négatifs de la vie.
Refaire le monde cela signifie aussi se rappeler ces voyages et nos rencontres,
notamment au Kenya, où, avec Patricia, nous nous sommes rendus si souvent.
Bien évidemment, je songe à Marco et à sa petite famille qui doit éprouver les pires
difficultés pour survivre ; le mot n’est hélas pas trop fort ; à Ukunda, tout près de
Mombasa, le grand port de l’Afrique de l’est.
Refaire le monde, c’est donc, en forêt ce matin, imaginer ce que je peux faire pour
aider les autres à vaincre leur maladie.
2
D’avril à juillet 2002 : première alerte
« Celui qui a été, ne peut plus désormais avoir été. Désormais, le fait mystérieux et
profondément obscur d’avoir vécu est son viatique pour l’éternité. » Vladimir
Jankélévitch
C’est quelques jours après ma sortie de la clinique, lors d’une consultation avec le
Dr Didier Flament, que j’entendis pour la première fois parler de tumeur.
Nous étions en juillet 2003, l’été de la fameuse canicule.
Un an avant, j’avais été hospitalisé pour moins d’une semaine au sein de cette
même clinique.
Un samedi après-midi de mai 2002, j’avais été pris de violentes douleurs à
l’abdomen. Le matin, j’avais couru en forêt avec Jean et, tour à tour j’avais très chaud
ou froid, alors qu’à l’extérieur il faisait une bonne vingtaine de degrés. Cela durait
depuis une bonne heure et, malgré les aspirines et autres médicaments que Patricia
m’avait préparés, la douleur ne se dissipait pas. Elle supplantait largement mes
sensations de variations de températures.
Certes, j’avais mangé ce midi un morceau de fromage dont la date limite de
conservation était dépassée d’un ou deux jours, mais cela ne pouvait pas expliquer un tel
ressenti, une telle douleur.
À l’époque, je croyais disposer d’un estomac « en béton ». Au moment où
j’écrivais ces lignes, je disposais toujours d’un bon coup de fourchette et, comme le
disait souvent Patricia : « il vaut mieux m’inviter au cinéma qu’au restaurant. »
Désormais, je fais plus attention à ma nourriture, en qualité, comme en quantité.
Ce samedi de mai, Patricia me dit alors que je n’ai pas d’autre choix que d’aller
consulter le Dr Alain Rosamond, mon médecin généraliste. Alors qu’habituellement, je
m’y rends à pieds, puisque son cabinet est distant d’à peine quelques centaines de
mètres de chez nous, Patricia m’accompagna en voiture. Mes jambes me portaient avec
les pires difficultés.
Le Dr Rosamond me reçut rapidement. Il me suggéra, outre un traitement
médicamenteux, de consulter le Dr Flament, spécialiste de ces questions intestinales et
dont la réputation est avérée.
Cela se fit dans la semaine. Il me proposa de passer des examens d’échographie et
de scanner, puis de m’hospitaliser quelques jours après. Je ne voyais pas d’autre
solution, d’autant que mes douleurs n’étaient atténuées que par le traitement prescrit par
le Dr Rosamond.
Je connus donc cette clinique pour la première fois côté patient.
Un nouveau traitement me fut administré, ainsi que l’application de poches de glace
sur mon ventre. Peu à peu, la douleur s’estompa et je pus suivre quelques rencontres de
la coupe du monde de football à la télévision.
Elle venait de démarrer en Corée du sud et au Japon. Finalement, me disais-je, cette
hospitalisation avait presque du bon, puisque, au lieu de travailler, je pouvais assister à
ce spectacle, alors que décalage horaire oblige, il avait lieu en journée.
Début juin 2002, après ces quelques jours d’hospitalisation, le Dr Flament me revitavec Patricia, pour m’annoncer le verdict du moment : j’avais été victime d’une
inflammation d’un diverticule situé à la limite de l’intestin grêle et du colon. Auparavant,
je ne connaissais pas l’existence de ces diverticules. En consultant internet, j’appris qu’il
s’agit d’excroissances présentes chez certains patients. Le docteur indiqua même que je
n’en entendrais plus parler de mon existence.
