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Un prisonnier du pape

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Dans les premiers jours de mars, comme je causais à Naples avec quelques amis du projet que j’avais à Rome, l’un d’eux me dit : « Que voulez-vous Vous vous ferez arrêter. » — Je répondis garnison de vingt mille Français. sans lesquels il en serait fait du pouvoir temporel du Pape, il n’y avait pas apparence que le gouvernement romain osât mettre la main sur un Français qui n’aurait commis aucun délit. — « Vous savez », répliqua-t-on, « que les prêtres osent tout : à votre place je ne m’y fierais point.

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J.-B.-Charles Paya
Un prisonnier du pape
UN PRISONNIER DU PAPE
La bonté d’un gouvernement se mesure au degré de sécurité qu’éprouve le citoyen pour sa liberté individuelle.
I
MONTESQUIEU.
Dans les premiers jours de mars, comme je causais à Naples avec quelques amis du projet que j’avais à Rome, l’un d’eux me dit : « Que voulez-vous Vous vous ferez arrêter. » — Je répondis garnison de vingt mille Français. sans lesquels il en serait fait du pouvoir temporel du Pape, il n’y avait pas appar ence que le gouvernement romain osât mettre la main sur un Français qui n’aurait co mmis aucun délit. — « Vous savez », répliqua-t-on, « que les prêtres osent tou t : à votre place je ne m’y fierais point. » — Pour mon malheur je repoussai ce sage av is ; et, après avoir fait viser mon passeport parle consul dé France, par la police nap olitaine, et par le délégué papal lui-même, je m’embarquai, plein de confiance, le 10 mar s au soir, sur le vapeur leBlidah de la compagnie Freyssinet.
II
Arrivé à Civita-Vecchia, mes tribulations commencèrent ; et je m’aperçus déjà que je n’étais plus dans un pays libre. Le bateau avait je té l’ancre à 10 heures du matin ; il était plus de midi quand la police du port nous permit de débarquer. Après ces longues formalités de douane, et ces frais de toutes sortes , timbre, bulletin, plombage, droit d e sfacchinicorde, etc., bien connus des voyageur s que leur mauvaise (portefaix), fortune conduit dans l’État romain, on nous prévint que nos passeports étaient à la direction de la police, où nous devrions aller les retirer si nous voulions poursuivre notre chemin. J’avais payé à Naples 26carlins (environ 10. 60 c.) de droits ; il me fallut ici payer les frais d’un nouveau visa. Et si encore on m’eût laissé mon passeport ! Mais nullement : quand j’allais prendre ma place au chemin de fer, on le retint ; et l’on me donna en échange un chiffon de papier dans lequel il était dit que mon passeport serait entre les mains de la police romaine, laquelle me remettrait, pour m’en tenir lieu, jusqu’à mon départ de Rome, une ca rte de sûreté (di sicurezza.) C’est ce que nous nommons en France carte de séjour. On v erra bientôt pourquoi je n’ai pas eu cette carte, et le parti que le gouvernement pap al a tiré de son absence.
III
Nous voilà à Rome : trois Français, venus ensemble de Naples, un financier parisien, dont je regrette d’avoir oublié le nom ; un jeune homme qui voyageait pour une maison d’horlogerie suisse, et moi. Le financie r, qui avait déjà expérimenté le peuple romain, avili, disait-il, par le gouvernemen t des prêtres, me prévint que dans la basse classe, les voleurs étaient nombreux, et que j’eusse, en prenant une voiture pour nous conduire nous et nos bagages, à bien pose r mes conditions. Je le fis, mais cela ne servit de rien. J’avais parfaitement expliq ué que chacun de nous avait une malle, un étui de chapeau, un sac de nuit ; et le p rix fut fait en conséquence pour le tout, bagages et voyageurs. Arrives à l’hôtel, un m onsieur qui se disait propriétaire de
la voiture, dont l’homme qui avait traite avec moi n’était que le cocher à gages, ce monsieur prétendit que le prix convenu était seulem ent pour les voyageurs, et que les bagages devaient être payés en sus. Et il demanda p our les bagages plus que pour les voyageurs. Le résultat de ce guet-apens fut qu’ une course de voiture n’ayant pas pris une demi-heure, nous coûta 14paoli,qui fait environ 8. 25 c. de France ! Ce ce n’est donc pas seulement du bas peuple qu’il est bo n de se défier à Rome.
IV
J’oubliais le plus curieux de l’affaire. En partant du débarcadère, nous vîmes se hisser sur la voiture une espèce defacchino,qui prit sans façon nos effets pour siége. Le financier parisien, sans cesse obsédé par la cra inte qu’on écrasât sa malle, jeta les hauts cris et demanda que cet homme descendît. Un m onsieur assis à côté du cocher dit alors, en vertu de je ne sais quelle autorité : — Je le ferai descendre si vous 1 voulez : mais je vous préviens que nous arriverons à l’hôtel sansroba, parce que d’ici là les voleurs auront tout pris. — Et nous n’ étions pas à demi-mille de Rome ! L’argument était concluant : le financier lui-même consentit à garder lefacchino,qui se fit bientôt largement payer son voyage.
