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Vers le bleu - Impressions algériennes

De
416 pages

Contournant la mer bleue, aux vaguettes d’argent doucement clapottantes et qui miroitent sous le fier soleil, en la splendeur du jour éclatant, se dessine au regard un hémicycle immense.

C’est l’inoubliable baie d’Alger, et c’est la vieille terre d’Afrique, toujours absconse, qui se déploie, radieuse, en sa majesté !

A droite, dentelée de roches aiguës, la PointePescade, surmontée du mont Bouzaréa où pointent, dans le vert, de blanches maisons.

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À propos deCollection XIX
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E.-A. de Molina
Vers le bleu
Impressions algériennes
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
On me dira qu’il faut être pourvu d’une notable dose de présomption pour oser, encore, prendre comme sujet l’Algérie, sur laquelle, — c’es t convenu, — tout a été dit, — et même davantage ! Eh bien ! non, tout n’a pas été dit. Existe-t-il d’ailleurs un seul sujet sur lequel on ait tout dit ? Sans parler des différences fondamentales apportées à l’appréciation d’un sujet par le point de vue auquel on se place pour le traiter, pa r le côté sous lequel on l’envisage : politique, économique ou scientifique (j’en passe l es multiples sous-divisions), et à ne considérer que la seule face intéressant l’observateur, l’artiste et le poète, n’est-il pas vrai de dire que chacun voit la même chose d’un œil différent ? Et ces impressions, si variées, si autres, si oppos ées parfois, doivent fatalement résulter des multiples conjonctures qui en changent foncièrement le caractère : tempérament, humeur, dispositions accidentelles, état de santé, circonstances fortuites, favorables ou défavorables, — tout cela ne doit-il pas entrer en ligne de compte comme facteur déterminant la nature et la vivacité, l’acuité de l’impression ressentie ? Et n’est-il pas mille faits intéressants, mille tra its de mœurs, mille détails caractéristiques et frappants, qui échappent à l’observateur le plus chercheur et le plus minutieux, et qu’il sera donné à tel autre de glaner ? Et si tout cela est indiscutable en thèse générale, on peut, d’une façon plus formelle encore, l’affirmer en parlant de l’Algérie, pays encore neuf, quoique si voisin, habité par des races si mêlées, hybrides, mystérieuses presque , aux mœurs si différentes des nôtres, dont le mélange n’est qu’apparent, et dont le caractère et les aptitudes sont, en général, si réfractaires à s’assimiler la civilisation telle que nous la comprenons. En vérité, ce vaste territoire aux aspects si divers, au climat merveilleux, royaume du soleil, aux populations si étranges, est pour l’obs ervateur, artiste ou poète, un champ d’étude et d’impressions presque inépuisable.
* * *
Il n’entre point dans mes intentions d’entreprendre ici, — on le comprendra et l’on m’en saura gré, — une description géographique, politiqu e ou économique, laquelle serait fastidieuse autant qu’interminable, et qui été faite et refaite dans de nombreux ouvrages spéciaux. Mon seul but est de faire revivre des imp ressions ressenties, des scènes vécues, des tableaux-types évoquant, en cette Afrique du nord déjà mystérieuse, l’âme de la Nature en ses multiples et sublimes manifesta tions ; l’état d’esprit et l’essence intime de l’indigène, être simple et complexe, aux sentiments enfantins et compliqués ; être fermé et presque inaccessible, aux instincts b rutaux, vicieux et primitifs, enserré dans l’Islamisme, et dont le sentiment dominant et irréductible est la haine duRoumi,du maître abhorré. Ces épithètes appliquées à l’Arabe paraissent, entre elles, s’exclure et se contredire, et n’être qu’un paradoxe. Rien n’est pourtant plus vrai. L’Arabe est un enfant pétri de mauvais instincts, doué d’une invincible paresse, et dont l’unique souci apparent est de ne rien faire ; un rien l’amuse, et sa vie se passe à dormir, jouer, fumer et boire du café. Rien ne le fera sortir de sa torpeur, si ce n’est la nécessité
