Les Nièces de Molière

Les Nièces de Molière

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Français
75 pages

Description

On s'interroge parfois sur l'origine des pièces de molière. Certains doutent qu'elles soient toutes de sa main. Peu de gens imaginent ce qui s'est réellement passé : ses nièces ont eu sur son oeuvre une influence déterminante.Laquelle ? Dans quelles conditions ? C'est ce que révèle enfin cette comédie très instructive.


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Date de parution 31 août 2014
Nombre de lectures 11
EAN13 9782370870223
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Scène un, Angélique, Argante, Louise, Figaro, Jeanne, Rose, Bertille, Clotilde, Blanche, Juliette, Pauline, Joséphine.

Elles sont toutes dans le salon. Le père est au milieu dans un fauteuil et lit. Le valet joue aux cartes avec Jeanne, Pauline et Louise. Rose et Bertille sont en train de lire. Clotilde, Juliette et Blanche s’occupent d’un ourlet de robe. Joséphine joue de la musique. Angélique s’ennuie.

Angélique. – Pfff, je m’ennuie ! (Comme personne ne réagit, elle le répète plus fort.) Je m’ennuie affreusement !

Argante. – Oui, nous avons entendu ! Et bien, trouve une occupation ! Tu ne vois pas qu’ici tout le monde a quelque chose à faire ?

Angélique. – Je vois surtout que personne ne s’occupe de moi.

Louise. – Nous t’avons proposé deux fois de jouer avec nous, tu as refusé. Tu ne vas pas te plaindre !

Angélique. – Vous jouez au lansquenet… Sans argent, c’est d’un ennui !

Figaro. – Mademoiselle Angélique, nous jouons pour le plaisir ! Vous ne voudriez tout de même pas que je parie mes gages avec vos sœurs !

Jeanne. – Pourquoi pas ? Tu es si distrait que nous aurions vite fait de te plumer !

Figaro. – Justement, je ne suis pas tout à fait idiot… Mademoiselle Pauline, c’est à vous de couper.

Argante. – Ma petite Angélique, pourquoi n’irais-tu pas te promener ? Le temps est clair, prendre le frais te ferait du bien.

Angélique. – Dites tout de suite que je vous agace ! Mettez-moi dehors !

Rose. – Ah oui, s’il-te-plait va faire un tour, nous préférons entendre ...

Bertille. – … Joséphine, qui accompagne beaucoup mieux nos lectures que tes jérémiades.

Clotilde. – Je veux bien aller dehors avec toi, nous avons fini.

Angélique. – Ah, non ! Tu vas encore parler chiffons pendant des heures, j’ai horreur de ça !

Clotilde. – Ce que tu peux être désagréable ! Je n’ai plus du tout envie de me promener avec toi, qui m’accompagne ?

Blanche. – Je vais avec toi ! Nous devons porter les épluchures de pommes aux lapins et récupérer les œufs au poulailler.

Juliette. – Excellente idée ! Je vous accompagne et en revenant nous pourrions rendre visite à mademoiselle Vivier.

Angélique. – Cette vieille pie ! Quel besoin avez-vous de toujours aller la voir ?

Blanche. – Elle est vieille et seule. Nos visites lui font du bien. Nous passons une heure chez elle et la voilà heureuse pour toute la journée.

Louise. – Mais qu’est-ce que tu as aujourd’hui ? Tu détestes tout le monde ?

Angélique. – J’aimerais un peu de nouveauté ! Ces vacances me semblent interminables.

Pauline. – Ne me fais pas croire que le couvent te manque ? Tu as horreur d’être là-bas ! Tu passes ton temps en pénitence ! D’ailleurs, tu n’es pas la seule...

Jeanne. – C’est pour moi que tu dis ça ? La mère supérieure est un épouvantail puant !

Argante. – Jeanne ! Comment peux-tu parler ainsi de la mère supérieure ? Je mets mes filles au couvent pour qu’on leur enseigne les bonnes manières et voilà ce que l’on me rend ! Des filles irrespectueuses qui parlent comme des garçons d’écurie !

Figaro. – Attention, mon maitre, je m’occupe aussi des écuries et il me semble que je sais parler !

Argante. – Mon brave Figaro, pardonne-moi, et cesse de me rappeler que tu es le seul domestique de cette maison. Si tu savais comme j’en souffre. Mais que veux-tu, élever dix filles me coûte une fortune !

Joséphine. – Allez, cessez de vous plaindre de vos filles ! Connaissez-vous un père mieux traité que vous, plus choyé et adoré de ses enfants ?

Juliette. – … Qui sont sans cesse aux petits soins, qui s’inquiètent dès que vous toussez, qui sont après vous tout le jour pour trouver un moyen de vous faire plaisir.

Joséphine. – Vous êtes un ingrat ! Même si Jeanne et Angélique ne sont pas toujours respectueuses, elles ont bon coeur et ne sont jamais méchantes. Il est vrai que la mère supérieure n’a jamais compris ni leur belle énergie ni leur liberté.

