Un peu plus loin qu'ici

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129 pages
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Description

Le coup de foudre. Rien de plus banal que deux êtres qui se rencontrent par hasard et qui aussitôt savent qu’ils se connaissent depuis toujours. Mais si le coup de foudre semble surgir du moment, c’est au cours des millénaires que tout se noue. Il est toute l’histoire qui s’accomplit dans un instant.


Venu en Israël afin de trouver réponse à ses questions ainsi que l'inspiration d'une nouvelle histoire pour ses lecteurs, Adam Bayeul ne s'attend pas à ce qu'une rencontre apparemment des plus fortuites mette toute sa vie en jeu. De son côté, Isha ne peut prévoir que ce qui semble être une intéressante alternative à son service militaire la place devant le choix le plus difficile.


Pour Adam et Isha, sous l’influence d’un désert teinté par tous les sangs de l’Antiquité, cette rencontre s’accompagne de réminiscences partagées et d’une succession d’épreuves. Témoins de leur propre exil, c’est pour eux une plongée en amont des temps, en quête de ce qu’ils ont été et de ce qu’ils doivent devenir.


Toutes les minorités ont leur mouvement de revendication, il en reste toutefois une qui ne dit rien. Ils sont là, partout, exilés. Amants de la beauté, ils savent ou pressentent que leur royaume n’est pas de ce monde. La plupart du temps, ils meurent jeunes.


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EAN13 9782924228227
Langue Français

