Ludwig & Mae

Ludwig & Mae

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Livres
266 pages

Description

Résolument éclatées, les trois pièces qui composent ce recueil sont un véritable cri du cœur d’une génération en proie au désarroi qui cherche à changer le monde, quitte à en bousculer les conventions.
La litière. Un couple se dispute, c’est la fin, ou presque : il faut attendre le matin. Dans le lit, Ludwig et Mae s’aiment et se déchirent, entre souvenirs et fantasmes. Viendra les rejoindre un livreur de chinois, qui se laisse prendre au jeu.
Rappel. Mae partie, Ludwig se retrouve seul face à ses démons et à son répondeur. Entouré d’un pape parmi tant d’autres, d’une muse déchue et de la vache à Giacometti, il tente alors d’échapper à l’emprise du monde extérieur, quitte à en finir une fois pour toutes avec celui-ci.
Ressusciter. Ludwig a été retrouvé mort dans son bain dans une invraisemblable mise en scène. Mae livre un monologue dans lequel elle se remémore les derniers instants, les regrets, les reproches aussi, et tente de faire revivre, une dernière fois, son amour défunt.

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Date de parution 14 octobre 2016
Nombre de visites sur la page 12
EAN13 9782894239803
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Ancrées dans le Nouvel-Ontario, les Éditions Prise de parole appuient les auteurs et les créateurs d’expression et de culture françaises au Canada, en privilégiant des œuvres de facture contemporaine.

La Bibliothèque canadienne-française a pour objectif de rendre disponibles des œuvres importantes de la littérature canadienne-française à un coût modique.

 

Éditions Prise de parole
C.P. 550, Sudbury (Ontario)
Canada P3E 4R2
www.prisedeparole.ca

 

Nous reconnaissons l’aide financière du gouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du livre du Canada (FLC) et du programme Développement des communautés de langue officielle de Patrimoine canadien, ainsi que du Conseil des Arts du Canada, pour nos activités d’édition. La maison d’édition remercie le Conseil des Arts de l’Ontario et la Ville du Grand Sudbury de leur appui financier.

Du même auteur

Dialogues fantasques pour causeurs éperdus, Sudbury, Éditions Prise de parole, 2012; publié en anglais sous le titre False Starts, dans une traduction d’Alexander Rock, de l’auteur et de Katia Grubisic, chez Talonbooks (Vancouver, 2016).

Se taire, Sudbury, Éditions Prise de parole, 2010.

Ludwig & Mae (three plays : Embedded, Apocalypse, and Resurrection), traduction anglaise par Shelly Tepperman et Ellen Warkentin, Vancouver, Talonbooks, 2009.

Everything is True!, Montréal, Delirium Press, 2006.

Le rêve totalitaire de dieu l’amibe, Ottawa, Éditions Le Nordir, 2003.

Directeur et auteur, Contes d’appartenance, Sudbury, Éditions Prise de parole, 1999.

Directeur et auteur, Contes urbains, Ottawa, Éditions Le Nordir, 1999.

Tom Pouce, version fin de siècle, Ottawa, Éditions Le Nordir, 2006 [1997].

Implosions (Dialogue suivi de La litière suivi de Rappel), Ottawa, Éditions Le Nordir, 1996 (épuisé).

« Milford Haven », dans 38, volume i, Montréal, Dramaturges éditeurs, 1996.

Le beau prince d’Orange, Ottawa, Le Nordir, 1994 (épuisé); réédition : Montréal, Auteurs dramatiques en ligne, www.adelinc.qc.ca, 2008.

 

Direction d’édition

avec Charles Batson, Cirque Global : Québec’s Expanding Circus Boundaries, Montréal-Kingston, McGill-Queen’s University Press, 2016.

avec Hervé Guay, Le jeu des positions. Discours du théâtre québécois, Québec, Nota Bene, collection « Séminaires », 2014.

Louis Patrick Leroux

Ludwig & Mae

& le livreur de chinois, le pape déjanté, la vache à Giacometti, la muse déchue et le chœur d’anges étrangement nubile; mais aussi le père, le pauvre père.

Théâtre

Bibliothèque canadienne-française
Éditions Prise de parole
Sudbury 2016

Photographie en première de couverture : Sarah Cotton, prise dans le cadre de la production anglo-montréalaise de la trilogie par Title 66 Productions, 2013; sur la photo, James Harrington et Arielle Palik.

