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Voyage poétique et pittoresque sur le chemin de fer du Nord

De
109 pages

PUISQUE c’est du Nord aujourd’hui
Que nous vient, dit-on, la lumière,
Sans plus tarder volons vers lui
Et que l’ombre reste en arrière !
Volons sans fatigue et sans peur
Sur les ailes de la vapeur.
De Paris à Berlin la route
Se fait ainsi, sans qu’on s’en doute,
— Pour ceux qu’un robuste sommeil
Ne dépose au but qu’au réveil.
O progrès divinisant l’homme !
Oui, de Paris Monsieur Prudhomme
Peut partir commençant un somme
Et ne se réveiller qu’à Rome !

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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À propos de Collection XIX

Collection XIX est éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…

Édités dans la meilleure qualité possible, eu égard au caractère patrimonial de ces fonds publiés au XIXe, les ebooks de Collection XIX sont proposés dans le format ePub3 pour rendre ces ouvrages accessibles au plus grand nombre, sur tous les supports de lecture.

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Les gravures qui illustrent ce volume sont empruntées à deux
Itinéraires de la collection des Guides Joanne de Paris
à Cologne et à Bruxelles, par M.A. Morel, et
de Paris à Boulogne, Calais et Dunkerque,
par M.E. Penel. Nous en devons la
communication à la librairie
Hachette.

Nicolas Martin

Voyage poétique et pittoresque sur le chemin de fer du Nord

De Chapelle et de Bachaumont
Jadis on lisait le voyage :
Prose et vers, un vif badinage
Qu’ils semaient par val et par mont.

 

Poussé par le même démon,
J’extravague encor davantage,
Car les vers sont mon seul langage ;
 — Mais considérez qu’Apollon

 

M’accompagne avec mainte Muse,
Et qu’il faut que je les amuse !
La prose les eût endormis.

 

Lecteur, point ne te prends en traître :
Ne lis pas ; je t’en laisse maître ;
Ne lis pas ; mais restons amis.

VOYAGE POÉTIQUE ET PITTORESQUE

PUISQUE c’est du Nord aujourd’hui
Que nous vient, dit-on, la lumière,
Sans plus tarder volons vers lui
Et que l’ombre reste en arrière !
Volons sans fatigue et sans peur
Sur les ailes de la vapeur.
De Paris à Berlin la route
Se fait ainsi, sans qu’on s’en doute,
 — Pour ceux qu’un robuste sommeil
Ne dépose au but qu’au réveil.
O progrès divinisant l’homme !
Oui, de Paris Monsieur Prudhomme
Peut partir commençant un somme
Et ne se réveiller qu’à Rome !

 

Mais Rome n’est pas mon chemin.
J’ai la carte du Nord en main,
Et j’y vois Creil, Amiens, Boulogne,
Compiègne, Saint-Quentin, Cologne.
J’y vois, après Amiens, Arras
Qui tend vers Lille un de ses bras ;
Et Lille est presque un Briarée
Dont aussi vers mainte contrée
Les bras s’en vont, en sens divers,
Saisir Dunkerque, Ostende, Anvers ;
Bruxelles enfin, qui s’étale
Avec des airs de capitale.

 

Pour faire un bon commencement,
Il faut d’abord dire comment
Ce serpent de fer se déploie
Et siffle et se tord sur la voie :
D’un bond il est à Saint-Denis,
Puis, en deux tronçons désunis,
Il court d’un côté vers Pontoise,
Attiré par les bords de l’Oise,
Et de l’autre vers Chantilly
Que les Condés ont embelli.

 

A Creil les tronçons se rejoignent,
Et là, de nouveau, se disjoignent ;
Même alors ils deviennent trois
Qui s’élancent plus ou moins droits,
L’un à gauche où Beauvais l’appelle,
L’autre à droite qu’Aix-la-Chapelle
Convie, et le troisième enfin,
Qui de Longueau prend le chemin.