et l’esprit de rapine. Nul peuple, je crois, n’est plus foncièrement voleur. La chose a été souvent répétée ; elle est strictement vraie. L’Arabe vole pour voler, n’importe quoi, des objets même qui ne peuvent lui être d’aucun usage. Nul peuple, non plus, n’est plus profondément immoral, et la prostitution a pris chez lui un développement presque inconnu ailleurs. Elle est même en honneur chez certains. C’est avec une résignation apparente que l’indigène se courbe, imbu du fatalisme musulman, sous le joug de la domination étrangère. La soumission est feinte, le dévouement et l’affection, la cordialité, dont il f ait étalage avec ostentation, sont de l’hypocrisie, et que vienne l’occasion, que les prédications ou les excitations de quelques marabouts influents réveillent et exaspèrent son fa natisme, et l’on assiste alors à des réveils foudroyants et l’on voit éclater soudain quelqu’une de ces terribles et sanglantes révoltes dont on n’a pas perdu le souvenir. Ceci est vrai surtout pour l’Arabe extra-urbain et particulièrement pour le nomade qui, moins surveillé, plus abandonné à lui même, a plus de latitude pour se livrer à ses mauvais instincts, pour obéir aux impulsions malsaines des fauteurs de troubles. L’indigène des villes, lui, est moins à craindre, parce qu’il est placé directement sous la coupe de l’autorité, et qu’un soulèvement de sa part ne serait pas possible, mais ce n’est pas l’envie qui lui en manque, et ses sentiments intimes ne sont pas différents. On peut, d’ailleurs, porter le même jugement sur le Kabyle, race tout à fait distincte, plus ancienne que la race arabe proprement dite, et dont les origines sont assez obscures. Les Kabyles, au contraire de l’Arabe, sont actifs et industrieux, mais, au fond, ils ne valent guère mieux. Tous, au surplus, sont fort malpropres et triomphalement pouilleux.
* * *
La plaie de l’Algérie, on l’a répété bien souvent, ce sont les juifs. Détenant en leurs mains la plus grande partie de la fortune publique, imbus d’un insatiable esprit de domination, dénués de scrupules, émancipés par le décret Crémieux, ils tendent sous main vers ce seul but : s’accapare r le monopole, non seulement du commerce, mais de l’administration ; de par la tout e-puissance de l’Argent, ils tiennent sous leur dépendance et sujétion tout le petit commerce et même en partie le gros, ainsi que la population indigène. Aussi sont-ils honnis p ar la plupart des colons chrétiens, et quant aux Arabes, s’ils haïssent les chrétiens, ils tiennent en indicible exécration les fils d’Israël ! J’ai assisté, à ce propos, à une scène bien typique. Vaguant un jour par les sombres ruelles de la Kasbah d’Alger, j’aperçus, assise sur le seuil d’une porte, une jeune femme indigène que son costume dénonçait comme appartenant à la classe innombrable des filles. Debout devant elle, un jeune homme bien mis semblait lui conter fleurette. Tout à coup, la fille se redresse, un éclair de fur eur dans les yeux, braque vers le galant un doigt menaçant et s’écrie en français : « Tu es un juif ! » L’homme veut insister ; mais elle, au comble de l’indignation, vivement se lève et, avec un geste de menace : « Va-t-en, sale juif ! » Interpellé de la sorte, sentant hostile l’attroupem ent qui s’était formé, le jouvenceau, piteux et confus, s’éloigne vivement, poursuivi jusqu’au bout de la rue par des :sale juif! de plus en plus accentués. Puis, apercevant au prem ier rang ma figure d’étranger, sur
laquelle se lisait sans doute un vaste point d’inte rrogation, la femme ajoute à mon adresse, en guise d’explication : « Ce n’est pas unMonsieur,c’est un sale juif ! »
* * *
Je n’ai point, je l’ai annoncé déjà, l’intention de m’étendre sur le système administratif, militaire et judiciaire en vigueur en Algérie ; tout cela est amplement connu. Mais je veux cependant dire deux mots d’une institution relativement récente introduite dans le régime judiciaire de cette colonie, institution peu ou mal connue, sur laquelle, — à tort selon moi, — des flots d’encre et de sensiblerie mal plac ée ont été répandus : je veux parler destribunaux répressifs,crées spécialement pour juger les délits innombrables, dénotant un esprit malfaisant vraiment inquiétant,commis parlesindigènes. La raison d’être de cette juridiction fort judicieu se, en vigueur seulement sur les territoires civils,repose sur les principes suivants : 1° Qu’une infraction non suivie d’une répression im médiate, mais jugée souvent un temps fort long après qu’elle a été commise, ainsi qu’il est d’usage avec la procédure des tribunaux ordinaires, perd les trois quarts de son efficacité, si elle n’est point complètement illusoire ; 2° Que l’instruction et le jugement d’une infractio n en laville chef-lieu, c’est-à-dire, dans