Orgueil, poursuite et décapitation

Orgueil, poursuite et décapitation

-

Livres
64 pages

Description

Scènes de la vie quotidienne, de la vie professionnelle et de la vie conjugale de quelques chonchons, racontés par M Auberte la folle.
Une foule de personnages / durée : 1 h 30.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 30 mai 2018
Nombre de visites sur la page 0
EAN13 9782330111854
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page  €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Signaler un problème
Sont morcelés dans cette pièce onze chapitres : 1. Scènes de la vie quotidienne 2. Scènes de la vie conjugale 3. Scène de la vie matérielle 4. Les chonchons 5. Les histoires de M Auberte la folle 6. Scène de la vie familiale (Les Atrides) 7. Les techniques de l’auteure 8. Scènes de la vie professionnelle 9. De quelques chonchons isolés 10. Scène de la vie enfantine 11. Scène de la vie nationale Ont été censurées de cette pièce : Scènes de la vie érotique
Née en 1977, Marion Aubert a été formée au Conservatoire national de région de Montpellier. En 1997, elle crée la compagnie Tire pas la nappe avec Capucine Ducastelle. Comédienne et auteure dramatique, elle a écrit une douzaine de pièces, toutes créées et la plupart éditées.
ACTES SUD - PAPIERS Fondateur : Christian Dupeyron Editorial : Claire David
Cet ouvrage est édité avec le soutien de la
Illustration de couverture : © Jeanne Roualet, 2010
© ACTES SUD, 2010 ISSN 0298-0592 ISBN 978-2-330-11185-4
ORGUEIL, POURSUITE ET DÉCAPITATION
Comédie hystérique et familiale
Marion Aubert
à Sylvine
Avec (dans le désordre d’apparition) LES CHONCHONS La cellule familiale (le marié, la mariée, l’enfant et les autres). Les voisins. Gilou. Le grand-père. La grand-mère. (Toute ma famille.) La belle-famille (la belle-mère, le beau-père, le fils, la belle-fille). L’inspecteur. Bonne Chonchon. François (un bon copain). Madame Auberte. Les gens de mon immeuble (le voisin du dessous, le mouflet du troisième, la dame du premier). Les acteurs. Mike, Virginie, et toutes sortes de spectateurs. Gérald, avec une bouteille de bière. Chonchon-pute. La journaliste. Loulou. La ménagère. Saïd. L’auteure (vivante). Un présentateur-télé. Alexandra Petit, conseillère à mon service. Moi. Moi. Encore moi. Mes amies. Le monde. Mes amis proches (Marcel, Marcelle, Marion et les autres). Mes ennemis farouches. Mon fils, le héros. Le héros. Toi. Mes gentils parents. La ménagerie. Le détective. Armelle (la nièce du directeur). L’âne Trotro. Le fermier au bord de la route. Le chonchon à la fenêtre. Le chevalier. Narcisse. Un jeune con de la DRAC. La fille (Mélodie). Le garçon (Julien). Rémi De Vos. Le directeur de théâtre. La Sétoise. Le promeneur (Christophe). L’actrice américaine. Le génie. ÉVÉNEMENTS POSSIBLES Un incendie. Un meurtre. Une vengeance. Une trahison. Une scène de tuerie. LIEUX POSSIBLES Une tour. Un immeuble. Une route. Chez Mounir. La piscine. La plage. Un espace design à la craie. Mon appartement. La féria. Les étangs gris d’Auvergne. Le bureau du directeur. Le bureau de l’inspecteur. Mon bureau. Chez mes grands-parents. La voiture. Le bar. Le théâtre.
