Voyage autour de Chambéry

Voyage autour de Chambéry

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Français
105 pages

Description

Un voyage, au long cours, autour de Chambéry

Était, depuis longtemps, en projet dans ma tête ;

Le sort a décidé que pour moi cette fête

Aurait lieu cejourd’hui — j’en ai fait le pari —

Du mois de juin le dix-septième,

De l’an quatre-vingtième,

Du siècle dix-neuvième.

Il est quatre heures du matin,

Quand j’abandonne ma couchette.

Bien longue n’est pas ma toilette,

Et, sac au dos, canne à la main,

Sans clairon, tambour ni trompette,

Je suis bientôt sur le chemin

De la fontaine Saint-Martin,

Une côte, rapide, ardue, haletante,

M’arrête ; il me faut la monter,

Avec peine hissant ma personne pesante,

Non sans pester.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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Date de parution 04 février 2016
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EAN13 9782346035601
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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C. J.
Voyage autour de Chambéry
Un voyage, au long cours, autour de Chambéry Était, depuis longtemps, en projet dans ma tête ; Le sort a décidé que pour moi cette fête Aurait lieu cejourd’hui — j’en ai fait le pari — Du mois de juin le dix-septième, De l’an quatre-vingtième, Du siècle dix-neuvième.
Il est quatre heures du matin, Quand j’abandonne ma couchette. Bien longue n’est pas ma toilette, Et, sac au dos, canne à la main, Sans clairon, tambour ni trompette, Je suis bientôt sur le chemin De la fontaine Saint-Martin,
Une côte, rapide, ardue,haletante, M’arrête ; il me faut la monter, Avec peine hissant ma personne pesante, Non sans pester.
Arrivé non loin de la source, Je suspends un instant ma course Pour admirer le superbe tableau Qu’au regard Chambéry présente à vol d’oiseau.
De l’Angelus,d’abord, écoutons la prière : Elle fait fuir l’Esprit malin.
Comme un voile ténu la brume du matin Couvre la cité tout entière, Estompant, légèrement, Les contours, indécis, de chaque monument.
Voici, d’abord, le quartier militaire, Où nos guerriers en herbe, étendus sur le flanc, Dorment encor, à l’unisson ronflant. Et, tout près, le noir sanctuaire, Où, sans miracle, assurément, Se fabrique la lumière, Fiat lux :et, subitement, Le gaz flambe et nous éclaire.
Plus loin, je vois, sur la hauteur, Du vieux Château la massive structure ; Puis, mon regard, errant à l’aventure, Du castel Blanc arrive au Sacré-Cœur, A la superbe colonnade, Et de ceparacletdes filles du Seigneur
Au palais de Thémis, à la plate façade.
Là-bas, je vois le Bon-Pasteur, Dont les brebis, du loup n’eurent point assez peur.
Ici, de noirs cyprès la funèbre verdure Couvre le champ de l’éternel repos : C’est là qu’après la mort sont enfouis nos os Dans la commune sépulture. Là, plus de maris jaloux, Plus d’épouse infidèle ; Là, des sentiments les plus doux Chaque épitaphe est le parfait modèle. En ce lieu, toujours, règne un silence discret, Et ses froids habitants peuvent, en confidence, Chuchotter entr’eux sans regret, Car personne n’y pense A trahir un secret. Là, jamais de querelle Ni procès de mur mitoyen ; Ni juge, ni greffier et toute la séquelle : Avocats, procureurs et notaires, plus rien Que la paix éternelle ! Séjour délicieux ; ni chagrins, ni soucis, Pas la moindre inquiétude : Un avant-goût du Paradis ! Et cependant, ô noire ingratitude ! Nous n’y voulons aller, jamais, qu’in extremis, Plus transis qu’un glaçon, aussi jaunes que l’ambre ! Pour moi, j’y cours tout droit : vite unDe Profundis, Et qu’on m’y donne, an plus tôt, une chambre En bois, en pierre ou en métal, Garnie ou non, ça m’est égal.
Puis, fuyant à perte de vue, De la Boisse, c’est l’avenue.
Dans le fond, splendide décor, La montagne du Chat et celle de Lépine Que du soleil levant la lumière illumine De sa poussière d’or.
A leur pied le beau lac que chanta Lamartine, Roule sans bruit le flot de son onde argentine.
A droite, et près de l’horizon, Voilà Lémenc, de Dieu l’antique forteresse, Dont la dévote garnison Va, tous les matins, à la messe.
