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L'automne précoce

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Description

La pièce est un va-et-vient entre passé et présent dans un même appartement d'une tour de banlieue. Le destin d'une jeune fille du passé, Leila, passionnée de danse, croise celui d'une jeune femme enceinte, du présent, Lola...

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 février 2010
Nombre de lectures 256
EAN13 9782336270357
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0079€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Théâtre des 5 Continents
Collection dirigée par Kazem Shahryari et Robert Poudérou
Dernières parutions
231 — Pierre GROU, Le goinfre , 2009.
230 — Robert POUDÉROU, La trappe , 2009.
229 — Ahmed HAFDI, Cette belle poussière jaune d’Uruk , 2009.
228 — Jaime Salazar SAMPAIO, La Bataille Navale , 2009.
227 — Thierry MICHAËLIAN, La manipulation , 2009.
226 — Jacques MONDOLONI, L’étoffe des femmes , 2009.
225 — Pierre CASSARD, Raguse an 01 , 2009.
224 — Hugues BERNARD, Nouvel arrivage , 2009.
223 — Benjamin OPPERT, Entre père et maire , 2009.
222 — Essindi MINDJA, Le Mvet : La Guerre du fer , 2009.
221 — Nazly SADEGHI, Spenta , 2009.
220 — Danielle DUMAS, Ce héros au sourire si doux , 2009.
219 — Mohamed BOUNOUARA, La Machine à aigrir , 2009.
218 — Thais COUSIGNE, Pêle-mêle de sentiments , 2008.
217 — Nicolas NERCAM (textes réunis par), Théâtre bengal i moderne, Quatre pièces de Dinabandhu Mitra , Rabindranath Tagore , Badal Sircar et Utpal Dutta , 2008.
216 — Jean-Luc JEENER, La tragédie de Gilles de Rais. Pièce en 18 tableaux , 2008.
215 — Henri Michel BOCCARA, Trois pièces closes , 2008.
214 — Carlotta CLERICI, Le Grand Fleuve. Comédie de mœurs en quatre saisons , 2008.
213 — Clément DILI PALAI, Foyer de tensions , 2008.
212 — Solo NIARÉ, La Tirelire de maman , 2008.
211 — Pierre GROU, Les tribulations de Scapin , 2008.
210 — Solo NIARÉ, Le Temps d’un mensonge , 2008.
209 — Jean-Pierre TOUBLAN et Zémanel, Le Graal du cochon . Tragédie porcine , 2008.
208 — Gérald GRUHN, (La Belle et la Bête ) Chapitre 1704, 2008.
207 — Bruno GALLISA, Le bruit du silence , 2008.
206 — Nordine MEGHASLI, Une valise dans la tête , 2007.
L'automne précoce

Kazem Shahryari
Couverture
Portrait de l’Automne (Peinture de Kazem Shahryari)
Eté 2008 Pantin-Eupen-Jalhay
Le Fond de Soutien de la SACD a distingué la pièce de Kazem Shahryari L’automne précoce en lui accordant une aide pour sa production et sa diffusion.
La pièce a également été distinguée par le jury de Infuenscènes qui lui a décerné une mention spéciale pour la qualité de son écriture, son style et son sujet sensible.