l’espèce, à une distance souvent énorme de l’e ndroit où elle a été commise, échappe, ainsi que la répression, à la connaissance des congénères du coupable, sinon à son entourage, et que ledit coupable semble ainsi jouir de l’impunité, puisque sa punition ne frappe point l’esprit des populations locales et intéressées ; 3° Que, pour avoir toute sa valeur morale, une sentence et la punition qu’elle comporte doit être rendue et infligée, au moins en partie, par des congénères du délinquant. Partant de là, on a crée, au siège de chaque territoire civil, un tribunal spécial composé du juge de paix comme président, assisté de deux assesseurs : l’un, un français notable de l’endroit, l’autre un chef arabe. L’instruction se fait par le parquet du commissaire de police. Celle-ci doit être parfaite et le jugement rendu da ns la huitaine de la constatation du délit. L’instruction préliminaire et l’instruction à l’aud ience ont lieu dans les formes ordinaires ; les interrogatoires se font en français, avec l’aide d’un interprète assermenté, dont les traductions sont contrôlées, naturellement, par le juge assesseur indigène. Un décret du 9 août 1903, est venu, au surplus, sup primer la plupart des griefs soulevés contre l’institution. Ainsi, le condamné a maintenant le droit d’appelen tout état de cause,peine dépassait unqu’il n’avait antérieurement que lorsque la  droit emprisonnement de 6 mois. Ce décret lui permet aussi de se faire assister par un avocat, un avoué ou unoükil judiciaire (défenseur indigène) ; auparavant, il était obligé de se défendre lui-même. Le condamné, le ministère public et la partie civil e peuvent interjeter appeldans les re deux joursdu prononcé du jugement, les appels sont jugés par le tribunal de 1 instance de l’arrondissement. Le tribunal répressif peut édicter des peines allant jusqu’à 5 ans d’emprisonnement. L e scrimespar des indigènes sont jugés par des cours  commis criminelles nouvellement installées et non par les Assises, qui ne s’occupent que des européens, Les enfants ne sont poursuivis que lorsqu’ils ont 1 2 ans accomplis. Ils peuvent être, alors, envoyés dans une maison de correction. On ne les poursuit, au surplus, qu’en cas
de faits particulièrement graves. En somme, l’indigène est placé aujourd’hui, en ce q ui concerne les garanties et les droits de la défense, à peu près sur le même pied q ue l’Européen, et il ne reste guère debout que le fait d’une sévère juridiction exceptionnelle. Ajoutons qu’enterritoire militaire les indigènes sont jugés par lesBureaux arabes, et que cette juridiction est infiniment plus sévère. En présence de ces dispositions légales, telles qu’ elles sont établies aujourd’hui, et sauf ce que je dirai plus bas, je ne vois plus rien qui puisse encore donner prise à la critique des humanitaristes quand même ; et, par contre, j’ai pu constater qu’il y a là un instrument de répression, non draconien, ne laissan t aucune place à l’arbitraire, et des plus efficaces pour mater et contenir ces populatio ns sournoises, perverses et portées aux pires excès. Que les indigènes estiment la chose encore trop sévère et continuent à s’en plaindre, cela s’explique et se comprend de reste ; les malfaiteurs trouvent toujours que la loi est trop dure. Mais n’est-ce pas là une preuve des plus péremptoires que le remède les a touchés au bon endroit ? Je trouve cependant à cet organisme un défaut qui m e paraît capital, et qu’on pourrait corriger aisément, ce qui enlèverait aux intéressés un de leurs principaux motifs de critique : pourquoi les délinquants ne sont-ils point jugés dans leur langue ? Il est incontestable qu’un tribunal où le comparant ne comprend pas ce qui se dit et se passe, où l’interrogatoire, le réquisitoire, les plaidoiries, le jugement sont formulés en une langue qu’il ne connaît ni n’entend, présente pour lui, — surtout lorsqu’il s’agit, comme dans l’espèce, de gens d’un esprit primitif et part ant soupçonneux, — un caractère de suspicion et d’hostilité évident. Comment voulez vous, dans ces conditions, provoquer la sincérité, gagner la confiance, faire appel aux bon s sentiments de gens qui ne vous comprennent pas et voient en vous, non des juges, mais des ennemis ? Il y a là certainement une lancune. Et cette lancune serait d’autant plus aisée à combler que la langue arabe est facile, et qu’on peut apprendre à la parler couramment en peu de temps.