Il ajouta, à la grande surprise de Patricia, que nous n’avions pas besoin d’annuler le
voyage prévu la semaine suivante en Turquie. Le Dr Flament me recommandait
uniquement de respecter un régime.
Il prévoyait notamment, pendant un mois, de ne pas manger de nourriture à base de
féculents ou encore de ne pas boire de la bière.
Une seule fois durant ce séjour près d’Antalya sur la côte méditerranéenne, je
ressentis une petite douleur au niveau du ventre. Je dois concéder que, le soir précédent,
je n’avais pu résister à un plat local, très attirant, accompagné de pommes de terre. Mais
ce ne fut qu’une petite alerte puisque je pus, non seulement me baigner et faire quelques
brasses en Méditerranée, mais aussi faire quelques excursions à Antalya bien sûr, à
Pamukkale admirer ses cascades d’une blancheur extrême ; ou encore, pendant deux
jours, dans la superbe Cappadoce parsemée de cheminées naturelles.
Le niveau de développement de la Turquie me surprit, ainsi que la place de la
laïcité. Les plages d’Antalya sont fréquentées par des jeunes filles ou jeunes femmes en
maillot de bain. Dans les rues de Turquie, on rencontre bien davantage de femmes en
jean qu’en vêtements religieux.
Une autre anecdote me vient à l’esprit : lors d’une excursion, notre bus s’arrêtant en
pleine campagne pour que les passagers puissent se dégourdir les jambes ou se rendre
aux toilettes, je me rapprochais de paysans en habits traditionnels, afin de prendre une
photo typique. Ne parlant pas un mot de turc, je faisais des signes censés demander à ce
couple si je pouvais les photographier. Quelle ne fut pas ma surprise d’entendre le mari ;
{4}je suppose ; me lancer en anglais : « yes, you can ! » .
Je ne savais alors pas, qu’en 2008, ces 3 mots serviraient de slogan de campagne
électorale à Barck Obama.
{5}Dans la foulée, cet agriculteur me demanda : « where are you coming from ? »
Je revenais de Turquie avec une vision totalement différente de sa population alors
que, avant de m’y rendre, je ne voyais qu’un état liberticide sous la menace permanente
d’un coup d’Etat militaire, incapable de prendre du recul par rapport à son histoire,
notamment aux massacres dont furent victimes des milliers d’Arméniens et d’autres
minorités lors de la première guerre mondiale et dans les années qui suivirent.
Même si de nouveaux efforts dans les domaines de la mémoire et des libertés
démocratiques restent à faire, ce pays et ses habitants méritent beaucoup mieux. Il se
situe aux antipodes de nombreux a priori que l’on a vu ressurgir lors de la campagne du
référendum sur la constitution européenne ou encore lors de la révision constitutionnelle
de 2008.
Il est regrettable que, depuis, un nouvel autocrate et sa clique se soient emparés du
pouvoir, en allant parfois jusqu’à brimer les minorités, voire jusqu’à jouer avec le feu,
avec des extrémistes religieux. Hélas, depuis la chute du mur de Berlin, alors que l’on
pouvait croire que la démocratie avait, enfin, triomphé, cette liste « d’hommes forts »
n’a fait que s’allonger.
Quelques semaines plus tard, en juillet 2002, lors d’une nouvelle visite au Dr
Flament, celui-ci me confirma que nous nous voyions certainement pour la dernière foiset que je n’entendrais plus jamais parler de ce diverticule.
3
Mai et juin 2003 : tumeur à l’intestin grêle
Le 17 mai 2003, soit environ un an après les premières violentes douleurs ressenties
au niveau de l’abdomen, les mêmes, en pire, réapparurent. Comme en 2002, cela se
produisit un samedi. Je m’étais levé souffrant.
