Du Rouge de Cam sur les feuilles

Du Rouge de Cam sur les feuilles

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55 pages

Description

En se pliant avec virtuosité-aux lois de la pièce radiophonique, qui ne dispose que d'échanges verbaux et d'effets sonores pour transmettre ses messages, Wole Soyinka a introduit dans « Du Rouge de Cam sur les Feuilles », fougueuse tragédie du début de sa carrière, des conceptions qui allaient se retrouver dans toute son oeuvre. Construite sur le modèle d'un rituel initiatique, cette pièce met en scène un violent conflit de générations, dont l'issue, bien que fatale, marque pourtant, pour Isola, le héros, le passage de l'enfance à la maturité et de la sujétion à la libération. Le thème d'une quête d'identité était d'une grande actualité en 1960, date de composition de cette oeuvre, alors que, prêt à secouer le joug de la colonisation, le Nigéria allait fêter son Indépendance. Le destin problématique d'Isola, jeune homme à la recherche de soi, partagé entre la tradition et le modernisme, mais épris avant tout de liberté, préfigure celui de la nouvelle nation nigériane. ERINJOBI, le Pasteur, qui cherche dans les commandements bibliques la justification de son autorité patriarcale, persécute son fils au nom du christianisme, exactement comme, à l'aide de la Bible et de la Charrue, le colonisateur avait jadis imposé sa pesante domination au peuple nigérian. La révolte d'Isola contre ce père castrateur évoque précisément la lutte du Nigéria contre la domination coloniale à la fin de la décennie 1950. Par défi, le jeune homme, au fond de lui-même plus moderne que traditionaliste, participe aux mascarades traditionnelles d'Egungun, mais viole en même temps, avec un plaisir insolent, les tabous imposés aux fils de la tribu par les Anciens, et séduit, par amour il est vrai, la très innocente Morounké.

