Entretiens avec un empire (Volume III)

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Fort de ses plus de 250 millions de visiteurs depuis son ouverture il y a 20 ans, Disneyland Paris, première destination touristique d'Europe, ne cesse d'accumuler les records et d'exciter les passions. En quoi le Resort francilien se distingue des autres parcs à thème ? Comment et pourquoi a-t-il trouvé sa place dans le paysage touristique mais également économique et culturel européen ?

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Publié par
Date de parution 01 juin 2012
Nombre de lectures 11
EAN13 9782296493933
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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ENTRETIENS AVEC UN EMPIRE

Collection « Cinémas d’animations »

Dirigée par Sébastien Roffat

Mobile, indécis, turbulent, rétif à la définition, le film d'animation ne se laisse pas
facilement appréhender.La tentative de définition lui est quelque peu chimérique
tant la diversité de ses formes, de ses techniques et de ses ambitions contraint à
une définition ouverte. Le terme même de "film d'animation" couvre un éventail si
large de pratiques artistiques et techniques, qu'il ne saurait désigner un ensemble
homogène du point de vue esthétique. La collection "Cinémas d'animations" se
veut le chantre de cette incroyable diversité.

Déjà parus

Patrick Barrès (dir.),Georges Schwizgebel, peintre et cinéaste d’animation, 2012.

Stéphane Le Roux,Hayao Miyazaki, cinéaste en animation, 2011.

Frédéric Clément,Machines désirées. La représentation du féminin dans les filmsd’animation
Ghost in the Shellde Mamoru Oshii, 2011.

Jérémie Noyer,Entretiens avec un empire. Rencontres avec les artistes Disney. Les grands
classiques de l’animation : volume 2 : deDinosaureàToy Story 3, 2010.

Jérémie Noyer,Entretiens avec un empire. Rencontres avec les artistes Disney. Les grands
classiques de l’animation : volume 1 : deBlanche-Neige et les sept nainsàTarzan, 2010.

Stéphane Le Roux,Isao Takahata, cinéaste en animation, 2010.

PierreFloquet,Le Langage comique de Tex Avery,2009.

Du même auteur :

20 ans de rêves, 2012,EuroDisney S.C.A.

Jérémie NOYER

ENTRETIENSAVECUN EMPIRE
Rencontres avec les artistes Disney

Volume 3
Disneyland Paris raconté par ses créateurs

Crédits photo :

Pages 15; 74; 79; 137; 165; 170; 173; 178; 182; 205 © Disney. Reproduits
avec permission.

p. 25: Eddie Sotto; p. 37:: Bill Gorgensen; pp. 61 et 69Jeff Burke:; p. 84
Jérémie Noyer ; p. 89 : Tim Delaney ; pp. 110, 148, 159 : Richard Bellis ; pp. 119 et
127 : PaulOsterhout. Reproduits avec permission.

Disneyland, Parc WaltDisney Studios,FASTPASS,Audio-Animatronics, les noms
des HôtelsDisney et tousles noms d’attractions de Disneyland Paris sont des
noms déposés.
Toy Story Playland est inspiré du film Disney•PixarToy Story.
Crush’s Coasterinspiré du film Disney•PixarLe Monde de Nemo
Cars Quatre Roues Rallyeinspiré du film Disney•PixarCars
Buzz Lightyear Laser Blastinspiré du film Disney•PixarToy Story 2
TM
Indiana Joneset le Temple du Péril
TM
Tarzan
Star Tours©Disney/Lucasfilm

© L’HARMATTAN, 2012
5-7 rue de l’Ecole-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN :978-2-296-99122-4
EAN :9782296991224

SOMMAIRE
REMERCIEMENTS - 9

INTRODUCTION - 11

PARC DISNEYLAND- 15

MAIN STREET, U.S.A. - 25

FRONTIERLAND- 37
Phantom Manor- 49

ADVENTURELAND- 61
Pirates of the Caribbean -69

FANTASYLAND- 79
«it’s a small world»- 84

DISCOVERYLAND- 89
Space Mountain -98
Star Tours -110
Buzz l’éclair Bataille Laser-114

PARCWALTDISNEY STUDIOS - 119
Toon Studio -128
Animagique -137
La Tour de la Terreur -144
Cinémagique -152
Stitch Live ! -155
Moteurs… Action! -159

LES SPECTACLES - 165

LALEGENDE DE BUFFALOBILLA DISNEY VILLAGE- 189

LES HOTELSDISNEY - 201

VALD'EUROPE- 205

INVITATION - 211

INDEXDESARTISTES INTERVIEWES - 213

REMERCIEMENTS

Je voudrais en tout premier lieu remercier tous les artistes, Imagineers etCast
Members, qui travaillent ou ont travaillé pourDisneyland Paris, qui m’ont fait
l’honneur de m’accorder leur confiance, parfois même leur amitié au fil des années
et qui ont accepté, souvent en dépit d’un emploi du temps surchargé, de prendre
quelques instants pour parler avec moi de leur travail.