Rose. – Vous ne devez vous en prendre qu’à vous, mon père, à vouloir...

Bertille. – … les élever comme des garçons, vous en avez fait des sauvageonnes, qui ne respectent rien...

Rose. – … sauf leur Liberté ! C’est un mot qui a peu de sens pour une fille. Vous n’auriez pas dû leur en donner le goût !

Pauline. – Elle a raison, père, vous ne réussirez jamais à les marier !

Jeanne. – Ça ne vous gêne pas de parler de nous à la troisième personne ? Peu m’importe le mariage ! Il n’est pas né celui qui me passera la corde au cou !

Joséphine. – Méfie-toi ma Jeannette, si tu es trop difficile, tu finiras vieille fille !

Blanche. – Seule et triste, sans enfants, sans joie, quelle horreur !

Juliette. – Mais peut-être qu’aucun jeune homme ne voudra de vous ! Vous êtes tellement sauvages toutes les deux !

Clotilde. – Moi, si j’étais un jeune homme un peu sensé, je partirais en courant !

Angélique. – Vous croyez nous vexer, mais vous nous flattez plutôt ! Moi, je prends tout cela comme un compliment ! L’homme que j’aimerai acceptera ma liberté ! N’est-ce pas Jeanne ? Nous ne serons pas de ces petites choses fragiles qui approuvent tout !

Figaro. – Méfiez-vous quand même ! Peu d’hommes sont prêts à accepter une épouse de caractère. Personnellement, je serais un peu inquiet. Je ne dis pas que ça n’a pas certains attraits, du piquant, du charme...

Louise. – Voyez-vous ça ! Une femme attirante et éveillant la curiosité ne pourrait t’intéresser ? Les hommes sont-ils peureux et lâches au point de se détourner d’une telle femme ?

Figaro. – J’ai peur qu’ils préfèrent en faire leur maitresse que leur épouse !

Clotilde. – Et bien voilà ! Jeanne et Angélique seront les maitresses de quelques puissants seigneurs et régneront d’une main de fer.

Pauline. – Pourquoi pas les maitresses du roi pendant que tu y es !

Rose. – Après tout, la Maintenon n’est pas si jeune, le roi préférerait peut-être de la chair fraîche !

Argante. – Mes filles ! Mes filles ! Voyons ! Un peu de tenue devant votre père ! Si on vous entendait de quoi aurais-je l’air ?

Louise. – D’un merveilleux père !

Clotilde. – D’un père ouvert d’esprit !

Blanche. – D’un père plein de tendresse !

Rose. – Qui élève très habilement …

Bertille. – … ses dix filles !

Figaro. – Vous avez une lettre, mon maître.

Toutes les filles se pressent autour de lui, on doit comprendre que les lettres sont rares. Elles se poussent un peu en riant pour lire par dessus l’épaule de leur père, même Figaro semble curieux.

Argante. – Mes filles, calmez-vous, je vais vous dire de quoi il s’agit, mais laissez-moi respirer un peu ! (Elles s’écartent à peine, il fait un geste de la main pour avoir plus de place, elles cèdent avec mauvaise foi.) Mon beau-frère, votre oncle, souhaite nous rendre une visite ! Voilà qui est étonnant ! Depuis le décès de votre mère, je n’ai jamais eu de ses nouvelles ! Il dit avoir besoin de repos. Sans doute a-t-il une maladie, il faudra vous montrez prudentes et ne point trop l’approcher. Je ne peux refuser l’hospitalité ni à mon beau-frère, ni à un homme malade, mais voilà qui est fâcheux. J’espère qu’il n’est pas contagieux. Figaro, prépare la chambre d’invité. Mes filles, vous allez rencontrer Jean-Baptiste, le frère ainé de votre mère.

Toutes les questions doivent s’enchainer très vite le père n’a absolument pas le temps de répondre.

Louise. – Comment est-il ?

Rose. – Vous le connaissez ?

Bertille. – Ressemble-t-il à notre mère ?

Pauline. – Vient-il accompagné ?

Juliette. – Est-il gentil ?

Clotilde. – Est-il très vieux ?

Blanche. – A-t-il des enfants ?

Joséphine. – Quelle métier fait-il ?

Angélique. – Nous a-t-il déjà vues ?

Jeanne. – Restera-t-il longtemps ?

Argante. – Mon Dieu, silence ! Comment voulez-vous que je vous réponde ! Vous parlez toutes en même temps, votre caquetage me fatigue ! Allez plutôt préparer son accueil ! Rangez un peu la maison et allez chercher les meilleurs produits à la ferme. Mesdemoiselles, nous recevons votre oncle malade. Il nous faut prendre soin de lui ! Nous ne le rendrons à la capitale que remis sur pieds ! Allez, que chacune s’occupe de ce qu’elle sait quand nous recevons, filez, j’ai moi aussi à me préparer.

Tout le monde sort sauf Figaro.

Figaro. – Je me demande bien ce qu’elles vont faire, nous ne recevons jamais personne !