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Une vie après

De
117 pages


Une nouvelle vie débute pour Béatrice après une séparation subie. Elle poursuivra sa route près de l'océan, loin des siens, mais pas trop. Elle fera de nouvelles rencontres qui l'aideront à se reconstruire. Un deuxième roman de Robbie Schwelle incontournable.

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Robbie Schwelle Une vie après
© Robbie Schwelle
Bookless editions
Tous droits réservés.
Mars 2015
ISBN : 978 2 37222 160 3
1 - Béatrice
La maison faisait un peu peur, ou plutôt, elle lais sait une sensation bizarre.
Béatrice avait trouvé cette annonce de location sur internet deux semaines plus tôt, il ne fallait pas demander l’impossible. Probablement une construc-tion des années soixante, sur un sous-sol, immense et vide qui ne s ervait pas à grand-chose, hormis la partie garage.
Elle avait rendez-vous ce samedi à 14 heures avec l a personne de l’agence. Ponctuelle, elle arriva au volant de son Audi TT. E lle lui fit visiter les lieux. Une espèce de chemin en pente douce contournait toute la maiso n pour arriver jusqu’à une terrasse sur laquelle s’ouvrait la porte-fenêtre du séjour. Curieux.
- Le propriétaire est handicapé, ça explique cet am énagement, lui indiqua-t-elle.
Compliqué ! Il ne pouvait en aucun cas accéder dire ctement du sous-sol au rez-de-chaussée, l’ascen-sion de l’escalier lui étant impo ssible.
- Il vient tout juste de quitter les lieux, vous êt es la première à louer la maison. Il a d’ailleurs laissé quelques affaires personnelles ai nsi que des bricoles dans le frigo. Vous pourrez les consommer si cela vous dit.
Elle l’avait appelé pour réserver, Il lui avait pré cisé être à l’étranger. À l’étranger. C’était vaste. Depuis, elle l’imaginait partout. En Chine p robablement, c’est là que partent travailler tous les français qui s’exilent, il y a du boulot là-bas. Ou bien était-il tout simplement en Belgique, ou en Allemagne ? Elle regr ettait de ne pas lui avoir posé la question, mais il est vrai qu’il n’aurait probablem ent pas compris les raisons de sa curiosité.
Elle allait maintenant occuper sa maison et avait l e sentiment de violer son intimité. En même temps, ça la démangeait d’en savoir plus sur l ui.
Béatrice avait loué cette maison sur un coup de têt e, une envie subite de se rapprocher de l’océan qu’elle avait toujours adoré.
Elle vivait seule depuis peu. Il fallait qu’elle s’ y habitue. Elle aimait tant la mer qu’elle avait pensé que ce serait plus facile. Regarder l’o céan et marcher sur les rochers l’aiderait sûrement à entrer dans sa nouvelle vie d e vieille femme solitaire. Elle avait été mariée presque trente ans. Son physique s’était tra nsformé d’année en année. Elle allait avoir soixante ans et ses traits étaient dev enus presque masculins et son corps déformé, transformé.
Lui, à cinquante-cinq ans, était dans la force de l ’âge. Elle s’y attendait. Elle avait toujours su que cette histoire ne l’emmènerait pas au bout et qu’il se lasserait. Avant elle. Malgré les enfants, deux. Malgré la maison où il faisait si bon vivre et où il lui laissait tout faire à son goût. Il s’était lassé. Une rencontre… et tout était allé très vite.
Elle avait décidément beaucoup de mal à imaginer co mment cet homme en fauteuil roulant parvenait à vivre entre ce sous-sol et ce r ez-de-chaussée sans aucune aide. La maison ne laissait entrevoir aucune présence fémini ne. Ni les bibelots, ni les couleurs. La cuisine était d’un gris terne qu’aucune femme au monde n’aurait imaginé dans son univers.
Elle posa la question à la femme de l’agence :
- Le propriétaire vivait seul ?
- Je pense oui. En tout cas, je ne l’ai jamais renc ontré accompagné. Quelqu’un venait pour le ménage. Mais bon, je ne suis pas censée vou s raconter cela.