Un peu plus tard dans la matinée, j’avais eu le plus grand mal à suivre Jean. J’avais
dû même m’abstenir de courir sur une grande partie du parcours. Pour résumer, ce
matin-là, Jean courait, pendant que je marchais péniblement. Sur le coup, je pensais à
cette tranche de saumon que j’avais mangée la veille. Elle ne m’avait pas beaucoup
inspiré. L’après-midi, ces douleurs ne s’estompèrent point et je ne voyais pas d’autre
solution que d’aller consulter le Dr Rosamond.
Il fut étonné de me voir souffrir autant, un an après avoir, lui aussi, écarté
l’hypothèse d’une quelconque « rechute » du diverticule. Il me donna un traitement
similaire à celui de l’année précédente, en me recommandant d’appliquer des poches de
glace sur le ventre, avant, bien évidemment, de revoir le Dr Flament.
Le 22 mai, je consultais le Dr Flament, dix mois après ce qui devait être notre
dernière entrevue. Il me proposa de passer de nouveaux examens d’échographie et de
scanner, ajoutant qu’une opération chirurgicale était possible.
En cette année 2003, mes activités physiques et sportives ne s’arrêtaient pas aux
footings, puisque je faisais partie d’une équipe de football et, qu’avec Patricia, nous
pratiquions le roller en club, à d’Avon.
Ainsi, le lendemain matin, je devais disputer la dernière rencontre de football de la
saison avec mon équipe de l’Arc en ciel. Cependant, j’avais téléphoné à Olivier ;
capitaine de l’équipe ; pour lui dire de ne pas compter sur moi, en raison de mon état.
Le dimanche précédent, je n’avais pas pu disputer l’avant-dernière rencontre de la
saison. Mais, cette fois-ci, Olivier avait insisté, car il s’agissait du dernier match de la
saison et, qu’à son issue, était prévu un repas pour fêter la montée de notre équipe à
l’échelon supérieur. Je jouais dans une modeste formation de vétérans au sein du
championnat de district.
Je n’étais pas vraiment dans mon assiette ce dimanche matin, puisqu’en sortant la
voiture du garage, je la frottais contre le mur et rayais légèrement sa peinture.
Néanmoins, je rejoignis mes partenaires en leur disant que je souhaitais éviter de
disputer cette dernière rencontre, de surcroit, contre l’équipe de ma propre commune de
résidence ! À la mi-temps, Olivier me proposa de remplacer un camarade : « Tu fais
partie de notre équipe et tu as participé à la plupart des rencontres. Il est normal que
nous fêtions ensemble, sur le terrain, la montée dans la division supérieure. » Je finis
par accepter et participais à la seconde mi-temps. Malgré la faiblesse de l’opposition ;
nous avons remporté le match 7 à 0 ; au bout de cinq minutes, je dus me rendre à
l’évidence : j’arrivai à peine à marcher, quant à courir, et a fortiori avec ou après un
ballon, il ne pouvait en être question.
Ce dernier match de la saison ne dura donc que quelques instants, pour ce qui me
concerne. Je ne pus même pas rejoindre mes camarades au repas prévu après la
rencontre, tant il me semblait impossible de manger quoi que ce soit.Quelques jours après, le 4 juin, en rentrant d’une réunion matinale au stade de
Charlety portant sur les championnats du monde d’athlétisme, j’eus un malaise en gare
de Lyon. Je suis resté une bonne heure à une table de restaurant , à boire quelques verres
d’eau. Il faisait chaud ce jour là. Enfin, j’ai pris, tant bien que mal, le train pour revenir
chez moi.
La semaine suivante, je me sentis un peu mieux, puisque je fis le parcours à roller
que notre club avait organisé en ville. Peu à peu, je retrouvais une forme plus proche de
la normale, tant et si bien que, le 22 juin, avec Patricia et maman, venue de Corse trois
jours avant, nous nous rendions à la finale du challenge de l’offensive.
