Violon dingue
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Description

Quatre hommes dont on ne sait rien se retrouvent les uns à la suite des autres dans un lieu indéterminé où ils vont devoir attendre pour un seul et même rendez-vous. Seulement, ils ont tous en commun de ne pas supporter la vie en commun. Le propos de cette pièce, huis clos absurde où se dévoile le pouvoir des mots, est l'attente de l'autre et la peur qu'on en éprouve. Si l'enfer c'est les autres, on est toujours l'autre de quelqu'un.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 février 2005
Nombre de lectures 266
EAN13 9782336280585

Informations légales : prix de location à la page 0,0062€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Théâtre des 5 Continents
Déjà parus
162 – Marc TAMET, Dans la forêt le ciel est noir, 2004.
161 – Yoland SIMON, Chute libre. Pièce en six tableaux , 2004.
160 – Gérard LEVOYER, Douze femmes pour une scène. Comédie en 8 tableaux, 2004 .
159 – Nicky RIVERS, L’Anthropologue, 2004.
158 – Estelle FAYE (avec Benjamin BUR), Le côté bleu du ciel, 2004.
157 – Paule BECQUAERT, Le Jugement Secret, 2004
156 – Thérèse AOUAD BASBOUS, Attends Attends, 2004.
155 – Gilles IKRELEF, U. N., 2004.
154 – Kazem SHAHRYARI, Jean BOLGER, Départ et Arrivée , 2004.
153 – Gonzague Phélip, Les murs des cartes , 2004.
152 – Jean-Pierre PELAEZ, Polit’Circus, 2004.
151 – Jean LARRIAGA, La Nacelle, 2004.
150 – Alain-Kamal MARTIAL, Zakia Madi, La Chatouilleuse, 2004.
149 – Laurent CONTAMIN, Dédicace , 2004.
148 – Randal DOUC, Les hommes désertés , 2004.
147 – Alain-Kamal MARTIAL, La rupture de chair, 2004.
146 – Claude DES PRESLES, La dame de Coventry, 2004.
145 – Michel ECOFFARD, Commediante Tragediante, 2004.
144 – François BESSET, Parole gardée , 2004.
143 – Robert POUDEROU , Un pavé dans les nuages, 2004.
142 – Jean-Mac WEBER , Ce que vivent les loups , 2004
141 – Didier MERILHOU, Au seuil de l’éternité, 2004
140 – Marc TAMET, Morceaux de Sucre. Corps et désaccords , 2003
139 – Kang-Baek LEE, Chaos et ordre dans un musée et Bijou et femme (Tome II), 2003
138 – Kang-Baek LEE, Trois, L’oeuf et le Guetteur ( Tome I), 2003
137 – Oscar MANDEL, Le triomphe d’Agamemnon, 2003.
136 – Claude BROUSSOULOUX, Trilogie sécuritaire. Courtes pièces, 2003 .
135 – Olivier APERT, A la vie, à la nuit, 2003.
Violon dingue
Théâtre