* * *
L’Algérie apparaît comme une sorte de caravansérail international où se presse, se coudoie, s’amalgame le plus étrange mêli-mêlo, le p lus bizarre assemblage de types divers, d’échantillons innombrables des races les p lus disparates. Cela est vrai surtout pour les villes d’une certaine importance, dont la population hybride, hypothétique, est de classification malaisée. En effet, outre les Français — colons, soldats, fonctionnaires ou résidents temporaires qui semblent, —ravi nantescomme submergés dans le flot cosmopolite et — indéterminable d’individualités de tout poil et des provenances les plus abstruses, — il faut compter la nombreuse population indigène : ara be, kabyle, juive, qui présente des échantillons de types les plus divers et les plus v ariés : Kabyles blancs du Djurjura, Kabyles bruns, Touaregs, Chaouïas ; Rhouara, ou Arabes du Sahara, qui sont presque noirs ; Coulouglis, ou métis de Turcs et de femmes indigènes, offrant des particularités de la race jaune. Ajoutez à cela de nombreuses colonie s d’Espagnols, une foule d’Italiens, de Maltais, beaucoup de nègres, venant principaleme nt du Soudan, et vous aurez une extraordinaireolla podridaeurshumains, apportant avec eux leurs mœurs, l  d’êtres coutumes, langages, costumes distinctifs ; un ensemble disparate évoquant l’antique tour
de Babel, au milieu duquel il est presque impossible de se reconnaître.
* * *
Quelle opinion faut-il, en manière de conclusion, formuler sur l’avenir réservé à un tel pays ? La mienne, faut-il le dire, est pessimiste, et j’es time qu’on n’en peut rien augurer de favorable. Voilà des territoires immenses, dont la plus notable partie se compose de sols arides, de forêts à perte de vue, de rochers nus ; d’une in commensurable partie désertique à peine abordable ; peuplée d’une quantité minime, pr esque infime, de colons français insuffisamment protégés, perdus et noyés au milieu de populations qui leur sont hostiles ; habitée, pour le surplus, par des Européens miséreu x et avides, qui consomment plus qu’ils ne produisent, et, pour l’immense majorité, par des populations disparates, bigarrées, sournoises, de mœurs et d’esprit les plu s différents, mais toujours mauvais. Qu’attendre de bon de populations indigènes ne respirant que la vengeance, la révolte ; pour lesquelles le vol est méritoire, le rapt, vertu, le meurtre, glorieux ? — de gens, pour la plupart foncièrement paresseux, incapables de comprendre la bonté, le dévouement, la pitié, la charité, et n’attribuant la bienveillance qu’on leur témoigne qu’à la crainte qu’ils inspirent ? Quelle cohésion, quelle concorde, quelle confiance réciproque, quel rapprochement indispensable peut-on espérer voir naître, entre de s éléments aussi peu faits pour s’entendre ? Joignez à cela le manque d’unité dans l’administrat ion, en partie civile, en partie militaire ; juridictions parallèles se paralysant et entrant en conflit au lieu de s’entr’aider, ayant des sphères d’action et d’influence indiquées en principe, mais, en pratique, mal définies. Jetez là-dessus, brochant sur le tout, le grappin d’Israël, détenant la fortune publique, arbitre des transactions commerciales, aspirant à u ne main-mise complète, et dont l’influence, chaque jour, tend à se vouloir affirmer plus prépondérante... En vérité, — et c’est là d’ailleurs l’opinion d’une foule de gens sérieux, connaissant à fond le pays et ses ressources, — il faudrait une transformation complète et radicale des conditions actuelles, pour voir naître l’espoir d’un avenir vraiment prospère, et pour faire de l’Algérie une colonie florissante.