- Ah oui c’est vrai, désolée. Je suis beaucoup trop curieuse.
Cette femme s’appelait Virginie D., toute vêtue de blanc, sans doute pour faire ressortir la couleur de sa peau très bronzée. Plus toute jeun e, Béatrice n’avait jamais imaginé que les « Virginie » pouvaient avoir plus de cinqua nte ans.
Elle la laissa seule avec une série de recommanda-t ions et de clefs. Elle lui avait précisé qu'une pièce se trouvant au sous-sol et ser vant de débarras resterait fermée. Le propriétaire y avait entreposé des affaires pers onnelles qu'il ne pouvait emmener en voyage. Elle avait dit oui à tout, sans vraiment éc outer, comme à son habitude. Tout ça, elle verrait plus tard.
Elle s’installa dans l’une des deux chambres access ibles, celle qui lui parut la plus accueillante, une troisième étant condamnée. Un gra nd lit et un petit lit. Cela lui rappellerait quand elle partait en vacances avec se s enfants. Son fils aurait sans doute occupé le lit une place à ses côtés. Cette fois, il resterait vide.
Elle dormirait dans le grand lit, seule.
Le rangement de ses affaires attendrait. Elle avait envie d’iode. Elle prit sa voiture et chercha la première pancarte indiquant la plage.
C’était marée basse et une grande partie des rocher s était découverte. L’occasion rêvée de ramasser des bigorneaux, petits fruits de mer dont elle raffolait. Ce serait son premier repas en tête à tête avec elle-même dans un e maison inconnue.
Que s’était-il passé dans son couple ? L’usure de l ’habitude. De jour en jour, il avait progressivement cessé de la regarder. Était-ce à ca use de son visage strié de rides profondes ? Ou bien son corps flétri avait-il fini par le dégoûter ?
Avant qu’elle ne crève l’abcès et décide de partir, il rentrait du travail de plus en plus tard. Ils dînaient puis s’endormaient devant la tél é. Quand elle tentait une approche, une caresse, une tendresse, il la rabrouait en prétextant une grande fatigue.
Tout avait changé en quelques années. Combien ? Tro is, quatre ans. Il n’avait plus de désir, elle ravalait le sien. Il se fâchait quand e lle lui faisait remarquer. Elle se faisait des films, disait-il. Jusqu’au jour où le film devi nt réalité.
Une autre, une jeune, s’était emparée du corps qu’ elle avait tant aimé et dont elle connaissait par cœur chaque centimètre carré. Elle l’avait senti, deviné.
Quand elle lui avait dit, cette fois il ne l’avait pas détrompée. Il avait accepté son départ et avait même paru soulagé. Elle lui redonnait sa liberté. Il pourrait vivre tranquillement sa nouvelle idylle.
Elle avait maintenant déménagé. Ce séjour en Bretag ne lui permettrait de tourner la page de son ancienne vie.
Elle marcha longuement, se rapprochant au plus près de l’océan. C’était le printemps. Il n’y avait personne. Elle était seule face à la mer, elle aimait ça.
Elle regagna la villa à la tombée de la nuit. Elle avait envie de la visiter de façon plus approfondie. Peut-être découvrirait-elle quelque ch ose lui permettant de connaître ce mystérieux homme handicapé.
Elle découvrit un fauteuil roulant abandonné entre un mur et la chaudière. C’était un modèle ancien, manuel. Il l’avait probablement écha ngé contre un plus moderne, à moteur.