Je voudrais également adresser tous mes remerciements aux équipes deDisneyland
Paris qui ont facilité et organisé le contact avec un grand nombre d’artistes. Je
pense notamment à IsabelleCalbrecht,EstelleChampeau, IsabelleFournier,
Delphine Kerfyser, Nadia Khechine,Gemma Klaw, Marie-Geneviève Masseron,
Aurélie Massin, Paola Matias, Karine Moral, Nathalie Pankowski, Maria Rosillette,
Martina Stüben,Christine Tweedly, sans oublier MathiasDugoujon !

Un grand merci àDidierGhez, historienDisneys’il en estet fondateur du projet
«», qui m’aWalt’s Peoplebeaucoup aidé et conseillé dans mes recherches, ainsi
qu’aux responsables et rédacteurs en chef des différents supports et médias qui
m’ont fait confiance pour publier mes entretiens dans leurs colonnes, en particulier
Didier Leprêtre (Dreams MagazineetCinéfonia Magazine) etAnthony
(Dlrpmagic.com).

Un immense merci à Philippe Banel, qui m’a soutenu et accompagné tout au long
de ce projet.

Merci à Sébastien Roffat, qui dirige avec passion cette collection au sein des
éditions L’Harmattan et qui m’a fait l’honneur de me proposer ce projet.

Enfin, toute ma gratitude et mon amour à ma famille, mes parents,Gisèle et Pierre,
qui observent avec bienveillance et accompagnent depuis le début cette passion
pourDisney, et bien sûr mon épouse,Caroline, à qui je dois le titre de cette série et
qui, surtout, est le soleil de ma vie…

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INTRODUCTION

«Les idées originelles de Walt sont toujours extrêmement vivantes. Nous ne les avons jamais
réellement oubliées. Nous les avons simplement gardées en réserve pour les ressortir au bon
moment.» Marty Sklar,Ambassadeur International WaltDisney Imagineering.

Ainsi en est-il de bon nombre de projets deDisney, réalisés ou encore dans les
cartons.
Prenez le segment «Le Petit Soldat de Plomb» deFantasia 2000: il est en fait
inspiré de storyboards dessinés en 1938 parBianca Majolie, restés alors sans suite.
De la même façon, en 1956, WaltDisney avait présenté àDisneyland le projet
« InternationalStreet »,un land international qui aurait dû se situer au nord de
Tomorrowland, basé sur la rencontre entre les styles architecturaux des cinq
continents.Ce projet n’a jamais vu le jour enCalifornie mais fut l’inspiration du
World Showcase d’Epcot, ouvert en 1981. On pourra enfin citerDiscoveryBay,
conçupar l’Imagineer TonyBaxter. Sorte de SanFrancisco de l’époque de Jules
Verne envisagé pourDisneylandCalifornie entreFrontierland etFantasyland, ce
land a servi de base à la conception deDiscoveryland àDisneyland Paris.
Autant de projets anciens qui ont ainsi pu voir le jour dans un contexte différent.
Ace titre,Disneyland Paris est à la fois un retour aux sources et la réalisation de
bien des rêves inachevés de WaltDisney.

Ce retour aux sources, c’est d’abord celui qu’offre l’Europe.Ce qui fit dire à
MichaelD.Eisner, PDGde The WaltDisneyCompany, au matin de l’ouverture
du parc, le 12 avril 1992, «Il était une fois un grand conteur du nom de Walt Disney qui,
s’inspirant des plus grands contes européens, se servit de son talent pour les partager avec le monde.
Il imagina un royaume magique où ces histoires prendraient vie, et l’appela Disneyland.
Aujourd’hui, son rêve est de retour dans les pays qui l’ont inspiré.»

Des travaux comme ceux de l’historien RobinAllan ou des événements récents
comme l’exposition «Il était une fois WaltDauisney »Grand Palais à Paris ont
bien mis en lumière le fort héritage européen des dessins animésDisney.Et dans la
mesure où Walt a imaginéDisneyland comme un lieu où les personnages et les
univers qu’il a créés pour le grand et le petit écran prennent vie, ilétait logique de
retrouver des influences européennes dans le parc original. Songeons simplement
auSleeping Beauty Castle(Château de laBelle auBoisDormant), nettement inspiré
du Neuschwanstein de Louis II deBavière, ou encore à l’influence des jardins de
Tivoli àCopenhague que Walt avait visités en famille lors d’un voyage enEurope
en 1951.
Les personnages des contes de fées européens ont ainsi tout naturellement
retrouvé leur place àDisneyland Paris, notamment àFantasyland.Ceci dit, les
références à la culture européenne ne s’arrêtent pas à la présence de personnages.
Elles passent également par différents hommages architecturaux et décoratifs.Bien
que nettement imaginaire,Le Château de la Belle au Bois Dormantn’en évoque pas