© L’HARMATTAN, 2010
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
9782296114791
EAN : 9782296114791
Sommaire
Théâtre des 5 Continents Page de titre Couverture Page de Copyright Préface RESUME Le premier indice de l’automne, hors murs. Le deuxième indice de l’automne, hors murs. Le troisième indice de l’automne, hors murs. Le quatrième indice de l’automne, hors murs. Le cinquième indice de l’automne, hors murs. Le sixième indice de l’automne, hors murs. Première suture de l’automne, intérieur, passé. Deuxième suture de l’automne, intérieur, présent. Troisième suture de l’automne, intérieur, passé. Quatrième suture de l’automne, intérieur, passé. Cinquième suture de l’automne, intérieur, passé. Sixième suture de l’automne, extérieur, présent. Septième suture de l’automne, intérieur, passé. Huitième suture de l’automne, intérieur, passé. Neuvième suture de l’automne, intérieur, passé. Dixième suture de l’automne, intérieur, passé. Onzième suture de l’automne, intérieur, présent. Douzième suture de l’automne, intérieur, passé. Treizième suture de l’automne, intérieur, passé. Quatorzième suture de l’automne, intérieur, présent. Pistes pour une exploitation pédagogique avec des collégiens et/ou des lycéens Notes de mise en scène
Préface
Kazem Shahryari a l’art du montage , qui est l’une des conditions de la poésie, mais n’est pas tout à fait d’évidence au théâtre, particulièrement au théâtre français, engoncé au départ dans la règle des trois unités (le temps, l’espace et l’action).
C’est lui, voici quelques années à présent, qui proposait à Dermot Bolger, le dramaturge irlandais, de croiser les écritures et les fictions : Bolger écrivait le départ d’une jeune irlandaise enceinte sans mari refoulée de son pays par des idées arriérées, Shahryari l’arrivée, cinquante ans plus tard, d’une jeune kurde dans ce même pays pour y trouver refuge… Brassage des temps et des espaces qui permet de lire, de prendre distance. C’est Shahryari qui organisa le tressage.
Ce montage était déjà le propre de “Au revoir et bonjour Monsieur Brecht”, devenu ensuite “Pâle comme la lune”, commande du Théâtre Jean-Vilar pour honorer ceux qui luttèrent dans les camps de concentration nazis.
On le retrouve dans le premier volet de “Couleurs de femmes”, “L’été”, où les morts, c’est-à-dire ceux d’ailleurs et d’avant, côtoient les vivants comme pour en donner raison.
L’art du poète a rencontré la démarche d’un lieu de création , l’Iranien français rencontré la commune multiforme de Vitry et un théâtre qui ramifie la ville avec sa planète. Ancrés par une résidence de trois ans soutenue par l’organisme régional ARCADI, l’écrivain et son lieu de compagnonnage s’accordèrent à tisser relations avec des femmes, de Vitry, de sa région, et d’un pays proche et lointain tout à la fois : la Roumanie, à la langue sœur.
Ce furent des voyages, dans une loge du Théâtre Jean-Vilar aménagé en salle de thé, à Oradea ou Cluj, dont les sourires, l’hospitalité, la générosité des cœurs livrèrent des confidences, des vies entières à travers quelques mots, quelques phrases, quelques regards. L’écriture de l’auteur, les couloirs et la salle du Théâtre en résonnent encore, comme en résonnent probablement encore les sensibilités des femmes ici et là-bas rencontrées.
Car il s’agit bien de rencontres . Non pas que Kazem Shahryari ait trouvé avec le Théâtre de Vitry la chair et la forme de son écriture déjà là dès les premières lignes de son histoire, mais qu’il ait trouvé là sans doute une porte libérant son chemin. En effet l’écriture, si audacieuse qu’elle soit, ne peut agir sa forme que si elle est accompagnée dans le monde. Il en fut ainsi pour les grands peintres de la Renaissance et Molière ; Claudel doit beaucoup à ses ambassades, Vinaver à sa fonction de PDG, Genet à … la prison.
Ainsi se croisent, “dans le salon de l’appartement d’une grande tour d’un ensemble immobilier de la banlieue parisienne”, tour “Balzac” ou “Manet” “12 étages, 338 appartements, 1352 fenêtres… 2366 habitants”, Lola et la gardienne et l’Homme noir suspendu ; Lola qui vient habiter le salon où périrent quelques années plus tôt Leïla de n’avoir pu danser et Moa son mari fou de n’avoir pu la saisir.