Près de là se trouvait une armoire fermée à clef. B ien sûr cela éveilla sa curiosité. La clef ne devait pas être bien loin. Elle monta sur u ne chaise. Gagné. Le petit objet de métal doré l’attendait sur le dessus du meuble. Ell e s’en empara et la fit tourner dans la serrure. Des tas de dossiers plus ou moins bien ali gnés étaient entassés. Elle en prit un sur lequel figurait un titre : « Assurances ». Pas très engageant ! Puis un second : « Maisons ». Maisons au pluriel. Plusieurs descript ifs de villas y étaient classés par ordre alphabétique, par nom de ville. Était-il prop riétaire de toutes ces maisons ? Plus bas se trouvait un petit coffre en métal. Fermé, et là, pas de clef en vue. Elle le remit en place et referma l’armoire. Elle passa devant la pi èce condamnée, actionna machinalement la poignée de la porte qui résista. I l lui semblait voir un rai de lumière filtrer sous celle-ci. Le propriétaire avait dû oub lier d'éteindre, elle le signalerait à Miss Audi.
Pour regagner le rez-de-chaussée, il fallait emprun -ter un escalier en colimaçon plongé dans l’obscurité.
Elle actionna l’interrupteur, mais aucune lumière n ’apparut. L’ampoule était probablement grillée. Elle entreprit l’ascension à tâtons. Tout à coup, elle accéléra son mouvement. Pour quelle raison idiote ? Elle n’en av ait aucune idée, mais elle avait cru sentir une présence derrière elle. C’était stupide. Elle se dit que c’était sûrement dû au fait qu’elle était seule dans une maison sombre à l a tombée de la nuit et qu’elle était spécialiste pour « se faire des films » comme aimai t à le dire son mari, enfin ex-mari.
Arrivée au rez-de-chaussée, la sonnerie de son port able la fit sursauter. C’était Léna, sa fille qui s’inquiétait un peu. Elle avait, le ma tin même, envoyé un SMS à chacun de ses enfants. Elle ne voulait justement pas qu’ils s e préoccupent d’elle, de sa vie. Surtout pas ! Elle avait elle-même passé des années à s’inquiéter pour sa mère et à s’occuper d’elle, elle ne voulait pas que cela se p asse comme ça avec ses enfants.
Léna essayait d’en savoir plus sur cet exil subit, dans la solitude.
- Écoute Léna, tu peux comprendre que j’aie envie d e prendre de la distance, ma vie d’avant étant réduite à néant. J’ai besoin de réflé chir un peu à ce que je vais faire et où je vais me poser. Et puis la Bretagne, ça me fait d u bien, ça me calme.
- Si j’avais su, je serais venue avec toi.
- Tu es folle ! Occupe-toi des tiens et laisse ta v ieille mère vivre sa vie .
- J’aime pas quand t’es comme ça !
- Tout va bien, je te jure. J’avais besoin d’air io dé, c’est tout.
- J’espère que la maison est bien au moins ?
- Oui, ça va. Un peu vieillotte, mais ça va. Elle m e rappelle la maison qu’on avait louée une fois à la Rochelle, tu te souviens ?
- Oui, vaguement.
Léna détestait quand sa mère faisait remonter de vi eux souvenirs communs. Béatrice évitait de le faire au maximum mais parfois, ça lui échappait.
- Tu rentres quand ?
- Aucune idée. J’ai payé le loyer pour deux semaine s. On verra après.
- Deux semaines toute seule ? Mais qu’est-ce que tu vas faire ?
Léna ne supportait pas la solitude. Elle n’aimait p as lire non plus et s’ennuyait dès qu’elle n’était plus entourée de son petit monde. E lle avait toujours été ainsi, depuis sa plus tendre enfance.
- Tu sais bien que je ne m’ennuie jamais, ne t’inqu iète pas. Et puis je te rappelle que je serai seule aussi quand je rentrerai.
- Je ne serai pas loin quand même.
- Oui, mais je te répète que tu dois vivre ta vie.
- Je te dérange c’est ça ?
Aïe, elle allait la braquer !
- Mais non Léna, tu sais bien. Mais je ne veux surt out pas représenter une quelconque obligation pour vous.
- Compris, je ne te dérangerai plus. Bisous.
- Mais non Léna, attends…
Elle avait raccroché. Tant pis, Béatrice rattrapera it le coup plus tard. Elle n’avait pas envie de la rappeler maintenant, elle tombait de fa tigue.
