Vingt secondes et tout bascule

Vingt secondes et tout bascule

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Description

Un A.V.C. (accident vasculaire cérébral) ne prévient pas et frappe soudainement à votre porte sans crier gare. Dans ce récit poignant, émouvant, Marie-Paule Fayt-Davin raconte comment sa vie a basculé en 2003. Voilà dix ans qu'elle lutte, qu'elle combat, chaque seconde qui passe, ce spectre qui l'accompagne en permanence : la maladie !

Un fléau qui condamne un individu sur six cents ! Résolument optimiste, Marie-Paule raconte... pour donner un sens à sa vie nouvelle, mais aussi pour celles et ceux qui y sont confrontés, de près ou de loin.


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Date de parution 20 mars 2014
Nombre de lectures 92
EAN13 9782875880048
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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© 2014 – éditions Méhari & Marie-Paule Davin-Fayt

Tous droits réservés – Reproduction interdite sans autorisation – Première édition

ISBN 978-2-87588-000-0

Dépôt légal : janvier 2014 – D/2014/13.333/1

Merci aux 186 Méharistes qui ont permis à ce récit d’exister :

Noël Ackaert, Aurélie De Meulenaere, Sylvie Strosser, Lenajo, Jean-Claude Davin, Christian Labarre, Arnould Massart, Luc Colinet, Marc Varence, Jean-Louis Charlot, Martine Davin, Caroline Fevre, Luc Uytdenbroek, Edmond Fayt, Dominique Delahaye, Jean-Marie Piret, Michel Bollen, Dr Inge Declercq, Miko et Thomas, Arlette Van Eeckhout, NINI, DALINE , François Blanty, Ignace Berten, André Degand, Christian Hovine, Claire Frans, Evelyne de Roissart, Jean Dembour, Michel, Véronique Léonard, Marianne Delcroix, Isabelle Schoepp, Anne Le Lièvre, Marie Courtois, Marie-Berthe Van Wassenhove, Vincent Grégoire, Agnès Bressolette, Jean-Claude Vanden Eynden, Véronique Bogaerts, Michelle Ramon, Marie Frings, Claire Van Damme, Anne Courtejoie, Roland De Smet, Jean-Luc Vin, Bernadette Deroitte, Bournonville, Etienne Crousse, Martine Kraewinkels, Luc Legrain, Françoise Delannoy, Edith Saintmard, Jacques De Cock, Jean-François Morelle, Kathleen Puissant, Guibert Terlinden, Fati, De Neirynck – Saint-Hubert, Jean Roose, Cécile Wertz, Brigitte De Voghel, Cécilia Walrave, Jean-Pierre Legrain, Sylvain Plamondon, Jean-Pierre Werts, Jean Van Caloen, Mayence-Legat, Laloy-Bara, Geoffroy Carly, Anne De Plaen, Bénédicte, Jean-Claude Colaux, Sophie et Fabio, Sophie Carly, Damien Dupuis, Françoise Dutrieue, Françoise Bruyr, Myriam Grosse, Gérard Lebrun, Titine, Benoît Van Cutsem, François Van Tichelen, Françoise Mombeek, Hubert De Meulenare, Martens-Schweitzer, Marie-Thérèse Ribesse, Anne, Jacqueline Hallynck, Suzanne Daws, Laurence Vanderwallen, Thérèse Meurice, Patricia Verbeke, Benoît Thiran, Liliane Noël, Jacqueline & Joseph Le Lièvre, Dubray-Empain, Claudine Smet, Gilles Deprins, Michel Swaeles, Yves Nollet, Christobal de Jamblinne, Marina Dujardin, Véronique Ryelandt, Elias-Salter, Benoît Gailly, Marielle De Borman, Ariane Bogaerts, Vincent & Anne-France Rousseau-Mespouille, Marie-Marthe Van Keirsbilck, Vincent Vlassembrouck, Myriam Graulus, Anne Debois, Evelyne Couteau, Jean-Marie Tabureau, Sandrine Lutz, Bruno Maire, Serge Discart, Marguerite Nicaise, Françoise Janssens, Jacques Renguet, Anne-Marie Keukeleire, Willy Garre, S. de K., Thomas Van Nieuwenhuyse, André Deleuze, Anne Deroitte, Pauline Thiery, Madeleine Heinen, Damien De Bock, Chantal Levie, Jacques Vander Eecken, Christophe Georis, Anne Swaeles, Felipe Van Keirsbilck, Helga Henckens, Marc Van Anderlecht, Paul Sonkes, Suzanne Hoet, Sandrina Mattia, Françoise Van Caillie, Luc Le Lièvre, Famille Coenen, Sophie De Tillesse, Lut Van Genechten, Jean Bredo, Jean-Pierre Peuvion, Janine Ledoux, Christine Guyaux, Marie-Claire Levie-Gailly, Katrien Demeyer, Emile Munck, Chantal Delvaux, Brigitte Peters, Claire Swaeles, Michèle Desonai, Jacques Laffineur, Bernard Kints, Anne Debras, Teresina Cadelli, Raymond Duvigneaud, François Thiry, Jojo, Claire Dupuis, Patricia van Eyll, Nicole Dupuis, Famille Lecloux-Hoevenaeghel, Marie Plissart, Michel Van Crombrugge, Maïa, Pascale Wauters, Caroline Bawin, Hélène Rivière, Michel Stameschkine, Emile Folcque, HC, Rosina Turco, Thierry Vallier, Geneviève Laloy, Geneviève Collard, Martine Cardinal, Edith Vervisch, Adrienne Schuler, Marcel Cominotto, M. & Mme Roos-Wauters, M. & Mme Grauwels-Monnoye, Yves Genot