Ainsi des rencontres avec les femmes de Vitry et d’ailleurs qui ont accepté de livrer une part de leur vie à l’auteur cet “Automne” semble plus que proche de “L’été”, comme s’il avait fallu au dramaturge le temps d’une saison pour faire sien et autre ce qu’il avait partagé d’elles.
La première phrase de cet “Automne précoce” (“première suture”) nous avertit de la difficulté de l’enjeu : “Nous avons cru entendre, mais on n’entendait que notre propre voix…”. Le brassage des temps et des espaces dans le montage de l’écriture est condition pour lire et prendre distance, mais que faut-il pour entendre  ?
Et alors que le monde de Leïla est un monde d’autistes, celui de Lola va cheminer vers la conciliation, par le démantèlement des frontières. L’appartement de Leïla est réinvesti ; la gardienne consent à appeler l’Homme noir par son nom Africa et celui-ci, après moult injonctions, à passer lui-même de Mme Vesta à Jeannine, qui le convie avec Lola à partager une bouteille de champagne pour son anniversaire et ose avouer qu’elle est “même d’accord pour épouser un étranger”. La communication s’établit avec le mari de Lola, depuis le Canada par téléphone portable, avec le passé, le futur, par les signaux de morse qui portent message d’amour à travers la cloison comme à travers la fine membrane du ventre de Lola qui la sépare encore de son bébé (elle répond aux signaux en tapant sur son ventre : “Je ressemble à un enfant dans le ventre de sa mère ») avant qu’il naisse, accouché par Jeannine, le mari à l’autre bout du téléphone, après que la gardienne eut évoqué le drame de Leïla et que Lola son propre père…
Car le destin de Leïla s’est noué autour de celui de son père, d’un père mur, lui-même frontière. C’est lui qui est venu en France et qui a ouvert ce qu’il appelle devant sa fille sans le nommer le caractère inconciliable selon lui des cultures :
“Le Père : Je dois t’avouer que… j’ai peur !
Leïla : De quoi ?
Le Père : De tes projets… Qui ne vont pas avec notre culture…“
Il a cru voir, avec la naissance de sa fille, de quoi exorciser son destin ( “Tu m’as offert un rêve : qu’il peut y avoir une justice”) mais la tradition, incarnée par sa sœur, tante Mali, sera plus forte. Parce que, avoue-t-il : “Toute ma vie… j’ai fui…”. Le rêve sur l’autre ne fait pas le poids. Il accepte et sera, de fait, spectateur du drame, l’ayant permis .
Alors qu’Agamemnon , dans la tragédie éponyme d’Eschyle, gémit sous les coups de hache, le chœur s’interroge :
« Un choreute : Mon avis à moi, le voici : crions aux citoyens d’accourir ici au Palais.
Deuxième choreute : Moi je suis d’avis de fondre brusquement à l’intérieur et de saisir les meurtriers sur le fait, l’épée encore dégouttant le sang…
Quatrième choreute : Il faut voir ; car ce n’est encore qu’un prélude, un signe de la tyrannie qu’ils préparent à la cité“.
Ils ne feront rien et le crime sera commis.
“L’automne précoce” ne peut se lire sans son long prologue, sans la suite des six “indices de l’automne”…
Ce prologue où ceux qui sont nommés “arbitres” voient des femmes assassinées (par l’homme), l’une se relevant du corps de la précédente sans fin. Car de ne faire que voir n’arrête ni le destin ni l’histoire. Les « arbitres » finiront par fuir, horrifiés du spectacle. Alors le premier - dernier à fuir - a ces mots : “Ils disaient tous que j’avais des yeux de faucon et une belle voix… Aujourd’hui je ne veux plus voir. Je veux être muet… D’ailleurs ce n’est pas ma voix… Non ! Non ! Il y a quelqu’un d’autre en moi ?... Tout se passe dans le silence. J’ai peur de ce silence, de ce silence-là… Je m’en vais”.
