Gaston Baty

Gaston Baty

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67 pages

Description

Avec "Le metteur en scène", texte fondateur paru en 1944, Gaston Baty (1885-1952) est un des premiers en France à avoir défini ce métier dans son acception moderne. Cet écrit est replacé dans son contexte historique par le spécialiste français de Gaston Baty, Gérard Lieber.

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Date de parution 22 mars 2018
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EAN13 9782330107642
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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En quelques pages, Gaston Baty donne une définition forte et convaincante du metteur en scène dans son acception moderne, comme s’il exprimait la quintessence de ses patients efforts, de ses victoires et de ses échecs. Son parcours est l’un des plus significatifs de l’activité théâtrale en France entre les deux guerres. Visionnaire, Gaston Baty a compris comment le théâtre français pouvait se renouveler, avec l’affirmation du rôle prépondérant du metteur en scène. Il a ainsi indiqué la voie à une nouvelle génération d’artistes.Le Metteur en scène est la réédition d’un texte de 1944 qui inaugure parfaitement le propos de cette collection à destination des artistes, des étudiants et des pédagogues, sur les définitions possibles, théoriques, esthétiques et pratiques, de la mise en scène.
e Gaston Baty (1885-1952) s’inscrit dans la lignée des grands rénovateurs du début du XX siècle. Il fut directeur du Théâtre Montparnasse de 1930 à 1943. Il a notamment écritLe Masque et l’Encensoir en 1926 et, à la fin de sa vie, rassemblé ses écrits théoriques dansRideau baissé(1949).
ACTES SUD - PAPIERS Éditorial : Claire David
METTREENSCÈNEsériedirigéeparBéatricePicon-Vallin
DA NSLAMÊME SÉRIE
Gaston Baty, postface de Gérard Lieber, 2004. Krystian Lupa, entretiens réalisés par Jean-Pierre Thibaudat et Béatrice Picon-Vallin, 2004. Vsevolod Meyerhold, introduction, choix de textes et traduction par Béatrice Picon-Vallin, 2005. Matthias Langhoff, introduction et entretien par Odette Aslan, 2005. Thomas Ostermeier, introduction et entretien par Sylvie Chalaye, 2006. Antoine Vitez, introduction et choix de textes par Nathalie Léger, 2006. Giorgio Strehler, introduction, entretiens, choix de textes et traduction par Myriam Tanant, 2007. Firmin Gémier, introduction, choix de textes et notes par Catherine Faivre-Zellner, 2009. Ariane Mnouchkine, introduction, choix et présentation des textes par Béatrice Picon-Vallin, 2009. Max Reinhardt, introduction, choix de textes et traduction par Jean-Louis Besson, 2010. Denis Marleau, introduction et entretien par Sophie Proust, 2010. Charles Dullin, introduction et choix de textes par Joëlle Garcia, 2011. Omar Porras, introduction et entretien par Luz María García, avec la collaboration de Béatrice Picon-Vallin, 2011. Ingmar Bergman, introduction et choix de textes par Odette Aslan, 2012. Louis Jouvet, introduction et choix de textes par Ève Mascarau, 2013. Ivo van Hove, introduction et entretien par Frédéric Maurin, 2014. Georges Pitoëff, introduction et choix de textes par Odette Aslan, 2016. © ACTES SUD/CNSAD, 2004, 2016 ISSN 0298-0592 ISBN 978-2-330-10764-2
GASTON BATY
Introduction de Béatrice Picon-Vallin Postface de Gérard Lieber
CONSERVATOIRE NATIONAL SUPÉRIEUR D’ART DRAMATIQUE
INTRODUCTION QU EFA I TLEM ETTEURENSCÈN E?
