Lucrèce Borgia

Lucrèce Borgia

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71 pages
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Description

Lucrèce Borgia est une pièce de théâtre de Victor Hugo, elle raconte l'histoire de Lucrèce Borgia. Le « grotesque » dans cette pièce est poussé à l’extrême plus que dans les autres œuvres de l’auteur. Une année après l'échec du Roi s'amuse l'année précédente, Hugo écrivit cette nouvelle pièce en quatorze jours. Représentée pour la première fois au théâtre de la Porte-Saint-Martin le 2 février 1833, elle remporta un grand succès, au point que Donizetti en tira un opéra cette même année, Lucrezia Borgia.

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Ajouté le 24 octobre 2012
Nombre de lectures 524
EAN13 9782820622549
Langue Français
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Collection
«Théâtre»

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ISBN : 9782820622549



Sommaire
AVERTISSEMENT
ACTE 1 PARTIE 1 SCÈNE 1
ACTE 1 PARTIE 1 SCÈNE 2
ACTE 1 PARTIE 1 SCÈNE 3
ACTE 1 PARTIE 1 SCÈNE 4
ACTE 1 PARTIE 1 SCÈNE 5
ACTE 1 PARTIE 2 SCÈNE 1
ACTE 1 PARTIE 2 SCÈNE 2
ACTE 1 PARTIE 2 SCÈNE 3
ACTE 2 PARTIE 1 SCÈNE 1
ACTE 2 PARTIE 1 SCÈNE 2
ACTE 2 PARTIE 1 SCÈNE 3
ACTE 2 PARTIE 1 SCÈNE 4
ACTE 2 PARTIE 1 SCÈNE 5
ACTE 2 PARTIE 1 SCÈNE 6
ACTE 2 PARTIE 2 SCÈNE 1
ACTE 2 PARTIE 2 SCÈNE 2
ACTE 3 SCÈNE 1
ACTE 3 SCÈNE 2
ACTE 3 SCÈNE 3
AVERTISSEMENT
Ainsi qu’il s’y était engagé dans la préface de son dernier drame,
l’auteur est revenu à l’occupation de toute sa vie, à l’art. Il a repris ses
travaux de prédilection, avant même d’en avoir tout-à-fait fini avec les
petits adversaires politiques qui sont venus le distraire il y a deux
mois. Et puis, mettre au jour un nouveau drame six semaines après le
drame proscrit, c’était encore une manière de dire son fait au présent
gouvernement. C’était lui montrer qu’il perdait sa peine. C’était lui
prouver que l’art et la liberté peuvent repousser en une nuit sous le
pied maladroit qui les écrase. Aussi compte-t-il bien mener de front
désormais la lutte politique, tant que besoin sera, et l’œuvre littéraire.
On peut faire en même temps son devoir et sa tâche. L’un ne nuit pas à
l’autre. L’homme a deux mains. le roi s’amuse et Lucrèce Borgia ne se
ressemblent ni par le fond, ni par la forme, et ces deux ouvrages ont eu
chacun de leur côté une destinée si diverse que l’un sera peut-être un
jour la principale date politique et l’autre la principale date littéraire de
la vie de l’auteur. Il croit devoir le dire cependant, ces deux pièces si
différentes par le fond, par la forme et par la destinée, sont étroitement
accouplées dans sa pensée. L’idée qui a produit le roi s’amuse et
l’idée qui a produit Lucrèce Borgia sont nées au même moment sur le
même point du cœur. Quelle est en effet la pensée intime cachée sous
trois ou quatre écorces concentriques dans le roi s’amuse ? La voici.
Prenez la difformité physique la plus hideuse, la plus repoussante, la
plus complète ; placez-la là où elle ressort le mieux, à l’étage le plus
infime, le plus souterrain et le plus méprisé de l’édifice social ;
éclairez de tous côtés, par le jour sinistre des contrastes, cette
misérable créature ; et puis, jetez-lui une ame, et mettez dans cette ame
le sentiment le plus pur qui soit donné à l’homme, le sentiment
paternel. Qu’arrivera-t-il ? C’est que ce sentiment sublime, chauffé