Ce prix récompensait les équipes qui ont marqué le plus de buts durant la saison de
football. Ce dimanche, même si je ne disputais que la seconde mi-temps de la rencontre,
j’étais heureux de remporter ce challenge avec mes camarades. De surcroit, mes amis
Paul et Jean-Claude, les présidents des deux districts de football, chapeautaient le
dispositif.
Le lendemain, j’étais hospitalisé pour être opéré de l’intestin grêle. Je ne garde pas
un très bon souvenir de cette petite semaine au sein de cet établissement. En effet, outre
cette lourde opération chirurgicale, dont je ne connaîtrai pas le résultat dans l’immédiat,
j’ai subi d’autres désagréments.
Ainsi, pendant plus d’une journée, j’ai vomi à maintes reprises un désagréable
liquide verdâtre. J’avais vraisemblablement trop sollicité la poire de morphine mise à ma
disposition en cas de douleur. La collègue du Dr Flament ordonna la prise d’un
traitement censé faire évacuer ce liquide et me rendre moins patraque. J’ai attendu plus
de deux heures avant d’en bénéficier ! À bout, je me rendis même dans le bureau des
infirmières pour réclamer les médicaments prescrits. Celles-ci devisaient tranquillement
sans davantage se soucier de ma situation. J’envisageais même d’aller vomir devant leur
bureau pour leur faire comprendre l’urgence. Patricia m’en empêcha. Enfin, le
traitement me fut administré et le liquide et les vomissements disparurent.
Alors qu’il est de bon ton, notamment dans le domaine de la santé, dans certains
milieux, de vanter les mérites du secteur privé par rapport au public, cette désagréable
expérience montre que les carences et la lourdeur concernent aussi le secteur privé.
J’allais même jusqu’à envisager d’envoyer un courrier de demande d’explications
au responsable de la clinique. Patricia et maman m’en dissuadèrent, arguant qu’il était
préférable de ne pas gaspiller mon énergie à ces procédures.
Sans être un spécialiste de la gestion des affaires de santé, cette semaine me permit
aussi de constater que certains professionnels de la santé exerçant dans le secteur public,
se retrouvent à pratiquer dans le secteur privé pendant les heures ouvrables. Ce mode de
fonctionnement m’étonne encore, à une époque où les déficits de la sécurité sociale sont
devenus quasi permanents.
En juin et juillet 2016, je fus opéré de la cataracte des deux yeux ; un des effets
secondaires de tous les traitements que j’ai subi ; dans ce même établissement, par le Dr
Ouzzani. Je fus aux petits soins de la part du personnel, notamment les infirmières. Je ne
sais pas si les personnels sont les mêmes ou si de nouvelles consignes ont été édictées.
Toujours est-il que le patient semblait bien davantage pris en considération. Par ailleurs,
l’anesthésiste m’indiqua que le Dr Flament exerçait toujours à Villeneuve-sur-Lot, que
son caractère était assez entier et qu’il avait apprécié de travailler avec lui.
Mais, revenons à 2003. C’est peut-être parce qu’il comprit que j’avais vraiment hâte
de quitter la clinique, que le Dr Flament consentit à me libérer le samedi matin qui suivit
l’opération, alors qu’il était initialement envisagé que je ne la quitte que le lundi.Malgré cette intervention, mon esprit et ma volonté restaient alertes. Durant le mois
d’arrêt qui suivit, j’ai même effectué du rangement dans mes affaires, notamment dans
le classement des photos qui s’étaient accumulées depuis quelques voyages. J’entrepris
même quelques travaux de bricolage, allant jusqu’à repeindre le balcon de notre
appartement lors des derniers jours de cet arrêt forcé.
En ce mois de juillet 2003, je rencontrais de nouveau le Dr Flament. Il me donna les
résultats des premiers examens de la partie prélevée ; 5 cm ; de l’intestin grêle.