SCÈNES DELAVIE QUOTIDIENNE(1)
Labelle-famille
laféria
LA MARIÉE. Il y a toujours un assassinat, les jours de féria. Un ou deux morts. Je rentre et je me dis : “Peut-être ça va être moi, cette année. L’assassinée.” Je ne retrouve pas mes clés. Je tremble, parce que je ne retrouve pas mes clés à temps. J’ai peur, avec tout cet alcool dans le sang. Les veines lourdes. Je pense que je vais retrouver des traces de sang dans les escaliers. C’est sûr. Ils ont dû s’en prendre à mes beaux-parents d’abord. Je vais retrouver mon beau-père sur le barbecue. Eventré par le tournebroche. Il a hurlé pendant que j’étais soûle à la féria, et je n’ai rien entendu. Moi, je me faisais tripoter comme une truie sur la place, et lui, il hurlait. Voilà la vérité. Moi, je faisais la fête. Je buvais de la sangria dans des verres en plastique, et lui, il hurlait. Je suis une belle-fille bien négligente. Sale, la preuve, j’ai des poux, ce matin. Je ne nettoie pas mes brosses à cheveux. Voilà la vérité. (Au commissariat.)Je ne sais pas comment j’ai fait. Je n’ai pourtant pas beaucoup de force. Je vous assure. J’ai été certes trop gâtée, dans la vie. Pourrie, comme on dit. On ne m’a jamais mis de limites. Et tout m’a toujours réussi. Je veux dire. J’étais plutôt douée. Trop aimée, peut-être. Non. Ce n’est pas possible. Mes beaux-parents, à la rigueur, je peux comprendre. Mais mon fils. Je n’aurais jamais pensé. L’INSPECTEUR. Regardez. On vous reconnaît bien, sur le film, c’est vous. Vous voyez, vous êtes un peu soûle. Un peu perdue. C’est très net, sur le film. Vous palpez vos poches. Vous ne retrouvez pas les clés. Vous regardez partout autour de vous. Comme si vous étiez traquée. Comme si vous aviez prémédité votre coup. Et là, déjà, vous avez l’air d’une assassine. Voilà. Vous voyez, on vous voit là, en train d’enterrer les corps. Vous traînez les trois corps dans la camionnette. LA MARIÉE. Mais, je n’ai pas mon permis de conduire. Ce n’est pas possible, je vous le dis, je n’ai pas mon permis ! L’INSPECTEUR. Vous voyez. On ne peut pas vous confondre. Vous êtes prudente. Voilà. Là, on vous voit décharger les corps. Vous les recouvrez de feuillage. Et pendant ce temps, votre petit garçon voit tout. Il vous voit. Vous l’amenez partout avec vous. Vous le réveillez pour qu’il vous voie à l’œuvre, c’est très net.
LA MARIÉE. Mais ! Je croyais qu’il était mort ! L’INSPECTEUR. Non. Vous n’écoutez pas, madame Auberte. Vous êtes distraite. Vous n’écoutez rien du tout, madame Auberte. Vous manquez de concentration. Vous avez des troubles de la pensée, madame Auberte. On recommence. Il faut tout recommencer depuis le début. Les faits. De quoi vous souvenez-vous, madame Auberte ? Vous étiez, dites-vous, à la féria. Nous sommes bien d’accord ? C’est bien là le point de départ de votre histoire ? Ça vous plaît, comme point de départ, la féria, les gros taureaux dans l’arène. Les yeux brillants de votre mari. Votre mari qui vous prend tout contre lui. Ça fait du bien de sortir, madame Auberte ?! Vous étouffez, chez vous, avec votre belle-mère impeccable. Votre belle-mère qui fait tout. Qui pli e le linge. Qui repasse. Votre belle-mère qui brique. Qui brique tout comme pour vous dire : “Vous ne briquez pas, vous !” Vous ne briquez pas tellement, madame Auberte, vous, c’est ça, votre problème. Vous n’êtes pas très propre. Vous me dites que vous avez des problèmes de cheveux. Des croûtes. Des croûtes, dans les cheveux. Est-ce que vous nettoyez bien vos brosses ? Vos peignes ? Est-ce que vous vous peignez, madame Auberte ? Ça vous arrive, de vous peigner ? Vous avez dans les cheveux des amas de nourriture. Du manger, dans les cheveux. Est-ce que vous vous lavez ? Comment procédez-vous à votre toilette intime ? Est-ce que vous y allez avec les doigts, ou avec le gant, pour votre toilette intime ? Votre belle-mère vous avait laissé un gant à disposition, pour la toilette de votre fils. Pourquoi ne l’avez-vous pas utilisé ? Est-ce que vous y allez aussi avec le doigt, pour votre fils, madame Auberte ? On a toujours été un peu sans hygiène, chez vous. Est-ce que vous vous souvenez avoir eu des poux ? Des morpions ? Est-ce que ça vous gratte ? Est-ce que ça vous démange quelque part, madame Auberte ? Est-ce que vous n’avez pas la sensation d’avoir les mains sales, madame Auberte ? Le cul sale ? Montrez-moi votre cul, madame Auberte.