Entendre l’autre comme condition même de l’humanité  ; comme condition même du poète, cet homme particulier par lequel passe la voix des autres le plus souvent enfouie dans le silence ; comme condition de l’agir…
Kazem Shahryari, après avoir mené bataille dans son premier pays, a dû le fuir ; il a entrepris, dans son pays « d’accueil », de reconstruire, dans ses textes et dans le lieu qu’il a ouvert lui-même rue Haxo à Paris. C’est depuis cette aventure qu’il a rencontré celle du Théâtre de Vitry.
Ce Théâtre Jean-Vilar, depuis presque dix ans, construit des compagnonnages avec des poètes, auteurs ou chorégraphes, comme l’une des portes qui ouvrent sur le chant des hommes, ce chant qui leur appartient dans le silence et que les poètes devraient avoir mission de faire entendre.
Quand tant de choses ici et ailleurs « se passent dans le silence », comment ne pas s’employer d’abord à trouver passage pour que l’« autre », décidément, parle dans le poète et qu’il ne s’en étonne pas ? À l’intérieur et au-delà des histoires qu’il raconte, c’est de cet enjeu-là que nous parle aujourd’hui cet “Automne précoce”, dans l’attente permise d’autres saisons…
Gérard ASTOR Auteur, universitaire, directeur du Théâtre de Vitry-sur-Seine
RESUME
Première partie : Hors les murs.
Les différentes scènes s’appellent « indices »
Quatre arbitres assis sur des murs se relaient des informations sur une scène dont seul le premier arbitre est témoin direct. De banale, la scène décrite devient macabre. En effet, une femme est assassinée et, de son corps mort, renaît une autre femme qui, à son tour, est assassinée… Les curieux sont devenus voyeurs et cela leur est insupportable. Les deuxième, troisième et quatrième arbitres quittent les murs tandis que le premier arbitre se suicide…
(1 er au 6 ième indice)
Deuxième partie : Dans les murs.
Les différentes scènes s’appellent « sutures ».
Définitions du mot « suture » : jonction entre passé et présent, réparation, en psychanalyse, zone limite entre deux aspects ou tentative d’abolition du manque.
Entre chaque changement de scènes, apparaissent les ombres des arbitres de la première partie qui sautent dans le vide l’un après l’autre. Le premier Arbitre saute de son mur (le mur du fond), le deuxième prend sa place et saute... puis le troisième... puis le quatrième...

1) Intérieur, passé.
Dans les murs d’un appartement d’une tour de banlieue. Va et vient entre passé et présent.
Le bruit d’une rupture. Une pause. On entend le bruit de petits coups de marteau sur les murs du fond. Petit à petit la lumière côté jardin éclaire une jeune fille, Leïla, qui, sur un lit d’une personne, dort d’un sommeil agité. Son corps se lève laissant une deuxième Leïla sur le lit. Elle a toutes les parties visibles de son corps bandées, les mains et les avant-bras, les pieds et les jambes. Elle se déplace dans l’espace en parlant avec elle-même, songeuse…
Leïla est une jeune fille dont la raison de vivre est la danse. Sa famille veut lui interdire d’assouvir sa passion et la marier de force à un jeune homme, Moa.
On retrouve le couple marié le soir de sa nuit de noces… Leïla s’est enfermée dans une armoire de sorte que Moa son jeune époux ne puisse pas l’ouvrir… Ils se parlent… Pendant dix jours, ils se parlent à travers la porte close… Le corps de Leïla se désintègre petit à petit tandis que Moa se replie sur lui-même… jusqu’à sa disparition par la fenêtre… Pendant dix jours, les bribes de l’histoire de Leïla envahissent l’appartement… Sa mère, sa tante, sa sœur, son père.
(1 ère suture)

2) Intérieur, présent.