Celle-ci était peut-être composée d’une tumeur !
Il ajouta que c’était le deuxième cas de ce type qu’il rencontrait dans sa carrière et
qu’il avait demandé une analyse complémentaire. Enfin, il me proposa de transmettre
mon dossier à l’institut Gustave Roussy.
Je ne comprenais pas ce qui m’arrivait. Patricia était effondrée. J’avais néanmoins
beaucoup moins d’a priori qu’elle. A l’époque, les termes de cancer ou de tumeur me
paraissaient bien lointains. Est-ce que la sidération m’envahissait, au point que mon
esprit se dissocie de cette annonce, comme ce fut le cas lors d’autres annonces similaires
en 2004, fin 2005 et début 2016 ? Il faudra que je pose la question à la Dre Muriel
Salmona, psychiatre – psycho traumatologue, avec laquelle je fis connaissance en 2016.
J’y reviendrai.
Peu après, le Dr Flament quitta la clinique. J’en garde le souvenir d’un médecin
d’une grande conscience professionnelle, sportif amateur pratiquant, comme moi,
footing et VTT.
Le 15 juillet, je me rendais donc à l’IGR. Décoré d’antennes, j’avais précédemment
remarqué cet immense bâtiment situé en bord d’autoroute A6. Je croyais jusque là qu’il
s’agissait du siège d’une société de télécommunication ou de quelque chose dans ce
genre. Je n’imaginais pas que, dans l’avenir, j’irai le fréquenter de manière assidue.
J’y rencontrais pour la première fois le Dr Michel Ducreux. Destinataire des
analyses complémentaires, il confirma la présence d’une tumeur digestive de type
stromale, appelée aussi « gist », selon la terminologie scientifique anglophone.
Par stromale, on entend une tumeur « greffée » à un organe vital. Il ajouta qu’il
s’agissait d’une tumeur rare et qu’il était possible qu’une cellule envoie un « message
négatif » ailleurs dans l’organisme. C’est pour cela qu’il se proposait de me suivre
régulièrement. Je devrais pratiquer des scanners tous les 4 mois. J’eus l’impression
qu’une première épée de Damoclès se plaçait au-dessus de ma tête. La suite devait me
donner raison.
Mon congé maladie écoulé, en août, je reprenais mon activité d’inspecteur de la
jeunesse et des sports, en pleine canicule !
Je fus particulièrement gâté, si je puis dire, pour cette reprise puisque, dès le
premier jour, j’eus à enquêter sur une noyade dans une base de loisirs du nord du
département. La veille, un jeune homme y était décédé. Mon directeur étant en congés,
ainsi que mes collègues, il m’incombait d’avoir à traiter cette affaire.
En ces circonstances, le rôle de mon service consiste, pour simplifier, à s’assurer
que les dispositions d’organisation des secours étaient bien prévues et appliquées, que
les personnes chargées de la surveillance des baigneurs étaient bien diplômées, bref que
toutes les mesures avaient été anticipées pour veiller à ce qu’un tel accident ne se
produise pas.
La seule chose qui ne peut être prise en compte, comme dans bien d’autres
situations, c’est le facteur humain. Plus précisément, il sera toujours difficile d’éviterque des baigneurs ne respectent pas un minimum de règles de sécurité de bon sens.
Je ne me souviens pas exactement des circonstances de cet accident, mais j’ai pu
déplorer à plusieurs occasions que nombre de baigneurs se jettent souvent à l’eau de
manière brutale et non progressive et que cela peut conduire à un choc thermique,
notamment lors de fortes chaleurs. D’autres encore ne savent pas réellement nager. Ils
font parfois croire le contraire, en particulier à leurs accompagnateurs, y compris dans
les zones non surveillées. Enfin, certains se baignent après un repas bien arrosé ou
« accommodé » de la prise de substances interdites.
