Le castor et l'homme d'hier à aujourd'hui

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Français
320 pages
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Description

Par cet ouvrage richement illustré, consacré à l'écologie du castor et à l'histoire de ses interactions avec les sociétés humaines, l'auteur espère faire entrevoir au lecteur les comportements fascinants de cet animal, la diversité des représentations que s'en sont forgés les sociétés et les manières dont elles ont utilisé cette ressource du Paléolithique à nos jours.

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Date de parution 01 avril 2015
Nombre de lectures 32
EAN13 9782336373232
Langue Français
Poids de l'ouvrage 33 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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LE CASTOR ET LHOMME DHIER A AUJOURDHUI
Alexandra Liarsou
Le castor et l’homme d’hier à aujourd’hui
L’HARMATTAN
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Bibliographie sélective de l’auteur Liarsou A.,Les Sciences humaines et les Sciences du vivant face à la crise de la biodiversité : enjeux contemporains, perspectives historiques, L’Harmattan, 2014, 276p. Liarsou A.,Biodiversité : entre Nature et Culture, Sang de la Terre, La Pensée écologique, 2013, 160p. Liarsou A., “Interactions between the beaver (Castor fiber L.) and human societies: A long–term archaeological and historical approach”,Archaeological Review from Cambridge, volume 28.2,Humans and Animals, 2013: 169–183.
NotaLes mots et groupes de mots suivis d’un astérisque renvoient au glossaire en fin d’ouvrage (annexe 3). Les mots et groupes de mots suivis d’un chiffre en exposant renvoient aux notes de fin d’ouvrage. Ces notes contiennent des remarques complémentaires ainsi que des références bibliographiques. Les références peuvent être exploitées dans le corps de texte ou être mentionnées à titre indicatif, pour que le lecteur puisse y puiser des informations non abordées ou succinctement abordées dans le présent ouvrage. Le lecteur trouvera également une liste des abréviations à l’annexe 1 ainsi que la liste des sites archéologiques français sur lesquels ont été identifiés des ossements de castor à l’annexe 2.
Mentions légales relatives aux illustrations Toutes les photographies contenues dans cet ouvrage sont sous licence Creative commons, libres d’exploitation commerciale, selon le référencement effectué par le site web de partage d’où elles sont extraites (Flickr.com). La paternité de chaque photographie est indiquée en–dessous ou au–dessus de chacune de ces illustrations. Cartographie, schémas et tableaux ont été réalisés par l’auteur de l’ouvrage.
INTRODUCTION
Introduction
Le castor (Castor fiber Linnaeus, 1758) est le plus grand rongeur aquatique du continent eurasiatique. Il appartient à la famille desCastoridae. Cet animal, au pelage brun à noir, peut mesurer jusqu’à 40 cm au garrot, 120 cm de longueur et peser jusqu’à 40 kg. En milieu naturel, son espérance de vie est d’environ 7 ou 8 ans. En France, si l’animal est présent dans l’imaginaire collectif, rares sont encore les personnes qui ont eu la possibilité d’observer un castor en parcourant les berges des rivières ou les rives des lacs. Ceci est principalement dû au fait que l’animal, autrefois présent sur tout le e continent, était en voie de disparition au début du XX siècle. Il ne subsistait que deux populations en Europe de l’ouest, l’une sur le bassin aval du Rhône et l’autre en Allemagne, sur l’Elbe.
e Au cours du XX siècle, le castor a été progressivement protégé dans tous les pays de l’Union européenne et réintroduit dans plusieurs pays du continent eurasiatique. En France, c’est en 1965 que la protection du castor à l’échelon national est devenue effective. À l’échelon international, l’animal est mentionné par la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES) de 1973 à l’annexe A1 et par la Convention de Berne de 1979, à l’annexe III. À l’échelon de l’Union européenne, l’animal est mentionné dans la Directive 92/43 CEE (diteFaune Flore Habitats) aux annexes II et IV et par le réseau écologiqueNatura2000, avec désignation de ses habitats en Zone spéciale de conservation (ZSC). Le castor est également au centre de l’attention des organisations non gouvernementales et des associations de protection de la faune sauvage. À titre d’exemple, l’animal figure sur la Liste rouge des espèces menacées, base de données créée en 1964 par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).
À l’heure actuelle, le castor d’Europe recolonise rapidement les hydrosystèmes (fleuves, rivières, lacsetc). En incluant les peuplements présents au sein de la Fédération de Russie, le castor a multiplié ses populations par 500 entre le e e début du XX siècle et le début de ce XXI siècle, puisque plus de 750 000 1 individus ont été comptabilisés à ce jour alors qu’il n’en subsistait qu’environ 1200 en 1920. Sa réintroduction peut être considérée comme un grand succès écologique, eu égard aux objectifs premiers de la démarche visant la sauvegarde des populations et, au–delà, la restauration de l’aire de répartition, supposée ou avérée, de cet animal autochtone du continent eurasiatique. Dans la dernière version (2014) de la Liste rouge des espèces menacées, le statut du castor est désormais celui deLeast Concern, c’est–à–dire que l’animal n’est plus considéré comme une espèce au bord de l’extinction, ni même comme une espèce vulnérable.