 

Près de Longueau, presque indécise,
La ligne-mère se divise
En quatre grandes sections,
Pour diverses directions :
Deux, en fourche qui se prolonge,
Vont vers le Nord ; l’une qui longe
La Manche, aboutit à Calais ;
L’autre, non sans de beaux relais
(Arras, Lille, Gand), recommande
D’aller par Anvers en Hollande ;
Une autre unit Amiens, Rouen ;
La dernière atteint Reims par Laon.

 

C’est l’homme écorché que je donne,
Dans ces durs vers, Dieu me pardonne !
Apollon est tout dérouté
De se voir ainsi cahoté,
Car pour tant de géographie
Il manque de philosophie.
« Cher Apollon, rassurez-vous ;
Nous allons prendre un ton plus doux
Et tâcher que parfois la rose
Corrige cette odeur de prose :
En wagon, qui sait s’incliner
Trouve encor des fleurs à glaner. »

 

Donc, blond Phébus, si bon vous semble,
Nous allons voyager ensemble,
D’abord de Paris à Calais.
Quant aux Neuf Sœurs, invitez-les ;
Ou plutôt, parmi les plus belles,
Ne prenez que les moins rebelles.
 — C’est fait. — Partons. — Ce noir terrain
N’est-ce pas l’antre de Vulcain ?
Non, c’est La Chapelle, la gare

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SAINT-DENIS.

Du fer, du feu, des colis. — Gare !
Quel fracas ! Quels blocs entassés !
Dieu merci, nous voilà passés !
Et vous pouvez reprendre haleine,
Belles Muses ; voici la plaine
Où poussent pour l’ogre Paris
Petits pois, choux-fleurs et radis.
Montmartre est au fond : — De ce faîte,
Saint-Denis qui portait sa tête,
Un jour descendit et marcha
Longtemps, et lorsqu’il trébucha,
Étant mort, il fut mis en terre
Au lieu qu’à présent on vénère
Sous son nom. A gauche, voyez
Ce long mur d’au moins huit cents pieds :
C’est le parc de Saint-Ouen ; deux femmes
Attisèrent là (tristes flammes !)
De deux rois le débile amour.
Du Cayla suivait Pompadour.
Louis Quinze y fit de la tarte ;
Louis Dix-huit y fit la charte.

 

Ainsi le profane au sacré
Va se mêlant. — Mais j’ai juré,
Prisant fort peu la réticence,
De tout décrire..... avec décence.

 

 — Muses, vous vous bouchez le nez ?
C’est l’odeur des gaz combinés :
Saint-Denis a mainte industrie,
Soude, chandelles, tannerie.
Mais il a sa nef et son chœur,
Il a sa Légion-d’Honneur !
Son haut clocher, tout blanc de plâtre,
Me charmait ; on a dû l’abattre !
Le grand roi n’aimait pas le voir ;
Pour lui ce n’était qu’un point noir !
Henri Quatre, encore en détresse,
Y vint entendre cette messe
Que certes valait bien Paris :
Le soir même, il en eut le prix.

 

Villiers-le-Bel suit Pierrefitte,
Et rien de beau ne nous invite.
Puisqu’ils sont dépourvus d’attraits,
Parlons d’Écouen qui gît tout près :
Avec bien d’autres patrimoines,
Dagobert en fit don aux moines

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ÉCOUEN.

De Saint-Denis, et, de ceux-ci,
Aux barons de Montmorency
Il passa par force ou par ruse.
Sur ce point l’histoire est confuse.
Ces barons, d’abord tyranneaux,
Y construisirent des créneaux
Qui durèrent, d’après Joanne,
Jusqu’au temps du connétable Anne.
Le connétable les rasa
Et galamment les remplaça
Par un château plein d’élégance,
Dans le goût de la Renaissance :
Michel-Ange y mit son ciseau,
Le Primatice son pinceau,
Et l’on cite un Christ du Rosso.