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Table des matières
Titre © Perdido, Vancouver, janvier 2019 Remerciements Exergue I II III IV V VI VII VIII IX X XI XII XIII XIV XV XVI XVII Notes Aussi chez Perdido
UN PEU PLUS LOIN QU ICI
Ariel Marlowe
Perdido
©Perdido, Vancouver, janvier 2019 ISBN : 978-2-924228-21-0 (papier) ISBN : 978-2-924228-22-7 (ebook) Contact : editeur@perdido.ca www.perdido.ca / www.perdido.fr
REMERCIEMENTS
Merci ! Merci à toi Monique Pastureau-Bonnefoy qui, depuis Tahiti et probablement sur le pont duToa Maramaurderies. Merci de ta présence et de ton, a relu ces pages pour en souligner toutes mes éto amitié !
Une calligraphie de courbes dans le mouvement de l’une à l’autre chaque spirale est strictement codée une symphonie dans le mouvement et la chevelure une image ancienne ancrée dans nos solitudes un point de passage ou la douleur nous épouvante où l’éclat enveloppe et ruisselle. L’objet des sens,Serge Mongrain
Car l’homme tourmenté est en quête de beauté. L’exception,Auður Ava Ólafsdóttir
C’est la beauté qui meurt la première quand tout meurt. Lumière du monde,Halldór Kiljan Laxness
I Adam Lorsque la fille en shorts effilochéslui apparut à la fenêtre du côté passager, il attendait à un feu de signalisation temporaire de travaux routiers à l’intersection de la 90 et du chemin asphalté qui mène à Ein Gedi. D’un mouvement tournant du poignet, elle lui faisait signe de baisser la vitre. « Comme si les voitures avaient encore des poignées manivelles », se dit-il en actionnant le bouton poussoir sous sa main gauche. « Vous descendez vers le Golfe… » sembla-t-elle constater plus qu’elle ne le demandait. Il émanait d’elle cette sorte de sagesse et de maturité que confère la beauté quand elle est vraie. Sans lui demander de préciser sa destination, il eut un signe de tête affirmatif en désignant le siège vacant. « La place est vide… — Vraiment ? eut-elle l’air de s’enthousiasmer. — Bien sûr, montez ! » Sept mots en tout et il se sentait le Samaritain de la Parabole. Il ne lui offrait pourtant qu’un siège inoccupé alors qu’il se disait déjà que tout l’or du monde n’aurait jamais pu acheter le seul éclat de son sourire. Elle portait à bout de bras un petit sac à dos en toile beige. Elle le balança vers l’arrière puis se laissa tomber sur le siège en poussant une exclamation ravie en hébreu. Ce fut seulement à cet instant qu’il prit conscience qu’elle lui avait directement adressé la parole en français. Comment avait-elle deviné qu’il n’était pas du pays, et surtout que le français était sa langue ? Elle tourna vers lui un regard plein d’une joie espiègle, lui communiquant ainsi qu’elle savait qu’il se posait la question. « Comment ? lui demanda-t-il, sachant dans une sort e d’ivresse subite qu’il n’avait pas besoin de préciser davantage l’interrogation. — Rien de plus facile ! Il suffit d’observer les mi miques faciales propres aux locuteurs de chaque langue. Pour vous c’était facile, dès que je vous ai fait signe de baisser la vitre, vous avez eu cette espèce de contraction des lèvres et ce plissement c ritique entre les yeux qu’ont la plupart des francophones quand ils jaugent une situation. — Je ne me souviens pas avoir jaugé quoi que ce soit ! — Si, et vous avez conclu que je ne devais pas prés enter un risque signifiant, pas plus que ma présence dans votre véhicule ne contrarierait votre souhait initial d’être seul avec vous-même sur cette route. Mais je conviens que cela a été très rapide, sans doute trop pour que vous en ayez vous-même connaissance. — Mais assez pour que vous déterminiez ma langue maternelle ! » Cela aurait dû lui paraître hautement improbable, il était cependant convaincu qu’elle lui disait les choses comme elles étaient. Plus étrange encore, au-delà de tout raisonnement cartésien, tout comme il comprenait qu’il en était de même pour lui à l’égar d de cette inconnue, il savait qu’elle s’en serait voulu de l’induire sciemment en erreur. Il ne la co nnaissait pas deux minutes auparavant, mais il se savait déjà prêt à tout pour protéger la lumière qui jaillissait d’elle. « Et vous-même, êtes-vous Française ? lui demanda-t-il en comprenant aussitôt son erreur. — Non, non, je suis née ici. Le français, je l’ai seulement appris. — Eh bien bravo à qui vous l’a enseigné, je ne perçois aucun accent.
— Vous, en revanche, il y en a un petit… Attendez, je vais trouver… » Elle l’observait en se mordant légèrement la lèvre inférieure. Il était subjugué par l’impossible beauté de ses traits, de son regard. Des larmes lui montèrent aux yeux, c’était fou, il pensait avoir tout vu ! « Le littoral marin… reprit-elle ; un ancien héritage du Nord, du vrai nord, celui autour du cercle arctique… la Normandie ! Oui, la Normandie, et plutôt celle au nord de la Seine, là où les falaises so nt blanches. » Il était sidéré. « Vous le saviez ! — Comment ? Je viens de vous rencontrer... — Je ne connais pas un seul Normand capable de préciser si un autre Normand vient de basse ou de haute Normandie. — C’est uniquement une question d’écoute ! — Je vous crois, c’est juste que… » Elle lui désigna le feu qui venait de passer au vert. « Je sais, expliqua-t-elle ; j’ai une oreille qui surprend beaucoup de monde. Je devrais même faire attention, certains pourraient croire que… pas vous, je le sais, mais d’autres. » Il ne parvenait pas à se convaincre qu’il venait juste de faire sa connaissance. « Où allez-vous ? lui demanda-t-il. — J’imagine que vous allez à Eilat, ça ne vous dérange pas de me déposer à l’embranchement pour Timna ? — Je n’ose pas vous demander comment vous imaginez que je vais à Eilat. Je vous avoue cependant que je ne connais pas Timna et encore moins où ça se trouve. — Timna est un complexe minier, mais aussi un parc naturel qui se trouve à