Metteur en scène,rezissior,director. En français, en russe, en anglais, ces mots désignent le même métier du théâtre, mais ils n’ont pas les mêmes connotations. L’art de la mise en scène, qui marque e profondément le XX siècle parce qu’il va devenir prépondérant dans le théâtre au point de paraître supplanter celui de l’auteur, est un art complexe, complet. Le Russe Vsevolod Meyerhold – dont notre Louis Jouvet dira en 1930 qu’il “est un des hommes qui, en Europe, incarnent le mieux l’idée qu’il est permis de se former du metteur en scène” – affirmera : “C’est la spécialisation la plus large” qui soit, et comme Edward Gordon Craig, il en fera la démonstration. La mise en scène a une histoire, celle de ses sources, de ses développements et de ses mutations. Cette histoire est encore à faire, dans une perspective européenne, voire plus large : il s’agit là de déplacements – du regard porté sur le théâtre d’abo rd, d’un art à un autre ensuite, et des troupes e enfin, depuis les périples des Meininger qui, à la fin du XIX siècle, bouleversèrent les pratiques 1 théâtrales , jusqu’aux nombreuses tournées d’aujourd’hui, en passant par les voyages personnels e entrepris par les artistes de théâtre et la venue des Japonais en Europe à l’orée du XX siècle. Citons 2 seulement Sadda Yacco , dont l’impact des représentations fut immense sur la pensée de l’art de la mise en scène en Europe, et pas seulement sur celle du jeu de l’acteur. Du régisseur au metteur en scène ? Histoire de pouv oirs, histoire d’esthétiques. Le régisseur n’était que le truchement indispensable entre la pièce écrite et sa transposition scénique. “Sa fonction se bornait à fondre et à mettre au point, répétition après répétition, les forces toujours quelque peu centrifuges des tempéraments et des sensibilités qu i composent une troupe. Anonyme, effacé, le 3 régisseur était une sorte de régulateur quasi automatique .” C’est l’auteur lui-même qui expliquait et tentait d’imposer ses idées aux interprètes, ou bien le comédien-vedette. Avec l’arrivée du metteur en scène, une inconnue, “une personnalité invisible et cependant présente dans les moindres détails modifiait un rapport de tout temps établi. […] L’équation théâtrale se compliquait d’un nouveau terme, bref, le metteur en scène, le meneur de jeu était né. Entre lui et le régisseur, il y avait autant de 4 distance qu’entre un contremaître et un inventeur .” Mais le passage ne s’est pas fait d’un coup, et l’émergence progressive de cette fonction stable est un phénomène capital. Mettre en scène ne signifie pas seulement organiser, diriger des éléments disparates, mais donner une interprétation, penser, imprimer savisionun texte : ainsi pour Craig, le metteur en scène est celui qui passe le à texte au fil du rasoir de son regard. Cette profess ion qui dépasse la seule direction d’acteur, condition nécessaire de sa pratique, et la volonté de faire des individus un ensemble exige une grande culture, littéraire, visuelle, musicale et bien sûr théâtrale. Elle a eu à voir avec le développement de nouvelles esthétiques (naturalisme, symbolisme), de nouvelles écritures théâtrales qui faisaient écho à ces esthétiques, et surtout à celles de Maeterlinck et de Tchekhov. Tout en se stabilisant, la mise en scène a été continuellement contestée, et contestée non seulement parce qu’elle paraissait usurper le rôle dévolu à l’auteur ou à l’acteur, mais aussi parce qu’elle était difficile à saisir avec précision, et dans sa globalité et dans son identité. Car le metteur en scène vit une condition étrange qui est de “s’accomplir en l’autre, dans le texte de l’autre, dans le corps de l’autre et, à un moment donné, de s’effacer” : il est, le soir de la première, comme le dit encore 5 Jacques Lassalle, “un trou d’identité ”. Mais n’est-ce pas ici n’envisager qu’une partie des tâches d’un metteur en scène, car dans certaines cultures théâtrales, la première d’un spectacle n’est en fait que la première répétition avec le public ? De plus, dans un système de théâtres de répertoire, le travail et l’art du metteur en scène continuent d’ê tre nécessaires, sa présence active demeure indispensable, pour conserver une longue vie au spectacle qu’il vient de créer, au fil du temps qui
