Plantes et savoirs…

Plantes et savoirs…

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Description

Ouvrage de préparation d’un colloque international qui associe les savoirs du passé et la richesse des sagesses ancestrales aux avancées scientifiques et aux modes de vie actuels


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Date de parution 06 avril 2017
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EAN13 9782840585831
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Couverture
Livre collaboratif coordonné par l'Association Plante & Planète PLANTES ET SAVOIRS TÉMOIGNAGES DES 5 CONTINENTS RESPONSABILITÉ ET ACTIONS INSPIRANTES Coordination et traductions(espagnol, anglais) : Nathalie Frossard Auteurs :Oseas Barbaran Sánchez, Lucie Benoît, Laurence Chaber, Nathalie Frossard, Damien Gangloff, Patrick Guérin, Sara Mateo, Jean-François Mboumba, Miguel Puescas Chully, Marie Romanens, Sanjitpaal Singh, Kara Ueki, Virginie Verdier, Tamara Wong. Le Souffle d’Or 5 allée du Torrent – 05000 Gap (France) www.souffledor.fr
Introduction L’association Plante & Planète, fidèle à sa vision qui associe les savoirs du passé et la richesse des sagesses ancestrales aux avancées scientifiques et aux modes de vie actuels, organise depuis 2015 des rencontres internationales « Plantes et savoirs, dialogue des 5 continents ». Durant ces rencontres, il nous est apparu que la notion de responsabilité est perçue différemment d’une culture à l’autre. En France, la responsabilité envers notre environnement est souvent ressentie comme une charge pesante, que l’on préfère occulter. Mais en s’inspirant d’autres cultures, pourrions-nous considérer la responsabilité ressentie envers les plantes et les écosystèmes comme une manière d’affirmer positivement notre humanité ? Quels sont alors les leviers pour passer à l’action ? Quelles évolutions cela peut-il faire na ître chez les acteurs de terrain, qu’ils soient scientifiques, porteurs de projets ou « simples » citoyens ? Ce livret permet d’aborder ces questions essentielles et regroupe des témoignages et réflexions de divers acteurs de terrain que nous avons rencontrés au cours de nos activités, en France et aux quatre coins du monde. Plante & Planète ont à cœur d’instaurer un dialogue interculturel, afin que chacun participe à cet échange d’expériences sur les interactions hommes-plantes (conservation, protection, éducation…). Pour eux, c’est la collaboration entre tous et avec différentes approches (scientifique, culturelle, spirituelle) qui permettra d’envisager réellement u ne transition environnementale au bénéfice de tous les êtres vivants. C’est ce que nous voulons partager avec vous, en espérant que ces témoignages vous inspireront, et vous permettront de vous positionner à votre juste place au cœur du Vivant.
Plante & Planète, association reconnue d’intérêt général, a pour mission de préserver les liens qui unissent les hommes et les plantes. Depuis dix ans, l’association crée et diffuse des outils pédagogiques, mène et soutient des projets de terra in en France et dans le monde et propose des solutions concrètes pour renforcer l’alliance avec le monde végétal. Basées en Île-de-France et en Occitanie (Tarn),les équipes proposent toute l’année des animations nature, stages, ateliers, conférences, formations, inspirés de nos parcours et des traditions du monde.
Plus d’infos : www.planteetplanete.orgetwww.plantesetsavoirs.org
Responsables mais pas coupables Marie Romanens et Patrick Guérin
Marie Romanens, diplômée en psychiatrie, a exercé en tant que psychothérapeute et psychanalyste pendant une trentaine d’années. Elle a publiéLe divan et le prie-Dieu en 2000,L’inconscient dans l’actualité en 2001,Maltraitance au travail2003. Ayant conscience qu’il existe un rapport étroit en entre la manière avec laquelle l’être humain établit un rapport avec lui-même et la manière avec laquelle il se situe vis-à-vis de la Terre, elle est intervenue à plusieurs reprises dans des rencontres traitant de la question écologique ou d’éducation à la nature. [www.marieromanens.com]
Patrick Guérin, psychologue, a été responsable de formation à l’École d’Animateurs de Loisirs de l’UFCV et directeur des études du département Carrières Sociales à l’IUT de Tours, avant de devenir consultant. Il a d’abord choisi la profession de formateur pour communiquer aux personnes en entreprise des grilles de lecture qui leur permettent de changer de regard. Puis, il a exercé le métier de consultant pour « intervenir » sur le système car, pour lui, le développement des individus ne peut se faire sans l’évolution des organisations et réciproquement. C’est en ce sens qu’il a créé la société « Développement Évolution ».
