Le Misanthrope

Le Misanthrope

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Français
192 pages

Description

Alceste, misanthrope farouche, aime la coquette Célimène. Par sa mauvaise humeur et sa franchise brutale, « l’homme aux rubans verts » détonne dans le salon de sa belle, peuplé de petits marquis frivoles et de poètes amateurs.
Célimène renoncera-t-elle à ses nombreux soupirants pour suivre Alceste dans la retraite où il prétend se réfugier ?
© Flammarion, Paris, 1997.
Édition revue et augmentée en 2013.
Couverture : Virginie Berthemet © Flammarion

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Informations

Publié par
Date de parution 02 juillet 2014
Nombre de lectures 18
EAN13 9782081297562
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
Poids de l'ouvrage 3 Mo

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Le Misanthrope
Le
MOLIÈRE
Misanthrope
PRÉSENTATION NOTES DOSSIER CHRONOLOGIE LEXIQUE par Loïc Marcou
BIBLIOGRAPHIE par Isabelle Wlodarczyk
GF Flammarion
www.centrenationaldulivre.fr
© Flammarion, Paris, 1997. Édition revue et augmentée en 2013. ISBN : 9782081294011
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«Mathieu Lindon, pourquoi aimez-vousLe Misanthrope? »
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arce que la littérature d’aujourd’hui se nourrit de celle d’hier, la GF a interrogé des écrivains contem l’évPocation intime de leurs souvenirs et de leur expérience porains sur leur « classique » préféré. À travers de lecture, ils nous font partager leur amour des lettres, et nous laissent entrevoir ce que la littérature leur a apporté. Ce qu’elle peut apporter à chacun de nous, au quotidien. Né en 1955, Mathieu Lindon est chroniqueur àLibéra tionet écrivain. Il est notamment l’auteur, chez P.O.L, de Je vous écris(2004),Ceux qui tiennent debout(2006), Mon cur tout seul ne suffit pas(2008),En enfance (2009), etCe qu’aimer veut dire(2011, prix Médicis). Il a accepté de nous parler duMisanthrope, et nous l’en remercions.
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Quand avez-vous lu ce livre pour la première fois ? Racontez-nous les circonstances de cette lecture. J’ai d’abord luLe Misanthropeen classe, en troisième ou en première. Je détestais avoir à lire pour les cours parce que je trouvais que ça mettait en cause ma liberté de lecteur, de ne pas choisir moimême ma lecture. Mais ça n’a pas joué, pour le coup : par chance, j’avais un excellent professeur de français.
Votre « coup de foudre » a-t-il eu lieu dès le début du livre ou après ? Le premier acte m’a réjoui immédiatement. Quand on s’apprête à lire une pièce classique en cinq actes et en alexandrins, on s’attend à ce qu’il soit question d’hon neur et de patrie, d’amour et de Dieu, de grands thèmes auxquels s’attachent un sérieux et une gravité qui, par fois, ne sont pas sans ennui pour un adolescent. Que des personnages entrent en scène en se disputant m’a plu d’emblée. D’autant que, au collège ou au lycée, on a sou vent tendance à enseigner aux jeunes gens à quel point la vérité est une valeur merveilleuse. AvecLe Misanthrope, c’était la première fois que je voyais la vérité présentée, dans une uvre littéraire respectée, comme une valeur plus sociale que morale, à savoir que point trop n’en faut, qu’il en est de la vérité comme de la gourmandise ou de la curiosité : la mesure s’impose.
Cette œuvre, ou une phrase au sein de cette œuvre, a-t-elle marqué vos livres ou votre vie ? Je pense que, curieusement, le vers « Voyons, Monsieur ; le temps ne fait rien à l’affaire » (I, 2) a marqué ma façon de travailler et de vivre. Quand Alceste adresse cette réplique à Oronte, il veut seulement dire qu’écrire ne consiste pas à battre le record du monde d’écriture, que la seule chose qui compte est que le sonnet soit bon ou pas. De fait,Madame Bovaryne serait pas un moindre chefd’uvre (ni un plus