Mohamed Bounouara
© L’Harmattan, 2005
9782747579315
EAN : 9782747579315
Sommaire
Théâtre des 5 Continents Page de titre Page de Copyright Dedicace Préface LES PERSONNAGES Premier tableau Deuxième tableau Remerciements en vrac
À la mémoire de mon père Qui ne savait pas lire
À Fabienne ma lumière Qui m’a permis d’écrire
Préface
Quitte à passer pour un tourmenté du bocal, je lis la pièce de Mohamed BOUNOUARA comme un commentaire technique de haut vol sur le Théâtre et son paradoxe.
Ces virages acrobatiques, hasards malencontreux, obstinations raisonneuses, risquent d’apparaître au lecteur peu attentif ou pressé comme une jonglerie sur l’incommunicabilité et cette propension qu’elle a de conduire du malentendu à l’absurde ou réciproquement. Ledit lecteur risque alors de supputer que les situations présentées sont trop improbables pour le mettre lui-même en danger dans sa comprenette de la vie.
Je dis, moi, qu’un tel lecteur doit vite retourner à son feuilleton télé. Je soutiens que toute cette comédie, pour peu qu’elle soit jouée avec le sérieux qui a présidé à son écriture, est RÉALISTE et que, si nous commettons l’erreur de prendre les personnages pour des raisonneurs timbrés, c’est par un souci maladif de nous dissimuler la réalité.
Qu’on le veuille ou non, l’essentiel des comportements d’un homme social courant consiste en une série effarante d’opinions, gestes, attitudes, intonations, formules, choix, réflexes destinés à se faire passer pour normal aux yeux de l’entourage. C’est la grande maladie sociale qui génère les guerres, les asiles de fous et les écoles primaires. Notre mémoire sélectionne en premier lieu ce qui nous permettra de dissimuler notre nature, d’éviter les sanctions prévues contre toute vraie manifestation d’originalité.
De ces millions d’autocensures découle toute une culture de la « norme » destinée à aider Toto dans son entreprise. Une culture où le personnage de l’huissier ressemble comme deux gouttes d’eau à un huissier, le voleur à un voleur, le traître à un traître et où il est convenu que les comportements sont cohérents et les états d’âme clairement définis par la psychiatrie ou autres succédanés de science, où l’horreur elle-même est conventionnelle donc rassurante.
C’est là que Monsieur BOUNOUARA met les pieds dans le plat et nous écrit des dialogues pour adultes sans peur, un texte réaliste. Et quel admirable exploit que de résister à la pression effroyable des conventions et de préférer un tel jeu dramatique à la sécurité des bœufs.
Romain BOUTEILLE
LES PERSONNAGES
Les personnages de cette pièce n’ont pas de nom. Ils sont représentés par des initiales qui désignent quatre types de maladies mentales différentes :
Par ordre d’apparition
C : Cyclothymique , suicidaire chronique.
C’est un dépressif intégral qui alterne les moments de joie intense et les moments d’abattement.
Tout lui fait peur. Il ne parvient pas à continuer à vivre et réussit encore moins à se suicider.
S : Schizoïde , victime désignée.
Il est persuadé qu’il est tout à fait bien dans sa tête, mais en fait, il vit dans la fiction ; une fiction qui ressemble à la réalité mais qui n’est pas la réalité. Il est totalement ce que les autres font de lui.
P : Psychotique , intelligent mais faible.
Esprit supérieur, il aime les mots au point de s’en étourdir et il finit par en avoir peur.
Son problème est d’avoir un profond besoin de silence, mais d’être incapable de se taire.
N : Névropathe , vindicatif et lâche.
Lui ne s’exprime que par la violence. Il accuse, condamne et veut même exécuter au moindre soupçon, mais il cache mal sa profonde lâcheté. Détail important, il est chauve.
LA VOIX OFF.
Premier tableau

La scène comme tout le reste du huis clos se déroule dans une seule pièce très dépouillée, une sorte de salle d’attente impersonnelle.
C, seul en scène, est affalé sur une chaise, unique élément de décor. À son cou, une corde qui n’est reliée à rien. Lorsqu’on frappe à la porte, il se met rapidement debout sur la chaise. Ensuite, il tend la corde à bout de bras, comme s’il voulait se pendre.
C - Entrez.

S entre par l’unique porte en fond de scène. Les deux hommes se regardent, marquent un temps d’arrêt, puis se serrent la main avec civilité, comme si de rien n’était.
C - Monsieur.
S - Monsieur.

C fait encore une tentative pour se pendre, mais il reste le problème de la chaise à enlever. ll finit par interpeller S.
C - Monsieur ? Vous pouvez me rendre un petit service, s’il vous plaît ?
S - Oh là, ça dépend. C’est pourquoi ?
C - Trois fois rien. Je voudrais juste que vous retiriez la chaise, pendant que je...
S - Oui, oui bien sûr, c’est naturel ! Vous m’avez fait peur ! Un instant j’ai cru que...
C - Oh non, y a pas de danger, mais je voudrais surtout pas vous déranger.
S - Quand on peut faire plaisir !
C - C’est aimable à vous.
S - Je vous en prie.
C - Alors on est bien d’accord ? Vous retirez la chaise quand je suis prêt.
S - Vous êtes prêt ?
C - Non.

C s’assouplit le poignet .
S - Dites-moi vous ne devriez pas l’attacher votre... ?
C - Ah non ! Ça y a pas besoin. Je la tiens comme ça là, bien enroulée avec ma main. Ça risque rien !
S - Oui c’est sûr, comme ça, ça risque rien. Bon, on y va ? Vous êtes prêt ?

S essaie à nouveau de retirer la chaise .
C - Attendez !

Il prend le temps de s’assouplir la nuque.
C - Là ! Allez-y...

