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Ondine - Intermezzo

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304 pages
Créés en 1933 et 1939, Intermezzo et Ondine donnent à voir deux êtres défiant l’esprit rationnel pour mieux pénétrer les mystères de l’univers. Cependant, si Isabelle refuse de s’en tenir à la réalité ordinaire et cherche ce qu’il y a en elle de surnaturel, Ondine, elle, est prête à sacrifier ses pouvoirs magiques pour le plaisir de devenir une simple femme.
Avec ces deux pièces, les plus féeriques de son répertoire, Giraudoux l’enchanteur offre à son complice, le metteur en scène Louis Jouvet, des textes poétiques et pleins de fantaisie, situés aux confins du merveilleux et du fantastique, du tragique et du comique, du romantisme et du baroque. Deux œuvres hors du temps – du moins en apparence. Car la féerie n’est peut-être qu’un moyen détourné de faire écho aux angoisses de son époque.
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GIRAUDOUX
Ondine Intermezzo
GF Flammarion
© Flammarion, Paris, 2016.
ISBN Epub : 9782081393851
ISBN PDF Web : 9782081393868
Le livre a été imprimé sous les références : ISBN : 9782081306936
Ouvrage composé et converti parPixellence/Meta-systems(59100 Roubaix)
Présentation de l'éditeur Créés en 1933 et 1939, Intermezzo et Ondine donnent à voir deux êtres défiant l’esprit rationnel pour mieux pénétrer les mystères de l’uni vers. Cependant, si Isabelle refuse de s’en tenir à la réalité ordinaire et cherche ce qu’il y a en elle de surnaturel, Ondine, elle, est prête à sacrifier ses pouvoirs magiques p our le plaisir de devenir une simple femme. Avec ces deux pièces, les plus féeriques de son rép ertoire, Giraudoux l’enchanteur offre à son complice, le metteur en scène Louis Jou vet, des textes poétiques et pleins de fantaisie, situés aux confins du merveilleux et du fantastique, du tragique et du comique, du romantisme et du baroque. Deux œuvres h ors du temps – du moins en apparence. Car la féerie n’est peut-être qu’un moye n détourné de faire écho aux angoisses de son époque.
Du même auteur dans la même collection
ÉLECTRE (édition avec dossier) LA GUERRE DE TROIE N'AURA PAS LIEU (édition avec dossier)
Ondine Intermezzo
PRÉSENTATION
Tous les symboles ont leur raison. Il suffit de les interpréter. Intermezzo, I, 1
Situés à deux moments très différents de la brève c arrière théâtrale (1928-1944) de Jean Giraudoux,Intermezzoère faitest en 1933 l'œuvre d'un quasi-débutant qui n'a gu représenter que trois pièces, quandOndine, six ans plus tard, apparaît comme le poème scénique d'un auteur dramatique désormais cél èbre et célébré, mais qui n'a plus que cinq années à vivre. Par ailleurs, le mode ste intermède à sujet contemporain 1 inspiré de lacommedia dell'arten'avoir que peu de points communs avec semble l'ambitieux conte médiéval emprunté à La Motte-Fouq ué. Ce dernier ne fut-il pas un triomphe, alors que la pièce de 1933 n'avait remporté qu'un honnête succès ? Pourtant, le très français et provincialIntermezzoest moins éloigné qu'on pourrait le pensera priorila germanique et mythique de Ondine. Ces deux pièces en trois actes partagent en effet une même atmosphère féerique, ai nsi qu'une même façon très romantique d'entremêler le prosaïque et le légendai re, le rationnel et l'onirique, le sublime et le grotesque, l'enchantement et le désen chantement. Sur le plan de l'intrigue, les deux pièces sont en quelque sorte l e reflet inversé l'une de l'autre. Comme l'écrit Colette Weil de façon très éclairante :
Aventure d'un être humain à la recherche du surnaturel ; mésaventure d'un être surnaturel à la recherche de l'humain,Intermezzo etOndine ne sont que l'envers et l'endroit d'une 2 même médaille […]. L'échec d'Isabelle préfigure ainsi l'échec d'Ondine […] .