De cette nouvelle Sion Nous allons, s’il vous plaît, faire l’inspection :
Voici d’abord les sœurs Visitandines, Chez qui virent le jour, nous apprend le disert Auteur deVert-Vert, « Les petits soins, les attentions fines. » Puis les dames du Mont-Carmel, Qui, tout auprès, ont dressé leur autel. Ici, maigre chère, abstinence : Là, confort, richesse, abondance. Plus d’un chemin conduit au Ciel : Ceci dit sans ombre de fiel. Les deux communautés saintes vivent entr’elles, — Chacune murée en son fort, — En union et bon accord, Sans batailles ni querelles. On dit bien — sotte invention — Que, de la Visitation La flèche aiguë, Perçant la nue, Rit, sur plus d’un ton, — Enutbémol, ensidièse — Du pauvre clocheton Des humbles filles de Thérèse. Mais, comme suis bon chrétien, De tout cela je ne crois rien.
Sur le penchant de la même colline La communauté Marceline, Tout récemment, a bâti sa maison. La place est bien choisie, et pour une prison Voudrais l’avoir toute ma vie, Et suis sûr que chacun aurait la même envie. Le spectacle qu’on a de cet endroit charmant Est pour les yeux un vrai ravissement, Cette milice formidable Ne doit pas redouter les attaques du diable. Si de s’aventurer par-là L’Esprit malin jamais s’avise, S’il en revient, il reviendra Sans cornes, sinon sans chemise, Et rira bien qui le verra.
Mais quittons le saint Mont. Voici la Martinière, Aux grands arbres touffus, Et, plus proche, le monastère Des Révérends Pères barbus. « Drelin, din, din, qui, là-bas, sonne ? »
— « C’est un frère lai capucin Demandant un morceau de pain. » — « Drelin, din, din ; qu’on le lui donne. »
A Saint-Benoît, qui suit, c’est l’hospitalité Pour ceux que maltraita la fortune ennemie ; Mais le pain tendre est dur, venant de charité, 1 Et d’y goûter n’ai nulle envie .
Mais j’entends un bruit de voix ; Je me retourne et j’aperçois Un couple femelle et mâle Me demandant la charité. La femme est maigre, sèche, pâle, Aux yeux méchants, au dos voûté. L’homme, difforme et cul-de-jatte, En se traînant tire la patte. C’est un couple bien assemblé : Le Diable, sûr, s’en est mêlé. Cette rencontre est un fâcheux présage. Je le combats selon l’antique usage Que le Piémont nous a légué, je crois : 2 Je crache et fais le signe de la Croix .
J’entends une autre voix, mais, celle-là, plaintive Et paraissant sortir du fond d’une maison, Non loin de là, laide et chétive. « Passant, — clame la voix, — cette affreuse prison Malgré moi me retient captive. Je suis la Nymphe de ces eaux Qui, courant par monts et par vaux, Portent en tribut à la Ville Boisson, fraîcheur, salubrité, Et dont le flot, pur et docile, Coule partout à volonté. Par sa vertu dépurative Mon onde rajeunit le sang ; Sans pareille pour la lessive, D’un noir elle ferait un blanc ; De la beauté, reconnaissante, Elle entretient les frais appas, Et la femme la plus charmante Sans elle ne le serait pas. A la vieillesse, en retrempant ses charmes, Par les ans détériorés, Elle fournit encor des armes Pour des combats inespérés.
Chaque jour voit faire, avec elle, Du grand miracle de Cana, — Qui les gens si fort étonna, — Plus d’une édition nouvelle. Enfin, de ma bonté chacun sent les effets, Et pour ne point parler du reste, Sans moi, depuis longtemps, l’on aurait eu la peste . Et, pour prix de tant de bienfaits, On m’enferme en cette masure, Étroite, humide, basse, obscure, D’où je n’entends, du matin jusqu’au soir. Que le patois des lavandières Jacassant autour d’un lavoir, Et disant tout, fors leurs prières. De mon sort la rigueur, A la fin, m’a lassée ; Immense est la douleur De mon âme, oppressée ; Je ressens la fureur
1 La maison hospitalière de Saint-Benoît a été fondée par le général de Boigne. On y reçoit, gratuitement ou à peu près, quarante pensio nnaires (vingt hommes et vingt femmes) âgés de 60 ans an moins. 2 La rencontre d’un infirme est considérée par beauco up de gens comme un fâcheux présage, que l’on conjure en crachant et en faisant le signe de la croix. Cette superstition paraît être d’importation piémontaise.