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Vie d'André Saurin - Vicaire général du diocèse de Fréjus

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170 pages

André Saurin naquit le 7 février 1759, à Seillans, village très ancien, entre Draguignan et Grasse, au pied d’une montagne qui l’abrite au nord et rend son climat agréable. Ses parents, dans un état d’honnête médiocrité, menaient une vie exemplaire, remplissaient tous leurs devoirs de chrétiens et faisaient du salut leur affaire principale. Les gens de la campagne avaient conservé l’antique foi ; la plupart des maisons étaient comme des églises domestiques.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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À propos de Collection XIX

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Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…

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Abbé Saurin

Vie d'André Saurin

Vicaire général du diocèse de Fréjus

PROLOGUE

Je sortais de l’enfance, lorsque la mort ravit à ce diocèse mon bienheureux oncle Saurin. Son éloge était dans toutes les bouches. Je trouvai dans son souvenir une puissante protection, sans laquelle je n’aurais pu monter les degrés du sanctuaire. Ma plume lui consacre ce faible essai, comme un hommage de ma reconnaissance.

Depuis longtemps plusieurs amis me pressaient d’écrire cette vie admirable. Ma jeunesse et le défaut de quelques documents m’avaient arrêté jusqu’à ce jour. Dieu m’ayant ramené dans mon pays après une longue absence et m’accordant quelques loisirs, je trace ces lignes qui serviront du moins à l’édification de ma famille. Puissions-nous copier le beau modèle que nous avons sous les yeux et mériter aussi la couronne de gloire !

Tout ce que je vais dire sur Saurin est puisé dans les quelques papiers qu’il a laissés, et dans les renseignements que m’ont fournis des personnes qui le connurent particulièrement, lorsqu’il était sur la terre. C’est une simple narration, mais qui ne manquera pas d’intérêt et fera sur mes lecteurs une impression salutaire, comme j’en ai l’espoir et le désir. Le sujet m’offre quelquefois l’occasion de faire une courte morale ; je pense qu’elle sera goûtée et mise en pratique. Plaise à Dieu que ce petit travail contribue à sa gloire, ainsi qu’au bien de ses serviteurs !

L’abbé SAURIN,
Missionnaire Apostolique.

AVERTISSEMENT

Je ne pensais pas livrer à l’impression mon écrit, que je n’avais destiné qu’à ma famille ; mais quelques confrères savants et pieux, en ayant pris connaissance, m’ont conseillé de le rendre public, persuadés que sa lecture pourrait édifier les âmes. Ce livre est pauvre de forme, mais riche de fond ; il contient les exemples de vertu que nous a donnés un prêtre, dont le souvenir est encore vivant. Je souhaite qu’il soit utile à mes chers compatriotes. Puisse celui dont j’entreprends l’histoire trouver parmi nous de nombreux imitateurs ! Que la foi se conserve et s’accroisse dans notre belle Provence ! Que la Vierge Immaculée abaisse un doux regard sur ce pays, où tout respire son culte, et qu’elle daigne y répandre les trésors de la grâce, qui lui sont confiés !

CHAPITRE Ier

ENFANCE DE SAURIN

André Saurin naquit le 7 février 1759, à Seillans, village très ancien, entre Draguignan et Grasse, au pied d’une montagne qui l’abrite au nord et rend son climat agréable. Ses parents, dans un état d’honnête médiocrité, menaient une vie exemplaire, remplissaient tous leurs devoirs de chrétiens et faisaient du salut leur affaire principale. Les gens de la campagne avaient conservé l’antique foi ; la plupart des maisons étaient comme des églises domestiques. Pierre Saurin et Marguerite Milet prirent soin d’inspirer à leur nombreuse famille des sentiments de religion ; ils faisaient chaque soir la prière en commun ; ils voulaient laisser à leurs enfants la vertu, comme le plus riche et le plus solide héritage. André profita de cette première éducation et porta le joug du Seigneur dès sa plus tendre jeunesse. Son cœur formé d’aussi bonne heure à l’amour du bien ne s’ouvrit jamais au vice. Il ne cessa de régler sa conduite sur les leçons et les exemples reçus sous le toit paternel. A l’exemple du divin Enfant, il croissait chaque jour en sagesse ; il était semblable à l’arbuste, qui répondant à la bonne culture, s’élève et promet de donner des fruits en son temps.