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moins l’abbaye du Mont Saint-Michel par sa forme, l’église Saint-Séverin à Paris
pour ses colonnes torsadées ou encore les Hospices deBeaune pour la toiture
(entre autres références).Discoveryland est quant à lui originellement consacré aux
visionnaires européens, tant dans le design que les attractions.Orbitron-Machines
Volantesest dérivé des cahiers d’esquisses de Léonard de Vinci (sans compter la
citation «il sole non si muove» sous le nom de l’attraction),Space MountainetLes
Mystères du Nautilussont un vibrant hommage à Jules Verne, que l’on retrouvait
aussi aux côtés d’H.G. Wells dansLe Visionarium(aujourd’hui remplacé parBuzz
l’Eclair Bataille Laser).Et du côté du Parc WaltDisney Studios, de la Place des
Frères Lumière àCinémagique, les évocations du cinéma européen ne manquent pas
non plus et nous nous garderons bien ici de toute exhaustivité tant elles sont
nombreuses à travers le Resort.

Pour autant, la structuremême de la destination en deux parcs, l’un constituant un
monde de rêve et de fantaisie, l’autre conçu comme des studios de cinéma, est
également une sorte de retour aux sources deDisneyland.
Car les origines du parc de Walt remontent bien plus loin que les samedis
aprèsmidi passés à regarder ses filles faire du manège en imaginant un endroit où parents
et enfants pourraient s’amuser ensemble.En fait,la fascination de WaltDisney
pour les parcs d’attractions remonte à son enfance, rêvant derrière les grilles du
Fairmont Park de KansasCity sans pouvoir y accéder, faute d’argent. Mais c’est en
1940 qu’il associe cette idée à une visite de ses studios, récemment ouverts à
Burbank. Il évoque avec des amis comme le réalisateurBen Sharpsteen ou
l’animateur Ward Kimball un «magical little park» qu’il pourrait construire juste en
face de ses studios, de l’autre côté de RiversideDrive, là où se trouvent
actuellement les WaltDisneyAnimation Studios.Cette proximité lui aurait permis
de répondre aux nombreuses demandes d’admirateurs de pouvoir visiter ses
studios tout en les faisant rêver avec un parc basé surl’imaginaireet la rencontre
avec les PersonnagesDisney.
Mais l’étude menée en 1953 à sa demande par le Stanford Research Institute ayant
finalement préconiséAnaheim pour établirDisneyland, cette association entre lieu
imaginaire et lieu de production est restée del’ordre du rêve... jusqu’en 1989!

Car c’est pendant la constructionmême deDisneyland Paris queDisney annonce
officiellement l’ouverture d’un second parc, lesDisney MGM Studios-Europe,
prévue pour 1995.C’était le 6 novembre1989.Acette époque, on imaginait un
e
parc d’ampleur consacré au 7art associant loisir et production, avec notamment
l’implantation des studios français de WaltDisneyFeatureAnimation, alors basés à
Montreuil, au cœur de la destination. On sait que la situationa, entre-temps,
passablement changé et que ce « second gate » a finalement connu plusieurs phases
de développement, réduit à un moment à une seule grande attraction sur
l’animation, située à l’extérieur du ParcDisneyland, pour devenir le Parc Walt
Disney Studios que nous connaissons actuellement. Parc en devenir, s’il en est,
souvent débattu, mais en tout état de cause en pleine expansion, le Parc Walt
Disney Studios forme avec le ParcDisneyland le complexe de loisirs le plus proche

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de l’idée originale de Walt – d’autant plus à l’ouverture du parc, quandDisney
Channel avait établi ses studios à ProductionCourtyard et émettait depuis le
Television Production Tour.

Et cette proximité de Walt ne se cantonne pas aux parcs à thème. Outre la
destination touristique, le secteur IV de Marne-la-Vallée abrite une authentique
ville nouvelle, Val d'Europe, imaginée comme un lieu de vie mais également
comme une véritable locomotive économique pour l'Est francilien, dans une
relation dialectique avecDisneyland Paris.Cette relation, pour totalement originale,
reposant sur un partenariat public/privé unique en son genre, est ce qu’il y a de
plus proche de l'EPCOT rêvé par WaltDisney à la fin de sa vie, cette communauté
de demain associant lieu de vie et développement économique.

