Fort Mac

Fort Mac

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142 pages

Description

Travailler à Fort McMurray (Fort Mac) vous rapportera de l’argent, beaucoup d’argent. Mais à quel prix ? Jaypee, petit magouilleur québécois, et Mimi, son ambitieuse conjointe, ont installé leur roulotte sur le premier terrain venu et se préparent à plonger dans le trou noir de l’or noir. Sous le regard mélancolique de Maurice, un Franco-Albertain enlisé sur place, leur destin se désagrège cruellement, magnifié par la présence mystérieuse de Kiki, sœur de Mimi, étrange enfant-femme, dont le trajet illumine, comme la brève lueur d’une étoile filante, la folie d’un lieu abusé et désabusé par l’argent.

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Date de parution 14 janvier 2018
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EAN13 9782924378014
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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MARCPRESCOTT
FORTMAC
THÉÂTRE
2e édition
LESÉDITIONSDUBSaint-Boniface (Manitoba)
PRÉFACE
QUELLE COÏNCIDENCE, dirait Ionesco! Au moment où j’entreprends d’écrire cette préface, le grand chanteur canadien de réputation internationale, Neil Young, vient de faire une sortie fracassante contre l’exploitation des sables bitumineux dans la région de Fort McMurray. Le nom même du site, comme Young le dit d’ailleurs de sa perspective, est synonyme de la façon dont ces terres dénudées ressemblent maintenant à des paysages lunesques, empoisonnent toute la région – populations (Premières Nations surtout), terres, rivières, air, faune, flore, etc. –, évoquent des images d’Hiroshima au lendemain du 6 août 1945, créent un désastre écologique sans précédent et contribuent au réchauffement de la planète, une source de violence climatique qui parcourt le monde à une fréquence apocalyptique. Tout cela, dénonce le chanteur, pour ce fameux bitume dont ont tant besoin les économies mondiales, et surtout, poursuit-il, la grande cupidité des industriels et des gouvernements et le sacro-saint développement économique qu’invoquent ces derniers pour assurer le maintien du système en place et mieux garantir leur réélection. Il va sans dire que l’industrie pétrolière a réagi vertement (pardon!) à ces propos en accusant une voix bien connue, une personne qui n’est pas à sa première indignation devant certaines aberrations produites par l’espèce, d’être irresponsable, entre autres, par son usage hyperbolique d’un langage motivé par des considérations idéologiques, qui fait fi, poursuit-on, de cette multitude de travailleurs ordinaires dont l’exploitation bitumineuse est le gagne-pain, une dénonciation qui aboutit à des attaquesad hominem. Même le journaliste Rex Murphy s’en est mêlé, celui-là même dont le langage se nourrit d’hyperboles; Murphy n’a pas hésité à condamner le chansonnier, entre autres, pour sa référence à Hiroshima que ce dernier aurait désacralisée en l’amoindrissant par cette comparaison déloyale. On sait que les opposants, des deux côtés des barricades, empruntent un langage qui paraît presque totalitaire dans leur appui ou leur dénonciation des effets de l’exploitation des sables bitumineux. Il est rare qu’une journée passe sans que soient rappelés dans les médias les bienfaits de Fort McMurray sur le plan économique et/ou le désastre qu’il engendre sur le plan écologique et humain. Ergo, des visions presque manichéennes de part et d’autre, surtout celles qui font la une, ce qui nous amène à nous demander s’il existe des voies/voix qui problématisent et complexifient la donne. Le texte littéraire possède cette qualité, soit celle de représenter avec subtilités et nuances des problématiques conjoncturelles qui se glissent un peu subrepticement, si l’on peut dire, dans le discours beaucoup plus large qui le caractérise.Fort Macde Marc Prescott en est un exemple : cette composante de l’œuvre fera l’objet d’une première réflexion qui, cependant, étant donné la forme littéraire du texte offert aux lecteurs, ne peut être complétée sans établir sa relation avec le langage et les personnages qui l’utilisent. La pièce de Prescott met en scène quatre personnages qui fuient tous une situation pénible. Deux jeunes femmes, des sœurs, « orphelines » sans famille depuis la mort des parents – un père violent et abusif, et une mère souffrant d’une maladie mentale –, deux Québécoises, Mimi et Kiki, accompagnées d’un jeune homme, Jaypee, le «pusher» du coin, qui les a amenées avec lui, partis tous les trois sur un coup de tête pour faire fortune à Fort McMurray : « On est venus faire ducash! On est venus faire le gros motton! » (32), dit
Jaypee au début, déjà fier des acquis qu’il est sûr de gagner compte tenu de la réputation de cet El Dorado de l’ère actuelle. Le quatrième est un gars de l’Ouest, un Albertain de Plamondon, Maurice, qui nous dit au début qu’il a quitté son village à la suite de la mort de sa blonde, et qui autrement semble mieux comprendre l’engrenage complexe sur lequel fonctionne Fort Mac. La plus grande partie de la pièce se déroule dans un « terrain vague » (qui appartient à un dur de la région), utilisé ici pour stationner le « véhicule de récréation » que l’on voit en arrière-scène devant lequel s’étale le matériel habituel au camping : table de pique-nique, chaises de camping, glacière, bières éparpillées, et ainsi de suite. Le jeu de scène est interrompu à plusieurs reprises par un des personnages (sauf Jaypee); des intermèdes, comme les appelle l’auteur, dans le genre soliloques, parfois très brefs, où le personnage s’adresse directement à l’auditoire, pour remplir des blancs quant au passé des personnes, aux motifs de départ, commentaires aussi sur la situation, sur les sentiments se rapportant au vécu de chacun, sur le sens des choses, etc. Malgré le titre évocateur de la pièce qui nous transporte dans un lieu problématique pour les raisons soulevées ci-dessus, c’est la dimension humaine qui nous interpelle dans cette pièce, et ce, dès les premières lignes : Kiki, le personnage le plus sympathique des quatre, se retrouve seule sur un pont où elle annonce – un peu comme un chœur dans le théâtre classique (dont les intermèdes reproduisent cette forme théâtrale) – qu’il s’agit d’une « histoire [qui] commence avec une fille sur un pont. C’est le soir de sa mort. […] À Fort McMurray. Un lieu triste et terne. […] où l’argent règne. Un lieu crève-cœur où les rêves priment sur la triste réalité […], situé sur la plus grande réserve de sables bitumineux au monde… C’est pas naturel. C’est trop gros. Trop grand. […] Ici, àFort Mac, c’est comme être sur une autre planète. Ou sur la lune. Saviez-vous qu’on peut voir les travaux àFort Macde la lune? […] Si Dame nature voyait ça… Elle pleurerait des rivières. Des fleuves de larmes. […] Je sens… Une fin imminente. […] La mienne? Je sais pas. Voilà pourquoi je suis venue sur le pont. Pour voir si c’est MA fin qui est imminente ou si c’est une autre fin. Comme la fin du monde » (p. 21-22).