Près du pont d'Avignon

-

Français
126 pages
Lire un extrait
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Avignon, dans l'après-guerre. Celle de 39-45. Celle d'avant le Festival. Un enfant entre à l'internat du lycée Mistral. Abandonné? Non pas! Libre. Libre de découvrir les études, les "grands", les sorties sur les îles du Rhône d'où l'on aperçoit le Pont, le Théâtre municipal pour se complaire au contact du peuple amateur de beau chant, là-haut, au paradis. Il a onze ans et déjà il goûte les parfums de la garrigue, les senteurs des repas dominicaux, l'odeur des jeunes filles. Et déjà il sait que les professeurs ne sont pas tous justes et bienveillants, que les camarades peuvent mourir, que l'enfance se finit, que l'adolescence n'est pas le plus bel âge de la vie, ni le pire... En puisant dans sa jeunesse, Jean-Paul Rebour en extrait un trésor d'émotions, où la nostalgie de l'époque et le charme régional se marient à merveille. On songe – Provence oblige! – au Pagnol des récits, au Daudet du "Petit Chose"... et aux mémorialistes de l'intime, pour la fraîcheur des sensations, la fluidité de la prose, l'acuité d'un regard généreux et lucide. Une chronique "d'avant", et pourtant intemporelle, qui ne peut laisser indifférent.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 06 mars 2014
Nombre de lectures 35
EAN13 9782342020120
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0060€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Signaler un problème
Près du pont d’Avignon
Jean-Paul Rebour Près du pont d’Avignon Publibook
Retrouvez notre catalogue sur le site des Éditions Publibook : http://www.publibook.com Ce texte publié par les Éditions Publibook est protégé par les lois et traités internationaux relatifs aux droits d’auteur. Son impression sur papier est strictement réservée à l’acquéreur et limitée à son usage personnel. Toute autre reproduction ou copie, par quelque procédé que ce soit, constituerait une contrefaçon et serait passible des sanctions prévues par les textes susvisés et notamment le Code français de la propriété intellectuelle et les conventions internationales en vigueur sur la protection des droits d’auteur. Éditions Publibook 14, rue des Volontaires 75015 PARIS – France Tél. : +33 (0)1 53 69 65 55 IDDN.FR.010.0119384.000.R.P.2014.030.31500 Cet ouvrage a fait l’objet d’une première publication aux Éditions Publibook en 2014
Septembre commençait, septembre 1946. Le voyage avait été long ; le voyage depuis Chambéry, changement à Valence. La valise était lourde ; beaucoup de vêtements à emporter. Je partais pour toujours ! Pour où ? Ce matin là de bonne heure, en m’embrassant, ma tante Louise sur le quai de la gare m’avait dit « Tu verras Avignon, ce n’est pas si loin, tu vas t’y plaire… Et puis tu es grand maintenant. » J’étais grand, à peine onze ans, et personne pour m’attendre dans le hall de la gare. J’étais grand, je ne devais pas m’affoler. Pas d’inquiétude, quelqu’un viendra « ça c’est sûr » j’ajoutai à mi voix avec l’accent traînant de Savoie, si près de la Suisse. Et puis j’étais à Avignon. La chance de ma vie m’avaient-ils dit dans la semaine qui avait précédé mon départ. Des futurs lourds de promesses heureuses n’avaient pas réussi à calmer mon chagrin, mes angoisses « Tu sais, le pont d’Avignon, tu le verras », disait en riant d’un rire crispé ma tante, oubliant dans son émotion que j’avais passé l’âge des comptines ! « Tu visiteras le Palais des Papes » « Et surtout » coupait mon oncle « tu verras ème MA caserne du 7 génie où j’ai fait mon service avant de partir à la guerre » et il chantonnait, faussement guilleret « Les sapeurs du génie, où sont-ils donc, les voici, à la table comme au lit, oui comme au lit… » Et là ma tante interrompait d’un « Louis » péremptoire la chansonnette ! La très chère ignorait que je la chantais à tue-tête le di-manche matin quand nous partions, mon oncle et moi, entre hommes, pêcher sur le lac du Bourget, lui pédalant, moi assis dans la carriole qu’il avait fabriquée, légère, pour emporter mon arrière grand-mère, sans trop trainer les soirs d’alerte vers la campagne protectrice…
9
Emilie, mon arrière grand-mère ! Arlésienne authenti-que que les vicissitudes de la guerre, le grand âge et la maladie, avaient obligée à suivre sa fille et son mari en terre étrangère ; car pour elle la Savoie c’était l’étranger, elle qui n’était jamais sortie de sa Provence. Pour oublier l’exil, elle parlait provençal avec son gendre et, cloitrée dans l’appartement (Parkinson oblige.), c’est elle qui me garda pendant les longs mois que des docteurs ignorants m’obligèrent à passer dans ma chambre (albumine oblige !). Je n’avais pas plus d’albumine que de confiture sur les tartines de mes goûters d’occupation allemande, et mon arrière grand-mère en profita pour m’enseigner le provençal. « Petit » me disait-elle, « quand nous rentrerons chez nous, tu parleras notre langue ». Elle n’est jamais rentrée chez elle, elle, si ce n’est par un transfert de cime-tière à cimetière après la guerre. Je savais composer : à l’école je chantais les Allobroges (je te salue ô terre hospitalière où le malheur trouva pro-tection… d’un peuple libre arborant la bannière…) et à la maison j’apprenais la Coupo Santo (D’un vièi pople fièr e libre…). Et je me réjouissais de lire dans les deux textes les mots de « peuple libre ». Avec l’éducation que m’avait donnée mon oncle je ne me sentais pas partagé. Quand elle sut que je partais pour Avignon, Emilie me considéra comme le premier élément de la famille qui al-lait préparer ce retour au pays qu’elle attendait tant. « Tu iras à Arles, il y a là-bas mes belles sœurs, tu vivras chez elles, tu retrouveras la Rue Mireille, chez nous. Et tu iras voir la statue de Mistral et tu iras aux arènes et aux Alys-camps et… et… » On ne pouvait la faire taire. Et quand on lui dit que je serais élève au lycée Frédéric Mistral elle n’eut qu’un cri : « Alors c’est le meilleur lycée ! On a bien fait de t’y inscrire ! » Et d’ajouter catégorique, « Aquéu-d’eici vau rèn de rèn ! » Condamné en provençal le lycée Vaugelas, et sans appel !
10