Ondine, comme Isabelle avant elle, voit son existen ce ordinaire interrompue par un intermèdequi ne pouvait que mal se terminer,  contre-nature tant s'exprime dans les 3 deux pièces la « nécessité d'un cordon sanitaire de l'humanité contre le surnaturel » ou, pour le dire autrement, une défiance de l'espri t rationnel à l'encontre des mystères de l'univers. Cette hypothèse semble confirmée par un élément obj ectif qui relie les genèses des deux spectacles : c'est alors qu'il composeIntermezzo, en 1931-1932, que Giraudoux imagine différentes scènes centrées autour d'une fi gure d'ondine, scènes restées à l'état manuscrit et qui contiennent la première app arition théâtrale du personnage 4 inspiré de l'Undine. Si la version finale d'de La Motte-Fouqué Intermezzone conserve qu'une fugace allusion aux « prétendues ondines » d u Berry (I, 1), le détail suffit à établir la parenté de deux pièces qui témoignent l' une et l'autre de la fidélité de Giraudoux au romantisme allemand, qu'il avait décou vert près de trente ans plus tôt au cours de ses études. Le fait que cet auteur réputé pour son extrême aisance a 5 rencontré de nombreuses (et similaires) difficultés dans la rédaction des deux textes montre d'ailleurs à quel point son implication affe ctive était forte : dansIntermezzo comme dansOndine, Giraudoux renoue avec les amours littéraires de s a jeunesse, et ce, dans un contexte historique et politique lourd de menaces. Son rapport passionnel au romantisme allemand ne peut plus être vécu avec sérénité. Il le sait d'autant mieux qu'il est diplomate de profession. Sans doute est-c e l'un des facteurs expliquant pourquoi la genèse des deux pièces fut si complexe, longue et tortueuse, même dans
le cas d'Intermezzorupuleusementil existe plusieurs versions préparatoires sc  dont 6 étudiées par Colette Weil .
Réminiscences romantiques
S iOndineation revendiquée avec est une pièce explicitement romantique par sa fili le conte homonyme de Frédéric de La Motte-Fouqué, d atant de 1811,Intermezzo ne participe pas moins, quoique plus souterrainement, du même imaginaire. Une clé de lecture nous est donnée à la fin de la pièce, lorsq ue le Droguiste évoque un « nouvel épisode de Faust et de Marguerite » (III, 6). Jacqu es Body a bien montré qu'Intermezzo 7 était une sorte d'« anti-Faustdans lequel Giraudoux s'ingénie à malmener le » schéma goethéen : « Marguerite et Faust ont été arr achés aux tentations terrestres. 8 Isabelle est sauvée de la tentation mystique, et ra ppelée à la vie . » Loin de relever d'un seul modèle,Intermezzoivers est en réalité une pièce mâtinée de références à d artistes allemands chers à Giraudoux : Heine sans d oute, puisque la notion d'intermezzo apparaît gner (« C'est notredans son œuvre, Hoffmann à l'évidence, Wa Parsifal », proclame le Contrôleur à propos d'Isabe lle à la scène 3 de l'acte III), et peut-être surtout Novalis qui, selon Jacques Body, serai t à l'origine de cette logique hostile à 9 10 la règle aristotélicienne de non-contradiction que Giraudoux ne cesse de pratiquer . Les personnages giralduciens revendiquent en effet la liberté de concilier les inconciliables. Ainsi, Isabelle est à la fois la pu re incarnation de la province française et un avatar très schubertien de la jeune fille séduit e par la mort. Comme l'a noté Gabriel M a r c e l ,Intermezzon son est une « fantaisie schubertienne, hoffmannesque e 11 principe », une sorte de transposition théâtrale duMärchen, genre notamment illustré par les frères Grimm, et tout compte fait une pièce peut-être plus profondément – quoique moins ostensiblement – pétrie de référenc es à la littérature germanique qu'Ondine. Cette dernière est une adaptation très libre et trè s personnelle du conte de La Motte-Fouqué, que Giraudoux avait découvert en 1909 en So rbonne grâce au grand germaniste Charles Andler, et dont son ami Charles de Polignac s'apprêtait en 1939 à publier une nouvelle traduction. L'écrivain n'aurai