unbonrepas
(mèreamoureuseetpassionnée, lorsd’unrepasfamilial)
LA BELLE-MÈRE. On ne sait pas du tout comment s’y prendre, avec elle. On ne sait pas comment elle va réagir avec les autres. Avec la famille. La femme de mon fils. Elle est très étrange, la femme de mon fils. Elle se veut très étrange. Elle est très prétentieuse surtout. Au début, je l’aimais bien. J’étais pleine de bonnes intentions vis-à-vis d’elle. Je veux dire. Il y a bien de la place pour deux, à la maison. Mais en fait, ce n’est pas agréable de vivre avec elle. Elle est têtue. Obstinée. Elle a un petit caractère prétentieux, elle nous méprise, avec mon mari. Avec son petit air. Et d’où vient-elle, pour nous mépriser comme ça ? Elle a toujours un petit sourire aux lèvres comme si elle savait tout sur tout. Elle a toujours un petit sourire entendu. Nar quois. Je les connais bien, moi, les petites narquoises comme elle. Elle se pavane dans les bras de mon fils comme si elle y était bienvenue. Comme si elle y était tout à fait à l’aise, comme si elle était chez elle, et lui, il ne dit rien. Il se laisse faire. Il ne semble pas même s’en rendre compte. Je vais lui parler. Je vais le prendre à part, et puis, nous allons avoir une petite conversation, tous les deux. Lui remonter les bretelles. Lui dire : “Tu as un truc collé là, là, sur ta chemise. Cette chose-là. Cette chose toute moulée qui se colle contre toi.” On dirait un parasite, ma belle-fille. Un pou. Un pou, avec des robes de marque, et les cheveux mal démêlés. Parce que quand même. Elle va, vient, entre les plantes. Parfois, même, elle me montre sa bretelle de soutien-gorge. Elle s’assied devant moi exprès à table, puis elle me montre sa bretelle de soutien-gorge. Elle insiste lourdement, avec sa bretelle de soutien-gorge. Je ne peux pas me la sentir.
Celle-là, je ne peux pas me la sentir. Elle croit bien connaître le cœur de mon fils. Mais qui le connaît bien, le cœur de mon fils ? Qui l’a entendu battre pour la première fois, le cœur de mon fils ? (Elle me regarde, là, avec son sourire condescendant. Le pou. Je vais l’appeler comme ça désormais. La lente. Elle se croit plus marrante que tout le monde, avec son esprit vif. Sautillant.) Est-ce qu’elle était là, peut-être ? Est-ce qu’elle était là, pour lui donner les premiers soins ? Est-ce qu’elle était là, pour ses premiers poux ? Moi, j’étais là, pour ses premiers poux. Et je pourrais l’épouiller encore et encore, mon fils. Sans problème. Toute ma vie, dans le jardin avec lui, à lui passer le petit peigne, avec l’amour véritable que j’ai pour lui. Elle, elle lui passe la main dans les cheveux par manie. Elle ne se rend même pas compte de lui. Elle ne se rend même pas compte de mon fils. Un dieu. Un dieu, mon fils, à l’intérieur. Elle va faire le service. Elle fait le service. Sa manière, là, de faire le service. Je vais me servir toute seule. Je ne veux pas qu’elle me serve. Je vais me servir toute seule. Elle m’a cassé le saladier de la tante Paulette. Elle avait l’air confuse après. Tu parles. Elle riait en elle-même. Je suis sûre qu’elle riait en elle-même. Avec son air de mademoiselle je-sais-tout. Et lui, il n’a toujours rien dit. Elle est moche. Je ne vais pas me mettre en face d’elle pour le repas. Je ne veux pas croiser son regard, son petit regard plus malin que les autres. Elle va manger la bouche ouverte. Elle va encore me poser des questions sur l’enfance de m on fils. Elle va encore faire semblant de s’intéresser. Elle ne s’intéresse jamais vraiment à nous autres. Je vais lui dire, à mon fils. Je vais lui dire : “Cette fille ne s’intéresse pas à toi. Elle ne prend même pas la peine de savoir qui était la tante Paulette pour nous. Qui était la tante Paulette, avec son saladier.” Je vais le dire, ça, à mes copines. Parfois, je me demande ce qu’elle a dans la tête. E h bien. Vous voulez savoir ? Je trouve vite la réponse. Elle n’a rien dans la tête, le pou. Elle a des petits poils sur le ventre. Je les ai vus, l’autre jour, à la plage. Elle s’est déshabillée devant moi, à la plage, j’ai vu ses petits poils qui sortaient. Je vais lui dire, à mon fils. Je vais lui dire : “Ta femme, elle a des petits poils qui sortent sur le ventre.” Et puis, elle ne se peigne jamais. Elle a des nœuds dans les cheveux. Des