Conception de la première de couverture : Olivier Lasser

Édition : denise truax et Chloé Leduc-Bélanger

Correction d’épreuves : Suzanne Martel

 

Tous droits de traduction, de reproduction

et d’adaptation réservés pour tous pays.

Copyright © Ottawa, 2016 pour cette édition

[1994 pour La litière; 1995 pour Rappel; 1997 pour Ressusciter]

 

Diffusion au Canada : Dimedia

 

Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives Canada

Leroux, Louis Patrick, 1971-

[Pièces de théâtre. Extraits] Ludwig & Mae & le livreur de chinois, le pape déjanté, la vache à Giacometti, la muse déchue et le chœur d’anges étrangement nubile, mais aussi le père, le pauvre père : trois pièces / Louis Patrick Leroux.

 

(Bibliothèque canadienne-française) Sommaire complet : La litière – Rappel – Ressusciter. Publié en format(s) imprimé(s) et électronique(s).

ISBN 978-2-89423-978-0. – ISBN 978-2-89423-979-7 (PDF). –

ISBN 978-2-89423-980-3 (EPUB)

 

I. Titre. II. Titre : Ludwig et Mae et le livreur de chinois, le pape déjanté, la vache à Giacometti, la muse déchue et le chœur d’anges étrangement nubile, mais aussi le père, le pauvre père. III. Titre : Pièces de théâtre. Extraits IV. Collection : Bibliothèque canadienne-française (Sudbury, Ont.)

PS8573.E6728A6 2016      C842’.54     C2016-905120-X

PS8573.E6728A6 2016      C842’.54     C2016-905121-8

 

ISBN 978-2-89423-978-0 (Papier)

ISBN 978-2-89423-979-7 (PDF)

ISBN 978-2-89423-980-3 (ePub)

Le grand méchant Leroux

Ludwig et Mae, c’est le spectacle de la méchanceté.

Ce sont trois textes qui se suivent et qui se citent. D’abord, La litière, pièce produite au Studio Léonard-Beaulne de l’Université d’Ottawa en 1994. Ensuite, Rappel, show présenté en grande pompe au Studio du Centre national des arts en 1995. Enfin, Ressusciter, spectacle monté clandestinement au café Deluxe en 1996. Trois pièces en trois ans, ou une sainte trinité pour les années 1990.

Nos deux personnages, le masculin et le féminin, Ludwig et Mae, s’engueulent et soliloquent, se multiplient et s’esseulent.

C’est le spectacle du mensonge, de la bravade et du chantage.

C’est le théâtre de la cruauté, une exposition théâtrale des leçons d’Artaud, un spectacle qui fouille, qui tripote, qui fouine, qui matraque, qui passe à l’attaque et qui donne l’assaut. Dominique Lafon, spectatrice de Rappel aux 15 jours de la dramaturgie des régions en 1995, parlait d’une « esthétique artaudienne qui cautionne les outrances comme la révolte ». (34)

C’est le spectacle de l’excès, de l’étalement, de la durée, de l’action prolongée par le flot de la parole.

Dans La litière, la méchanceté est réciproque et intime. Elle implose dans un lit, entre un homme et une femme, Ludwig et Mae. Un couple qui n’en finit plus d’en finir. Un couple inachevé qui s’achève à coup d’invectives. La litière est une attente douloureuse et exquise de quatre ans, partagée dans tous les sens du mot : mutuelle et écartelée.

Le couple éclate enfin suivant deux arrivées inattendues, celle du livreur de mets chinois et celle du chat Victor. Munie de leurs affections et vidée de sa culpabilité, Mae peut laisser Ludwig à ses menaces de suicide : « Il va lui falloir mourir seul, Ludwig : je n’ai plus la force de mourir avec lui. » (117)

La violence fait partir Mae, de sorte que Ludwig se retrouve seul avec sa propre violence dans Rappel. C’est Ludwig contre Ludwig, sauf que Ludwig est aussi un pape, une vache, une muse. Le pape déjanté, la vache à Giacometti, la muse déchue. L’attaque est grandiose et cérémoniale, nue et sanguinolente, digne de Marat, qui est cité explicitement. Et chante le chœur d’anges étrangement nubile… et dansent ces jeunes nymphes devant le spectacle de la mort…

La violence happe un autre homme à son passage : un père absent qui laisse des messages sur le répondeur. Le père, le pauvre père, celui qui a trop voulu garder l’emprise sur sa jeunesse. Ludwig lui crache des paroles érudites, du venin. Les stigmates de l’un font écho aux incisions de l’autre qui a rejoint une certaine élite sidéenne vouée à mourir de ses péchés.