Marie Romanens et Patrick Guérin ont coécritPour une écologie intérieure, Renouer avec le Sauvage, en 2010. Ils ont aussi créé un site sur l’écopsychologie :http://eco-psychologie.com/
Dans la situation d’urgence écologique où nous nous trouvons, la philosophe Isabelle Stengers nous appelle à la fois à reconnaître nos responsabilités dans ce qui a été enclenché et à nous engager sur un autre 1 chemin pour désormais « composer avec Gaïa » . Il nous faudrait donc assumer notre « responsabilité », à la fois vis-à-vis de ce qui s’est fait et de ce qui se fera. Malheureusement, ce mot risque de sonner négativement, pour peu qu’au cours de notre enfance nous ayons fait les frais de l’injonction : « Sois donc un peu responsable ! » Difficile d’accepter le terme quand il s’entend comme une obligation ! Si on se tourne vers son étymologie, « responsabilité » vient du latinrespondere, qui signifie « se porter garant », « répondre de ». La responsabilité est faite de droits et de devoirs : droits d’agir, d’exercer son influence, et devoirs de pratiquer ces droits. Par exemple, la responsabilité du citoyen est liée à son droit de vote et à son devoir de l’utiliser.
Le « pouvoir faire » rend responsable
Jusqu’à présent, les retombées de nos actes avaient une portée limitée et la nature se présentait à nous comme le cadre immuable et inaltérable dans lequel nos vies fragiles étaient menacées. Mais, depuis la révolution industrielle, nous avons basculé dans une autre configuration. Du fait de notre pouvoir faire technologique, c’est la nature qui est devenue maintenant fragile et menacée, au point de ne plus être en mesure d’assurer notre survie. Mutation sans précédent qui nous oblige à nous confronter à notre responsabilité. Non plus responsabilité par rapport à des actes accomplis dont nous devons rendre compte, mais responsabilité par rapport à ce qui est à faire. Pour le philosophe Hans Jonas, la responsabilité est une responsabilitépourautrui. Elle s’entend comme la charge de répondre de son existence, de prendre soin de son droit à vivre, même si aucune loi n’y oblige. Elle suppose une éthique prônant des valeurs : attention à l’autre, souci et sollicitude à son égard. Elle émerge dès que nous sommes en capacité d’agir. Elle existe avant même que tout acte soit posé. Le modèle en est celui du parent face au petit enfant : le nourrisson est dans un tel dénuement qu’il oblige moralement l’adulte, le charge d’un devoir au regard de son droit à l’existence ; l’astreint à assumer sa responsabilité. Aujourd’hui, parce que notre technicité détruit la biosphère, les espaces naturels, les organismes vivants, parce que nous avons le pouvoir d’anéantir les conditions de la survie de l’humanité, notre tâche est de préserver l’avenir. Nous sommes garants du monde que nous laisserons après nous. Cette préoccupation pour la vie nous fait croître en humanité car elle nécessite que nous développions notre sensibilité, prenions conscience de ce qui se passe en nous, ce que nous éprouvons dans la relation, pour écouter ce que l’autre vit. Comme le disait Martin 2 Buber, « L’homme devient un Je au contact du Tu » . La responsabilité est le fondement même de notre maturité d’homme ou de femme, car elle nous engage à faire des choix en conscience. Hans Jonas interpelle chacun de nous : « Agis de façon que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d’une vie authentiquement humaine sur terre », « agis de façon que les effets de ton action ne soient pas destructeurs pour la possibilité 3 future d’une telle vie . » 4 Il nous faut dire oui à la vie. « La vie n’a pas d’autre sens qu’elle-même », écrit Edgar Morin dans son tout dernier ouvrage . La nier chez les autres, c’est aussi la nier en nous-mêmes. Comment pouvons-nous jouir pleinement de la vie en nous si nous la méprisons chez les autres, si nous n’en avons que faire ? Au nom de quoi invoquer une préoccupation de la nature, des animaux et des êtres vivants ? Si ce n’est qu’ils sont des créatures de la vie au même titre que nous !