t sans doute jamais porté à la scène ce récit sans les encouragements répétés du metteur en scène Louis Jouvet et de l'actrice Madeleine Ozeray. Pressé d'exécuter un tr avail qui lui pose de nombreux problèmes, Giraudoux inverse la donnée fondamentale du texte de 1811, dans lequel l'héroïne Undine veut séduire un homme dans le but d'acquérir une âme. C'est bien au contraire la médiocrité de l'humanité qui attire l' Ondine de Giraudoux, prête à sacrifier ses pouvoirs magiques et à renoncer à l'immortalité pour le plaisir de devenir une simple femme. Comme le souligne le Roi des ondins à la scène 4 de l'acte III, « c'est la femme la plus humaine qu'il y ait eu, justement parce qu'elle l'était par goût ». « Ondine laïcisée, […] les arrière-plans métaphysiques du co nte de La Motte-Fouqué 12 s'effondrent », résume Jacques Body dans son analyse de la piè ce. Dès lors qu'il choisit d'être infidèle à la lettre comme à l'esprit de l'œuvre de La Motte-Fouqué, Giraudoux peut multiplier les clins d 'œil (parfois parodiques) à d'autres artistes comme Wagner (L'Or du Rhin[1869], mais aussi Parsifalévoqué à la [1882], scène 12 de l'acte II), Schnitzler, ou encore Kleis t, dontLa Petite Catherine de
13 Heilbronn(1810) lui a vraisemblablement fourni l'idée du procès de l'héroïne, pour le troisième acte qu'il peinait à rédiger. On trouve m ême, au début du deuxième acte, une fugace allusion àFaust, mais ce n'est plus tant celui de Goethe que celui – bien moins métaphysique – de Gounod (1859) qui est impliciteme nt comparé par le Chambellan à laSalammbôde Reyer (1890). L'opéra français du XIXe siècle prend malicieusement le relais des monuments de la littérature et de la mus ique allemandes. Mais sans doute faut-il accorder une importance par ticulière à celui qui fut, avant Giraudoux, le plus grand « passeur » de la culture germanique en France : Gérard de Nerval. L'auteur deSiegfriedmbreuses(1922) l'a lui-même affirmé, les affinités sont no e n treOn d in eet SylvieMais à nouveau, (1853). Intermezzo n'est pas en reste, qui multiplie les résonances nervaliennes. Comme l'écri t René Marill Albérès, « Isabelle veut s'évader du monde des hommes pour connaître l' au-delà, elle vit exactement 14 l'aventure de Gérard de Nerval ». Mais chercher Nerval dans l'œuvre de Giraudoux , c'est d'une certaine façon chercher Giraudoux lui-m ême, tant l'effet de miroir est patent entre ces deux poètes à la fois passionnés de théât re et tiraillés entre rêve et réalité. Or Giraudoux ne cesse de parsemerIntermezzo etOndineréférences de intertextuelles à ses propres publications antérieu res. Comme pour mettre au jour l'unité et la cohérence de son œuvre, l'écrivain in vite à l'intérieur de ses textes dramatiques divers personnages issus de sa période romanesque. Ainsi, dans Intermezzo, les demoiselles Mangebois et le bourreau Cambronn e viennent tout droit desProvinciales(1909), l'autre bourreau, Crapuce, deBella(1926), Monsieur Dumas le millionnaire deSiegfried et le Limousin, le Contrôleur deSuzanne et le Pacifique (1921). Et ce ne sont là que quelques-uns des innom brables échos qui relient la pièce de 1933 à la production antérieure (notamment narra tive) de Giraudoux. S'agissant d'Ondineque la pièce réorchestre, les jeux d'échos ne sont pas moins puissants puis un motif – celui de la créature féminine et aquatiq ue – qui était déjà omniprésent de Siegfried et le Limousin auxde Jérôme Baldini Aventures en passant par les (1930) 15 versions primitives d'Intermezzo. Autant d'éléments qui permettent d'affirmer qu'Intermezzo etOndine constituent, au cœur de la création giralducienne, une sorte de syn thèse à la fois très intime et ouverte sur maintes influences sans cesse retravaillées par l'écrivain. Mais ces deux pièces ne sont pas seulement romantiques dans leur thématique et leur personnel dramatique ; elles le sont aussi en vertu de choix formels qui p euvent, pour certains d'entre eux, paraître inattendus.