Ici comme chez Durkheim, le suicide est un fait social. Sans Mae, sans son père, Ludwig est loin des ports d’attache qui le rapprocheraient de la collectivité. Son suicide est égoïste, celui d’un homme à qui on ne laisse pas de place et qu’on a abandonné à lui-même. Celui d’un être sans fonction sociale qu’on a individué à l’extrême. Son suicide, c’est celui de toute une génération qui n’arrive pas à intégrer son milieu.

Puis vient Ressusciter, pour exhiber les ruines qui suivent l’implosion de Ludwig. Après le cataclysme de la mort de l’homme, il reste la femme, il reste Mae. Ce sera à elle de livrer un monologue pour témoigner et pour revenir à la vie. Ce sera à elle d’essayer de retrouver qui elle était avant Ludwig. Au contraire de l’homme, elle ne se démultiplie pas sur scène : pas de pape, de muse ou de vache pour Mae, que le dépouillement et le faux dialogue avec soi.

Privée de son compagnon de scène Ludwig, Mae l’évoque par la parole, dans une hagiographie aux tons ironiques. Ludwig est sanctifié et démonté, Mae ressuscite. Là où Ludwig tranchait, là où le père se faisait tailler des milliers de petites incisions dans le corps, Mae est un baume. Sa fonction sera de se réparer et de réparer : « J’élirai la nuit pour domicile; elle sera ma maison de repos. Elle pansera les blessures qui ne demandent qu’à être pansées. Je reprendrai mes forces. Les cicatrices sont creuses; elles sont tendres et lisses. » (237) En soignant ses plaies, elle recoud le tissu social.

Ludwig et Mae, c’est le Grand méchant Leroux, celui qui sert la cruauté comme offrande, comme communion. C’est le Leroux qui passe de la parole manifeste à l’action dramatique. C’est le Leroux apocalyptique qui allait transformer l’histoire théâtrale de l’Ontario français.

La sociologue de la littérature Pascale Casanova, dont les écrits ont été très influents en études littéraires franco-canadiennes, soutient que l’histoire des littératures émergentes peut se diviser en deux phases. Dans un premier temps, les écrits sont politiques, urgents, identitaires, ancrés dans le réalisme. Dans un deuxième temps, les écrivains prennent du recul par rapport à ces enjeux politiques et se tournent vers des préoccupations formelles.

Si Leroux nous semble saillant dans l’histoire récente de la littérature franco-ontarienne, c’est qu’il convoque explicitement la rupture entre les deux phases dont Casanova fait l’hypothèse. Il s’attaque à la tradition réaliste (établie depuis peu, pourtant!) et fait appel à un jeu cruel sur les formes théâtrales. Sa méchanceté fait écho à celle d’autres agents provocateurs modernistes, surréalistes, futuristes… autant d’hommes qui ont mis à mal les conventions esthétiques et bousculé les habitudes du grand public.

Comme ces hommes, Leroux propose un alliage savant de technologie et de cérémonie : le répondeur automatique se juxtapose au sacrifice divin. Comme ces hommes, Leroux rédige des manifestes pour accompagner l’œuvre artistique.

Car la trilogie formée par La litière, Rappel et Ressusciter fait penser à une autre trilogie, celle de trois manifestes publiés par le Grand méchant Leroux entre 1992 et 1993. D’abord, un « Avertissement », publié dans la revue L’Obscur, annonçait un grand manifeste à venir. Il y donnait suite dans les pages de Liaison, qui lui accordait un dossier pour que le « Manifeste de la génération manifeste » devienne matière à conversation entre plusieurs générations d’artistes en Ontario français. Comme Ludwig et son père, il allait y avoir très peu de dialogue véritable dans ce dossier, que Leroux fermait avec un autre manifeste, « Je ne rêve pas de despotisme », le temps de revenir sur ses arguments et de réfléchir à leur réception.

L’intrigue d’une trilogie éclaire admirablement celle de l’autre : l’attente suivant l’annonce; le geste grandiose pour catalyser les rapports intergénérationnels; la réparation salvatrice de la collectivité. Ce que les manifestes mettaient à l’écrit, les spectacles allaient mettre en scène. Et c’est par la scène que La litière et Rappel allaient retourner à l’écrit, accompagnés du court texte Dialogue, sous le titre Implosions en 1996.

