Les marguerite(s)

Les marguerite(s)

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Livres
116 pages

Description

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Date de parution 18 septembre 2018
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EAN13 9782897940393
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Les Marguerite(s) a été publié sous la direction littéraire d’Elsa Pépin.
Illustration de la couverture : Mathilde Corbeil Montage : Camille Savoie-Payeur Direction de l’édition : Elvire Marcland Direction artistique : Renaud Plante Direction de la production : Marie Lamarre Révision : Fleur Neesham Correction : Caroline Louisseize Photographies : © André Cornellier Conversion numérique : Camille Savoie-Payeur
©2018 Stéphanie Jasmin et les éditions Somme toute
ISBN papier 978-2-89794-037-9 epub 978-2-89794-039-3 pdf 978-2-89794-038-6
Nous remercions le Conseil des arts du Canada de l’aide accordée à notre programme de publication et la SODEC pour son appui financier en vertu du Programme d’aide aux entreprises du livre et de l’édition spécialisée.
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Toute reproduction, même partielle, de cet ouvrage est interdite. Une copie ou reproduction par quelque procédé que ce soit, photographie, microfilm, bande magnétique, disque ou autre, constitue une contrefaçon passible des peines prévues par la loi du 11 mars 1957 sur la protection des droits d’auteur.
e Dépôt légal – 3 trimestre 2018 Bibliothèque et Archives nationales du Québec Bibliothèque et Archives Canada
Tous droits réservés Imprimé au Canada
Pour Clara
Les Marguerite(s)de Stéphanie Jasmin a été créé le 20 février 2018 à l’Espace GO
Texte : Stéphanie Jasmin Mise en scène et conception vidéo : Stéphanie Jasmin et Denis Marleau Assistance à la mise en scène : Carol-Anne Bourgon Sicard Scénographie : Stéphanie Jasmin Assistance à la scénographie et accessoires : Stéphane Longpré Musique : Ana Sokolović Chorégraphie : Louise Lecavalier Répétitrice de Louise Lecavalier : France Bruyère Lumière : Marc Parent Costumes : Ginette Noiseux Design sonore : Julien Éclancher Sculptures : Claude Rodrigue Diffusion et montage vidéo : Pierre Laniel Maquillages et coiffures : Angelo Barsetti
Avec : la danseuse Louise Lecavalier, les actrices Céline Bonnier ou Évelyne Rompré (en alternance) et Sophie Desmarais, et la technicienne Carol-Anne Bourgon Sicard
Une coproduction Espace GO et UBU compagnie de création
Pétales épars
La vision d’un atelier d’artiste aux murs blancs m’est venue dès le début de l’écriture, pour planterLes Marguerite(s)dans un théâtre de l’expérience, de la recherche et de la fabrication… Est-ce une trace inconsciente des murs crayeux de ces béguinages que j’ai visités et photographiés à Bruges, Gand ou Courtrai ? La blancheur éclatante de ces petites maisons frémissantes d’ombres à l’orée des grands arbres; peut-être aussi la blancheur vieillie des e manuscrits enluminés du XV siècle que j’ai pu consulter à Valenciennes et toucher avec des gants blancs… Et l’image de ces portraits de femmes, qui émergent du plâtre, est peut-être née dans mon imaginaire encore empli des tableaux de Van Eyck, de Memling ou de Van der Weyden que je suis allée revoir, encore fascinée par leur douce humanité, si réelle, directe, si palpable. Ces impressions visuelles et sonores que j’ai pu capter lors de mes voyages ont ainsi tissé des fragments de mémoire, de petites connexions fugitives et vibrantes avec une autre temporalité. Des indices épars pour saisir la géographie intérieure, le décor mental, le rapport sensible au monde d’une femme inconnue dont le livre m’est parvenu sept cents ans après avoir été écrit. Cette mise en forme du détail, de l’incomplet et de l’inachevé, une quête du trait essentiel et de l’image condensée a guidé mon écriture.
Dans le livre de Marguerite Porete, il y a le risque de l’affirmation d’une chose et de son contraire, pour ne jamais fixer la pensée, pour la garder toujours en mouvement. Cette tension antagoniste, ces miroirs diffractants et infinis m’ont inspiré l’exploration des forces opposées, comme celle du silence d’un corps qui exulte et celle de la parole incessante qui s’en échappe ou s’en dissocie. Comme celle aussi des technologies contemporaines de l’image qui contrastent avec un art du portrait sculpté qui remonte à l’Antiquité. Comme cette femme qui écrivait avant l’invention de l’imprimerie et une autre aujourd’hui qui n’écrirait plus à la main. Pour moi, ces pôles que je rapproche ou que je mets en friction ne s’opposent pas, mais peuvent se nourrir, se rencontrer, se refléter.
J’ai tout de suite aimé le titre du livre de Marguerite Porete,Le Miroir des âmes simples et anéanties, et en le parcourant, il m’a étonné par son intensité, musicale et essentialiste. Le destin de cette femme m’a touchée aussi. Il fallait en faire quelque chose, mais comment 1 « jouer » sur scène ce texte de Porete qui, comme l’écrit Christian Bobin , fait partie des « livres que l’on ne sait pas dire, à peine montrer du doigt, comme la première étoile réfractaire dans le ciel mauve » ? Souhaitant alors écrire sur elle, je ne voulais pas la fictionner; j’ai ressenti plutôt le besoin de la « comprendre »à travers son livre, de l’objectiver en lisant plusieurs études de chercheurs et d’universitaires, tous passionnés par le livre de Marguerite Porete. J’ai découvert les multiples perspectives que ce texte complexe et singulier inspire, qu’elles soient philosophiques, théologiques, féministes, historiques ou littéraires.
À travers les méandres de cette recherche et de ses rhizomes indirects, j’ai rencontré d’autres Marguerite, et certains détails de leurs vies m’ont permis de tracer des liens hypothétiques, réels ou poétiques avec celle de cette Marguerite Porete qui nous échappe, pour en peindre le portrait en creux. Celui d’une femme silencieuse pendant son procès et dont les mots ont pu vibrer pour d’autres à travers les âges.
Ces Marguerite, femmes témoins esquissées, comme des traces de mémoire, par des bas-reliefs qui prennent vie, finissent par révéler aussi une part d’elles-mêmes en tentant de parler de la Marguerite absente. Au cours de cette écriture, c’est aussi l’idée de la transmission de la pensée entre ces femmes qui m’a interpellée : de leurs mères à elles-mêmes, ou à travers leurs lectures, leur rapport à l’art, au sacré ou au corps. Qu’est-ce qui les relie, nous relie, outre le temps qui passe ? La pensée humaine serait comme un long récit qui se déplie d’un livre à
l’autre, d’une œuvre à l’autre, et rapproche intimement des êtres au-delà des lieux et des époques. C’est ce que la jeune fille d’aujourd’hui, qui arrive à la fin, pressent avec ce livre étrange entre les mains, trouvé par hasard. Attirée par la chute dans le vide, elle a pourtant soif de ce qui la ferait vibrer au monde, sentir vivante. Alors les mots intérieurs déferlent chez elle d’un seul souffle en contraste au silence de la femme qui danse au début.
STÉPHANIE JASMIN
1 Christian Bobin, « La meurtrière », La part manquante, Paris, Gallimard, 1989.