Tout cela fait deDisneyland Paris un ParcDisney pas comme les autres, la
réalisation de bien des rêves inachevés, avec un esprit très particulier, une véritable
originalité tout en restanttrès fidèle à l’esprit de WaltDisney.C’est certainement
cela qui crée l’attachement très fort de tous ceux qui l’ont visité, à commencer par
votre serviteur.

Ce livre est une compilation d’entretiens que j’ai eu le plaisir de conduire depuis
une dizaine d’années pour différents médias à propos deDisneyland Paris.
Depuis mes débuts dans ce domaine, ma démarche a toujours été de donner la
parole aux artistes mêmes et de leur permettre de s’exprimer librement sur leur
travail.Bien plus qu’une description ou qu’un historique, il se dégage de ces
rencontres une véritable vision teintée d’émotion d’un projet humain, artistique,
technologique et culturel sans précédent.
Ce livre en est le témoignage.

J’espère de tout cœur que, comme pour moi, la parole de ces artistes pas comme
les autres vous permettra de voirDisneyland Paris sous un jour nouveau et de
l’apprécier encore davantage…

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DISNEYLANDPARIS

***

Tony Baxter, Imagineer
Executive Producer

Entretien réalisé en août 2011

Selon vous, qu’est-ce qui différencie un Parc Disney de tout autre parc ?
Je pense que la différence réside dans le fait qu’un ParcDisney a une véritable
personnalité, et procure des émotions indépendamment des attractions et de
l’architecture.Celavient du fait queDisney possède un répertoire incroyable de
personnages et de lieux que le public apprécie et aime retrouver dans nos parcs,
que ce soient les films qui inspirent des attractions, ou des attractions qui inspirent
des films commePirates des Caraïbes.Disney a à sa disposition une telle palette de
moyens d’expression qu’ils se nourrissent les uns les autres et apportent une
émotion unique à nos parcs à travers le monde.De fait, que ce soit à travers les
attractions, la musique, les spectacles ou encore les restaurants, nos parcs
fonctionnent à de multiples niveaux. Que ce soit un enfant de 4 ans volant avec ses
parents sur le dos deDumboou un couple qui vient d’apprécier un excellent
déjeuner et se promène sur Main Street, chacun peut expérimenter les Parcs
Disney à sa façon.Car nos Parcs agissent vraiment au niveau de l’émotion, et c’est
ce qui les relie à nos visiteurs.

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Et selon vous,qu’est-ce qui différencie Disneyland Paris de tous les autres
Parcs Disney ?
PourDisneyland Paris, on nous a lancé le défi de construire le plus beau des quatre
royaumes magiques. Qui plus est, il a été imaginé par la seconde génération
d’Imagineers, desgens qui ont grandi avecDisneyland enCalifornie. Nous étions à
la fois sous le charme du parc créé par WaltDisney et nous avions appris comment
gérer des masses importantes de visiteurs à travers le parc deFloride.De ce fait,
nous avons voulu donner ce charme àDisneyland Paris, ainsi que la commodité de
WaltDisney World.Et d’après les commentaires que nous avons reçus, nous
avons réussi. Nous en sommes très fiers, non seulement parce que c’était la
volonté de notre management, mais également parce que nous avons vraiment
édifié quelque chose de magnifique. Pour moi, c’est vraiment le plus beau de tous
les royaumes magiques !

Vous incarnez donc la deuxième génération d’Imagineers. A ce titre, quelle
est votre connexion à Walt Disney ?
J’ai grandi avec WaltDisney. Quand j’avais sept ans, il y avait cette émission de
télévision appeléeDisneyland. WaltDisney avait eu l’intelligence de la lancer un an
avant l’ouverture de son parc afin de nous permettre de nous imprégner, nous les
enfants, de la structure du parc, avec ses différents lands que sontFantasyland,
Frontierland,Adventureland et Tomorrowland.Chaque semaine, il nous présentait
une histoire à la télévision qui nous faisait toucher du doigt l’émotion propre à
chacun de ces lands.Asept ans,j’avais déjà compris queFantasyland n’était pas
qu’un décor.C’était un monde où vivaientCendrillon,Blanche-Neige et Pinocchio.
J’ai réalisé que Zorro etDavyCrockett vivaient àFrontierland et qu’à
Tomorrowland, je pourrais vraiment aller sur la Luneet explorer l’espace.Ce fut là
ma première connexion à WaltDisney. Une émotion qui reliait le lieu,
l’architecture et les attractions.De ce fait, à l’ouverture du parc, pour ma première
visite, je savais déjà où aller ! Je savais déjà ce que je voulais voir ! Pour moi, Walt
Disney était comme mon oncle préféré qui venait chaque semaine me présenter ses
derniers films et ses dernières attractions, qu’il nous offrait comme le plus beau des
cadeaux de Noël ou des cadeaux d’anniversaire. Il ne m’est jamais venu à l’esprit
qu’il faisait du marketing. Pour moi, c’était simplement de la magie!
J’ai donc grandi dans cet esprit, avec dans l’idée que mon plus grand rêve serait de
devenir opérateur d’attraction àDisneyland. J’ai donc travaillé dans ce sens et c’est
ce que je suis devenu. Pour quelquetemps, j’avais accompli mon rêve : j’aidais les
visiteurs à entrer dans un monde de science-fiction dans lequel ils se retrouvaient
réduits à la taille d’un atome ou voyageaient jusqu’au Pôle Nord dans un
sousmarin. J’étais comme un acteur jouant un film dans la vie réelle! Quand j’ai été
finalement diplômé en architecture paysagiste et en théâtre, je me suis demandé
comment j’allais pouvoir évoluer.J’ai donc rassemblé unportfolioque j’ai proposé
au département design de WaltDisney Imagineering. WaltDisney était mort cinq
ans auparavant, les premiers Imagineers MarcDavis, John Hench etClaudeCoats
commençaient à prendre de l’âge et se rendaient compte qu’ils n’avaient pas
vraiment réfléchi à leur succession.C’est ainsi que je suis devenu en quelque sorte