Au fond d’elle, elle savait bien qu’elle ressentait un sentiment détestable vis-à-vis de sa fille : la jalousie. Léna avait toujours été très p roche de son père. Et puis elle lui ressemblait tellement… Elle savait que c’était comp lètement ridicule et que ça ne devait rien enlever à son amour pour sa fille, mais elle avait beau se raisonner…
Quand son couple en était encore un, vivant en harm onie, il suffisait à Béatrice de regarder les mains de son mari pour avoir envie de les toucher, d’être caressée par elles. Un signe de sa part et il la prenait dans se s bras. Leur fusion était quasi-permanente.
Maintenant, ces mains, ces bras étaient partis vers un autre corps. C’était cela le plus difficile à dépasser. Chaque fois qu’elle visionnai t cette scène, les mains tant aimées posées sur une autre, elle perdait toute volonté d’ oublier et de pardonner. Elle en était incapable. Pourtant elle avait promis. Elle lui av ait dit qu’elle comprenait, que c’était normal, pour lui, encore jeune. Elle avait promis, mais elle ne parvenait pas à mettre cette promesse à exécution, le pardon.
Mais quelle importance ? Il n’avait que faire de so n pardon. Il vivait sa nouvelle histoire et rien d’autre ne comptait pour lui.
Au matin, elle fut réveillée par deux brefs coups d e sonnette. Elle s’habilla à la hâte et courut à la fenêtre de la cuisine d’où on pouvait v oir le portail.
Deux hommes en uniforme bleu marine et blanc, bien caractéristique, attendaient que l’on vienne leur ouvrir.
Elle récapitula rapidement ses faits et gestes des derniers jours et ne trouva rien de répréhensible au point d’avoir la police à ses trou sses. D’accord, elle avait toujours des dettes considérables, résultat de la faillite de sa maison d’édition, mais elle payait régulièrement. Ils ne pouvaient pas être là pour ça . Un excès de vitesse ? Non, sûrement pas. La seule vue d’un képi occasionnait c hez elle un sentiment de culpabilité.
- Bonjour madame.
- Bonjour messieurs.
- Vous êtes madame B. ?
- Non, monsieur B. est le propriétaire de cette maison que je loue.
Ils étaient plutôt mal renseignés.
Ils lui demandèrent de décliner son identité, ce qu ’elle fit. En fait c’était le propriétaire qui les intéressait. Bien que détestant cela, elle fut dans l’obligation de coopérer un minimum en leur indiquant le nom de l’agence.
Ils émirent vaguement l’idée de fouiller la maison. Elle faillit leur demander s’ils avaient un mandat, comme dans les films. Ce n’était pas pou r maintenant, ils préféraient passer à l’agence avant.
- Et je peux savoir ce qu’a fait monsieur B. ?
- Non madame. Les secrets de l’enquête ne nous perm ettent pas de vous dire quoi que ce soit. Et de toute façon, moins vous en saurez, m ieux ce sera pour vous.
Tentative d’intimidation ? Si c’était cela, c’était réussi.
Béatrice n’avait aucune envie de se frotter à ces p oliciers. Sa curiosité avait malgré tout été éveillée. Qu’avait-il bien pu faire ? Probablem ent une affaire de gros sous. Avec toutes ces maisons dont il semblait être propriétai re… Il faudrait quand même qu’elle parvienne à ouvrir ce petit coffre avant que les po liciers ne viennent perquisitionner. Peut-être y découvrirait-elle la clef du mystère ?
Cet épisode lui remémora la fin de son entreprise. L’huissier était lui aussi arrivé accompagné de deux policiers pour constater et soul igner son cuisant échec.
Elle avait été très fière de pouvoir éditer des liv res au bas desquels figurait le nom qu’elle avait choisi : « Les éditions des bûcherons », en référence au nom de la rue qu’elle habitait.
Juste à côté de chez eux, une maison était inhabité e. En accord avec Jacques, son mari, elle avait contacté le propriétaire qui avait consenti à lui louer pour un prix raisonnable.
