Le nègre blanc
116 pages
Français

Le nègre blanc

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Description

Le Nègre blanc, comédie de Louis-François Archambault, dit Dorvigny, est une curiosité théâtrale jouée à Versailles en 1775 pour Louis XVI et Marie-Antoinette. Si la comédie s'amuse des cabinets de curiosités tant à la mode à l'époque, et tourne en ridicule les coquetteries des dames de la haute société qui aimaient à s'entourer de négrillons, elle représente d'abord un pied de nez à la censure rampante qui empêchait alors de traiter de la question des nègres et de l'esclavage au théâtre.

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Date de parution 14 janvier 2019
Nombre de lectures 1
EAN13 9782140110474
Langue Français
Poids de l'ouvrage 19 Mo

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qui mérite bien de îgurer dans la collection « Autrement Mêmes ».
amoureux. Mais sa mère, Mme Simplex, doit la marier à un Procureur. Or celle-ci ne jure que par son cabinet de curiosités. Aîn d’introduire
de vaisseau qui revient du Mexique avec dans ses bagages un « nègre blanc »… drôle de phénomène dont s’entiche bien sûr Mme Simplex. Si la comédie s’amuse des cabinets de curiosités tant à la mode à la
la haute société qui se piquent d’exotisme, ce n’est pas sans un réel enjeu prémonitoire, de ceux qui annonceront l’histoire de la « Vénus hottentote ». Mais surtout, sous couvert d’un divertissement léger, Dorvigny amène à
l’Autre et conduit au plus stupide des aveuglements.
« On jurerait que c’est un homme comme vous et moi. ( sont les mêmes traits, le même air, la même îgure... Et moi-même, si je ne savais pas ce qui en est, je parierais que c’est un blanc. » Scène VI
Louis-François Archambault ditDorvigny LE NègRE bLANc comédie en un aCte et en prose
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Étude et présentation de Sylvie Chalaye T MÊMES Texte établi par Vanessa Boulaire
LE NÈGRE BLANC
COLLECTIONAUTREMENT MÊMES conçue et dirigée par Roger Little Professeur émérite de Trinity College Dublin, Chevalier dans lordre national du mérite, Prix de lAcadémie française, Grand Prix de la Francophonie en Irlande etc. Cette collection présente en réédition des textes introuvables en dehors des bibliothèques spécialisées, tombés dans le domaine public et qui traitent, dans des écrits de tous genres normalement rédigés par un écrivain blanc, des Noirs ou, plus généralement, de lAutre. Exceptionnellement, avec le gracieux accord des ayants droit, elle accueille des textes protégés par copyright, voire inédits. Des textes étrangers traduits en français ne sont évidemment pas exclus. Il sagit donc de mettre à la disposition du public un volet plutôt négligé du discours postcolonial (au sens large de ce terme : celui qui recouvre la période depuis linstallation des établisse-ments doutre-mer). Le choix des textes se fait dabord selon les qualités intrinsèques et historiques de louvrage, mais tient compte aussi de limportance à lui accorder dans la perspective contem-poraine. Chaque volume est présenté par un spécialiste qui, tout en privilégiant une optique libérale, met en valeur lintérêt historique, sociologique, psychologique et littéraire du texte. « Tout se passe dedans, les autres, cest notre dedans extérieur, les autres, cest la prolongation de notre intérieur. » Sony Labou TansiTitres parus et en préparation : voir en fin de volume
Louis-François Archambault ditDorvigny
LE NÈGRE BLANC
Comédie en un acte et en prose
Étude et présentation de Sylvie Chalaye
Texte établi par Vanessa Boulaire
Médaillon de couverture : « Le Cabinet de curiosités de Ole Worm »,d’après le frontispice de Musei Wormiani Historia,Leyde, 1655
© LHarmattan, 2019 5-7, rue de lÉcole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-16669-8 EAN : 9782343166698
INTRODUCTIONpar Sylvie Chalaye