La gardienne de l’immeuble, Jeannine, entre dans l’appartement avec Lola, jeune femme enceinte. Lola vient récupérer certaines affaires importantes de son compagnon, chercheur en pharmacologie, immigré au Canada. Lola se retrouve dans le bâtiment juste sous l’appartement où ses parents ont vécu jusqu’à la disparition de son père par la fenêtre…
Sous ses dehors bourrus, Jeannine essaie de persuader Lola de ne pas rester dans cet appartement maudit. De fil en aiguille, elle découvre l’identité de la jeune fille dont elle connaissait les parents. Lola refuse de partir. Elle veut habiter momentanément dans cet appartement jusqu’à son départ pour le Canada.
(2 ième suture)
Lola et la gardienne quittent la scène, le temps pour Lola d’aller récupérer ses affaires dans la voiture et boire un café dans la loge de Jeannine.

3) Intérieur, passé.
On découvre Leïla et sa petite sœur, Nali, dans un jeu de rôles puis leur père, leur tante ainsi que leur mère qui dévoilent leur projet pour Leïla. On découvre l’amour de Leïla pour la danse et l’opposition que cet amour rencontre chez ses parents.
(3 ième à 5 ième sutures)

4) Extérieur, présent.
Dans la cité, Lola rencontre un homme insolite, l’homme noir suspendu, Africa. Personnage en marge, il a une mémoire phénoménale de sa propre histoire, celle de son grand-père, mitrailleur sénégalais, et de l’histoire de la cité.
Lola et Africa s’attachent l’un à l’autre. Africa porte les valises de Lola jusqu’à son appartement.
(6 ième suture)

5) Intérieur, passé.
Avant l’arrivée de Lola et d’Africa. La famille de Leïla avec à sa tête, la tante Mali, marieuse expérimentée, organise le mariage de Leïla à son insu. Mais la nouvelle parvient à Leïla par l’intermédiaire de sa petite sœur.
(7 ième à 10 ième sutures)

6) Intérieur, présent.
Le soir est tombé. L’appartement est dans la pénombre. Lola et Africa entrent dans l’appartement. Africa ressent des vibrations étranges et se met à réciter, en les martelant, les évènements tragiques du mois d’août dans le monde. Lola constate qu’il n’y a pas d’électricité. Elle cherche le tableau électrique tandis qu’Africa a peur de plus en plus… Malgré tout, il réussit à ouvrir les rideaux… Grâce à la lumière pâle de la lune dans la cuisine, ils peuvent ainsi rechercher l’armoire électrique… Lola qui vient de trouver une boîte d’allumettes suggère l’aide de la gardienne. On découvre qu’Africa a très peur de cette femme qui le traite de « sale menteur noir » parce qu’il est noir de peau… tandis que, avec le compte à rebours d’Africa, Lola allume l’une après l’autre ses allumettes… nous découvrons une fois de plus le don extraordinaire et l’esprit complexe d’Africa… ceci jusqu’à la dernière allumette… Il ne reste aucune autre solution que la gardienne… et comme Africa a peur de cette « méchante » femme, Lola décide d’y aller… Africa la suit… Noir (11 ième suture)

7) Intérieur, passé.
Moa, qui ne sait toujours rien de Leïla, sait qu’elle lui glisse entre les doigts et pour toujours… Désemparé et impuissant, il voudrait pouvoir reculer le temps… Sans succès. Il traverse l’espace, s’arrête devant un miroir, regarde son image, marche à un rythme régulier vers le fond et traverse la fenêtre. (12 ième suture)

8) Intérieur, passé.
Dans son imagination puis réellement Leïla retrouve sa petite sœur Nali qui nous conduit à leur père et ses amusants jeux de mots à n’en pas finir. Enfin, le père et sa fille Leïla se retrouvent seuls pour prendre une décision face au dilemme de l’amour et du mariage. Leïla est convaincue de son choix entre la vérité et le mensonge, pourtant elle cède… « Un seul mot de toi me suffit » Son père attrape la perche et lui dit « Marie-toi ». Leïla accepte mais son corps, lui, refusera et la tragédie sera jouée. (13 ième suture)

9) Intérieur, présent.