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le plus ancien des plus jeunes dans la mesure où j’ai été le premier à participer à ce
programme visant à recruter la nouvelle génération d’Imagineers. Nous étions
donc la deuxième génération, marchant dans les pas des artistes qui ont travaillé
directement avec WaltDisney.
J’ai rencontré deux fois WaltDisney, mais c’était en tant qu’opérateur d’attraction à
Disneyland. J’ai donc simplement pu observer cet homme étonnant qui, malgré
tout ce qu’il avait à faire, trouvait le temps de descendre àDisneyland pour
rencontrer ses employés de façon très personnelle.Cela m’a marqué: il aimait
tellement le produit qu’il voulait en connaître les moindres aspects, que vous
vendiez des glaces comme je l’ai fait lors de ma première année, ou que vous
accueilliez les visiteurs duSubmarine Voyagecomme je l’ai fait plus tard.

Parmi toutes les attractions créées par Walt Disney, quelle est votre
préférée ?
Ma préférée, c’est toujours la dernière !C’est en 1959 que fut inventé le terme
«Eticket» qui signifie encore aujourd’hui la promesse d’une expérience hors du
commun : un voyage vers la Lune ou autre. Le dernierE-ticket était toujours pour
moi le plus excitant. Mon premier a été leSubmarine Voyage.C’était certainement la
première attraction dans laquelle vous accédiez à un lieu caché avec un
environnement totalement contrôlé.C’était très théâtral.Jungle Cruiseétait
formidable, mais il se déroulait en plein jour et j’étais fasciné par la découverte de
calmars géants et autres sirènes dans les profondeurs de la mer, quelque chose qu’il
serait impossible d’avoir en plein air.Et puis, ce futPirates of the Caribbean.Ce fut
d’ailleurs une expérience assez triste pour moi car j’ai découvert cette attraction le
jour dudécès de Walt. Je suis venu travailler avec l’idée que ce serait mon dernier
jour. Je n’imaginais pas que laCompagnie survivrait à son fondateur. J’ai marché
dans le parc et je suis arrivé àPirates of the Caribbeanqui était testé avec des sacs de
sableà la place des visiteurs. Je suis entré et j’ai demandé s’ils autoriseraient un être
humain à prendre la place d’un sac de sable. Ils ont accepté et je me suis retrouvé à
parcourir cette attraction, sans doutel’une des meilleures jamais créées, le jour de la
disparition de WaltDisney.C’était très spécial : il n’y avait pas de personnages, et
pas de musique. Juste ces décors immenses et magnifiques.Et je vivais désormais
dans un monde sans WaltDisney.Pirates of the Caribbeanest donc une attraction
fantastique, mais pour moi, elle revêt une dimension émotionnelle encore
beaucoup plus profonde.Elle évoque pour moi WaltDisney d’une manière que je
n’oublierai jamais…

Comment êtes-vous devenu Producteur Exécutif de Disneyland Paris ?
Nous venions de terminerStar TourspourDisneyland, qui s’est révélé être un
grand succès. J’avais notamment travaillé à créer un lien entre WDI(WaltDisney
Imagineering, qui conçoit les attractions pourDisney) et le studio deGeorge
Lucas.C’était une grande première dans le sens où l’attraction n’était pas basée sur
une mythologieDisney mais sur celle d’un autre artiste.J’aidonc beaucoup
travaillépour que chacun se sente à l’aise dans cette configuration inhabituelle.
C’est alors qu’on m’a proposé de m’associer au projet deDisneyland européen.