La richesse de mon activité professionnelle réside dans la variété des dossiers à
traiter. C’est ainsi que mon service avait initié une action visant à inviter 2 000 jeunes du
département pour assister aux championnats du monde d’athlétisme qui, en cette année
2003, avaient lieu au Stade de France. Cette opération avait pour objectif d’attirer des
jeunes, notamment issus de quartiers dits difficiles, à la pratique de l’athlétisme, en
particulier en club. Pour y parvenir, un jeune de club d’athlétisme devait parrainer un
jeune extérieur à cette discipline. Le budget que nous avions établi, avait permis
d’inviter ces jeunes sur quatre journées des championnats du monde.
Tout se déroula, globalement, comme prévu. Globalement, car comme dans toute
action nécessitant une organisation sans faille, ou presque, un imprévu peut surgir.
C’est ainsi que le dernier jour de ces championnats, une commune transporta cinq
jeunes en plus que ceux prévus initialement. Nous nous retrouvions donc avec ces têtes
blondes qui venaient pour la première fois au Stade de France et que l’on privait de la
fête, parce qu’un des participants à notre organisation s’était dit que, puisqu’il y avait de
la place pour 45 jeunes dans son bus, il pouvait en emmener 5 de plus et que, arrivés au
stade, « on » leur trouverait bien des billets pour y entrer. Avec Pierre, mon ami
président du comité d’athlétisme, nous étions désemparés.
L’idée me vint alors d’appeler mon collègue Christian qui, pour ces championnats,
avait été détaché afin de les commenter au Stade de France. Christian avait auparavant
officié sur plusieurs championnats du monde ou jeux Olympiques. Avec son carnet
d’adresse, il devait pouvoir nous sortir de cette impasse. Je le sollicitais donc pour qu’il
me donne le numéro du préfet responsable de l’organisation de ces championnats du
monde. De surcroit, il avait largement participé à notre action et régulièrement, après
notre arrivée au Stade de France, il me contactait pour savoir si tout se passait comme
prévu, si les jeunes étaient bien parvenus au stade,…
J’avais été surpris de sa maîtrise de ce domaine particulier de la communication.
Disposant d’une autorisation pour accéder à tout le stade, à l’occasion, il nous rejoignait
souvent dans les gradins. J’étais parfois davantage étonné car, l’entendant commenter
telle épreuve pour le public du Stade de France, il m’appelait quelques secondes après
pour me demander dans quelle tribune nous étions situés ; nos places variant d’un jour
sur l’autre ; avant de reprendre le micro immédiatement après. J’avais plaisanté en lui
disant qu’à force de jongler entre son mobile et le micro, il allait finir par se « mélanger
les crayons » et annoncer aux 70 000 spectateurs : « Paul, dans quelle tribune êtes vous
aujourd’hui ? Je viens vous voir dans quelques instants. »
Revenons à nos cinq jeunes privés alors de l’accès à la « piste aux étoiles ».
Quelques instants après ma demande, Christian me rappela : « Paul, voici le numéro du
préfet Dufour, mais ce n’est pas moi qui te l’ai donné. » Il avait dû recevoir des
consignes dans ce sens, afin que le responsable de l’organisation ne soit pas trop
importuné.
Aussitôt, je contactai le préfet pour lui demander s’il pouvait me « procurer » cinqplaces. Il se souvenait parfaitement de notre opération. Il est vrai que les « clients » qui
achètent 2 000 places ne sont pas fréquents, même si l’argent ne sort pas forcément de
leur poche. Il avait aussi apprécié l’esprit de notre action. Pas désorienté par mon appel,
il donna immédiatement son accord et me dit d’appeler son assistante. Je l’appelai juste
après.
Je fus tout autant agréablement surpris par cette dame, qui me demanda dans quelle
tribune se trouvait le reste du groupe et me proposa cinq places à proximité. Il me
suffisait de les récupérer au guichet de ladite tribune. Les jeunes ont pu participer à cette
grande fête.
