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Tradition(s) - Innovation(s)

De
170 pages
Generic legacies in literature, exploring various subgenres from the fairy-tale to the romantic epic, gender-oriented representations of past or contemporary female figures, or the Victorian cultural heritage in education or art, such are the various contexts within which the apparently contrasted fields of tradition and innovation are examined in the texts presented in this volume exploring their complementarity beyond their apparent divisions.
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François Ropert
Françoise Baillet Odile BoucherRivalain Stéphane Guy François Ropert
TRADITION(S) INNOVATION(S) e en Angleterre au XIX siècle
TRADITION(S)- INNOVATION(S) e en Angleterre au XIX siècle
© L’Harmattan, 2017 5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-11686-0 EAN : 9782343116860
Cahiers d’AGORA Françoise Baillet Odile Boucher-Rivalain Stéphane Guy François Ropert TRADITION(S)- INNOVATION(S) e en Angleterre au XIX siècle
INTRODUCTION
Tradition(s) et Innovation(s) : Héritages génériques en littératureLes trois textes réunis sous cette rubrique ouvrent trois perspectives sur la notion d’héritage générique en littérature, et ce en lien avec trois genres différents : le roman historique, l’épopée romanesque et le conte. Le texte de Stephen Basdeo: Walter Scott’s(Ivanhoe’s Afterlives Legacy upon Nineteenth-Century Robin Hood Scholarship and Fiction in England and France) étudie la question de la postérité littéraire et historiographique d’Ivanhoe, ce premier roman historique que Walter Scott consacre au Moyen-Âge, et qui sera ensuite intégré à la série des Waverley Novels. Si la postérité à long terme du roman de Scott a fait l’objet d’études antérieures, la contribution majeure du texte de Stephen Basdeo est d’examiner précisément la postérité d’Ivanhoe à plus court terme et dans le cadre d’une approche comparative, à l’échelle des dix-neuvièmes siècles anglais et français. Il peut être tout d’abord surprenant aujourd’hui que le personnage éponyme soit Ivanhoé, et non pas Robin des Bois. Mais il est aussi possible de voir ici l’expression d’une tradition séculaire qui a très longtemps présenté Robin des Bois comme un personnage chétif et obscur, et donc incapable de porter en son nom toute une histoire. En revanche, et malgré le titre de son roman, Scott réserve à Robin des Bois un tout autre destin que celui d’un personnage obscur. Car l’innovation dans Ivanhoese trouve bien ici, sous les traits d’un Robin des Bois faisant désormais figure de héros légendaire. Et cet héroïsme inédit a grandement contribué à la postérité d’Ivanhoe. Ceci se vérifie dans de nombreuses œuvres de fiction s’inspirant du Robin des Bois de Scott, notamment sous la plume d’Alexandre Dumas. L’historiographie du Moyen-Âge à l’époque victorienne est aussi porteuse de cet héritage scottien, dont les travaux de John Gutch et Henry Walter sont
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notamment le reflet. De même en ce qui concerne les travaux d’historiens français de l’époque : le Robin des Bois de l’Histoire de la Conquête d’Angleterre par les Normandsd’Augustin Thierry prend ainsi le personnage de Scott pour modèle. Il apparaît, dans tous les cas, que la figure de Robin de Bois est devenue le creuset d’une identité saxonne, celle-ci se forgeant notamment par opposition à une identité normande. Grâce à son étude d’Ivanhoe, Stephen Basdeo rend donc compte de modalités d’écriture qui ont généré le roman historique, un genre dont Walter Scott est souvent considéré comme le fondateur. Il est démontré ici que l’historiographie peut aussi se nourrir du roman historique, et non seulement l’inverse, au point de remodeler la tradition au travers du destin historique d’un personnage, qui d’obscur devient le reflet éclatant d’une identité nationale. Dans son