À mes deux merveilleuses filles,

À leur père, mon grand amour,

À Aldina et Edmond, dont je suis si fière,

À Françoise,

Et à une myriade d’âmes bienveillantes, dont vous…

Note de l’éditeur

Même si la publication d’ouvrages, de quelque nature qu’ils soient, revêt de facto un caractère mercantile – « bassement mercantile » souligneront certains –, ma conscience m’interdit d’engranger le moindre bénéfice grâce à l’œuvre de Marie-Paule Fayt-Davin. Aussi ai-je immédiatement décidé de reverser lesdits bénéfices à une ONG engagée en faveur des personnes handicapées, à savoir Handicap international Belgique.

1

Août 2003

Après avoir séjourné quatorze jours dans un coma sédatif et cauchemardesque et après avoir réappris à respirer, à manger et à boire, à m’alimenter, à cuisiner, à me laver, à m’habiller, à colorier et à écrire grâce à l’ordinateur, je suis en train d’apprendre à marcher. Même si ma progression ressemble encore à celle d’un ivrogne, je me déplace déjà seule à l’aide d’une tribune sous la patiente surveillance du kinésithérapeute.

De plus, je réapprends à dessiner de belles lettres rondes, j’acquiers ainsi une écriture plus lisible que celle que j’avais auparavant. Chaque jour, je découvre de nouvelles possibilités fonctionnelles tant au niveau de mon visage et de mes yeux qu’au niveau du corps tout entier. Et même si le découragement me guette, je persévère, encore et toujours.

Mars 2003, à l’hôpital

À peine sortie de la phase de réveil, quinze jours après mon arrivée aux urgences, j’essaie d’attraper le perroquet au-dessus de mon lit d’hôpital, tel un bébé qui tente d’attraper le jouet qui pendouille au-dessus de lui, devant son nez, dans son berceau.

Je découvre mes doigts, je les regarde, je les bouge péniblement, je joue lentement, je ne sais ce qui m’y pousse, je suis heureuse, je m’émerveille devant chaque nouvelle « victoire ».

Je pense avoir un peu de temps pour me reposer.

Je n’ai pas encore réalisé que ma vie a basculé.

Je ne sais rien, je ne peux même pas imaginer. J’ai du temps libre. Je veux écrire. Je veux décrire ces cauchemars qui m’assiègent. Entre le « vouloir » et le « pouvoir »…

Je ne sais pas à quoi je ressemble. Dans le miroir, je vois une « squaw ». Elle porte un masque blanc sur le visage. Est-ce bien moi ? Un turban blanc me ceint la tête, le dessus de mon front est rasé pour poser les deux drains qui permettent à l’afflux de sang de s’évacuer…

Je m’imagine…

Je revois mes enfants – trois et six ans – pour la première fois, je suis surexcitée. Mon homme, mes parents et mes sœurs les avaient protégés jusque-là.

Maintenant je les imagine…

Maman m’a raconté, six ans plus tard, la première entrevue à l’hôpital avec mes filles… Je ne me souviens de rien… L’aînée regardait par la fenêtre sans se retourner, la cadette se réfugiait dans les grands bras de son papa.

Toujours d’après ma mère, quelques instants après cette première visite, mon mari est revenu auprès de moi, m’amenant chacune d’elles séparément.

Je les imagine…

Un autre jour, lors de la deuxième entrevue, ma fille aînée est venue se coucher dans mon giron sur mon lit d’hôpital. Ma seconde fille ne quittait pas les grands bras…

Je ne me souviens pas…

Je veux attraper ce foutu « perroquet » pour m’asseoir. J’ai de « l’énergie à revendre ».

Je ne sais pas que, depuis mon accident, j’affiche un horrible rictus qui, en plus, s’accentue lorsque je souris.

Quand elles apparaissent, je pense leur offrir mon plus beau sourire. Or, elles ne peuvent voir que l’expression déformée de mon visage.

Maintenant je nous imagine…

Je suis tellement contente de les revoir ! Mais elles détournent le regard. Je peux les comprendre. « Quelle boutique, la vie ! », comme dit leur père.

Je suis très étonnée de leurs réactions apeurées. Elles ne me reconnaissent pas. Je dois les apprivoiser. Je ne comprends pas, moi, leur maman…

Oui, je les ai « caressées » dans mon ventre, oui je les ai « bercées » sur mon sein, oui, je les ai allaitées, pendant trois longues années, chacune. Comme vous avez porté vos enfants, j’ai porté les miens. Comme vous, j’ai joué avec eux. Comme vous, j’ai voyagé avec eux. JE NE SAIS PAS encore que mon coma a duré quatorze jours. JE NE SAIS PAS que mes petites ne m’ont pas vue pendant un mois.