Quand S va retirer la chaise pour la troisième fois, le candidat au suicide l’arrête à nouveau.
C - Non, non arrêtez ! Mais arrêtez ! Vous allez me faire tomber...
S - Ecoutez, je veux bien vous aider, mais faut savoir ce que vous voulez aussi !
C - J’ai envie de me suicider, mais je veux pas prendre de risque pour ma santé.
S - Oui ben dans ce cas, il faut que chacun y mette du sien, sinon on arrivera à rien.
C - De toute façon, j’y arriverai pas ! Je le sens !
S - Allons. Faut pas vous décourager, vous y êtes presque. On réessaye ?
C - C’est pas la peine, je vous dis que ça va pas marcher.
S - Alors évidemment, si vous baissez les bras ! Pourtant, je suis sûr qu’avec un peu de volonté...

C descend de la chaise et s’assoit dessus.
C - Non c’est inutile ! J’arrive jamais à rien.
S - Faut pas dire des choses comme ça.
C - Mais c’est la vérité. Tenez, vous savez quelle est la première chose que je fais le matin dès mon réveil ?
S - Je sais pas... Vous vous suicidez ?
C - Non, je me rendors.
S - Ça c’est pas très grave, ça arrive à tout le monde.
C - Oui mais moi, je me rendors avant même de me réveiller !
S - Oui bon peut être, mais à un moment donné, vous finissez bien par vous réveiller, non ?
C - Oui. À un moment donné, oui.
S - Et alors ?
C - Ben là, je me lave aussitôt dans la cuisine.
S - Pourquoi dans la cuisine ?
C - Parce que je ne m’entends plus du tout avec le lavabo de la salle de bain. Il a refusé que je l’utilise pour me noyer.
S - Il a refusé, dites-vous ?
C - Tout net. Chaque fois que je plongeais la tête dedans, il se débrouillait pour vider l’eau.
S - C’est déloyal, si on peut même plus compter sur son propre lavabo !?
C - Et puis, c’est comme ça toute la journée ! Si je craque une allumette pour faire chauffer l’eau de mon thé, je tombe toujours sur une obstinée.
S - Ne me dites pas qu’elle refuse de s’allumer.
C - Jamais du premier coup.
S - Vous voulez rire ?!
C - Non jamais Monsieur, j’aime pas !!
S - Excusez-moi, je...
C - Je vous en prie.
Si je la frotte gentiment contre le grattoir, elle m’ignore, elle me nargue.
S - Vous avez essayé la manière forte ?
C - Bien sûr : Elle se brise net. Elle préfère rompre plutôt que de céder.
S - Quelle mentalité ! Si vous me passez l’expression, c’est un peu...
C - Tout à fait ! N’ayons pas peur des mots.

Petit silence . S réfléchit .
S - Et le briquet, vous avez essayé le briquet ?
C - Non. Je n’aime pas tout ce qui marche au doigt ou à l’œil.
S - Il est vrai qu’un briquet, c’est parfois trop servile, trop prévisible...
Cela dit, j’en ai connu des capricieux.
C - De toute façon, moi j’ai une plaque électrique alors !
S - Comment, vous n’êtes pas abonné au gaz ?
C - Je suis interdit de gaz, moi Monsieur : Treize tentatives !!
S - (Admiratif) Excusez-moi.
C - (Fier) Je vous en prie !

S propose la chaise à C .
S - Vous voulez... ?
C - Non, j’essaie d’arrêter !
S - Je comprends. Vous permettez ?
C - Je vous en prie !

Silence. S s’assoit.
C - Le sachet de thé, c’est... (Inaudible)
S - Pardon ?
C - Je dis : le sachet de thé, c’est pareil !
S - Quel sachet de thé ?
C - Quand je prépare mon thé, le matin... J’ai beau m’appliquer à verser l’eau chaude bien au milieu du bol, mais le petit bout de carton qui se trouve à l’extrémité du sachet de thé et qui en principe, doit rester à l’extérieur du bol, on est d’accord... ? S - On est d’accord.
C - Et bien, il finit toujours par se glisser à l’intérieur. Toujours !!
S - Non ?
C - Si. Et moi Monsieur, je suis quelqu’un qui déteste voir un bout de carton surnager dans son bol ! Vous me comprenez ?
S - Oui, je comprends...
C - Je demande pas la lune. Simplement, j’aime pas quand ça surnage. C’est tout !!
S - C’est votre droit le plus strict.
C - J’ai horreur de ça !!!
S - Cela dit, c’est peut-être à cause des remous provoqués par l’eau bouillante ?
C - Non, c’est à cause de la petite ficelle.
S - Quelle ficelle ?
C - Quelle ficelle ?! Mais la petite ficelle qui relie le sachet de thé au petit bout de carton.