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Une école coloniale en France

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EN présence de la crise commerciale que traverse notre pays, beaucoup d’économistes se sont préoccupés de rechercher les causes d’un malaise, devenu si général, que personne ne songe plus à le nier ; la plupart ont été d’avis que le mal provenait surtout de l’insuffisance des débouchés qui sont ouverts au commerce.

En effet la production en France est très considérable, elle est surabondante ; nos grands industriels sont organisés pour fabriquer beaucoup et les perfectionnements apportés à l’outillage et aux machines rendent de jour en jour leur production plus forte, meilleure et plus économique ; la grosse difficulté est d’écouler les marchandises.

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Delcroix

Une école coloniale en France

A M. LE MARQUIS DE REVERSEAUX

 

CONSUL GÉNÉRAL DE FRANCE EN ÉGYPTE

 

QUI A SU GROUPER AUTOUR DE LUI TOUS SES NATIONAUX
DANS UN SENTIMENT DE FRATERNITÉ PATRIOTIQUE ;
SE FAIRE ÉGALEMENT CHÉRIR ET VÉNÉRER DE TOUS,
DES PLUS HUMBLES, COMME DES PLUS FORTUNÉS
ET RENDRE À LA COLONIE FRANÇAISE
SON PRESTIGE D’AUTREFOIS

 

JE DÉDIE CET HOMMAGE RESPECTUEUX

CHAPITRE Ier

La crise commerciale. — La crise des emplois. — Le fonctionnarisme. — Remède dans la colonisation. — Obstacles au mouvement colonial en France. — L’esprit non colonisateur. — fondation d’une École coloniale

I

EN présence de la crise commerciale que traverse notre pays, beaucoup d’économistes se sont préoccupés de rechercher les causes d’un malaise, devenu si général, que personne ne songe plus à le nier ; la plupart ont été d’avis que le mal provenait surtout de l’insuffisance des débouchés qui sont ouverts au commerce.

En effet la production en France est très considérable, elle est surabondante ; nos grands industriels sont organisés pour fabriquer beaucoup et les perfectionnements apportés à l’outillage et aux machines rendent de jour en jour leur production plus forte, meilleure et plus économique ; la grosse difficulté est d’écouler les marchandises.

Cette difficulté résulte de deux causes principales : la première est le développement des pays nouveaux, tels que l’Amérique, qui, après avoir été longtemps tributaires de l’Europe pour tous les objets fabriqués, arrivent maintenant à suffire à presque tous les besoins de leur consommation, grâce aux lois prohibitives qui ont favorisé et rendu nécessaire l’éclosion d’industries indigènes, grâce aussi au mouvement d’émigration qui a conduit dans ces contrées une foule d’Européens, apportant avec eux leurs arts et leurs industries. Ce développement des pays nouveaux est normal, conforme à toutes les lois du progrès et de l’humanité, et, si nous pouvons regretter qu’il s’accomplisse au détriment de notre commerce, nous ne pouvons du moins rien tenter pour en arrêter l’essor.

Dans ce grand mouvement d’émigration et de création, la France a été pour bien peu de chose, elle s’est contentée de le regarder sans songer à y prendre part ; tandis que l’Allemand, l’Anglais, l’Italien, se précipitaient aux colonies, le Français restait chez lui ; c’est dans cette indifférence qu’il faut chercher la seconde cause qui amène la diminution de nos débouchés commerciaux au moment même où la production augmente.

Les débouchés sont de deux sortes : les pays où l’on fabrique et ceux où l’on ne fabrique pas encore.

Dans les premiers, le Français n’a pas su s’installer comme producteur ; des relations commerciales ne se sont pas nouées ; l’industriel s’adresse pour ses achats à d’autres contrées que la France.

Dans les seconds, le Français n’a pas su s’établir comme vendeur ; mal renseigné sur les besoins de ces pays, il n’y a pas de représentants.

Il faut, pour vendre, des marchandises et des vendeurs : nous n’avons pas les vendeurs, et quant aux marchandises nous ignorons celles qui conviennent le mieux à la clientèle des colonies.

On dit que le Français est rebelle à la colonisation, que ce n’est pas lui qui va se fixer dans les colonies qu’il organise, et, en effet, le nombre des Français qui s’expatrient est infiniment réduit, quand on le compare au nombre des Anglais, des Allemands, des Italiens, qui quittent tous les ans leur patrie pour des pays lointains.

Dans ce fait bien établi, quelques optimistes trouvent à se consoler, croyant y reconnaître le signe évident que notre pays est commercialement moins malade que les pays voisins ; mais c’est toujours une piêtre consolation que celle qui consiste, quand on souffre, à regarder le voisin qui parait souffrir davantage ; c’est une consolation désastreuse si elle vous empêche de chercher le remède, ou, si elle vous fait attendre, pour l’employer, que vous souffriez plus que lui.

Or la colonisation est précisément ce remède auquel nous n’avons pas recours. Les émigrants représentent à l’étranger la production de leur pays natal ; c’est celle-là qu’ils connaissent le mieux, et c’est à elle qu’il s’adressent naturellement pour leurs achats, surtout si leur intérêt y trouve aussi son compte, c’est-à-dire, si la marchandise fabriquée correspond bien aux besoins de la colonie. Les émigrants ouvrent ainsi au commerce de la patrie les débouchés qui lui sont nécessaires pour qu’il puisse vivre et prospérer. Mais hors de France, les Français sont rares, la plupart de nos émigrés sont des fonctionnaires ou des employés ; un très petit nombre sont négociants, et nos exportations forcément diminuées par suite de l’implantation d’industries indigènes, trouvent une seconde cause de réduction dans le petit nombre des Français qui représentent à l’étranger le commerce français et qui sont mal servis par l’industrie française, elle-même mal éclairée.

Une conséquence naturelle de la diminution des exportations pour notre pays, c’est l’écart qui s’est formé entre le chiffre de ces exportations et celui des importations. La France, obérée d’impôts, obligée d’entretenir une nombreuse armée, ne peut pas lutter avec des pays plus récents, sous le rapport de la production agricole ou de l’élevage des bestiaux ; elle doit s’adresser à l’étranger pour une grande partie de son alimentation. Les Américains, les Russes, nous expédient leurs blés, qui coûtent, rendus sur nos marchés, moins cher que les blés français ; la République Argentine possède d’immenses pâturages peu coûteux à acquérir, et nous recevons depuis quelque temps, outre les viandes de conserve, des viandes fraîches d’Amérique qui valent à acheter deux fois moins que les nôtres. Un rapport de M. de Sainte Foy, consul à Montevideo, prouve que les vins d’Amérique ne se feront pas attendre, et, en dehors des produits alimentaires, nous voyons déjà apparaître chez nous des spécimens de l’industrie américaine, premiers échantillons d’une concurrence d’autant plus dangereuse que l’absence des charges qui pèsent sur l’Europe permettra de fabriquer à meilleur marché.

Nous pouvons nous demander si nous n’allons pas devenir de plus en plus tributaires.

Mais, telle qu’elle est, la situation est assez grave et le malaise s’explique facilement.

De 1873 à 1888, dans un espace de quinze ans, le total des importations a dépassé de 13 milliards 250 millions le total des exportations ; ce sont 13 milliards 250 millions d’argent français, sorti de France, représentés par des marchandises que nous avons consommées ou qui forment stock en magasin, et ce déficit prodigieux s’accroît tous les ans de près d’un milliard.