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INTRODUCTION 2 Ce rapide succès a surpris les écologues eux–mêmes . Les gestionnaires s’étaient demandé si les nombreuses et récentes interventions techniques des hommes sur les cours d’eau européens (nettoyage des berges, canalisation, bétonnage, régularisations générales de l’écoulement avec construction de barrages) n’avaient pas modifié la physionomie des rivières à un degré tel que ces nouvelles conditions rendraient impossible l’adaptation du castor, accoutumé à vivre le long de rivières dites sauvages et à régler à sa guise le niveau des eaux sur son territoire. Le castor ayant massivement disparu avant e le XIX siècle, alors même que les grands travaux d’aménagement des cours d’eau n’avaient pas encore eu lieu, les écologues manquaient d’observations pour élaborer des projections sur les possibilités de survie de l’animal le long des rivières travaillées par l’homme. Il a même été envisagé que sa niche écologique ait totalement disparu, rendant impossible le retour durable du castor… Cependant, l’animal n’est en réalité ni aussi dépendant de l’eau que ce qui est habituellement imaginé, ni aussi craintif de la proximité humaine que ce qui pourrait être supposé de prime abord et il s’est fort bien adapté. Il a même su tirer profit des aménagements effectués par les hommes, qui sont devenus pour lui des opportunités d’habitat.
Spécimen de l’espèce nord–américaine C. canadensis, très proche en apparence de l’espèce européenne e C. fiber. Introduite au début du XX siècle en Europe, C. canadensis est de nos jours considérée comme une espèce invasive, menace pour la biodiversité. Elle est en conséquence éliminée. Photographie par Laszlo Ilyes. Lieu de la prise de vue : Painesville, Ohio, États–Unis
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INTRODUCTION Le lecteur pourra se demander pourquoi écrire un énième livre sur le castor, qui a déjà tant suscité l’attention des naturalistes. Si son comportement constructeur a été scruté, un peu moins sa vie sociale, et surtout concernant l’espèce nord–américaine, c’est désormais à l’aune d’autres enjeux que l’élaboration d’un tel livre prend sens : celui du passage d’une écologie scientifique, prétendant à l’objectivité et aux observations « neutres », à celui d’une écologie technique et gestionnaire, chevillée par des volontés et finalités qui sortent du champ de la science en ce qu’elles sont inexorablement empreintes de jugements de valeur ; autrement dit, une écologie inféodée à des objectifs appliqués et à des impératifs réglementaires liés à l’apparition d’une écologie politique désirant restaurer la nature. Ce livre est l’occasion de discuter la situation délicate des sciences face à cet enjeu au travers de l’exemple du castor, espèce protégée, réintroduite et gérée. L’exemple du castor permet également de montrer les processus de cohabitation qui se mettent en place ainsi que les répercussions socioéconomiques de son retour en Europe et dans les régions françaises. Par ailleurs, le castor d’Europe possède un panel de comportements fascinants, que nous nous proposons de faire découvrir au lecteur dans les pages qui vont suivre, en même temps que l’histoire de ses interactions, riches et tumultueuses, avec les sociétés humaines au fil des siècles ; ceci dans le but de rendre cet animal plus familier d’une part, d’apporter un nouvel éclairage sur sa réintroduction d’autre part.
Depuis ces dernières années, le castor suscite un engouement notable dans la communauté scientifique, ce qui n’était pas encore le cas, en 2005, lorsque j’ai commencé à travailler sur cet animal, en étudiant les sources écrites et archéologiques disponibles en Europe. L’ampleur de cet intérêt est inégale selon les pays et les disciplines. Les études conduites par les biologistes et écologues sont ainsi plus nombreuses que celles effectuées du point de vue 3 historique. Quelques exceptions sont cependant à noter . Les recherches menées sur l’impact environnemental des activités du castor, encore très rares dans les années 2000, se sont multipliées en Belgique et en Pologne par 4 exemple . De telles recherches se sont également développées sur le continent 5 américain concernant l’espèceC. canadensis. En France, plusieurs publications récentes recensent avec précision la distribution du castor sur les 6 cours d’eau . Enfin, plusieurs études génétiques ont été conduites en Russie et 7 en Europe centrale sur les populations de castors réintroduites . Les aspects sociologiques et économiques du retour du castor en Europe et ses conséquences semblent le « parent pauvre » de la littérature scientifique, c’est pourquoi nous insisterons tout particulièrement sur ces aspects dans le troisième chapitre de cet ouvrage.
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Castors d’aujourd’hui : biologie, écologie
Dans l’élément aquatique, la présence du castor peut passer inaperçue aux yeux des promeneurs non avertis. L’animal risque également d’être confondu avec un autre rongeur, le ragondin (Myocastor coypus). Photographie par Tatiana Bulyonkova. Lieu de la prise de vue : Oblast de Novossibirsk (ԝԾԲԾՁԸԱԸ́ՀՁԺ԰ȌԾ́ԱԻ԰ՁՂȉ), Fédération de Russie