Le Malade imaginaire

Le Malade imaginaire

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77 pages

Description

BnF collection ebooks - "TOINET : Que diantre faites-vous de ce bras-là ? ARGAN : Comment ? TOINET : Voilà un bras que je me ferais couper tout à l'heure, si j'étais que de vous. ARGAN : Et pourquoi ? TOINET : Ne voyez-vous pas qu'il tire à soi toute la nourriture, et qu'il empêche ce côté-là de profiter ?"BnF collection ebooks a pour vocation de faire découvrir en version numérique des textes classiques essentiels dans leur édition la plus remarquable, des perles méconnues de la littérature ou des auteurs souvent injustement oubliés. Tous les genres y sont représentés : morceaux choisis de la littérature, y compris romans policiers, romans noirs mais aussi livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou sélections pour la jeunesse.


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Date de parution 04 juin 2018
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EAN13 9782346135752
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Illustration de couverture : source Gallica-BnF
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Morceaux choisis de la littérature, y compris roman s policiers, romans noirs mais aussi livres d’histoire, récits de voyage, portrait s et mémoires ou sélections pour la jeunesse, tous les genres y sont représentés.
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ARGAN: malade imaginaire.
Personnages
BÉLINE: seconde femme d’Argan.
ANGÉLIQUE: fille d’Argan.
LOUISON: petite-fille d’Argan et sœur d’Angélique.
BÉRALDE: frère d’Argan. CLÉANTE. M. DIAFOIRUS: médecin.
THOMAS DIAFOIRUS: fils de M. Diafoirus.
M. PURGON: médecin.
M. FLEURANT: apothicaire.
M. BONNEFOY: notaire.
TOINETTE: servante d’Argan.
La scène est à Paris.
Acte premier
Le théâtre représente la chambre d’Argan.
Scène première
1 ARGAN,des jetons les parties assis, ayant une table devant lui, comptant avec de son apothicaire.
Trois et deux font cinq, et cinq font dix, et dix f ont vingt. Trois et deux font cinq. 2 3 « Plus, du vingt-quatrième , un petit clystère insin uatif, préparatif et rémollient , pour amollir, humecter et rafraîchir les entrailles de M onsieur…» Ce qui me plaît de Monsieur Fleurant, mon apothicaire, c’est que ses p arties sont toujours fort civiles : « les entrailles de Monsieur, trente sols». Oui ; m ais, Monsieur Fleurant, ce n’est pas tout que d’être civil, il faut être aussi raisonnab le, et ne pas écorcher les malades. Trente sols un lavement ! Je suis votre serviteur, je vous l’ai déjà dit. Vous ne me les avez mis, dans les autres parties qu’à vingt sols, et vingt sols, en langage d’apothicaire, c’est-à-dire dix sols. Les voilà, di x sols. « Plus, dudit jour, un bon 4 clystère détersif , composé avec catholicon double, rhubarbe, miel rosat, et autres, suivant l’ordonnance, pour balayer, laver et nettoy er le bas-ventre de Monsieur, trente 5 sols. » Avec votre permission, dix sols. « Plus, du dit jour, le soir, un julep hépatique, soporatif et somnifère, composé pour faire dormir M onsieur, trente-cinq sols. » Je ne 6 me plains pas de celui-là, car il me fit bien dormi r . Dix, quinze, seize et dix-sept sols, six deniers. « Plus, du vingt-cinquième, une bonne médecine purgative et 7 8 corroborative , composée de casse récente avec séné levantin , et autres, suivant l’ordonnance de Monsieur Purgon, pour expulser et é vacuer la bile de Monsieur, quatre livres. » Ah ! Monsieur Fleurant ! c’est se moquer ; il faut vivre avec les malades. Monsieur Purgon ne vous a pas ordonné de m ettre quatre francs. Mettez, 9 mettez, mettez trois livres, s’il vous plaît. Vingt et trente sols . « Plus, dudit jour, une potion anodine et astringente pour faire reposer Mo nsieur, trente sols. » Bon, dix et 10 quinze sols. « Plus, du vingt-sixième, un clystère carminatif , pour chasser les vents de Monsieur, trente sols. » Dix sols, Monsieur Fleu rant. « Plus, le clystère de Monsieur, réitéré le soir, comme dessus, trente sol s. » Monsieur Fleurant, dix sols. « Plus, du vingt-septième, une bonne médecine, comp osée pour hâter d’aller et chasser dehors les mauvaises humeurs de Monsieur, t rois livres. » Bon, vingt et trente sols : je suis bien aise que vous soyez rais onnable. « Plus, du vingt-huitième, 11 12 une prise de petit-lait clarifié et dulcoré , pour a doucir, lénifier , tempérer et rafraîchir le sang de Monsieur, vingt sols. » Bon, dix sols. « Plus, une potion cordiale 13 et préservative, composée avec douze grains de bézo ard , sirops de limon et grenade, et autres, suivant l’ordonnance, cinq