Nous n

Nous n'irons plus au bois

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109 pages

Description

7 h. - 4 f. ou 6 f. - 5 h. - Durée : 1 h 45

Il ne s'agit pas au travers de cette pièce, de faire un cours de mécanique qui expliquerait le fonctionnement d'un arbre à came. Oh ! que non ! C'est bien mieux... ou bien pire ! En fait, cette comédie-farce paysanne applique le vieux principe éprouvé cher à FEYDEAU pour susciter le rire : mettre en présence des individus, des milieux sociaux qui, logiquement, ne devraient pas se rencontrer. Il en résulte forcément des situations, des comportements et des dialogues du plus haut comique. Ici, il s'agit de la cohabitation inattendue pour des raisons... "météorologiques" d'une famille rurale quelque peu arriérée et folklorique avec de jeunes marginaux vaguement assujettis à la "came".


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Date de parution 21 mars 2016
Nombre de visites sur la page 81
EAN13 9782373931549
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Jacques THAREAU et Jean-Michel BESSON
NOUS N’IRONS PLUS AU BOIS... ou L’ARBRE À CAME
Comédie-farce paysanne en trois actes
Editions ART ET COMEDIE 3, rue Marivaux 75002 PARIS
Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction réservés pour tous pays © Editions théâtrales ART ET COMEDIE
PERSONNAGES
LE BAPTISTE, paysan relativement âgé, coléreux, retors, très « chef de famille »
LA MARIE, sa femme
LA GRAND-MÈRE, Mélanie, sourde comme il n’est pas permis de l’être
MARIE-JEANNE, fille du Baptiste et de la Marie
LE JEANTOU, le domestique; il « n’a pas inventé l’eau chaude »
VICTOR, le voisin qui a un penchant pour Marie-Jeanne
PAULO, jeune marginal mi-hippie mi voyou
JOHANN, Hollandais, ne s’exprime pratiquement qu’en anglais
CANDICE, jeune, d’allure marginale aussi, sait au besoin jouer de son charme
Rôles pouvant être interprétés par des acteurs féminins (dans ce cas, quelques légères modifications du texte à prévoir) : L’ASSUREUR
LE DOCTEUR
DÉCOR
(pour les 3 actes)
Salle commune d’une ferme. Portes au fond et côté cour. Côté jardin, si possible, la cheminée, au-dessus de laquelle sera accroché un fusil de chasse. Un fauteuil en fond de scène à côté de la cheminée. Au centre, une table rectangulaire. Une chaise à chaque extrémité. Un banc sur sa longueur. Sur la table, en coin, un poste-transistor. Au fond, un buffet sur lequel sera posé un téléphone.
ACTE I
Au lever du rideau, assise près du feu, la grand-mère est en compagnie de Marie. Jeantou, debout, se roule péniblement une cigarette.
Les textes dits par la radio seront enregistrés au préalable et diffusés par micro (ou radio-cassettes).
RADIO- ... « se perd en conjectures. On demeure sans nouvelles de Jérôme Garein, le percepteur de la petite commune de St Félix qui n’a pas reparu à son domicile depuis 12 jours. »
MARIE- Il devait pas gagner assez ! Il est parti avec la caisse ! C’est plus sûr.
GRAND-MÈRE- Les épluchures ? Les voilà.
Marie hausse les épaules.
RADIO– « Les trois jeunes toxicomanes, braqueurs présumés de la Pharmacie d’Aigueperse, dans le Puy de Dôme, sont toujours en cavale. »
MARIE- Eh pardi !
RADIO– « Selon une étude de l’Université de Chicago, la ville de New-York serait la ville au monde où les accidents de la circulation seraient les plus meurtriers. Ainsi, dans les rues de New-York, toutes les deux heures, un homme est écrasé par une voiture. »
JEANTOU- J’y crois pas bien, moi.
MARIE- Qu’est-ce que tu crois pas ? Eteins-moi ça.