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Date de parution 01 janvier 2018
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EAN13 9782379180491
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Préliminaires
Préface
Présentation
Personnages
La piéce
Chant
Sommaire
MOJI : la Mère
LH REVEREND ERINJOBI : le Père
ISOLA : leur fils
Présentation
Personnages
MOROUNKE : la fille des OLUMORIN
M. OLUMORIN
Mme OLUMORIN
Des enfants, des hommes, une foule, des voix, etc.
La piéce
Lieu de l’action: une petite ville Yorouba, en Afrique de l’Ouest.
Camwood on the Leaves (Du Rouge de Cam sur les feui lles) fut radiodiffusé par la Nigerian Broadcasting Corporation, pour la première fois en novembre 1960.
Chant
Agbe to’romo re d’aro o... Olenle
Aluko t’or'omo re g’osun o... Olenle
Baba iyoku t’or'omo re p’agogo ide o
Awa o le taro iwon yen
K'ama a b'olu s’ere imoran...
Olenle
Pleurant la mort de son enfant,
Agbé s’est enveloppée dans un pagne indigo,
Pleurant la mort de son enfant,
Aluko a broyé la rouge écorce du bois de cam,
Le père en deuil de son enfant
A forgé des cloches de bronze
Mais nous ne pouvons pas nous attarder
Sur ces manifestations de deuil
De peur d'être entraînés
Dans un jeu fatal avec les dieux.
(Au chant succède le bruit de coups impatients frap pés contre la porte).
MOJI
Ouvre la porte, Isola, ouvre la porte.(Elle se remet à frapper).Isola, pour l’amour de ta mère ! Je t’en prie, mon fils, ouvre-moi. Laisse-mo i te parler, s'il te plaît, mon fils... Ouvre cette porte. (Surun ton plus désespéré).qu'est-ce que je t'ai fait, moi ? Isola, Pourquoi me laisses-tu dehors ? Ouvre- moi la porte , mon fils, avant que le courroux divin ne s'abatte sur ma maisonnée.
(Ses coups deviennent furieux. Un bébé se met à ple urer. On entend, dans tes parages, des bruits de pas hésitants comme ceux d’e nfants apeurés; l’un des enfants essaye de calmer le bébé).
Isola, tu m'entends ? Tu as juré de me déshonorer, maintenant ? Mon fils, pense à tes frères et sœurs... Isola... Si tu pouvais me voir. Je me prosterne à tes pieds. Tes frères et sœurs sont tous là à te supplier. Ouvre cette po rte si tu m’aimes. Ouvre, mon fils... Isola. Tu as vraiment juré de me déshonorer ? Tu ve ux m'envoyer dans la tombe avant mon heure ? Isola ? Même le bébé est malheureux... Je t'en prie, aie pitié de nous tous. Sors, je t'en supplie, je plaiderai ta cause auprès de ton père, c'est promis, je plaiderai ta cause auprès de lui.
(On n’entend plus que le bébé qui continue à pleure r. Soudain, MOJI tance d’une voix stridente : « Isola ! ». Au loin, on entend une porte s’ouvrir brusquement et la respiration de MOJI devient haletante : « Dieu me v ienne en aide ! Le voilà ! ». En
sanglotant, elle implore de toutes ses forces, en e ssayant de ne pas trop attirer l’attention).
N'attends pas qu'il arrive ici pour sortir. Mon fils, Isola, mon seigneur et maître, mon fils, mon favori du ciel, sors, je t’en prie. Je lui parl erai. Mais ouvre la porte. Ne lui fais pas croire que tu n’éprouves pas de remords. S'il te plaît, je t'en prie... Ouvre !
(D’en bas)
Où est-il ? MOJI ! Où est-il ?
ERINJOBI
MOJI
Chut... Emmenez le bébé... Vite, emportez-le dans l a chambre d'à côté et fermez la porte à clé... Vite... Mon Dieu... Que faire... Que faire maintenant ?
(On entend des pas lourds gravir l’escalier).
(Murmurant, désespérée)
MOJI
Isola. Il n’est pas encore arrivé. Il n'est pas enc ore là, mon fils... Tu peux encore sortir... Tu peux me demander n’importe quoi, absolument n’im porte quoi... Fais de moi ton esclave, mais ouvre la porte, mon fils...
(Qui monte l’escalier)
MOJI !
ERINJOBI
MOJI
Je suis perdue... Mon Dieu, je suis perdue.
MOJI, descends.
Mon Révérend !
Descends, la mère !
ERINJOBI
MOJI
ERINJOBI
MOJI
Révérend, c’est ton fils... Même s’il a commis un forfait, c’est ton fils !
ERINJOBI
Descends, descends ! Et emmène les enfants avec toi .
MOJI
Ce n'est pas qu’il s’entête, Révérend. Ne va pas t' imaginer qu'il n'éprouve pas de remords. Mais il est tout simplement en train de di re ses prières dans sa chambre. Il prie pour se faire pardonner.
(ERINJOBI arrive, il ouvre la porte d'à côté, le bé bé pousse soudain un hurlement de détresse).
ERINJOBI
Descendez tous. Allez danslait, chambre de votre mère et fermez la porte. Sans bru c'est compris ? Sans le moindre bruit.
(On entend des pas d'enfants qui descendent l’escal ier à toute vitesse. MOJI continue à sangloter et à gémir doucement).
MOJI
Ah, Dieu ne m'a-t-il prêté vie que pour m'infliger cette souffrance ? Il veut me punir de mes péchés. Mais, ô Seigneur, pourquoi ne pas m'avo ir réservé une autre punition ? Oh, ne me châtie pas à travers mes enfants, Seigneu r, non !
MOJI !
(Une porte se ferme en bas).
ERINJOBI
Mon
C'est une épreuve trop pénible, Seigneur, je n’ai p as la force... Non, je n’ai pas la force de la supporter... Punis-moi pour mes péchés... Mai s pas de cette manière... Non, je t'en prie !
ERINJOBI
MOJI, cesse tes simagrées, c'est un ordre, tu m'entends ?
Mon
Révérend, je suis une faible femme. Je ne possède p as ta force,
ERINJOBI
Alors, prie Dieu qu’il te donne la force. Mais que je ne t’entende plus geindre.
C'est ton fils, Révérend.
Mon
ERINJOBI
Lui, mon fils ! Je le renie. Il n'est ni mon fils n i le tien !
MOJI
Non, on ne m'empêchera pas de le reconnaître comme mon fils, ni de lui parler; je suis sa mère.
ERINJOBI
Aurais-tu peur d’observerlaestin,volonté de Dieu ? Abandonne cette créature à son d je te l’ordonne.
MOJI
Comment le pourrais-je ? Non, c’est impassible, Rév érend, impossible. Dieu est miséricordieux. C'est mon fils.
ERINJOBI
Je te répète qu’il n’est pas tonfils.Il a souillé la fille d'Olumorin... Il m’a déshono ré. Je te répète qu'il n'est pas ton fils.
MOJI
Mais si, comment pourrais-je le renier ? Il est ton fils aussi, Révérend, tu ne peux pas l'exclure de ta famille.
ERINJOBI
MOJI, je te répète que, désormais, tu commettras un péché envers Dieu toutes les fois que tu appelleras ce suppôt de Satan ton fils.
Révérend !
MOJI
ERINJOBI
Et j'en appelle à Dieu pour qu’il soit témoin de la justice de mon verdict.
(Un silence).
Descends maintenant, la mère; et, si le cœur t’en d it, prie pour lui. Mais je crains fort qu'il n’y ait plus aucun espoir de salut pour lui.
(En s'efforçant de refouler sa passion)
MOJI
Je remets son sort entre tes mains, Révérend, et en tre les mains de Dieu. Révérend, si tu pouvais le voir maintenant, tu le trouverais à g enoux. Il sait qu'il a péché, il n'en doute pas, et il est en train de prier pour que le Seigneur touche son cœur. Accorde-lui un petit délai, Révérend, je t'en prie !
ERINJOBI
Soit, j’attendrai.Ilne convient pas de hâter le jugement de Dieu.
Fais lui miséricorde.
Mon
ERINJOBI
C’est Dieu qui est miséricordieux. Descends voir le s enfants, femme. Et ferme la porte
à clé.
(Les pas fatigués de MOJI s'éloignent dans l’escali er, une porte s'ouvre et se ferme doucement, et une clé tourne dans la serrure. Le Ré vérend ERINJOBI prend un siège et s'assied).
Oui, j’attendrai.
ERINJOBI