Appelés à nous décentrer
Répondre à l’appel de la vie, c’est accepter et considérer notre engagement dans le monde. Il nous est parfois difficile de le faire quand nous méconnaissons l’ensemble dont nous faisons partie. Atteints d’anthropocentrisme, « la maladie » de l’Occident moderne, nous avons tendance à nous focaliser essentiellement sur l’Homme, ses besoins et ses désirs, et nous posons des actes sans que soient
envisagées leurs conséquences systémiques. Engagés, pourtant nous le sommes car nous sommes « acteurs » du système complexe « monde », composé d’éléments inanimés, d’organismes vivants, de sociétés humaines et d’inventions artificielles fabriquées par les hommes, tous ces constituants se trouvant en interaction dynamique incessante. Engagés, nous le sommes vis-à-vis des générations futures, comme l’exprime la question souvent posée : « quelle planète laisserons-nous à nos enfants ? » Comme l’affirme aussi le proverbe africain (mais pour certains, il s’agirait d’un proverbe indien) : « Nous n’héritons pas de la terre de nos ancêtres, nous l’empruntons à nos enfants ». Engagés, nous le sommes, car, loin d’être des individus isolés, nous faisons partie d’un tissu de relations dans lequel nous jouons notre partition. « L’humanité n’a pas tissé la toile de la vie, affirmait le chef Seattle. Nous n’en constituons qu’un fil. Tout ce que nous faisons 5 à la toile, c’est à nous que nous le faisons . » Ainsi, nous appartenons au monde en même temps que nous participons au monde. Déjà, ne serait-ce que par notre respiration, nous le laissons venir en nous (l’oxygène libéré par les plantes) et nous lui donnons en retour ce que notre corps produit (le gaz carbonique, nécessaire à la photosynthèse des plantes, des algues et de certains micro-organismes). Selon notre manière de nous conduire, avec conscience ou au contraire de façon malavisée, l’univers réagit en conséquence et nous en ressentons les effets. Par exemple, quand nous détruisons les forêts pour produire de l’huile de palme, nous empêchons la transformation du gaz carbonique en carbone et oxygène, ce qui participe au réchauffement climatique. L’entrée dans une nouvelle ère, l’Anthropocène, exige de nous que nous nous décentrions de nous-mêmes. Désormais, il nous faut apprendre à connaître comment fonctionne « notre maison » et quelles règles sont à respecter pour la bonne marche de ses écosystèmes. Toutefois, comme la liberté des différents acteurs nous empêche de prévoir avec certitude tout ce qui peut découler de nos actions, il nous est aussi demandé de comprendre et d’accepter que, malgré la meilleure volonté du monde, il ne nous sera pas possible de tout anticiper. Savoir que nous pouvons seulement nous efforcer de ne pas trop peser est une attitude d’humilité qui nous évite de tomber dans des sentiments de culpabilité déplacés. Elle nous dégage de l’idée infantile de toute puissance et donc d’une autoaccusation liée au simple fait d’être sur terre. En outre, cette impossibilité de tout anticiper développe un autre aspect de notre responsabilité, le principe de précaution qui va à l’encontre de l’attitude : « après moi le déluge ».
Quand nous nous éloignons de la vie
Accepter et considérer notre engagement dans le monde relève de l’utopie tant que nous sommes agis par un besoin de compensation...