Lola, la gardienne et Africa reviennent avec une lampe. La gardienne insiste pour que Lola aille dormir chez sa mère cette nuit et revienne le lendemain en plein jour pour rassembler les effets de son ami, Lola refuse et lui demande de lui vendre toutes ses bougies… La gardienne embarrassée accepte et propose qu’Africa l’accompagne à sa loge pour qu’elle lui remette des bougies. Ils quittent l’appartement. Lola reste seule. Lola déplace les cartons, essaie de lire leur contenu noté sur chaque carton. Essoufflée, elle fait de temps en temps une pause, s’assoit puis reprend. Elle a soif. Elle ouvre le robinet et cherche un verre qu’elle ne trouve pas. Elle éclaire toute la pièce en vain… Elle fixe la porte de l’armoire, elle va l’ouvrir. Elle essaie d’une seule main sans succès. Elle dépose la lampe par terre. Mais la direction de la lumière ne lui convient pas. Elle cherche un endroit en hauteur qui corresponde à celle de la poignée de l’armoire. Elle y dépose la lampe et se dirige vers l’armoire. Un coup de vent fait s’entrouvrir la fenêtre et la porte se ferme violemment. Lola sursaute et se retourne. Seule Lola est éclairée par la lampe. Elle se précipite pour attraper la lampe mais la lampe tombe et s’éteint…. Tout est dans le noir. Lola se met par terre et cherche la lampe. Le bruit d’une rupture. Une pause. On entend le bruit de petits coups de marteau sur le plafond et puis sur les murs.
Lola panique et soudain est prise de contractions. Elle répète en morse les tempos qu’elle reçoit de son enfant, sans en connaître la signification. Africa revient avec des bougies. Il frappe à la porte mais Lola ne l’entend pas. Il retourne chercher la gardienne qui revient avec son passe.
Ils retrouvent Lola dans un état de panique. La gardienne décide de rester avec Lola et lui raconte l’histoire de Leïla dans cet appartement. Les contractions de Lola s’accélèrent. Elle met au monde son enfant dans les toilettes assistée de Jeannine, la « méchante » gardienne, tandis que l’homme noir suspendu, Africa, fait des va et vient, totalement désaxé, répétant les tempos en morse.
TI TA_ TA TA_ TATATA_ TI TI TA_ TI TA TI_ TI TA TA TI_ TA TA TA_ TI TI TA_ TI TA TI TA_ TA TA TA_ TI TI_ TI TI TI TA TI TA
Le téléphone sonne. C’est l’ami de Lola, le père de l’enfant… Pendant cette scène apparaît Leïla… Elle traverse la scène et en sort par la porte d’entrée… « Je suis légère comme une pluie suspendue dans les fils d’un nuage gris et sous le regard de la mer, je balaie de tout mon être transparent la belle tapisserie mouvante sous mes pas de danse. Les jours s’égrèneront comme des perles scintillantes dans leur coquille au fond de la mer en paix. » … Pendant les conversations entre la gardienne et Lola, entre la gardienne, Lola et son ami qui appelle du Canada, et sur les tempos incessants d’Africa en morse, les portes du placard (où s’était enfermée Leïla) s’ouvrent très lentement sur une jeune fille étrangère avec des habits vétustes et un baluchon… une réfugiée rom. Elle tombe nez à nez avec Africa. On peut deviner, d’après leur attitude, qu’ils se connaissent. Africa lui fait signe de faire silence et lui montre la porte de sortie. La jeune fille lui parle avec des signes et le remercie. Africa lui demande ce qu’elle faisait ici. La jeune fille répond que ça fait très longtemps qu’elle squattait ce lieu. La jeune fille quitte l’appartement. Africa, L’homme noir suspendu reprend sa chanson en morse…
TI TA_ TA TA_ TATATA_ TI TI TA_ TI TA TI_ TI TA TA TI_ TA TA TA_TI TI TA_TI TA TI TA_ TA TA TA_ TI TI_ TI TI TI TA TI TA Ce qui signifie : AMOUR POUR TOI FIN D’ÉMISSION
Leïla en présence de sa petite sœur danse sur la “Mélodie de la pluie” et Harold en Italie II : Marche des pèlerins (Hector Berlioz) dernier mouvement...