Le père d’André Saurin désira lui donner un peu d’instruction et seconder les dons heureux qu’il tenait de la nature. Simple artisan, il ne pouvait supporter une grande dépense ; au reste, il ne formait pour l’avenir de son fils aucun projet d’ambition, Heureusement, à cette époque, Seillans possédait un collége, que tenaient gratuitement des Pères de la Doctrine chrétienne. Sous ces excellents maîtres notre enfant fit de rapides progrès. Il jouissait d’une mémoire prodigieuse ; aimant à cet âge le jeu, les courses dans la campagne, il ne jetait souvent sur les livres qu’un rapide coup d’œil et toujours il récitait ses leçons sans faute. Il se distinguait déjà parmi ses condisciples. Dans un examen public, un élève nommé Pastoret, qui s’élèvera plus tard au faîte des grandeurs, ne pouvant répondre aux interrogations, Saurin est appelé pour prendre sa place ; en cette occasion il fait preuve d’une intelligence si précoce qu’il est applaudi par tous les assistants.

Le jeune Saurin montre d’heureuses dispositions pour la vertu. Docile aux inspirations de la grâce, il s’attache au service du souverain Maître et lui jure une inviolable fidélité. Il conçoit pour le péché l’horreur la plus vive, il évite jusqu’à l’apparence du mal, il s’éloigne avec soin des sociétés qui pourraient nuire à son innocence ; entré dans la bonne voie, il y marche d’un pas ferme. Dès lors il aime les pauvres, ces membres souffrants de Jésus-Christ. Je veux en preuve citer un petit trait : cet enfant charitable voit un indigent qui demande l’aumône à la porte de la maison paternelle, il s’empresse de lui porter un pain, et sa mère le grondant sur cette libéralité : « Ne craignez rien, lui dit-il, Dieu, comme un bon père, daignera pourvoir à nos besoins ; il a promis de nous tenir compte d’un verre d’eau froide que nous donnerions pour son amour. » Indice heureux de ce qu’il sera dans un autre âge ; il passera sur la terre en faisant du bien, suivant l’expression d’un évangéliste.

Saurin se montre plein de respect et d’obéissance envers les auteurs de ses jours, qu’il regarde comme les représentants de Dieu même. Sa modestie et sa piété ne sont pas moins remarquables ; vous le prendriez pour un ange, lorsqu’il prie à l’église ou dans l’oratoire qu’il s’est construit près de son lit. Le soir, sa famille étant réunie, il est le lecteur de ce petit cercle. L’Imitation de Jésus-Christ et la Vie des Saints sont ses deux livres favoris. Cette lecture remplit son âme des plus beaux sentiments, la rend forte et généreuse. Heureux le chrétien qui, dès son enfance, s’applique à connaître et pratiquer le bien, qui s’efforce de suivre le divin Maître et ses fidèles disciples !

CHAPITRE II

SAURIN FAIT SA PREMIÈRE COMMUNION

Ce pieux enfant désire ardemment recevoir son Créateur. Il assiste assidûment au catéchisme qui se fait le dimanche à l’église et s’instruit avec soin de la doctrine chrétienne. Il s’approche tous les mois du tribunal de la réconciliation, confessant ses fautes dans toute l’amertume et la sincérité de son cœur. Il se sent soulagé d’un pesant fardeau, lorsqu’il voit le prêtre lever sur lui sa main sacrée et l’absoudre au nom de Jésus-Christ. Purifié dans le bain salutaire de la pénitence, il jouit de la paix et du bonheur ; son front abattu par la tristesse devient tout à coup serein. Ah ! l’amitié de notre Dieu peut seule nous rendre contents, même en ce monde.