évolue, de l’alternance, des changements ou du viei llissement des interprètes, des rythmes à transformer ou non, de l’actualité à intégrer. Chaque metteur en scène a donc sa propre définition de son métier et de son art. Ces définitions peuvent être contradictoires et, de plus, évolutives. Ainsi Firmin Gémier dit que le metteur en scène est à l’écrivain ce que le chef d’orchestre est au compositeur. Charles Dullin assimile son rôle à celui du “personnage de l’ombre qui, dans le drame japonais, éclaire le visage de l’acteur aux moments pathétiques”. Lugné-Poe parle de “l’ouvrier de la dernière heure”. Louis Jouvet, qui accumule dans Réflexions sur le comédienépithètes, de “médecin des sentiments” à “ingé  les nieur de l’imagination”, conclut : “On a cent fois tenté de le définir, mais il est indéfinissable, car ses fonctions sont indéfinies” ; il voit dans la mise en scène un art magique, l’inverse de la critique. Plus près de nous, Antoine Vitez affirme au contraire que “la mise en scène est nécessairement critique de 6 l’auteur ”, et il rapproche cette pratique de l’acte de traduction. Matthias Langhoff, qui se souvient e d’avoir lu dans un dictionnaire de la fin du XIX siècle que le régisseur (c’est d’ailleurs aujourd’hui le mot qui en allemand désigne le metteur en scène) a pour fonction d’“arrêter le mouvement anarchique derrière la scène”, c’est-à-dire de faire régner l’ordre dans les coulisses, voit dans le metteur en scène un guide pour un long voyage. Non pas ce guide “qui connaît le chemin le plus court pour aller du Caire jusqu’au Sphinx […], mais celui qui désire seulement partir à la recherche du Sphinx, commence à marcher dans le désert à cause de ce désir et, sans jamais atteindre le Sphinx, 7 arrive à autre chose – qui pourra alors être vu par tous ”. Piotr Fomenko, en qui ses acteurs voient l’artiste-pédagogue digne de leur totale confiance, avance l’image du boxeur… Ariane Mnouchkine le décrit comme celui qui nettoie la glace devant les comédiens-patineurs, comme celui qui, loin d’ajouter, enlève, retranche. Quant à Peter Brook, il rapporte dans ses Mémoires une discussion animée entre collègues, à ce sujet, qui se termine par la pétillante définition donnée par l’un d’eux : 8 le metteur en scène serait un “distillateur ”. La distillation évoque une opération chimique avec transformation des éléments pour en extraire l’essence. Gaston Baty évoque déjà ce processus, et Meyerhold écrira au moment d’organiser en 1918 le premier enseignement de mise en scène : “Le théâtre est un art indépendant. Il exige la soumission de tout ce qui se fait dans son domaine à des lois théâtrales uniques. L’art et la technique 9 engagés au théâtre doivent être perçus d’un point de vue théâtral .” La mise en scène déstabilise donc, en le transformant, chaque art qui entre sur le plateau : littérature, peinture, musique, etc. Avec l’acteur et le décorateur, le metteur en scène transforme, transmute, distille le texte pour le rendre visible, pour rendre visible l’invisible. La mise en scène est poésie où les images s’entendent et où les rythmes se voient, et vice versa, bien entendu… 10 En 1884, le premier livre en France sur la mise en scène, dû à Louis Becq de Fouquières , prend acte de la naissance de cet art, en imagine l’avenir fécond, puisque cet art “nouveau” paraît capable d’“agrandir la superficie dramatique”. Mais, attentif aux possibles excès, il en indique simultanément les limites, dans une approche normative où il le range sous la tutelle de l’écrit. Dans la culture e française, où le théâtre est particulièrement fondé sur le texte, un conflit perdure pendant tout le XX siècle entre metteur en scène et auteur, et ceci d’autant plus que la mise en scène est éphémère, tandis que le texte demeure. Joseph Kessel, d’origine russe et grand journaliste avant d’être l’écrivain que l’on connaît, s’intéresse au phénomène et constate en 1929 : “La France est un pays où la tradition ne se désagrège que lentement. […] C’est à l’étranger qu’il faut observer les résultats véritables et 11 saisissants” du développement de cet art . Mais il indique lui aussi le danger au cas où le metteur en scène entreprendrait non plus de servir les œuvres, mais de s’en servir.