miettes. Des conglomérats de crasse dans les cheveux. Elle a les racines grasses. Je me demande ce qu’il lui trouve, avec ses racines grasses. Je vais trouver un moment. Pendant qu’on plie le linge. Pendant que je repasse. Il faudrait que je me trouve un moment intime avec mon fils pour lui faire la remarque. C’est mon rôle après tout. Je vais lui dire ça. Je vais lui dire : “Je ne veux pas m’immiscer dans ta vie amoureuse, mon kiki, mais est-ce que tu te rends compte qu’elle a les pointes sèches et les racines grasses ?” Je vais lui dire ça. Aussitôt, il va comprendre. Il va bien comprendre de quoi je veux parler, avec les racines grasses. Je vais désinfecter la maison lorsqu’elle va partir. Je vais tout laver. Les draps. Le hamac. Je vais tout ébouillanter. Tout passer à soixante. Chez nous, tout est propre. Ravissant. Vous avez vu le jardin comme il est ravissant ? Elle ne remarque même pas mon jardin comme il est ravissant. Elle casse mon saladier, mais elle ne remarque rien. Elle écrit des pièces de théâtre. Je hais les pièces de théâtre qu’elle écrit. Je n’irai pas les voir. Je suis sûre qu’elle parle de moi. Elle n’a aucune imagination.“Encore un peu de poisson ?”Cette manie qu’elle a de me vouvoyer. Elle se croit chez les nobles. Elle se prend pour une noble, avec son gros cul, et ses poils qui dépassent ? Ça y est. Elle a des poux. J’en étais sûre. LA MARIÉE. Je suis confuse, Michèle. Je suis vraiment désolée. LA BELLE-MÈRE. Elle le fait exprès, j’en suis sûre. La garce. Je vais l’interdire de séjour. Je vais dire à mon fils : “Toi, tu viens quand tu veux, mon kiki, mais elle, elle est interdite de séjour.” Je ne peux pas me la blairer. Je vais demander à Patrice s’il peut la blairer. “Tu peux la blairer, toi ?” Tout le monde la blaire. J’espère que ma fille ne la blaire pas. Je vais inviter ma fille. Ma nièce. Toute la famille, à toutes les femmes de la famille, on ne va pas la blairer. On va faire bloc. On va faire coalition contre elle, tu vas voir. Tu vas voir, mon fils. On va gagner, avec les femmes de la famille. Elle ne remettra plus les pieds dans cette maison. Elle ne fera plus comme si elle était comme chez elle, avec les serviettes éponges, et les soupières qu’elle casse. Tout le service, tout le service, elle a cassé. Est-ce que vous croyez vraiment que c’est un accident ? Du hasard ? Est-ce que vous ne croyez pas qu’elle cherche à me provoquer ? A me narguer ? Elle cherche à prendre ma place. Elle louche sur ma lampe dans l’entrée, j’ai bien vu qu’elle louchait sur ma lampe. Je vais me la farcir, celle-là, avec les femmes de la famille. On va se mettre ensemble. Je vais louer un gîte dans le Gard. Une grande fête familiale. Avec de la famille juste à nous. Rien de sa famille à elle. De la famille juste à nous. Voilà comment il faut faire. Et là, elle ne pourra pas nous échapper, tu vas voir. Je vais me la coincer, moi, tu vas voir. Entre quat’z’yeux, je vais me la coincer. J’en fais une affaire
personnelle, moi, de celle-là. Avec ses airs de bonne élève. Ses airs de fille de sous-préfet, avec les cheveux sales. Ses airs de jeune femme libre. Est-ce que j’ai des airs de jeune femme libre, moi ? Je vais me l’inviter dans le Gard, puis on va tout lui faire faire. On va lui faire faire le linge. On va la dégoûter. Tu vas voir. Je vais lui dire ça, à mon fils. “Tu vas voir. Elle va partir. Elle va te faire du mal, cette fille. Elle va te tromper avec un grand blond. Je le vois d’ici, le grand blond avec lequel elle va te tromper. Elle s’emmerde avec toi.” Je ne me trompe jamais, moi, dans les affaires sentimentales de mon fils. Je me le protège, moi, mon grand fils. Mon grand beau fils. Il est beau, mon fils, dans le soleil. Il est fort. Avec sa petite barbe. Je vais leur annoncer ça. Je vais leur dire : “J’ai une grande nouvelle. Je vous invite tous à vous peler les couilles dans le Gard. C’est moi qui régale.” Je vais leur dire ça. “C’est moi qui régale, avec l’argent de ma belle-mère.” Cette grosse pute. Je pourrais aussi vous en parler, de celle-là. De cette grosse pute. La mère de mon mari. La grosse pute. Je suis bien entourée, moi. La mère de mon mari, une grosse pute, la femme de mon fils, une grosse pute. Une pute par au-dessus, puis un pou par en dessous.