Ainsi, la logistique et, plus généralement, notre organisation, ont permis de
transporter et de faire découvrir cette magnifique fête du sport à 2 005 jeunes
exactement, heureux d’applaudir et d’encourager les meilleurs, tels les Françaises Eunice
Barber ou Christine Arron comme les moins bons ou les moins connus, mais non moins
méritants, tels ces champions en fauteuil roulant.
À de nombreuses autres occasions, j’ai pu me rendre au Stade de France, par
exemple pour assister à une rencontre de football ou de rugby, mais jamais je n’ai
ressenti une telle ferveur, un tel enthousiasme, une telle harmonie entre spectateurs et
athlètes de tous pays. Toutes les épreuves, notamment les moins médiatisées, et tous les
sportifs, les meilleurs comme les moins compétitifs, furent soutenus.
Des records furent battus et pas ceux attendus. Jamais un championnat du monde
d’athlétisme n’a accueilli autant de spectateurs. La saison qui suivit, le nombre de
licenciés du comité départemental augmenta de près de 20 % et, deux saisons après, il
est devenu le deuxième de France. À tous points de vue, notre opération était couronnée
de succès. Enfin, je garde un excellent souvenir du travail d’équipe avec Cathy , ma
collègue de préfecture, Pierre et Liliane, responsable d’une association de sport scolaire.
4
De septembre à décembre 2003 : de la Corse au téléthon
Quelques jours après les championnats du monde d’athlétisme, avec Patricia et Isis,
notre labrador, nous partions en vacances en Corse.
Avant de rejoindre l’Ile de Beauté, nous avons traversé la Méditerranée de
Livourne, en Toscane, à Olbia en Sardaigne.
Le plus souvent, pour parvenir sur les rives de la Grande Bleue, nous franchissions
le Jura, longions le lac Léman, avant d’arriver en Italie par le col du Grand Saint
Bernard ou celui du Simplon, puis d’atteindre les ports de Savone, Gènes, La Spezia ou
Livourne.
Ce trajet en voiture, pas plus long que s’il fallait prendre le bateau à Marseille,
Toulon ou Nice, comporte l’avantage de réduire sensiblement la durée de traversée de la
Méditerranée.
En outre, il nous a permis de visiter le Piémont, la Lombardie, Milan, Vérone ou
encore les lacs de Garde et Majeur.
Nos plus beaux souvenirs restent attachés à la Toscane, à sa capitale Florence, à ses
autres magnifiques cités que sont Sienne, San Giminiano, Volterra, Lucques et Pise,
ainsi qu’à sa superbe et douce campagne, particulièrement celle du Chianti parsemée de
collines hérissées de cyprès.
En 2003, un petit détour par la Sardaigne du nord, nous fit découvrir la Costa
Smeralda, qui rappelle tant la côte sud granitique de la Corse.
Les bouches de Bonifacio séparent les deux îles de quelques kilomètres seulement.
Pour la première fois aussi nous abordions, par la mer, Bonifacio et ses falaises
crayeuses.
Lors de ce séjour, nous sommes même revenus faire une excursion dans le sud de
la Corse, en particulier pour visiter les îlots des Lavezzi, havre de paix, à un jet de pierre
de la Sardaigne et de Cavallo. Visiter est bien excessif pour ce dernier îlot, quasiment
réservé à des fortunés venus souvent d’Italie, qui voient d’un très mauvais œil toute
personne venue d’ailleurs. Nous nous sommes donc contentés d’en faire le tour sans
l’aborder. Les marins de notre embarcation ne se sont pas gênés pour livrer leur
sentiment sur cette situation.
De retour de Corse, je passais un scanner à l’hôpital de Melun, avant de revoir le
docteur Ducreux.
Il confirma que mon intestin grêle ne l’inquiétait pas.
Début décembre 2003, avec Patricia, nous participions au Téléthon. Notre club de
roller s’y était investi depuis plusieurs années.