texte intituléEpic Innovations in Elizabeth Barrett Browning’s Aurora Leigh, Amy Kahrmann Huseby se penche sur la question du genre épique à l’époque victorienne, notamment quand celui-ci se prête au décentrement de l’autorité patriarcale qui le fonde et au bouleversement consécutif des codes génériques qui le régissent, ici sous la plume agile d’Elizabeth Barrett Browning, dont l’Aurora Leighscelle l’alliance générique de l’épopée et du roman. Amy Kahrmann Huseby étudie ce qui, dans cette épopée ainsi romanesque, relève d’une innovante loi du nombre et du (/des) genre(s) (genreand gender), quand cette loi s’applique tout autant à la métrique d’un poème qu’aux enjeux politiques et idéologiques d’un genre poétique mis dans tous ses états. Aussi cette étude délimite-t-elle les contours d’un corps poétique, dont les proportions pourraient être aussi celles d’un corps politique et social. L’étude fournit, d’autre part, une mesure pour évaluer les tensions qui à la fois unissent et désunissent « tout » et « partie » dans les champs du poétique et du politique à l’époque victorienne. La réflexion qui est ici menée permet donc d’approcher plusieurs manifestations de l’irrégularité en métrique et de l’altérité dans divers domaines, en autant de points névralgiques où les notions de tradition et d’innovation s’opposent et s’attirent. Ce qui semble cependant prévaloir, au-delà même des tensions, est un mouvement d’émancipation, au souffle héroïque de l’épopée – un
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genre non borné par le révolu - mais aussi à l’épreuve d’une domesticité propre au roman – un genre s’inscrivant dans le révolu. De ce point de vue, Amy Kahrmann Huseby nous permet de percevoir en quoi tradition(s) et innovation(s) concourent à des évolutions menées au(x) rythme(s) d’un corps poétique et politique en marche vers un certain progrès social. Dans son texte intituléThe Genie of the Golden River : Ruskin’s Fairy Tale and the Thousand and One Nights, Haythem Bastawy porte un regard neuf surLe Roi de la Rivière d’or (The King of the Golden River), un conte que le jeune Ruskin composa en 1841, en réponse à un défi que lui lançait la toute jeune Euphemia Gray. Il était jusqu’ici de tradition, parmi les spécialistes de Ruskin, de voir dans cette œuvre de jeunesse une réécriture deL’Eau de viedes Frères Grimm. Il n’était pas observé d’innovations particulières dans le texte de Ruskin, ni même aucun emprunt significatif à d’autres histoires, ce qui aurait pu apporter, en ces deux cas, à l’histoire ou au récit des Grimm. Ulrich C. Knoepflmacher et Jane Merrill Filstrup contribuèrent cependant à renouveler le discours critique concernantLe Roi de la Rivière d’or. Ils apportèrent notamment des éclairages psychologiques et biographiques inédits. La contribution de Haythem Bastawy vient à son tour compléter ces éclairages, au plan de la genèse du conte et de certains préjugés critiques et idéologiques qui l’entourent. Elle met précisément au jour de nombreux emprunts que Ruskin fait auxMille et Une Nuits. Il apparaît notamment queLe Roi de la Rivière d’ordoit beaucoup aux variantes les plus commerciales et populaires de ces contes orientaux, notamment telles qu’elles étaient diffusées depuis Grub Street. Haythem Bastawy s’interroge sur les raisons pour lesquelles l’ancrage du conte de Ruskin dans une tradition germanique ait été si longtemps mis en avant par la critique, alors même que des emprunts tangibles à la tradition moyen-orientale desMille et Une Nuitsn’aient pas été davantage portés à l’attention des lecteurs. Grâce à son étude duRoi de la Rivière d’or, Haythem Bastawy nous permet donc de cerner certaines des tensions liées à l’héritage, non avoué ou insu, d’un patrimoine littéraire qui s’avère avoir été nié ou insuffisamment reconnu par l’auteur et par le discours critique.
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