Ouvrages de Sylvie Chalaye Dans la même collection : Le Chevalier de Saint-Georgesde Mélesville et Roger de Beauvoir, Paris, L’Harmattan, 2001LesOurikadu boulevard,Paris, L’Harmattan, 2003L’Esclavage des nègres ou l’Heureux naufraged’Olympe de Gouges,Paris, L’Harmattan, 2006(en collaboration avec Jacqueline Razgonnikoff) Le Docteur noird’Anicet-Bourgeois et Dumanoir, Paris,L’Harmattan,2009 Autres publications : SPECTACLE,HISTOIRE ET SOCIÉTÉDu Noir au nègre : l’image du Noir au théâtre de Marguerite de Navarre à Jean Genet (1550-1960), « Images plurielles », Paris,L’Harmattan,1998Nègres en images, « La Bibliothèqued’Africultures»,Paris, L’Harmattan, 2002Ombres de la rampe : les comédiens noirs de la scène française,Théâtre/Public, n° 172 (2004) Traces noires de l’Histoire en Occident,Africultures, n° 63 (2005) Comédie musicale : les jeux du désir(en collaboration avec Gilles Mouëllic), Presses Universitaires de Rennes, 2008 La France noire : trois siècles de présences, co-auteur avec Pascal Blanchard, Paris, La Découverte, 2011 Cultures noires en France : la scène et les images,Africultures, n° 92-93 (2013) DRAMATURGIES DAFRIQUE ET DES DIASPORASe L’Afrique noire et son théâtre au tournant du XX sièclePlurial », Rennes,, « Presses Universitaires, 2001 Dramaturgies africaines d’aujourd’hui en 10 parcoursRegards singuliers »,, « Carnières, Lansman, 2001 Afrique noire et dramaturgies contemporaines : le syndrome Frankenstein, « Passages francophones », Théâtrales, 2004 Nouvelles dramaturgies d’Afrique noire francophone,Rennes, Presses Universi-taires, 2004 Théâtres contemporains du Sud 1996-2006, Paris,CulturesFrance, n° 162 (juin-août 2006) (en collaboration avec Monique Blin) Nouvelles dramaturgies d’Afrique et des diasporas: cantate des corps, sonates des voix,L’Esprit créateur, vol. 48, n° 3, 2008Émergences Caraïbe(s) : une création théâtrale archipélique,Africultures80-, n° 81 (2010) (en collaboration avec Stéphanie Bérard) Corps et voix d’Afriquefrancophone et ses diasporas : poétiques contemporaines et oralité,Revue d’Études Françaises[Budapest], n° 18 (2013) (avec R. Toth) Théâtres d’Afrique au féminin,Africultures,n° 103 (2016) (en collaboration avec D. Traoré, P. Dechaufour et E. Gbouablé) Corps marron. Les poétiques de marronnage des dramaturgies afro-contempo-raines, Caen, Passage(s), 2018
INTRODUCTION Petite comédie du fameux Dorvigny,jouée à Versailles dès 1775 pour Louis XVI et Marie-Antoinette,par « les comé-diens à la suite de la cour » dont Dorvigny faisait partie, Le Nègre blanc est une curiosité théâtrale qui mérite bien de gurer dans la collection « Autrement Mêmes ». Cette pièce qui eut beaucoup de succès en son temps, fut donnée à la cour, mais aussi à Fontainebleau, Compiègne et La Haye et fut même reprise en 1780 aux Variétés-Amusantes. Elle représente dabord un pied de nez à la censure rampante qui empêchait alors de traiter de la question des nègres et de lesclavage au théâtre. Elle nest pas ensuite sans convoquer lhistoire personnelle de son auteur qui à lépoque jouait précisément Crispin, le valet qui se fait passer pour un grand voyageur. Et si la comédie samuse, non sans provocation, des cabinets de curiosités si à la mode à la cour de Louis XVI, mais tourne aussi en ridicule les coquetteries des dames de la haute société qui aimaient à sentourer de négrillons, ce nest pas sans un réel enjeu prémonitoire, de ceux qui annonceront lhistoire de la « Vénus hottentote » dont la terrible aventure e marque la première décennie du XIX siècle. Impossible également doublier que dans ces premières années du règne de Louis XVI, le fameux Chevalier de Saint-George est un 1 habitué des salons de Marie-Antoinette et remporte maints succès avec ses opéras au Théâtre-Italien, commeErnestineen 1777, ouLa Casse1778. Très présents dans l en environne-ment de la haute société, les Noirs ne sont pourtant pas représentés au théâtre. Et la pièce de Dorvigny se joue aussi de ce paradoxe. 1  Voir Claude Ribbe,Le Chevalier de Saint-George, Paris, Perrin, 2003 ; Alain Guédé,Monsieur de Saint-George, le nègre des Lumières, biographie, Arles, Actes Sud, 1999 ; et notre réédition duChevalier de Saint-Georgesde Mélesville et Roger de Beauvoir, « Autrement Mêmes», Paris, L’Harmattan, 2001.