Les personnages :
Premier arbitre
Deuxième arbitre
Troisième arbitre
Quatrième arbitre
Leïla
Nali, sa sœur
Moa, son mari
Bo, son père
Kobi, sa mère
Mali, sa tante
Lola, jeune fille
L’homme noir suspendu, Africa
La gardienne, Jeannine Vesta
La réfugiée rom
La voix de la mère de Moa
La scène est dans son plan horizontal partagée en plusieurs parties. A l’avant de la scène, un espace qui, selon les actes, peut être modifié avec différents éléments. Au fond de ce premier espace, la scène est partagée par des murs de diverses hauteurs, des murs de plus en plus hauts dans le sens de la profondeur de la scène. Tout au fond, un espace vide, dans lequel on peut projeter des images correspondant à l’ambiance de chaque scène de cet automne précoce. Devant et contre les murs, entre et derrière les murs, les personnages vivent, se lavent, cuisinent, construisent, réparent ou s’installent. Toute une ville bouge, complote, fuit, se défend, naît, meurt, devient témoin ou arbitre dans cet espace entrecoupé par les murs. On entend le bruit de petits coups de marteau sur les murs du fond. Des personnages courent dans différents lieux de la scène. Sur le mur le plus éloigné, le premier arbitre est assis dans la position de voir un évènement. Il raconte tout ce qu’il voit au deuxième arbitre assis sur le mur plus à l’avant. Celui-ci raconte au suivant ce qu’il entend, ainsi de suite, jusqu’au quatrième arbitre installé sur le mur le plus proche des spectateurs à l’avant du plateau.
Le premier indice de l’automne, hors murs.
Le deuxième arbitre :
Dis !
Le premier arbitre :
Quoi ?
Le deuxième arbitre :
Ils sont toujours là-bas ?
Le premier arbitre :
Oui !
Le deuxième arbitre :
Raconte !
Le premier arbitre :
Quoi ?
Le deuxième arbitre :
Qu’est-ce qu’ils font ?
Le premier arbitre :
Qui ?
Le deuxième arbitre :
Le couple immigré étranger, tu les vois ?
Le premier arbitre :
Attends !
Le deuxième arbitre :
Alors ? Sont-ils là ? Sont-ils partis ? Vois-tu quelque chose ?
Le premier arbitre :
Oui ! Attends !
Le deuxième arbitre :
Dis ! Raconte !
Le premier arbitre :
Ils sont toujours là ! On dirait qu’ils s’installent…
Le deuxième arbitre :
(Il répète tout ce qu’il entend du premier au troisième.) Ils sont encore là !
Le troisième arbitre :
(Il répète tout ce qu’il entend du deuxième au quatrième.) Ils ne sont pas partis !
Le quatrième arbitre :
(Il répète tout ce qu’il entend du troisième au public et du public au troisième.)
Ils se sont installés ! Ils ne partiront pas !
(Au troisième)
Mais il n’y a rien à faire là-bas.
Le troisième arbitre :
Si. Fouiller les ordures.
(Au deuxième)
C’est ce qu’ils font ?
Le deuxième arbitre :
(Au premier)
Ils font quoi ? Ils ne bougent pas.
Le premier arbitre :
Non ! Attends ! Eux, ils se sont déjà installés… Mais, attends !
Il y a un autre homme !
Le deuxième arbitre :
Il y a quelqu’un d’autre !
Le troisième arbitre :
Ils sont trois !
Le quatrième arbitre :
Ils sont plusieurs !
Le deuxième arbitre :
Qui c’est le troisième ? On le connaît ? Ou, est-ce un autre étranger.