Saurin voit luire ce beau jour qui doit mettre le comble à ses désirs ; c’est le 15 avril 1771. Revêtu de la robe d’innocence il entre dans la salle du festin et va s’asseoir à la table, où Dieu lui-même devient sa nourriture. Il éprouve une sainte frayeur, que tempèrent la confiance et l’amour. En cet heureux moment, que le joug du Seigneur lui paraît doux et son service agréable ! Il goûte des délices qui surpassent toute expression. Il pleure de joie et de tendresse. Son âme embrasse son Bien-aimé, le conjurant de demeurer avec elle dans le voyage court, mais pénible de la vie. Au sortir du Saint Temple, notre communiant est félicité par ses amis qui le regardent avec attendrissement et respect. Oh ! qu’il voudrait leur communiquer le feu du divin amour, dont il est embrasé.

A peine nous sortons de l’enfance, le démon, le monde et nos passions commencent à nous tenir un langage séducteur ; tout cherche à nous ravir le trésor précieux de l’innocence ; nous ne rencontrons que des piéges sous nos pas. Mais Jésus, la bonté même, accourt nous détourner du précipice, nous fortifier contre les attaques de nos ennemis. Nourris de son corps adorable, nous pouvons traverser l’âge si périlleux de la jeunesse. La visite du Sauveur laisse en notre âme un agréable parfum, que nous devons conserver avec soin. Ah ! que notre goût pour l’Eucharistie augmente avec notre âge. Approchons souvent de Jésus ; en lui nous trouverons le repos et le bonheur, que nous chercherions inutilement dans les créatures. Préférons les amertumes salutaires de la croix aux douceurs trompeuses du vice ; regardons le ciel et méprisons la terre.

Ayant mangé le pain des forts, Saurin se montre un généreux disciple du divin maître ; il embrasse avec courage le parti de la Croix. Il redouble de ferveur et de zèle, faisant de nouveaux progrès dans la vertu. Quelle obéissance à ses parents ! Quel recueillement à l’église ! Quelle exactitude à ses devoirs d’écoliers ! Comme le jeune Samuel, il fait ses délices d’habiter le saint temple ; il sert le prêtre à l’autel et fait fumer l’encens devant le trône de l’agneau sans tache. Sa bouche chante les louanges du Seigueur, ses mains parent le sanctuaire. Ainsi son cœur trouve dans le soin du culte divin un aliment à sa piété précoce. Dès lors apparaît son penchant pour le sublime état du sacerdoce. Plein de généreuses dispositions, il peut dire : mon cœur est prêt. Parlez, Seigneur, votre serviteur écoute. Que ne pouvons-nous tenir le même langage, ayant les mêmes sentiments ! Suivons les mouvements de la grâce. Nous sommes tous appelés à la sainteté ; rendons-nous dignes de notre vocation, comme dit l’Apôtre. Avant tout, cherchons le royaume de Dieu, comme nous le recommande notre divin Maître ; car nous ne sommes placés sur la terre que pour faire notre salut, posuit nos Deus in acquisionem salutis.

CHAPITRE III

SAURIN ÉLÈVE AU COLLÉGE DE DRAGUIGNAN

Saurin, plein d’ardeur pour l’étude, possède déjà les éléments de la langue latine ; il annonce des talents supérieurs. Ses maîtres ravis d’admiration pensent qu’il doit faire ses humanités et suivre une carrière libérale ; ils conseillent à son père de l’envoyer au collége de Draguignan, dirigé par les Pères de la Doctrine Chrétienne et qui jouit alors d’une grande réputation. Notre étudiant y va terminer ses classes ; mais la fortune de ses parents ne leur permettant pas de payer une pension, il est externe.

Plusieurs jeunes gens éprouvent combien le séjour d’une ville est funeste ; ils y vivent dans la dissipation et dans l’amour des plaisirs. Saurin, armé de courage et fidèle à ses devoirs, se préserve de ce danger. En sortant du collége il court s’enfermer dans sa petite chambre, ayant ses livres pour uniques compagnons. Je puis dire qu’il n’a qu’une seule passion, celle de l’étude. Il dévore toutes les difficultés de la science ; il brille parmi ses Condisciples les plus studieux et bientôt les efface. Il montre dans le cours de ses humanités une aptitude singulière à tout apprendre ; il est doué d’une brillante imagination qui le fait réussir dans les essais de littérature.