JEANTOU- Ce qu’ils disent dans le poste. Que y en a un qui se fait écraser toutes les deux heures ! C’est pas une vie, ça, pour c’t’homme !
MARIE– Bon ! Allez !... Dites, mémé ! Je vais aller donner à manger aux poules.
GRAND-MÈRE- Hein ?
MARIE- Je vais donner aux poules !
GRAND-MÈRE- Jouer aux boules ?...
MARIE- Bon. Ça fait rien. Vous surveillerez la soupe ?
GRAND-MÈRE- La ... ?
MARIE,hurle.- La soupe !
Elle montre le faitout sur la gazinière.
GRAND-MÈRE- Ah oui !
JEANTOU- Toutes les deux heures ! Pauvre diable ! L’a qu’à faire attention aussi.
Marie-Jeanne entre.
MARIE-JEANNE- Hou la la ! Quel vent !
MARIE- Dis-donc, toi.(À Marie-Jeanne.)Si tu vas « courandeler » au bourg, faudra me ramener des commissions. Tu passeras chez le Casino... Tu m’entends ?
GRAND-MÈRE- Hein ?
MARIE- Rien... Alors, tu me ramèneras 1 kg de sucre en morceaux, de l’huile, du vinaigre, du poivre, une livre de gros sel... Tiens.(À Jeantou.)Donne-moi un bout de papier, toi, au lieu de rester planté comme un âne, là. Je vais t’y marquer parce que...
JEANTOU- Du papier comme ça ?
Il donne un morceau de journal.
MARIE- Ah bah !
Marie-Jeanne donne une feuille.
GRAND-MÈRE- Faudrait que la Marie-Jeanne ramène des commissions. L’huile...
MARIE- Justement. C’est ce que je marque.
GRAND-MÈRE- Oh ! La marque, qu’est-ce que ça peut faire ? De l’huile, c’est toujours de l’huile !
MARIE– Ah ! Rappelle-toi ! Je sais pas ce qu’elle devine aujourd’hui mais elle entend rien, ce qui s’appelle rien !
JEANTOU- C’est le temps. Ça y fait, ça, des fois ! Je vois, moi, y a des jours, je comprends pas bien, aussi... et...
GRAND-MÈRE- Et du sucre...
MARIE-JEANNE- D’accord.
GRAND-MÈRE- Et tu tabac à priser que j’en ai plus !
MARIE-JEANNE- Allons bon ! Ça va me faire passer chez le buraliste.
GRAND-MÈRE- Une liste, oui. Y a qu’à faire une liste.
MARIE- C’est ça !(À Jeantou.)Allez, viens m’aider.(À la grand-mère.)La soupe ! Surveillez la soupe !
Marie sort avec Jeantou.
GRAND-MÈRE- La soupe, oui ! Ah bougre ! J’ai bien entendu. Fais pas bon devenir vieux. On te traite comme un chien ! La soupe ! Comme si je savais pas surveiller la soupe ! Je l’ai surveillée avant elle, la soupe. Oh oui !
BAPTISTE,entre- Jamais de ma vie j’ai vu quelque chose comme ça ! Affreux ! Quand même ! Tu dirais que ça a été bombardé.
MARIE-JEANNE- Quoi donc ?
BAPTISTE– Tout ! Cette sacrée saloperie de tempête...
GRAND-MÈRE- Qu’est-ce que c’est qui t’embête ?
MARIE-JEANNE- Rien, mémé.
BAPTISTE- Ça a tout cassé. Tout ! Tout le bois du Pradou ! Complètement foutu ! Tout est bouzillé. Même des arbres comme ça(il montre), ça les a pliés. Je me doutais bien qu’il y aurait des dégâts mais à ce point ! Ça en a même tombé sur la route.(Sur ces entrefaites, Jeantou est rentré.)Saloperie ! Je sais pas ce que...
JEANTOU- Moi j’y sais bien ce que c’est qui a fait ça ! C’est le vent ! C’est que Djeu ! Ça « bouffait » ! J’étais sorti pour pisser. Je suis rentré tout trempé !
BAPTISTE,désespéré- Qu’est-ce qu’on va faire, maintenant ?
JEANTOU– Hein ? Peut-être on va manger la soupe...(Baptiste a l’air furieux et le fusille du regard.)Peut-être... mais enfin… c’est... c’est pas obligé... Elle est peut-être pas cuite, aussi... peut-être…
Il bat visiblement en retraite.
BAPTISTE,le singeant- Peut-être !!... Ça te coupe pas l’appétit, toi ! Moi, ça me dégoûte.
JEANTOU- Eh oui !
BAPTISTE- Va falloir sortir le bois ! Et c’est tout l’un sur l’autre ! En plus, ça tombe juste au moment où la Blanche va faire le veau. Que je suis obligé de rester à la maison... Ah la la la la !
JEANTOU- Eh oui !
BAPTISTE- Si seulement l’autre andouille était bon à quelque chose !