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J’étais absolument ravi! Je savais que depuis un an notre division en charge de la
planification était en négociation avec le gouvernement français, et à partir du
moment où notre choix s’est fixé sur Marne-la-Vallée, j’ai commencé à me rendre
tous les mois enFrance pour ajuster notre projet au site et travailler avec les
communautés alentours.

Quels furent les défis qui se sont présentés à vous du point de vue créatif ?
C! Pour Main Street, nous savions quehaque aspect du Parc a été un challenge
nous aurions des problèmes liés au climat. Quand il fait beau, lesFrançais aiment
manger dehors. Mais ce n’est pas toujours le cas.C’est pourquoi nous nous
sommes dit que ce serait une erreur de couvrir la rue comme à Tokyo.Et pourtant,
il fallait prévoir des lieuxabrités, en cas de pluie. L’idée des arcades a tout résolu.
D’un côté, cela permettait d’avoir à la fois des espaces couverts et un extérieur
ouvert, et de l’autre, leur coût modéré par rapport à un toit pour l’ensemblede la
rue nous a permis de rajouter encore plus de détails dans la décoration et la
thématisation des boutiques et de l’architecture. Nous avions conscience qu’il
s’agissait de Paris et non pas d’Orlando ou d’Anaheim. Nous nous trouvions dans
un environnement cultivé.De la même manière, il a fallu trouver des solutions
pour le château deFantasyland.Celui deDisneyland est directement inspiré du
Neuschwanstein enBavière, tandis que celui de WaltDisney World est un mélange
d’éléments empruntés auxchâteaux de la Loire. Nous sommes donc revenus à
l’histoire originale, et au dessinanimé de 1959, magnifiquement designé parEyvind
Earle.Eyvind lui-même a puisé son inspiration dans unlivre d’enluminures du
Moyen-Âge,Les Très Riches Heures du Duc de Berry.Nous avons donc eu l’idée
d’associer tout cela avec la stylisation que l’on trouve dans la série de tapisseriesLa
Dame à la Licornedu Musée deCluny, où l’on retrouve une approche très à plat de
l’espace avec des détails assez anguleux sur les arrière-plans et les paysages.De fait,
l’environnement de notreChâteau de la Belle au Bois Dormantne ressemble à aucun
autre dans le monde, et dans le même temps, il ne semble pas étranger à un œil
européen.A Discoveryland, le challenge était d’associer la culture européenne et
plus spécifiquement française à ce land et decélébrer le triomphe de l’imagination
à travers deVinci, H.G. Wells et Jules Verne.C’est-à-dire partir du concept
traditionnel des Tomorrowland en tant que reflet de l’industrie américaine tout en
développant une approche moins consumériste et plus culturelle.Adventureland
est devenu un monde de fantaisie pour lesEuropéens.AuxEtats-Unis, nous
rêvons des villages deBelle et deBlanche-Neige, alors que l’exotisme des
Européens tient plus des éléphants d’Aladdin.De fait, là où l’île américaine est une
référence directe aux personnages de Mark Twain,Adventure IsleàDisneyland Paris
est une référence directe aux histoires de pirates. Par bonheur,Disney a sorti
depuis lors quatre grands films sur ce thème, ce qui fait que notreAdventure Isleest
toujours aussi populaire!Enfin,Frontierland a été pour nous un retour aux
sources dans la mesure où nous avons puisé notre inspiration dans des lieux
grandioses desEtats-Unis comme Monument Valley ou leGrandCanyon.Autant
de destinations lointaines qui fontégalement rêver lesEuropéens.D’autant plus
que nous ne nous sommes pas reposés sur nos lauriers en plaçant notre
attraction

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phare, Big Thunder Mountain, sur une île !Cela a complètement conditionné ce land.
Où que vous soyez, dePhantom Manorau Ranch, vous pouvez voir cette île avec ce
train qui en dévale les collines à toute vitesse, et cela apporte une énergie
incroyable à l’ensemble du land!