Ceux qui suivent la diffusion du modèle moderniste constatent que la méchanceté de l’acte moderniste est relative et contextuelle (Mao et Walkowitz, 9). Pour Leroux, la méchanceté anticipe la mise en relation. Elle annonce un acte de réparation digne de Mae. Une fois mis en scène et écouté, le Grand méchant Leroux se rallie à sa communauté. Il sollicite des contes urbains sur Sudbury et Ottawa. Il écrit des manifestes pour la survie de l’hôpital Montfort à Ottawa. Il contribue à la mise sur pied de la Nouvelle Scène, le centre de théâtre francophone professionnel à Ottawa. En somme, il s’institutionnalise.

Ce qui soulève une question importante : comment conserver une aura d’insubordination et de provocation après l’institutionnalisation et la canonisation?

Les traductions de Ludwig et Mae offrent quelques premières réponses, car c’est bien en traduction que réapparaissent nos deux personnages, Ludwig et Mae. La pièce La litière est traduite en anglais par Shelley Tepperman et montée sous le titre Embedded par la compagnie professionnelle Year One Theatre à la Cour des arts d’Ottawa en 1999.

Une dizaine d’années plus tard, c’est au tour des pièces Rappel et Ressusciter d’être traduites par Shelley Tepperman, accompagnée d’Ellen Warkentin. Les trois pièces sont publiées chez Talonbooks où elles adoptent pour la première fois le nom de ses personnages : Ludwig & Mae.

En ce sens, c’est en français que Ludwig & Mae est une anomalie. La publication Implosions combinait Dialogue, La litière et Rappel; Ressusciter était orphelin, publié en ligne. C’est en anglais que La litière, Rappel et Ressusciter sont devenus la trilogie présentée ici, et c’est grâce à la version anglaise qu’elle s’appelle Ludwig & Mae.

La traduction anglaise a également donné vie à une production inédite de la trilogie combinée, un spectacle-fleuve par la jeune compagnie indépendante Title 66 Productions aux Ateliers Jean-Brillant de Montréal au printemps 2013.

La même année, la traduction anglaise de La litière a fait l’objet d’un tournage cinématographique à Los Angeles, dans une production des comédiens Rachel Grate et Jim Senti. Le projet sera abandonné avant son lancement.

C’est également le sort de la traduction allemande de La litière, sur laquelle ont travaillé Julie LeGal et Maike Krause. Intitulée Die Bettstatt, la traduction n’a pas encore vu de production.

Enfin, la version en espagnol de la même pièce, traduite sous le titre La cama par Andrea Paz Pelegri, donne lieu à un laboratoire par la compagnie Tiatro de Santiago, au Chili, et à une diffusion en direct sur le Web en août 2013.

C’est dire que nos deux personnages, Ludwig et Mae, résonnent encore. C’est dire que de nouvelles générations peuvent s’accaparer du Grand méchant Leroux et, comme lui, adopter la méchanceté de la posture moderne pour se tailler une place envers et contre tout. C’est dire qu’il est encore possible de lire et de déclamer comme Ludwig.

Mais lire le Grand méchant Leroux plus de vingt ans après sa sanguinolente mise en spectacle, c’est aussi le lire après les cicatrices, après la réparation qui suit la méchanceté. C’est lire comme Mae, lire après être revenue à soi, lire après la résurrection.

C’est en sortir étonnée, touchée, prête à dialoguer… « Je suis naïve comme ce nest pas possible, je le sais, mais je m’en fous… » (237)

Nicole Nolette
Wolfville, Septembre 2016 


Casanova, Pascale, La république mondiale des lettres, Paris, Seuil, 2008.

Lafon, Dominique, « Forces et faiblesses de notre dramaturgie », Liaison, no 83, 1995, p. 34-35.

Mao, Douglas, et Rebecca L. Walkowitz, Bad Modernisms, Durham, Duke University Press, 2006.

La litière

La litière a été créée le 11 mai 1994 par le Théâtre la Catapulte au Studio Léonard-Beaulne de l’Université d’Ottawa dans une mise en scène de Benoît Gauthier assisté de Dominik McNicoll.

 

Concepteurs

les décors étaient de l’auteur

les éclairages de Jules Ducharme

la musique de Roch Archambault

les costumes et les accessoires de Sophie Tremblay

la toile de scène et l’œuvre originale de l’affiche étaient de Sylvio Boudreau

 

Distribution

Mae

Chantal Aubut

Ludwig

Claude Lavoie

Le livreur de chinois

Marc Thibaudeau

Le texte a fait l’objet de quelques mises en lecture, notamment celle produite par Lobe Scène (l’ancêtre du Théâtre la Catapulte) à Sudbury en mai 1993. Le texte s’intitulait alors Quatre ans, et il a été mis en lecture et narré par l’auteur. Chantal Aubut et Marc Thibaudeau jouaient respectivement Mae et Ludwig.