L’aventure avait pourtant bien commencé. Initialeme nt prévue pour abriter un couple et un ou deux enfants, il y avait deux chambres, la de meure avait vite été transformée en petite entreprise, grâce à l’esprit pratique de Béa trice. En visitant les greniers de ses mère et belle-mère, elle trouva des meubles qu’elle réhabilita à grand renfort de ponceuse et cireuse : vieille commode, buffet très démodé, des tables qui serviraient de bureau, le tout complété par quelques achats d’o ccasion sur Internet.
La première année, elle avait pris un congé pour cr éation d’entreprise et n’avait pas coupé les liens avec son emploi de salariée, au cas où… Quand elle avait voulu reconduire cet accord avec son patron, on lui avait signifié qu’il fallait qu’elle démissionne ou qu’elle reprenne son poste, ce qui é tait hors de question. Ça voulait dire qu’elle exercerait cette activité d’éditeur sa ns filet, sans droit à l’erreur. Ce qu’elle fit, l’année de ses cinquante ans. C’était tard, pr obablement déjà trop tard. Cela avait contribué à faire basculer l’équilibre existant dan s son couple, elle en était consciente. Son rythme de vie avait changé. Bien que travaillan t à deux pas de chez elle, elle était beaucoup moins présente à la maison.
C’était l’époque où l’on avait commencé à lui dire qu’elle avait l’air fatiguée. Et pour cause, deux énormes « valises » soulignaient ses ye ux. Quand elle était petite, sa mère lui répétait souvent qu’elle avait une mine d e « papier mâché ». Chaque hiver, le médecin de famille lui faisait ingurgiter des tonne s de fortifiant, sous forme d’ampoules buvables, dont la simple vue lui donnait des haut-l e-cœur. Et rien n’y faisait. Eh bien c’était pareil pour les cernes. Aucun repos ne pouv ait les effacer. Et d’ailleurs, elle ne se sentait pas fatiguée du tout, bien au contraire. Elle débordait d’énergie lorsqu’elle créa sa petite entreprise.
Une fois la porte refermée derrière les deux hommes en uniforme qui lui avaient promis une autre visite, elle ne regagna pas de suite le r ez-de-chaussée. Elle remonta
rapidement sur la chaise qu’elle avait déjà utilisée la veille au soir et retrouva la clef de l’armoire. La serrure ne résista pas. Elle se souv enait avoir replacé le petit objet métallique en bas du meuble, mais… Elle souleva che mises, classeurs et dossiers, en vain. Le coffre n’y était plus. Comment était-ce po ssible ? Cela voulait dire que quelqu’un était passé après sa visite d’hier soir. Elle se rappelait très bien avoir senti une présence. Y avait-il un homme caché juste là, d errière ce mur ? Un énorme frisson lui traversa tout le corps. Elle était venue ici po ur trouver la paix et la tranquillité. Elle ne supporterait pas être envahie par cette peur paniqu e qu’elle sentait monter en elle. Elle se mit à fouiller tout le sous-sol, à la recherche d’indices prouvant qu’un être humain avait séjourné ici hier au soir. Une porte fermée à clef donnait directement sur le jardin. L’intrus avait dû passer par là. Pourtant la porte était toujours verrouillée. Il devait avoir la clef. Il s’agissait probablement de quelqu’un qu i connaissait la maison. Le propriétaire lui-même ? En fauteuil roulant, imposs ible. Ou bien avait-il envoyé quelqu’un ? Et pourquoi venir de nuit ? Il aurait t rès bien pu venir frapper à la porte, c’était encore sa maison.
Elle décida qu’elle ne devait à aucun prix rester d ans cette villa. Pas une nuit de plus, impossible !
Elle irait à l’agence et demanderait à changer de l ocation.
L’établissement se trouvait sur le port, très bien situé, sur un lieu de passage obligé des nombreux touristes qui débarquaient chaque été. Ils auraient forcément autre chose à lui proposer !
Avant toute chose, elle avait une féroce envie d’un grand café. Le « café de la marine » jouxtait l’agence, elle ne résista pas. L'établisse ment faisait aussi hôtel.