selon certaines conditions, transformera sous vos yeux la créature
dégradée ; c’est que l’être petit deviendra grand ; c’est que l’être
difforme deviendra beau. Au fond, voilà ce que c’est que le roi
s’amuse. Eh bien ! Qu’est-ce que c’est que Lucrèce Borgia ? Prenez la
difformité morale la plus hideuse, la plus repoussante, la plus
complète ; placez-la là où elle ressort le mieux, dans le cœur d’une
femme, avec toutes les conditions de beauté physique et de la grandeur
royale, qui donnent de la saillie au crime, et maintenant mêlez à toute
cette difformité morale un sentiment pur, le plus pur que la femme
puisse éprouver, le sentiment maternel ; dans votre monstre mettez unemère ; et le monstre intéressera, et le monstre fera pleurer, et cette
créature qui faisait peur fera pitié, et cette ame difforme deviendra
presque belle à vos yeux. Ainsi, la paternité sanctifiant la difformité
physique, voilà le roi s’amuse ; la maternité purifiant la difformité
morale, voilà Lucrèce Borgia. Dans la pensée de l’auteur, si le mot
bilogie n’était pas un mot barbare, ces deux pièces ne feraient qu’une
bilogie sui generis, qui pourrait avoir pour titre : le père et la mère. Le
sort les a séparées, qu’importe ! L’une a prospéré, l’autre a été frappée
d’une lettre de cachet ; l’idée qui fait le fond de la première restera
long-temps encore peut-être voilée par mille préventions à bien des
regards ; l’idée qui a engendré la seconde semble être chaque soir, si
aucune illusion ne nous aveugle, comprise et acceptée par une foule
intelligente et sympathique ; mais quoi qu’il en soit de ces deux pièces,
qui n’ont d’autre mérite d’ailleurs que l’attention dont le public a bien
voulu les entourer, elles sont soeurs jumelles, elles se sont touchées en
germe, la couronnée et la proscrite, comme Louis XIV et le masque de
fer.
Corneille et Molière avaient pour habitude de répondre en détail aux
critiques que leurs ouvrages suscitaient, et ce n’est pas une chose peu
curieuse aujourd’hui de voir ces géans du théâtre se débattre dans des
avant-propos et des avis au lecteur sous l’inextricable réseau
d’objections que la critique contemporaine ourdissait sans relâche
autour d’eux. L’auteur de ce drame ne se croit pas digne de suivre
d’aussi grands exemples. Il se taira, lui, devant la critique. Ce qui sied
à des hommes pleins d’autorité, comme Molière et Corneille, ne sied
pas à d’autres. D’ailleurs il n’y a peut-être que Corneille au monde qui
puisse rester grand et sublime, au moment même où il fait mettre une
préface à genoux devant Scudery ou Chapelain. L’auteur est loin d’être
Corneille ; l’auteur est loin d’avoir affaire à Chapelain ou à Scudery.
La critique, à quelques rares exceptions près, a été en générale loyale
et bienveillante pour lui. Sans doute il pourrait répondre à plus d’une
objection. à ceux qui trouvent, par exemple, que Gennaro se laisse trop
candidement empoisonner par le duc au second acte, il pourrait
demander si Gennaro, personnage construit par la fantaisie du poète,
est tenu d’être plus vraisemblable et plus défiant que l’historique
Drusus de Tacite, ignarus et juveniliter hauriens. à ceux qui lui
reprochent d’avoir exagéré les crimes de Lucrèce Borgia, il dirait :
lisez Tomasi, lisez Guicciardini, lisez surtout le diarium. à ceux qui le
blâment d’avoir accepté sur la mort des maris de Lucrèce certaines
rumeurs populaires à demi fabuleuses, il répondrait que souvent les