Le premier arbitre :
Je crois que… Attends ! Le mari vient de dire quelque chose à sa femme… La femme apporte un verre d’eau au nouveau !
Le deuxième arbitre :
L’homme vient leur demander à boire !
Le troisième arbitre :
Ils boivent !
Le quatrième arbitre :
Ils boivent ! Quoi ? On ne sait pas quoi ! Qu’est-ce qu’ils
boivent ?
Le deuxième arbitre :
De l’eau ! La femme donne un verre d’eau à l’autre, à l’homme qui vient d’arriver !
Le troisième arbitre :
Ils se connaissent ?
Le premier arbitre :
Non, c’est un autre étranger !
Le deuxième arbitre :
Ils sont étrangers l’un à l’autre !
Le troisième arbitre :
Il y a un autre étranger qui vient leur demander de l’eau !
Le quatrième arbitre :
Un autre étranger ? Il y a un autre étranger. Il a soif et vient demander à boire aux autres !
Le premier arbitre :
Il discute avec la femme !
Le deuxième arbitre :
Ils disent quoi ?
Le premier arbitre :
Je n’entends rien ! La femme reprend le verre vide et s’en va ! Elle dit quelque chose à son mari. Son mari revient et pousse l’homme… Il lui dit quelque chose… L’homme le repousse…
Le deuxième arbitre :
Ils vont se battre !
Le troisième arbitre :
Il y a une bagarre !
Le quatrième arbitre :
Ils vont se battre ! Il voulait quoi l’autre ?
Le deuxième arbitre :
Je ne sais pas, du beurre peut-être !
Le troisième arbitre :
Sa femme ! Il voulait sa femme !
Le quatrième arbitre :
Ils vont se battre pour la femme !
Le premier arbitre :
Ça y est, les deux hommes se bagarrent ! Les deux hommes se bagarrent !
Le deuxième arbitre :
Ça y est, ils se bagarrent !
Le troisième arbitre :
Ça chauffe, ils se battent !
Le quatrième arbitre :
Bon sang, je le savais, c’est la bagarre !
(Au troisième)
Il devrait les filmer avec son portable. Ensuite ?
Le troisième arbitre :
Mais filme-les !
Le deuxième arbitre :
Vas-y, filme !
Le premier arbitre :
Je n’ai pas mon téléphone.
Le deuxième arbitre :
Ce n’est pas vrai. Tu l’avais tout à l’heure.
Le premier arbitre :
La batterie est à plat.
Le quatrième arbitre :
Ensuite.
Le troisième arbitre :
Ensuite.
Le deuxième arbitre :
Allez ! Sois gentil, dis-nous tout…
Le premier arbitre :
Il y en a un qui est plus fort que l’autre ! L’autre…
Le deuxième arbitre :
Un des deux est plus fort que l’autre !
(Au premier.)
Lequel ? Le mari ?
Le premier arbitre :
Non ! L’autre ! L’homme qui vient d’arriver !
Le deuxième arbitre :
L’homme qui vient d’arriver est plus fort que le mari !
Le troisième arbitre :
L’étranger qui vient d’arriver est plus fort que son mari !
Le quatrième arbitre :
Le nouvel étranger est beaucoup plus fort que son mec ! Ils vont s’exterminer eux-mêmes ! Vas-y !
Le premier arbitre :
Il le cogne !
Le deuxième arbitre :
Il le cogne !
Le troisième arbitre :
Il le cogne !
Le quatrième arbitre :
Il le cogne !
Le premier arbitre :
Il le cogne !
Le deuxième arbitre :
Il le cogne !
(Au premier.)
Il le cogne fort ?
Le troisième arbitre :
Il le cogne fort, je crois !
Le quatrième arbitre :
Ils se cognent ! Ils vont se tuer !
Le deuxième arbitre :
Alors ! Ils en sont où ?
Le premier arbitre :