Les rares clients installés au comptoir la dévisagè rent. Les touristes n’étaient pas nombreux à cette époque de l’année. Elle opta elle aussi pour un tabouret de bar, à côté de deux hommes au visage buriné qui jouaient a u 421.
- Un grand café noir s’il vous plaît.
- Oui madame. En vacances ou seulement de passage ?
- En vacances. Je loue une villa dans la rue de l’a bbé Jourdan.
- Quelle agence ? La « Titouan » ?
- Oui, celle juste à côté de chez vous.
- Méfiez-vous, ils n’ont pas bonne réputation.
- Ah bon ? Spécialistes des arnaques ?
- Oui et pas que ça. Il y a eu des disparitions da ns deux de leurs locations.
Gloups ! Elle avala une gorgée de café de travers e t failli recracher.
- Mais n’ayez pas peur ma petite dame, c’était il y a bien longtemps tout ça.
- Longtemps, c'est-à-dire ?
- Je ne sais plus trop.
Il interpella l’un des clients :
- Hein Marcel, c’était quand la disparition dans la villa là-bas ?
- Ça doit bien faire quatre ou cinq ans.
- Ah oui, pas si longtemps. Pour tout vous dire, j’ ai déjà eu la visite de la police ce matin, ils cherchaient le propriétaire.
- Qu’est-ce que je vous disais ! Méfiez-vous.
- Je vais aller les voir et tenter de casser le con trat de location. Le souci, c’est qu’il faudra que je trouve un autre hébergement après ça !
- On fait pension complète ici, si ça vous dit. On a cinq chambres, toutes libres, vous avez le choix. Je vous ferai un petit prix, parce q ue c’est vous…
- C'est-à-dire ?
- Allez, pour cinquante euros TTC, la chambre et le s trois repas. Ça vous irait ?
- Je ne dis pas non.
- En plus, vous aurez vue sur le port. Pas désagréa ble non ?
- J’avoue que c’est tentant.
- Et puis vous vous sentirez moins seule ! Enfin, p eut-être que c’est ce que vous recherchez, la solitude…
- Oui peut-être…
Elle ne savait plus vraiment ce qu’elle recherchait. Cet exil en solitaire, elle l’avait choisi pour essayer d’y voir plus clair, mais aussi pour s ’habituer à sa vie comme telle, sans lui.
- Enfin, je ne veux pas être indiscret.
- Non, non, ne vous inquiétez pas.
Il lui plaisait bien ce barman. Le visage buriné, l ui aussi, une grosse moustache, la cinquantaine bien tassée, fort sympathique.
- J’ai fini Dominique ! Je fais quoi maintenant ?
Une vieille femme venait d’apparaître à la porte qu i donnait probablement sur la cuisine.
- Les patates Jeannette, tu attaques les patates ma intenant.
- Ah oui, c’est vrai.
Elle disparut derrière la porte. Les deux clients a u bar riaient sous cape.
- Vous marrez pas les gars. Ça peut vous prendre à tout moment.
Il me regarda et m’expliqua :
- C’est Jeannette, une voisine qui tient absolument à m’aider pour la cuisine, mais elle n’a malheureusement plus toute sa tête. Elle me ren d bien service malgré tout.
- Je vous remercie pour tout. Je peux réserver mon couvert pour ce midi ?
- Sûr. Votre nom ?
- Béatrice Valentin. Je vous redirai pour la chambre.
Elle sortit du bar et se dirigea vers la vitrine « tape à l’œil » qui exposait des photos de magnifiques villas au dessus desquelles on avait ra jouté en gros « vendu ». Elle se dit qu’il faudrait qu’elle soit ferme. Ses finances ne lui permettaient pas de payer deux locations et elle tremblait à l’idée de dormir à no uveau dans la villa.
- Écoutez Madame, ce n’est absolument pas possible. Nous avons déjà fait parvenir votre règlement au propriétaire. Nous pouvons vous reloger, mais il faudra acquitter un nouveau loyer.