JEANTOU- Eh oui !... Qui ?
BAPTISTE– Qui ? Qui ?... Toi, pardi ! Comment on va faire ?
JEANTOU- Faudra tirer... comme quéque chose... avec le « tragueteur ».
Marie vient de rentrer.
MARIE- Tu sais bien que le tracteur, il est en panne. Ça fait huit jours qu’il est chez Archimbaud.
BAPTISTE- Je sais pas ce qu’il fabrique, ce cochon. Faudra que je lui téléphone. Plus il le garde longtemps, plus il fait payer cher après.
MARIE- Sans compter que ce bois, une fois sorti, faudra couper les branches, et le scier !
BAPTISTE- Et si ça se trouve, après, personne voudra l’acheter ! Sacré saloperie de cochonnerie de saleté de vent.
GRAND-MÈRE- Qu’est-ce qu’il dit ? Il a l’air en colère.
MARIE- C’est le vent qui a cassé tout le bois... Le VENT !
GRAND-MÈRE- Le vent ?
BAPTISTE- Oui. Le vent.
GRAND-MÈRE– Ah ! J’avais compris que c’était le vent...
MARIE- Le vent, oui. Il a cassé tous les pins.
GRAND-MÈRE- ... ?...
JEANTOU- Les pins.
GRAND-MÈRE,montrant la couronne de pain- Le voilà, le pain. Tu le vois pas ? Mais il faut pas manger tout de suite. Je vais tremper la soupe.
Jeantou s’assoit devant son bol.
BAPTISTE- Regarde-le, l’autre, là ! Tu peux bien crever, s’il a pas mangé sa soupe, y a pas rien à en tirer !(À Marie.)Allez, viens, on va voir la Blanche.(À Marie-Jeanne.)Toi, t’iras amener les vaches dans le parc. Et après, tu fileras chez le Casino.
MARIE-JEANNE- D’accord.
Elle sort, suivie de Baptiste.
MARIE- Pour midi, il faudra effiler les haricots.
GRAND-MÈRE- Comment ?
MARIE- Les haricots... Faudra les effiler.
GRAND-MÈRE– Non ! Pas aujourd’hui. Le défilé, c’est que jeudi prochain, le 14 Juillet quoi.
Marie, énervée, sans un mot, lui place les haricots sous le nez et les lui montre. La grand-mère se met au travail.
GRAND-MÈRE- Ah !...
Marie sort à son tour. Jeantou s’attable devant sa soupe et rallume la radio.
RADIO– « -20% sur tout l’électroménager jusqu’au 18 Juillet dans votre Hypermarché Continent. Continent, le pays où la vie est moins chère. »
Il change de poste.
« ... moignage d’un passant, les trois braqueurs de pharmacie qui sévissent en ce moment dans le centre de la France seraient deux jeunes gens et une jeune fille. L’un des jeunes gens aurait un fort accent étranger. Malgré les recherches et les barrages établis sur les routes, on n’est encore pas parvenu à les localiser. Sans doute ontils... »
Baptiste entre et coupe la radio.
BAPTISTE- Ferme-moi ça ! Dis donc, le Toine, il a bien toujours son tracteur ?
JEANTOU- Je pense bien, même un beau. Pourquoi donc ?
BAPTISTE- Je vais lui téléphoner pour voir s’il pourrait pas venir sortir ce bois.
JEANTOU- Ah oui !... Tu peux bien téléphoner mais... c’est qu’il est pas chez lui...
BAPTISTE- Où c’est qu’il est donc ?
JEANTOU- Il est à l’hôpital... À ce qu’il paraît qu’on lui aurait trouvé un ver solitaire...
BAPTISTE- Eh be donc ! C’est pour ça qu’il était si maigre !
JEANTOU- Eh oui ! À ce qu’il paraît que tout ce qu’il mangeait, l’autre y avalait... par en dedans pour ainsi dire. Il aspirait comme ça.
Il mime.
BAPTISTE- Tss !...
JEANTOU- Oui !... Et c’était une belle bête !... Il faisait dans les trois mètres de la tête aux pieds. C’est la Joséphine qui me l’a dit.
BAPTISTE- Où c’est que je vais trouver un tracteur, moi ?
JEANTOU- Y a que si tu demandais au Jean-Marie ?
BAPTISTE- Parle-moi pas de cet emplâtre ! Qu’après il faudrait lui en faire cent fois plus qu’il m’en aurait fait. Et puis, il sait pas le conduire, le tracteur...
JEANTOU- Mais son fils, le garde... Le Victor ! Il sait bien le faire, lui. Il viendrait bien...
BAPTISTE...