Le Théâtre du Nouvel-Ontario à Sudbury a produit une lecture de la pièce en février 1995 dans le cadre de ses Samedis de lire.

En août 1995, le Théâtre la Catapulte a donné à Annick Léger la mise en lecture de la présente version du texte pour le Festival Carrefour Théâtre à Saint-Lambert. Chantal Aubut, Vincent Leclerc et Mario Gendron jouaient respectivement Mae, Ludwig et Le livreur de chinois.

La première lecture publique en langue anglaise a eu lieu à la Cour des arts d’Ottawa en mai 1999, dans le cadre du festival On the Verge, une production du théâtre anglais du Centre national des arts et du Great Canadian Theatre Company. La mise en lecture était de Linda Balduzzi.

La première production en langue anglaise a eu lieu à la Cour des arts d’Ottawa, en septembre 1999. Il s’agissait d’une production de Year One Theatre. La mise en scène était d’Annick Léger.

La première production en langue anglaise de la trilogie au complet a eu lieu aux Ateliers Jean-Brillant à Montréal, en mars-avril 2013. Il s’agissait d’une production de Title 66, dans une mise en scène de Logan Williams.

Une traduction en langue espagnole de La litière (La cama) a fait l’objet d’une lecture par la compagnie Tiatro à Santiago au Chili, en septembre 2012 et d’une production web en direct en août 2013.

La traduction allemande de La litière (Die Bettstatt) par Maike Krause et Julie LeGal n’a pas encore été portée à la scène.

La version cinématographique tirée de la pièce par les acteurs-producteurs Jim Senti et Rachel Grate a été tournée à Los Angeles à l’été 2013, mais le projet n’a pas dépassé la post-production.

Dans le lit du couple.

Tout est drapé de blanc.

Une lumière tamisée.

Derrière le lit, derrière cette lumière tamisée, derrière toute cette blancheur : des murs ou bien des verticaux, derrière lesquels les spectateurs se sont réunis. Murs aussi, devant lesquels les spectateurs doivent se planquer, chacun à sa place, comme toujours, à sa place. Murs ornés d’œillères, peut-être, ou de fenêtres : une par spectateur.

C’est un « peep show » culturel, donc moral et acceptable.

L’intimité cinématographique au théâtre.

Théâtre d’ambiance.

Ambiance mélancolique.

Humour pervers.

Jeux interminables. Toujours ces jeux. Ces jeux stratifiés, à multiples couches d’interprétation : ne saura-t-on jamais qui joue, qui ne joue pas, qui se veut le chat qui la souris, et quand on inverse les rôles?

Toujours ces jeux. Jeux interminables. Jeux pour pallier l’impossibilité d’aimer et, plus encore, l’inconvénient de la naissance.

Mélancolie et draps et oreillers et guitare et menus objets ornent le lit.

Aussi, Ludwig et Mae sont au lit. Depuis toujours, il leur semble.

L’auteur sait qu’ils y sont depuis quatre ans.

Avant le lit, ils avaient vingt ans, tous deux.

Plus tard, le livreur de chinois. Ou, si l’on veut, le livreur de mets chinois.

Puis, le matou. Indépendamment du livreur, le matou.

Puis, l’inévitable.

Mais d’abord, le couple…

-I-
Lorsque le Mythe ne suffit plus

Dans la pénombre.

Derniers moments d’un amour passionné. Les draps plissés, humides, les effusions enveloppent encore la chambre.

Le couple, repu, épuisé, regarde le plafond.

Le Temps prend les silences qui lui reviennent.

Mae

Je suis bien.

Ludwig

Avec moi?

Mae

Avec toi. En ce moment.

Temps.

Ludwig

Il y a quatre ans, je t’aurais dit que je t’aime…

Temps.

Mae

Moi aussi, je te l’aurais dit.

Ludwig

Il y a quatre ans?

Mae

Si tu veux.

Temps.

Ludwig

Mae?

Mae

Ludwig.

Ludwig

Prends-moi.

Mae

Comme on l’aurait fait il y a quatre ans? Il y a quatre ans au beau milieu du lit, le lit de notre première fin de semaine, la fin de semaine de cette première passion?

Ludwig

Mae, tu fais encore de la mythologie… De la très belle mythologie, remarque, mais de la mythologie tout de même.

Temps.

Mae