une quarantaine de kilomètres au nord d’Eilat. C’est sur votre route… Comment je devine que vous y allez ? Vous êtes un étranger dans une voiture louée, vous n’avez pas le type du curiste, cela écarte Ein Boqeq, je ne vous vois pas non plus dans l’industrie du sel et de la potasse, ça élimine Sdom, enfin il y a vos bagagesà l’arrière, ce qui signifie que vous n’allez pas faire la classique visite d’une journée à Massada, ce qui nous laisse Eilat. En revanche, j’ignore pourquoi, j’ai du mal à vous imaginer en simple vacancier, ce qui me laisse incertaine sur la raison de votre visite là-bas. » Y avait-il quelque chose qu’elle ne sache déjà ? Se posant la question, il se découvrit avide de tout savoir sur elle. Il lui fallait cependant répondre à sa question pour justifier celles qu’il voulait lui poser. « Vous avez raison, je vais bien à Eilat. J’y vais pour… — Planter le décor d’un nouveau roman ! » le devança-t-elle. Visiblement, elle se retenait de rire. Un éclat à la fois mutin et joyeux illuminait ses prunelles. Plus encore que par l’étonnement, il était frappé par l’évidence que jamais il ne s’était senti aussi bien. « Comment savez-vous cela ? » demanda-t-il en se sentant un peu dans le rôle de celui qui a tout à apprendre. « Pour ça, j’ai plus deviné que déduit. Il y a l’extrémité un peu spatulée de vos doigts qui révèle que vous passez beaucoup de temps sur un clavier ; non seulement beaucoup de temps, mais aussi que vous l’utilisez plus à la façon d’un pianiste que d’une secrétaire, ce qui tend à signifier que vous tapez eny allant au rythme d’une musique dans votre tête. Vou s racontez. Il y a aussi votre sac de voyage à l’arrière. Un cuir épais qui en a vu beaucoup, un beau sac, mais pas de ceux avec un nom ronflant pour faire du genre, pas non plus la valise à roulettes du touriste en congés payés, plutôt le bagage de celui qui voyage parce qu’il ne sait pas faire autrement que d’être sur les chemins, ou en tout cas plus que
pour seulement se détendre ou changer d’air. » Il hocha la tête en signe d’assentiment. Tenant le volant de la main gauche, il tendit la droite vers elle. « Heureux de vous rencontrer, je suis Adam… » Au contact des doigts entre les siens, il éprouva u ne douceur qu’il ne connaissait pas. Il eut un long frisson à la base de la nuque suivi d’une arythmie qui le laissa légèrement étourdi. « Enchantée, Adam ! Moi, je suis Isha, curieux, non… — Non, au contraire, c’est très beau, Isha ! — Je veux dire curieux, singulier ; vous Adam, Adama, qui signifie tiré de la terre, et moi, Isha, qui signifie tiré de lui, de l’homme, d’Adam ; comme da ns la genèse, avant qu’elle ne mange le fuit défendu, qu’ils soient chassés du jardin d’Éden, qu ’elle enfante et qu’Adam la renomme Hava, Ève, mère des vivants. — Eh bien ! je ne m’obstinerai pas avec vous quant à la Genèse. Shalôm, Isha. Je me répète, mais je suis très heureux de vous rencontrer, vraiment ! » Le sourire qu’elle faisait avec les yeux semblait affirmer qu’il en était de même pour elle. Il se sentit baigné d’une sorte de bonheur auquel il avait cessé de croire depuis trop longtemps. Elle enchaîna : « Quel est le thème de ce roman qui vous conduit à Eilat ? » Il aimait le timbre de sa voix et il se demandait comment l’amener à parler longuement, autant pour l’entendre que pour apprendre. Un timbre chaud, cur ieusement rauque et mélodieux à la fois. Il appréciait par ailleurs qu’elle ne lui ait demandé pas quel « genre » de roman il écrivait. La questio n, répétée à l’envi, le désarçonnait chaque fois. Qui pouvait avoir envie d’écrire un « genre » de roman ? Comme sa passagère venait de le dire, une histoire ne se racontait qu’avec la musique qu’on a dans la tête. « Je l’ignore, lui avoua-t-il. Je peux seulement vo us dire que la trame se situe plutôt à Jérusalem. Non, il y a seulement qu’à l’hôtel je suis tombé su r un magazine avec des photos d’Eilat qui m’ont incité à aller y voir de plus près. Peut-être que cela me servira, peut-être pas. On ne sait jamais. — Tout possède sa propre utilité, même si ce n’est pas toujours évident. Et Jérusalem, pourquoi ? — Pourquoi ? Mes romans partent toujours d’une question que je me pose. La fiction est pour moi la meilleure façon d’y répondre, exactement comme l’on prend un papier et un crayon pour résoudre un calcul trop long ou trop complexe pour être résolu mentalement. Mais je m’égare, la question… Au Moyen-Âge, Fécamp, ma ville natale, était surnommée la Jérusalem du Nord. C’est de là que le père de Guillaume le Conquérant, Robert le Magnifique, un homme qui avait tout pour être heureux a soudain abandonné son duché et son successeur qui n’avait alors que sept ans pour entreprendre le pèlerinage à Jérusalem. Partout dans l’Histoire, on se heurte à cette ville, encore aujourd’hui. J’ai voulu me rendre compte de ce qu’elle pouvait avoir de particulier qui en fait le pôle d’attraction de tant de courants mystiques — et la cause de tant de conflits. » Isha hochait lentement la tête sans qu’il puisse déterminer si elle le faisait en signe de compréhension de son propos lui-même ou d’une autre pensée que ce propos aurait suscitée. « Je sais que vous avez trouvé… », murmura-t-elle en donnant ainsi par la forme et par le fond un caractère plus intime à leur conversation. Il ne s’en était pas rendu compte lui-même, mais il en prit conscience à cet instant. Elle avait vu juste. Sous le choc de la révélation, il se trouva momentanément incapable de prononcer une parole. Le silence qui suivit n’avait rien d’embarrassant, au contraire, il se sentait étrangement bien et savait que cela tenait surtout au fait de ressentir qu’il en était de même pour elle. « Et vous ? » demanda-t-il enfin, regroupant toutes ses interrogations à son propos dans cette seule question.