Comment avez-vous choisi les directeurs créatifs de chaque land ?
C’est une excellente question. Vous savez, quand je suis arrivé àDisneyland, j’ai
apprisqu’on ne recrute pas; on effectue des castings.Et il très important de
choisir la bonne personne pour chaque rôle. Prenez TimDelaney. Insurpassable
quand il s’agit de regarder le monde graphiquement, avec une touche d’imagination
et de science-fiction.Eddie Sotto, quant à lui, a un sens incroyable du détail quand
il s’agit d’architecture victorienne. Je ne pouvais pas les imaginer dans un autre rôle
que celui de créerDiscoveryland pour le premier et Main Street pour le second.De
la même manière, Tom Morris est tellement réceptif à tout ce qui est « fantasy ». Il
a travaillé avec moi sur le nouveauFantasyland deCalifornie.C’est là que j’ai vu à
quel point il avait du talent et que je me suis dit qu’il serait parfait pourconcevoir
le château du parc parisien.Et j’ai été ravi de voir que les artistes qui sont en train
de produire le filmOz, the Great and Powerfulpour WaltDisney Pictures, se sont
directement inspirés du travail de Tom sur leChâteau de la Belle au Bois Dormantde
Disneyland Paris pour créer leur château.Chris Tietz est quant à lui une véritable
autorité sur l’attractionPirates of the Caribbean– je ne voyais personne d’autre pour
s’occuper d’Adventureland.Enfin, JeffBurke, accompagné d’un autre artiste dont
on parle moins, Skip Lange, certainement le meilleur artiste quand il s’agit de créer
des environnements complets commeAdventure Isle, ont créé le plus merveilleux
desTrains de la Minede tous les ParcsDisney !Et même le plus beauFrontierland
de tous!Dès le départ, si nous avions des doutes sur les autres lands, nous n’avons
jamais douté du succès deFrontierland. Notre défi a été simplement de lui
apporter une richesse de détails jamais atteinte jusque-là.C’est vraiment l’Ouest de
John Wayne dansRio Grande.

Quand vous vous êtes réunis tous ensemble pour la première fois, quelles
idées ont surgi ?
En premier lieu, nous avons fait une liste des meilleures versions de certaines
attractions et de certains lieux, de ce que nous aimions à Tokyo ou enFloride et de
ce que nous n'aimions pas.Dans la mesure où nous étions la seconde génération,
nous n'avions pas peur de froisser tel ou tel ego. Personne parmi nous n'avait
conçu les premiers parcs.De fait, nous avons vraiment pu être sincères. Par
exemple, nous avons partagé ce que nous aimions dansPirates of the Caribbeanen
Californie et ce que nous n'aimions pas dans sa version deFloride. Nous n'étions
animés que par le désir de faire quelque chose de bien. La deuxième chose, c'est
que nous avons fait plusieurs voyages à travers l'Europe pour voir ce qu'on y
faisait. Nous nous sommes aperçus que certains parcs européens proposaient des
attractions nettement inspirées de celles deDisneyland, comme laJungle Cruise.De
fait, nous étions touchés par un paradoxe : si nous avions ouvert uneJungle Cruiseà
Disneyland Paris, nos visiteurs auraient pensé que c'était nous qui avions copié !

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Bien que cette attraction était prévue dans nos premiers plans, nous avons
finalement décidé de ne pas la mettre dans notre Parc au vu du nombre de copies
que nous avons trouvées à travers l'Europe ! Nous avons beaucoup appris de ces
voyages où nous avons vu ce qui existait et ce qui n'existait pas, ainsi que les
histoires et les lieux qui inspiraient les publics européens, et nous avons modifié ou
adapté notre liste en conséquence.

Comment avez-vous abordé les problèmes de langues, nombreuses en
Europe ?
Jungle Cruiseest encore un bon exemple. Nous nous sommes vite rendu compte
qu'il aurait été difficile de faire passer les gags à un public multilingue, et il aurait
fallu imaginer quelque chose de plus visuel, avec une plus grande importance de la
musique, comme ce fut le cas avecPhantom Manor, où nous avons
considérablement réduit la narration, et surtout, deux ans après, avecLe Pays des
Contes de Fées, dans lequel c'est vraiment la musique qui fait la narration.De la
même façon, enCalifornie, vous ne vous attendez pas à faire un voyage en bateau
au pays dePirates of the Caribbeanquand vous voyez le bâtiment qui accueille
l'attraction à New Orleans Square.Alors qu'à Paris, nous avons un grand bateau
pirate devant Skull Rock.Cela parle à toutes les cultures et prépare tous les
visiteurs à l'aventure!Enfin, en ce qui concerneThe Haunted Mansion, on se
souvient que Walt tenait à ce que son manoir soit impeccable et bien entretenu à
l'extérieur et que les fantômes prennent le contrôle de l'intérieur. PourPhantom
Manor, nous avons envisagé le contraire. Il fallait signifier visuellement aux visiteurs
que ce lieu était hanté, d’où l’idée d’en faire une sorte de ville fantôme. Nous ne
voulions surtout pas qu’il faille un panneau ou une pancarte pour faire comprendre
le thème d’un lieu. Pour avoir visité beaucoup de parcs où j'ai souffert de ne pas
comprendre la langue, je peux vous dire queDisney a beaucoup travaillé pour
rendre ses attractions accessibles à des publics issus de différents pays. Quelle que
soit votre langue, les attractions deDisneyland Paris suscitent une émotion et font
passer une histoire, tant visuellement que musicalement.