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grand) si Flaubert l’avait écrit deux fois plus vite  pourvu que, à la fin, ce soit le même texte qu’on lise. Quand on écrit un roman, c’est long ; parfois, on se relit, on revient sur son travail en cours, et il arrive que, soudain, on trouve nul ce qu’on avait jugé auparavant assez bon pour prendre la peine de l’écrire. C’est pénible, décourageant, on a envie de le détruire entièrement. J’essaie, dans ces moments, de considérer que le temps fait quelque chose à l’affaire : si, pendant tant de mois, ces pages m’ont convenu, par respect pour moimême je ne peux pas les jeter en une seconde. Pourtant, le temps ne fait rien à l’affaire : si je persiste à les trouver mauvaises, il faut quand même m’en débarrasser ; peu importe que je les aie aimées à une autre époque, parce que cette époque, justement, est révolue grâce à l’écriture. Ce qui est dur à supporter, c’est quand j’ai envie de jeter et que rien d’autre ne me vient. Mais lorsque mes pages me semblent nulles parce que j’ai la perspective d’autres qui déjà me passionnent, alors je peux détruire tout ce que j’ai écrit le cur léger et, comme j’aime écrire, le fait d’y passer encore plein de temps est un vrai plaisir. Ni la durée ni la brièveté ne sont des valeurs en soi. Toutes proportions gar dées, il se joue quelque chose d’assez semblable quand on cesse d’être amoureux. Selon que ce soit parce que l’amour est momentanément mort en soi ou parce qu’on est tombé amoureux de quelqu’un d’autre, on le vit dans une humeur très différente.
Quelles sont vos scènes préférées ? Certaines vous paraissent-elles moins réussies que d'autres ? J’adore la fameuse scène du sonnet d’Oronte, quand Alceste finit par dire tout le mal qu’il pense de ce poème. Il y a là quelque chose qui dépasse la littérature telle qu’on l’enseigne habituellement. Alceste et Oronte en arrivent à se disputer comme des gamins, il y a un côté engueulade de cour de récréation. Il est prétendument question de la qualité d’un poème, mais ce serait la même chose s’il s’agissait de savoir qui est meilleur au foot ou
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qui a le plus gros sexe. Dans toutes les éditions où j’ai lu cette pièce, il y avait une note après le célèbre vers « Franchement, il est bon à mettre au cabinet » (I, 2), pour indiquer que ce dernier mot n’avait pas à l’époque le sens que le premier lecteur venu lui donne spontané ment depuis cent ans  et ça me plaît que, dans cette éditionci, le sens le plus contemporain ne soit pas dis qualifié. Alceste propose bien de placer le sonnet d’Oronte là où les spectateurs d’un stade de football envoient l’arbitre. On est à ce niveau. Et puis j’aime aussi qu’on soit un peu perdu dans les mystères du jugement littéraire, de l’arbitrage, justement. Le sonnet d’Oronte n’a pas l’air très bon, mais si on nous expliquait que si, qu’il était très beau, en tant que collé gien ou lycéen on serait prêt à le croire, on penserait que e c’était comme ça qu’il fallait écrire auXVIIsiècle. De même, la vieille chanson populaire qu’Alceste porte aux nues ne paraît pas tellement extraordinaire. Or, il y a dansLe Misanthropequelques dizaines de vers qui étaient déjà dansDom Garcie de Navarre, une autre pièce de Molière, où ils n’ont eu aucun effet sur la postérité : pourtant, ce sont les mêmes vers qui participent à l’éter nité qu’a conquiseLe Misanthrope. Ça dit quelque chose à la fois sur l’écriture et sur la lecture. On peut trouver les mêmes pages médiocres un jour et admirables le len demain. Malheureusement, l’inverse est également vrai.
Si vous deviez présenter ce livre à un adolescent d'aujourd'hui, que lui diriezvous ? Que, tel un roman de Dostoïevski, il pourrait s’appeler L’Adolescent. Le lien entre Philinte et Alceste a à voir avec celui de parents avec leur fils à qui ils reprocheraient d’avoir dit à sa cousine qu’elle est moche. « Mais elle est moche », se défend l’adolescent, sûr de son bon droit objectif. Alceste s’abrite derrière la vérité. C’est comme s’il était masochiste par vertu, puisqu’il a raison dans sa description du monde. Philinte ne le nie pas, mais suggère une autre stratégie. Au