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Voyageur et comédien de naissance royale Fils naturel de Louis XV, né sans doute à Versailles en 1743, 1 le jeune Louis-François Archambault , du nom de sa mère quil na dailleurs pas connue, est élevé à la cour sous le nom 2 dun comte polonais et suit des études au collège . En dehors de labbé Bourbon, dont il sétait rapproché, un autrels naturel qui, lui, avait été reconnu par Louis XV, il neut pas vraiment de contact avec la famille royale. e Célèbresiècle, il segure théâtrale du XVIII t connaître 3 comme comédien et dramaturge sous le nom de Dorvigny . Il fut un auteur dramatique extrêmement prolixe avec près de cinq cents pièces de théâtre dont seulement quelques-unes ont été publiées. Il écrivait à tour de bras pour les petits théâtres du boulevard du Temple des parades, des impromptus, des vaudevilles et des comédies et connut un succès populaire à partir de 1779 avecJanot ou les Battus paient lamende au Théâtre des Variétés-Amusantes. Il avait inventé avec Janot un personnage de valet comique qui fut très en vogue, puis après la Révolution il créa le personnage de Jocrisse qui eut tout autant de succès. Il avait lart des maximes et des aphorismes et nombre de ses formules sont passées dans lusage. Il a pourtant tiré le diable par la queue toute sa vie et mourut en 1812 dans la misère. Dorvigny eut un destin des plus romanesques dont on connaît les détails grâce à son amitié avec léditeur Barba qui 4 a raconté quelques épisodes de sa vie dans ses souvenirs . Aventurier malgré lui, il a à peine 17 ans quand il embarque sur un bateau à Dunkerque. Il pensait y retrouver sa mère et le voilà enrôlé dans la marine. Mais le navire est attaqué par un 1 On trouve également l’orthographe: Archambaud. 2 Monselet le dit né en 1734, la plupart des dictionnaires le font naître en mars 1742, mais un acte de baptême de la paroisse de Saint-Germain-L’Auxerrois, atteste de sa naissance le 22 avril 1743. Ce dont se souvient également Barba dans ses mémoires. 3 Quelquefois orthographié: D’Orvigny.4 Souvenirs de Jean-Nicolas Barba, libraire au Palais-Royal, Paris, Ledoyen & Giret, 1846, p. 170-174.
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corsaire. Il se retrouve vendu comme esclave. Grâce à son bel esprit et aux études quil a faites il est acheté par un haut personnage et se retrouve secrétaire du consul de France à Surat, premier comptoir français aux Indes orientales. De retour à Versailles après un périple de quelques années, il 1 rejoint le monde du théâtre, se fait comédien et commence à composer quelques pièces.La Fête à limpromptu, imprimée à Compiègne en 1774 est la première pièce de Dorvigny qui nous soit parvenue. Cette comédie en un acte « avec un divertissement au sujet de linoculation et de la convalescence du roi Louis XVI », telle quelle est présentée par limprimeur Louis Bertrand, fut jouée à Compiègne par « les comédiens à la suite de la cour ». Elle atteste à la fois de lattachement de son auteur pour les Bourbons et de son intérêt pour les sciences. Louis XV le père naturel de Dorvigny venait de mourir de la variole et Louis XVI, conant en la science, set vacciner quelques semaines après être monté sur le trône. Dans Le Nègre blanc qui sera imprimé une première fois en Hollande en 1775 après avoir été joué au Théâtre français de La Haye, on retrouve lintérêt de Dorvigny pour les sciences naturelles et lallusion aux voyages lointains dont il avait fait lexpérience. Des nègres à la ville, à la cour, mais pas à la scène Dès son arrivée au pouvoir, en 1774, Louis XVI fut confronté au problème que posait la présence de plus en plus de Noirs en métropole et avait même promulgué un édit, en 1777, qui 2 interdisait de faire entrer des Noirs sur le territoire . e Jusquà lasiècle, il y avait peu dn du XVII hommes noirs sur le sol français. En effet, depuis un arrêt de 1571, il était interdit de pratiquer lesclavage sur le territoire royal. Tout esclave débarqué sur les côtes françaises était de fait affranchi
1 Il a notamment appartenu à la troupe du Théâtre de Nicolet sur le boulevard du Temple. 2 Voir le texte en annexe, p. 59-62 ci-dessous.
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