Quelle a été l'implication de Michael Eisner dans ce projet ?
Michael voyaitDisneyland Paris comme une opportunité de construire le meilleur
resort jamais réalisé. Il s'est passionnément impliqué dans les questions
d'architecture, et notamment avec les architectes des HôtelsDisney, qui figurent
parmi les plus grands de notre temps. Un exemple : nous voulions que le
Disneyland Hotel soit une version magnifiée de l'entrée du Parc, Main Street.
Eddie Sotto et moi-même avons pris sur nous de dessiner cet hôtel. Michael l'a
adoré, mais il a souhaité dans le même temps confronter notre projet avec Robert
Venturi, un architecte qui devait concevoir un hôtel autour du LacDisney.Cela
nous a mis dans une position inconfortable car, si nous gagnions, Robert Venturi
n'aurait pas le contrat !Et s'il gagnait, nous n'aurions pas notre financement pour
cet hôtel. Or, pour nous, il était très important d'avoir un tel bâtiment à l'entrée du
Parc. Nous avions vu les entrées de grands monuments comme Versailles et les
Châteaux de la Loire commeChenonceau, et nous ne voulions pas que l'entrée de

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Disneyland Paris se résume à des portiques et un parking. Il nous fallait une entrée
grandiose que seul cet hôtel et ses jardins pouvaient apporter.Au départ, nous
voulions simplement d'un bâtiment qui évoquerait un hôtel, et c'est MichaelEisner
qui a suggéré, quitte à avoir un hôtel à l'entrée de Main Street,d’en construire un
vrai !D'où notre proposition et ce concours face à Robert Venturi.Comme vous le
savez, nous l'avons emporté et leDisneyland Hotel a pu être édifié. J'en suis ravi à
plus d'un titre.Déjà, c'est vraiment une entrée unique vers le Royaume Magique, et
dès que vous descendez du RER, leDisneyland Hotel ne laisse aucun doute sur le
fait que ce que vous allez découvrir derrière ses murs est une merveille ! Même par
temps gris, il vous procure une arrivée grandiose sur le resort.Aussi, au cours de la
mise en place du projet, des voix se sont fait entendre pour nous dire que les
résidents de l'hôtel allaient se mettre en maillot de bain au balcon et que cela
jurerait avec le reste du Parc. Or, l'expérience a montré qu'il n'en est rien et, au
contraire,Disneyland Paris a créé un précédent, puisqu'on a construit depuis lors
d'autres hôtels à l'intérieur des ParcsDisney !C'est donc à MichaelEisner que l'on
doit leDisneyland Hotel, ainsi qu'àFrank Wells. Les dix ans qu'a duré leur
partenariat ont été les plus merveilleux de l'histoire récente deDisney.
L'organisation et la qualité du travail deFrank associées à l'enthousiasme et la
témérité de Michael. Ils nous ont valuLa Petite Sirèneau cinéma, ainsi que leStar
ToursetSplash Mountaindans les Parcs.

Qu'ont pensé les premiers Imagineers de votre parc ?
Ils ont pensé qu'il était temps de passer la main et de voir ce que nous pouvions
faire. Ils ont été très disponibles pour nous aider. John Hench nous a beaucoup
aidés pour les couleurs duDisneyland Hotel. MarcDavis était occupé ailleurs, mais
son héritage est bien représenté avecPirates of the CaribbeanetPhantom Manor.
Herbie Ryman a dessiné plusieurs concepts pour la version « 1920-1930 » de Main
Street pourEddie Sotto.ClaudeCoats, mon mentor, m'a suivi tout au long de mon
travail, même quand il est tombé gravement malade. Un jour, je l'ai appelé de Paris.
Je ne savais pas que ce serait ma dernière conversation avec lui. Par chance, il a pu
me parler. Je lui ai dit combien ce Parc était magnifique et que je dédiais tout ce
que nous avions fait à ce que j'avais appris avec lui et que j'admirais en lui. J'étais
impatient qu'il puisse venir et voir cela de ses propres yeux. Malheureusement, il
est décédé deux semaines plus tard.

Pouvez-vous nous parler de la dimension cinématographique de Disneyland
Paris ?
Vous savez, l'un des amis de Walt était un architecte du nom de WeltonBeckett.
Quand Walt a eu l'idée de construireDisneyland, il est allé voir son ami pour lui
demander son aide et ses compétences.Et Welton lui a répondu qu'il n'avait pas
besoin de lui, qu'il n'avait pas besoin d'architectes, qu'il avait besoin des mêmes
artistes qui avaient construit tous ces décors en perspective forcée et ces illusions
dans le backlot du Studio.C'était à eux qu'il devait faire appel pour créer la magie,
alors que des architectes se seraient focalisés sur la faisabilité de chaque chose.
Quand vous regardez Main Street, vous vous rendez compte que les structures de

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