* * *
Ces considérations paraîtront sans doute oiseuses, intempestives et hors de saison, au début d’un livre comme celui-ci, dont les questions sérieuses devraient être bannies ; mais la nécessité s’imposait de remémorer sur l’Alg érie, et surtout sur ses habitants, certaines données préliminaires, indispensables à la compréhension des scènes vécues décrites au cours de l’ouvrage ; et, en outre, je n’ai pu résister au désir d’exprimer dans un livre tout d’impressions, celles qui, — pour moi, et par-dessus toutes les autres, — se sont dégagées, les plus intenses et les plus impérieuses, de l’étude et de l’observation de ce beau pays.
AVANT-PROPOS
En Algérie, comme en toutes contrées, certains lieux sont typiques et quintessentiels, et ce serait s’exposer à de fastidieuses redites et courir au-devant de la banalité, que de vouloir tenter la peinture et la description de tou s les endroits parcourus, qui ne présentent, la plupart du temps, qu’un intérêt seco ndaire, que des particularités de mœurs ou de pittoresques aspects moins intenses que ceux déjà étudiés et observés, dans toute l’harmonie de leur ensemble, aux endroits-types qui les réunissent tous. On peut dire qu’en Algérie il faut visiter trois villes et les pays environnants : Alger, le littoral ; Constantine, la montagne ; Biskra, l’oasis et le désert. Si l’on y joint la Kabylie, qui offre un champ d’ét ude du plus haut intérêt, on aura recueilli l’ensemble des impressions engendrées par tout le pays. Et si, non content de s’assimiler l’âme de cette te rre qui est le seuil de l’Orient, on aspire à se faire une idée presque adéquate de ce q u’est cet Orient si lumineux, il faut pousser jusqu’à Tunis, qui présente un tableau bien exact de la ville orientale.
* * *
Tel était mon plan. Il était fort beau, ce plan ; — judicieux et raisonné. Il n’avait qu’un seul défaut : celui d’avoir été élaboré par un fantaisiste de ma trempe, dont la dominante, — qualité ou défaut, comme on voudra, — est de ne lâcher son sujet qu’après en avoir exprimé l’essence intégrale, tout ce qu’il peut donner. Et delà il advint que fut départi à mon plan, — sans comparaison, d’ailleurs, — le sort de plusieurs autres plans demeurés celèbres, qui ne furent jamais exécutés. Débarqué à Alger, je trouvai là, contre mon attente, de si nombreux sujets d’étude, et combien captivants, que j’y demeurai deux mois enti ers, acagnardé dans un fouillis d’impressions, intenses autant que multiples et imp érieuses, dont je ne pus m’arracher avant d’en avoir débrouillé le fil, et fixé, par un e assimilation complète, l’adéquate physionomie. Et, les chapitres, se succédant, arrivèrent à former la matière d’un volume ; si bien que de l’exécution de mon plan primitif, — mon beau pla n ! — résulterait toute une série de volumes, d’absorption indigeste. Il m’a donc fallu procéder par voie de sélection, e t j’estime qu’avec Alger, et formant avec celle-ci un puissant contraste et une vive opposition, la partie la plus intéressante, la plus suggestive, la plus étrange de l’Algérie est, sans contredit, la partie désertique, — le Sahara. Et c’est pourquoi, délaissant à peu près la Kabylie, Constantine, les montagnes, et les steppes des Hauts-plateaux, d’emblée nous irons d’A lger à Biskra, — et de là jusqu’à Tunis, si nous pouvons.... Et même, pour cette fois, nous ne pourrons pas !...
AD dÉSERT. — Oasis.