Une « squaw » donc. Deux nattes noires entourent mon visage, reprenant mes longs cheveux laissés à l’arrière. L’arête de mon nez me semble encore endormie sous le bandage de mon œil gauche. Œil qui ne se ferme plus du tout. Le côté gauche de mon visage est paralysé à 80 %.

Je découvre petit à petit ce qui s’est passé et chemine de surprise en surprise.

*

Six mois après l’accident, au Centre de revalidation, quand je suis envoyée chez l’ophtalmologue, l’horaire est serré.

Des infirmières me réveillent vers 6 h 45. S’ensuit, comme pour vous, un brin de « toilette » ; enlever ma « toilette » de nuit pour enfiler ma « toilette » de jour ; aller aux toilettes… Alors que ces actions seraient faites en un temps record par vous, il me faut environ une heure… pour réaliser ces exploits et rejoindre le réfectoire, qui ouvre ses portes à 8 heures.

De ma chambre, je me déplace à l’aide d’une tribune à roulettes jusqu’aux ascenseurs. La camionnette-taxi du Centre part à neuf heures. Depuis la porte du centre, je suis transportée en chaise roulante… Et déjà, je n’aime pas cela. Dans la chaise roulante, je perds mon indépendance.

J’ai l’impression de ne plus exister aux yeux des autres, malgré la bonne volonté de mon accompagnatrice, toujours prévenante, douce et expérimentée.

Je suis comme un oisillon sorti de l’œuf. Je me sens vulnérable. D’une vulnérabilité extrême.

Mais cet « engin » me freine.

Me freine vraiment.

Dans mon évolution.

Je m’entraîne moins à marcher…

Mon rythme n’est pas une notion mentale abstraite…

La chaise roulante se révèle très pratique pour les pousseurs valides qui aiment se promener avec moi à leur rythme. Mais peuvent-ils imaginer ce que je ressens ? Non, moi seule le peux.

Je n’aime pas me laisser conduire… Je me sens comme enfermée dans une poussette d’enfant.

Une « poussette-bouclier ».

La poussette est souvent utilisée comme un Caddie de grand magasin. « On » la pousse pour ouvrir le chemin. « On » vous pousse. « On » l’oublie n’importe où. « On » vous oublie. « On » la parque devant un mur. « On » vous parque devant un mur.

J’ai très peur de la dangerosité provoquée par l’utilisation de la chaise roulante, ajoutée à ma propre vulnérabilité… Il n’y a aucun confort pour moi dans un tel engin. J’y suis sans cesse perturbée et mon manque d’équilibre, décuplé, causé par ses mouvements parfois brutaux.

Dans une chaise roulante classique, commune, mes bras ne me servent à rien, ils sont plus que maladroits pour faire tourner les roues. Dans une chaise roulante électrique, ma vision « sans profondeur », ajoutée à ma vision « double » m’empêchent de me diriger.

Aussi ne puis-je profiter vraiment d’une balade en chaise roulante, car je ne vois pas grand-chose. Le paysage défile trop vite devant mes yeux…

Ma vue ne me permet pas de percevoir les choses à la vitesse supersonique d’une chaise roulante. J’en attrape le tournis.

Par ailleurs, je n’aime pas le « contact sur deux niveaux ».

Moi, assise, vous, debout.

Cette situation ne favorise pas les contacts. Sans oublier que je suis exclue de toute conversation. À moins de me contorsionner ou d’attraper un torticolis…

Tourner sans cesse le dos à votre interlocuteur n’a rien d’agréable. Faites le test.

Alors, chacun reste dans son monde… s’y réfugie. Même si s’asseoir dans une chaise roulante semble être une solution de facilité. Je n’ai donc pas envie de consacrer du temps et de l’énergie dans une relation qui me frustre.

*

Moi…

J’ai envie…

J’ai besoin de parler à mes amis, très simplement ou naturellement. Je recherche les situations quotidiennes dans notre société : être côte à côte, pour se parler.

Être dans une chaise roulante n’est pas un plaisir, n’est pas une détente. Ce n’est qu’un pis-aller. Je ne pourrai pas profiter pleinement du « petit chemin de terre ». Je dois prévoir à la place du pousseur, plein de bonnes intentions, s’il est freiné par un chemin de terre boueux. Ou le « non-écrabouillage » des pieds d’un piéton s’arrêtant devant moi. Voire la fatigue du pousseur qui rend la fin de la balade beaucoup plus ardue.

Lorsque je me sens mal, je peux aussi devenir agressive, même si cela relance la douleur.

Je me suis promis de ne plus accepter de longues visites en chaise roulante.

*

Le temps passe plus rapidement quand on est occupé. Le temps passe très lentement quand on ne l’est pas. C’est la relativité du temps. En dehors de chez moi, je me sens comme un petit enfant...