Deux féeries entre merveilleux et fantastique, comique et tragique
Les choses semblenta priorisimples : relativement Ondine, en tant qu'adaptation d'un conte, ressortirait au registre du merveilleux , tandis qu'Intermezzo, par son incessant va-et-vient entre l'ordinaire et l'extrao rdinaire, le rationnel et l'onirique, l'ici-bas et l'au-delà, répondrait à la définition todoro vienne (et canonique) du 16 fantastique . Mais cette impression première ne résiste pas à u n examen attentif. Ce qui intéresse Giraudoux dans les deux pièces, c'est la zone indistincte où le visible se laisse contaminer par l'invisible, et où, symétriqu ement, l'irréel entre en contact (et presque fatalement en conflit) avec le réel. « C'es t d'une simplicité enfantine, déclare la petite Véra dansL'Impromptu de Parisle théâtre, c'est d'être réel dans (1937),
17 l'irréel . » Si Giraudoux choisit à partir de 1928 la forme dramatique, c'est sans doute qu'elle lui permet d'abolir toute solution de conti nuité entre des régimes esthétiques opposés. Ni symboliste ni réaliste, le théâtre de G iraudoux est à la fois l'un et l'autre dans une sorte de constant dépassement dialectique. La jeune fille giralducienne a beau être principalement humaine dansIntermezzo, surnaturelle dansOndine, elle reste fondamentalement la même. Comme l'a bien vu H enri Gouhier, «Siegfried n'est 18 pas plus réaliste qu'Ondineet », a fortiori Intermezzomoins merveilleux pas qu'Ondine. Cette dernière pièce, selon Michel Raimond, « mén age de savantes gradations » du familier au surnaturel, avec de tro ublants effets « de plain-pied de l'un à l'autre […]. Ce n'est plus le surnaturel au sein du familier, mais le surnaturel devenu 19 lui-même familier ». À l'inverse,Intermezzo dote le familier d'une aura surnaturelle et rend étranges les objets et les personnages les plus quotidiens ; on n'est pas loin du 20 concept freudien d'« inquiétante étrangeté » (das Unheimliche) . Loin en effet de se limiter aux seules apparitions du Spectre, un clima t de mystère enveloppe tant les Petites Filles aux prénoms programmatiques (Luce ou la Lumière, Viola comme échappée deLa Nuit des rois de Shakespeare, Daisy au nom de fleur, Irène la 21 pacifique, etc.) que les quatre personnages anonyme s seulement désignés par leur activité professionnelle. Ce quatuor fort peu réali ste est certes inspiré des masques de lacommedia dell'artebert Kemp, en, mais il apparaît surtout typiquement féerique. Ro 1955, ne voyait-il pas dans les protagonistes de la pièce des emprunts à Perrault :
Qu'est-ce que ce Limousin enchanté, comme le lac d'Ondine, et les eaux germaniques ? […] Il y a un étang, il y a un vilain gnôme [sic], qui est Monsieur l'Inspecteur, et les nains gentils, – le Maire et le Droguiste, – qui aident Blanche-Neige, institutrice. Et le Prince Charmant, parmi ses mètres, ses grammes, qu'il change en pieds et en onces, parce que 22 ce fut le langage de M. Charles Perrault .
Louis Jouvet l'a bien perçu, qui a d'emblée souhait é déréaliser un peu plus encore ces quatre personnages farfelus en les dotant d'un « caractère funambulesque et un 23 peu “sorcellerie” » au moyen de costumes stylisés. Le chroniqueur d u quotidien Comœdiaonne nouvelle : lenoté avec humour : « […] je vous annonce une b  l'a complet tailleur est mort au théâtre. Nous avions s ouhaité ce meurtre. Jouvet l'a 24 accompli. Que saint Jouvet soit béni ! ». Pour ne donner qu'un exemple, voici en quels termes Gabriel Boissy décrit le costume du Droguiste :
[le comédien, Le Vigan, est] affublé d'un complet violet, étriqué à ravir, bordé, gancé et pourtant si prétentieux, le tout surmonté d'un impayable petit chapeau telle une galette 25 fendue .
Seule Isabelle, autrement dit le personnage le plus ouvert au surnaturel, porte une robe sans fantaisie, à la mode de l'époque. Comme l e souhaitait Jouvet pour les décors et le jeu, tout doit fonctionner selon un sy stème d'opposition : plus le décor d'une scène et son contenu narratif sont oniriques, plus elle doit être jouée de façon réaliste, etvice versa:
A. Scènes des 4. – Jouées avec une espèce d'hallucination collective, ou d'hystérie, dans un décor reposant et calme.