livr es. » Ah ! Monsieur Fleurant, tout doux, s’il vous plaît ; si vous en usez comme cela, on ne voudra plus être malade : contentez-vous de quatre francs. Vingt et quarante sols. Trois et deux font cinq, et cinq font dix, et dix font vingt. Soixante et trois livres quatre sols six deniers. Si bien donc que de ce mois j’ai pris une, deux, trois, qua tre, cinq, six, sept et huit médecines ; et un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit, neuf, dix, onze et douze lavements ; et l’autre mois il y avait douze médeci nes, et vingt lavements. Je ne m’étonne pas si je ne me porte pas si bien ce mois- ci que l’autre. Je le dirai à Monsieur Purgon, afin qu’il mette ordre à cela. All ons, qu’on m’ôte tout ceci.(Voyant que personne ne vient et qu’il n’y a aucun de ses g ens dans sa chambre.)n’y a Il
personne ? J’ai beau dire, on me laisse toujours se ul ; il n’y a pas moyen de les arrêter ici.(Après avoir sonné une sonnette qui est sur la tabl e.)ils n’entendent point, et ma sonnette ne fait pas assez de bruit. Drelin, drelin, drelin.(Après avoir sonné pour la deuxième fois.) Point d’affaire. Drelin, drelin, drelin.(Après avoir sonné encore.) Ils sont sourds. Toinette ! Drelin, drelin, drelin .(Après avoir fait le plus de bruit qu’il peut avec sa sonnette.)comme si je ne sonnais point. Chienne ! Tout coquine ! Drelin, drelin, drelin.(Voyant qu’il sonne encore inutilement.)J’enrage.(Il ne sonne plus, mais il crie:)drelin, drelin. Carogne, à tous les diable s ! Est-il Drelin, possible qu’on laisse comme cela un pauvre malade t out seul ? Drelin, drelin, drelin. Voilà qui est pitoyable ! Drelin, drelin, drelin. A h ! mon Dieu ! Ils me laisseront ici 14 mourir. Drelin, drelin, drelin .
1Partiesur faire son compte, Argan a, les différents articles d’un mémoire détaillé. Po placé des jetons en rangées sur sa table, la rangée d’en bas représentant des sous, celle qui vient au-dessus, des livres ou des francs , etc. De plus chaque rangée est divisée en casiers, de telle sorte que les jetons d u début de la rangée représentent des sous simples (ou des livres, dans la rangée des liv res), ceux du second casier, des pièces de cinq sous, du troisième casier, des pièce s de dix sous. Argan additionne ses jetons et les ajoute les uns aux autres comme si c’ étaient des pièces de monnaie réelles. Quand il trouve cinq jetons au casier des unités, il les ôte et en met un au casier des quintuples ; s’il en trouve quatre au casier de s cinq sous, il met un jeton au casier me des livres, etc. Cette manière de compter était alo rs très fréquente. M de Sévigné plaisante dans ses lettres des jetons que son oncle , l’abbé de Coulanges, emporte en voyage pour supputer revenus, dettes et dépenses. 2Lorsque la scène commence, Argan en est au vingt-qu atrième jour du mois dont le mémoire récapitule les fournitures. 3Emollient, qui amollit. 4Détersif, propre à déterger, c’est-à-dire à nettoyer. – Cat holicon, remède universel, drogue à guérir toutes les maladies. 5Julep, potion qui adoucit. –Hépatiquene, relatif au foie. Mais peut-être s’agit-il ici d’u préparation sulfurique qui s’appelait foie de soufre. –Soporatif,qui assoupit ;somnifère, qui fait dormir. 6Mais il le réduit à 17 sols 6 deniers. 7Fortifiante. 8Casse fraîcheetsené d’Orient,plantes laxatives. 9Trois livres en langage d’apothicaire signifient trente sols : donc Argan met un jeton à la case des livres et un à celle des dix sols. 10Carminatif(decarminare,qui veut dire carder la laine, nettoyer). 11Le mot usuel estédulcoré. 12Adouciretlénifiersont synonymes. 13Pierre qui se forme dans les intestins des quadrupè des et qu’on considérait dans l’ancienne médecine comme un préservatif.
14Les débuts des pièces de Molière sont toujours extr aordinairement animés ; ils introduisent sur-le-champ dans le vif de l’action e t des caractères. Après une première scène qui nous montre Argan, jou et de sa manie et de ceux qui l’exploitent, en voici une seconde très risible ave c une servante familière et avisée qui se plaît à tourmenter un maître à qui ses faiblesse s ont fait perdre toute dignité.
On y va.
Ah ! chienne ! Ah ! carogne !…
ScèneII
Argan, Toinette.
TOINETTE,en entrant.
ARGAN
TOINETTE,faisant semblant de s’être cogné la tête. Diantre soit fait de votre impatience ! vous presse z si fort les personnes que je me suis donné un grand coup de la tête contre la carne 15 d’un volet.
Ah ! traîtresse.
ARGAN,en colère.
TOINETTE,pour l’interrompre et l’empêcher de crier, se plain t toujours en disant: Ha !
Il y a…
Ha !
Il y a une heure…
Ha !
Tu m’as laissé…
Ha !
ARGAN
TOINETTE
ARGAN
TOINETTE
ARGAN
TOINETTE