L’objectif était de parcourir le plus grand nombre de tours de gymnase possible,
afin de faire grimper la recette au profit de cette généreuse action. Dès le vendredi soir et
jusqu’au lendemain soir, les adhérents du club se relayaient pour réaliser le meilleur
score, sous l’impulsion de Sophie et Luc, nos éducateurs bénévoles.
Cette année encore, le record fut battu. Pour ma part, je ne fus pas peu fier d’avoir
accompli près de 100 km en 24 heures.Avec Patricia, cette fin de semaine fut aussi « animée » par la fugue d’Isis. Cela
faisait un peu plus de deux ans que nous l’avions recueillie.
Quelques mois auparavant, le 3 février 2001, Janouchka, notre barzoï, était décédé.
Cette perte nous avait profondément marqués, en raison de sa gentillesse et, parce
qu’elle avait à peine 6 ans.
À partir du moment où ses problèmes de santé avaient démarré ; un cancer de
l’estomac s’était déclaré ; nous avions assisté, impuissants, à sa longue descente vers la
fin.
Après la disparition de Janouchka, Patricia ne souhaitait plus accueillir de chien au
sein de notre foyer, d’autant, qu’en 1995, notre lévrier afghan Melody nous avait quitté,
atteint du même mal.
Néanmoins, ce 27 juillet 2001, Patricia proposa à sa directrice, ennuyée, d’héberger
pendant ses congés la petite chienne Louga, qu’elle avait récupérée quelques jours
auparavant. Ce vendredi soir, en rentrant du travail, j’observais avec circonspection ce
petit animal qui me regardait avec crainte.
Le lendemain matin, je partais en Corse pour assister au mariage de ma cousine
Marie-Luce avec Xavier.
Patricia était restée à notre domicile.
Quelques jours après, je la retrouvais avec celle que nous appelions encore Louga.
Au retour de ses vacances, sa directrice lui annonça qu’elle ne pouvait plus
conserver la petite chienne. Avec Patricia, nous avions anticipé cette décision et envisagé
de conserver Louga, d’autant que nous étions familiarisés à sa présence et qu’il s’agissait
d’un animal extrêmement gentil et à l’écoute.
Après avoir entrepris, en vain, des démarches pour retrouver ses maîtres antérieurs,
nous décidâmes d’accueillir définitivement cette petite chienne, que nous appellerions
désormais Isis, en souvenir de nos voyages en Egypte et en raison de sa couleur noire.
Isis était issue, probablement, du croisement, d’un labrador et d’une autre race de
chien, peut-être un pointer.
En tous les cas, pour la première fois depuis deux ans et demi, en ce mois de
décembre 2003, Isis nous faisait faux bon en s’enfuyant un soir de promenade.
Malgré toutes nos recherches, elle nous échappa toute cette première nuit de
Téléthon, pour revenir au petit matin, peu fière de son escapade.
Au mois d’août 2005, Patricia s’était proposée pour garder Pollux, le chat
d’Isabelle, la toiletteuse d’animaux voisine. Dès le départ il s’entendit très bien avec Isis.
Il faut dire qu’il était habitué à fréquenter de nombreux toutous dans la boutique de
sa maîtresse.
Cependant, pendant plusieurs jours, il se cacha fréquemment derrière le canapé du
salon. Heureusement, peu à peu, il sortit de ce refuge improvisé.
À la fin de ce séjour, il s’était familiarisé à ce nouvel environnement et à ses
habitants. Au retour des vacances d’Isabelle, il eut du mal à retourner dans sa boutique.
Par ailleurs, la fille d’Isabelle était allergique aux poils de chat. Elle avait donc été
contrainte de laisser, seul, Pollux, dans son cabinet de toilettage la nuit et en fin de
semaine.
Nous n’avons donc pas été surpris de constater que quelques jours après son retour
dans la boutique de sa maîtresse, Pollux traversait notre résidence, quasiment
mitoyenne.