V
Le nombre des voleurs dans l’Etat romain et leur ha rdiesse peu commune tiennent à ce que la police s’inquiète peu de les poursuivre e t garde toutes ses sévérités pour les hommes qui s’occupent de politique. A propos de la naïveté que je viens de relater, on nous raconta que des voleurs ayant dérobé à la femm e d’un Français pour environ 1200 fr. de bijoux, le mari, ancien officier de l’e mpire, alla pour déposer une plainte à la police française. L’employé auquel il s’adressa lui dit ces propres paroles : — « Prenez un écu de 5 francs, jetez-le d ans la mer, il sera plus facile à un plongeur de le retrouver qu’à vous de découvrir vot re voleur. » — « Merci de l’avis », répondit le volé, « je ne dépenserai pas mon argent à le chercher. » « Vous ferez bien, ce serait autant de perdu. » — « Je me tiens pour a verti, mais à mon tour je vous préviens que désormais je serai toujours armé d’un révolver, et qu’à la moindre tentative de vol, je tue mon homme sans miséricorde . » — « Ce sera on ne peut mieux », répliqua l’employé, « vous n’en tuerez jam ais assez. »
VI
Je reviens à mes aventures. Parmi les hôtels de Rom e que nos amis de Naples nous avaient recommandés, se trouvaitl’hôtel de la Minerve. De plus c’était là que notre financier avait logé dans un premier voyage à Rome. Nous y descendîmes tous trois. Mais je ne tardai pas à m’apercevoir que je m’étais fourré dans une jésuitière. Les hommes noirs, les zouaves pontificaux y abondai ent, et l’on n’entendait parler à table que de l’extermination des excommuniés. Je ré solus de quitter au plus tôt ces saintes gens. Avant de partir, je priai un descameriere d’aller à la police retirer ma carte de sûreté. Lecameriererépondit : — On n’en délivre plus. Lorsque vous me voudrez quitter Rome, la police vous remettra votre passeport visé et tout sera dit. — J’acceptai cette explication sans plus d’exa men, car je ne pouvais supposer que le garçon d’un hôtel comme celui de la Minerve ignorât l’état des choses ; et l’idée qu’on pût me tendre un piége ne me vint pas même à l’esprit.
VII
En partant de Naples, j’avais été chargé par un Fra nçais de remettre une lettre de pur souvenir à un autre Français établi à Rome depu is dix-huit mois. M. le chevalier de Caumont et Madame de Caumont m’avaient très bien ac cueilli et m’invitaient sans cesse à les venir voir. Quand ils surent que je vou lais prendre un petit appartement meublé, ils s’efforcèrent de me le trouver près d’e ux ; et, grâce à leurs soins, je me vis aussitôt parfaitement installé dans la Viadella Croce, qui joint le Corso à la place d’Espagne. La maison que j’habitais n’avait pas seu lement l’avantage d’être à deux 2e pas de laVia Belsianade Caumont ; elle était toute voisine, ou demeuraient M. et M du cabinet de lecture dePiale,urnauxqui reçoit plusieurs journaux anglais, quelques jo italiens, et le peu de journaux français dont la le cture est autorisée par MM. les cardinaux. Ce cabinet est d’ailleurs parfaitement a ssorti en cartes géographiques, notices, plans de Rome, listes d’adresses, guides d e toute espèce, et un étranger qui veut étudier la ville éternelle ne peut guère se di spenser d’y recourir.
VIII
J’étais si convaincu, avec la vie de travail que j’ allais adopter, que le gouvernement romain me laisserait tranquille, que je payai un mo is d’avance pour mon appartement et aussi un mois d’avance au cabinet de lecture. — Autant d’argent qui sera perdu par la violence et l’iniquité du gouvernement romain. — Cela fait, je rendis quelques visites, je me mis en quête de renseignements, je s ondai par divers moyens l’esprit public, que je trouvai aussi hostile au pape qu’aux cardinaux, et j’écrivis une première 3 lettre auSiècle, dont le début indiquait nettement le but de mon v oyage dans la ville éternelle. « J’ai quitté Naples, disais-je, dont l’ intérêt politique a beaucoup diminué depuis quelque temps, pour venir voir de près ce qu i se passe à Rome. Je me propose de vous l’écrire impartialement, sans exagé rer rien, mais aussi sans rien atténuer. » Mais dire ce qui se passe, voilà précis ément ce que ne veut point le gouvernement des prêtres, et il me le prouva bientô t.
1 Les es : effets, marchandises, habitsItaliens appliquent ce mot à une foule de chos d’homme, vêtements de femme, valises, malles, caiss es, étuis de chapeau, etc.
2 Tous rs ayant été saisis et retenusmes carnets, toutes mes notes, tous mes papie par la police romaine, je suis obligé de rédiger ce t écrit entièrement de souvenir. Si je commettais une erreur dans l’orthographe de quelque nom, je prie le lecteur de me le pardonner.
3de Rome le 16 mars, insérée dans le Datée Siècle du 21. Elle est signée de mon nom, comme devaient l’être toutes celles que j’aura is écrites. Cela indique clairement que je ne voulais énoncer aucun fait à là légère, e t que je me proposais uniquement de dire la vérité.