Un lien si fort

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107 pages
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Description

Sous la direction de Georges-Henri Arenstein, André Benoit et Lucie
Pétrin évoquent la relation entre l’humain et le cheval. Ils démontrent
qu’il est possible de développer un lien unique entre ces deux êtres. Les
auteurs veulent distinguer la relation cocréatrice d’une relation utilitaire ou
d’une relation affective en spécifiant les éléments qui favorisent les relations
harmonieuses entre les animaux et nous.
Quant à Laurence Bruder-Sergent, elle aborde dans son chapitre, les
mauvais traitements que nous infligeons à nos chiens sans le savoir et
sans le vouloir. À travers son discours, elle évoque la nature biologique
et éthologique des chiens, leurs besoins sociaux et les particularités
individuelles de chacun. Elle fait également le point sur les inadéquations
induites maladroitement par les humains dans leur cohabitation avec leurs
compagnons canins.
Enfin le chapitre rédigé par Marie Perrin traite du stress chez les chiens.
Que ce soit par de mauvais traitements ou de mauvaises habitudes de
leurs propriétaires, les chiens sont soumis à diverses sources de stress.
Hélas, les humains ne s’en rendent pas toujours compte. L’auteure met en
perspective les bienfaits que nous procure la compagnie des chiens alors
que ceux-ci subissent quotidiennement des chocs stressants qui ne sont
pas toujours pris en compte par leurs copains humains.

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Ajouté le 13 mai 2014
Nombre de lectures 15
EAN13 9782897260071
Langue Français
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Présentation des auteurs
Je vous présenteAndré BenoitetLucie Pétrin. André et Lucie sont psychologues et psychothérapeut es depuis plus de vingt ans. Ils œuvrent à Traumas-Estrie, à Sherbrooke, au Québec. Il s’agit d’une clinique spécialisée dans l’évaluation et le traitement psychologiques d es états de stress post-traumatique. Ils travaillent aussi en pratique privée en psychothéra pie facilitée par le cheval. Ils sont membres de l’OPQ (Ordre des psychologues du Québec) , de la CZQ (Corporation des zoothérapeutes du Québec) et de l’ANMFC (Associatio n nationale de mieux-être facilité par le cheval). Par ce chapitre, les auteurs veulent soutenir le th érapeute qui vise à ajouter la thérapie facilitée par le cheval à ses modes d’intervention psychologique. Ils étayent la nécessité, pour le zoothérapeute en formation ou diplômé, de c réer une relation co-créative avec son partenaire équin. Cette ébauche de modèle psychologique applique, en les vulgarisant, certaines notions sur l’attachement, notions chères à J. Bowl by, B. Winnicott, et plus récemment G. Delisle et Allan N. Schore, à la neurobiologie de l ’attachement. André et Lucie demeurent hors du domaine équestre puisqu’ils ne privilégient aucunement l’équitation ni le développement d’habiletés équestres. Plus que de prôner une attitude de coopération homm e-cheval, les auteurs du chapitre extraient de leurs expériences de psychothérapie fa cilitée par le cheval, les ingrédients qui semblent permettre, développer et consolider un e telle relation co-créative. Je vous présente aussiLaurence Bruder Sergent.Laurence est éducatrice canine et comportementaliste depuis 1998. Elle a écrit ou coé crit quatre livres pour expliquer les comportements et l’éducation des chiens : « La caus e des chiens », volumes 1 et 2, « J’éduque mon chien moi-même » et « Le canictionna ire illustré ». Elle exerce en Alsace et dirige avec son mari une école de formation : Vox Animae : www.vox-animae.com Elle se consacre aussi aux expertises des comportem ents des chiens et des chats et à la sélection d’accessoires qui favorisent le bien-ê tre et le confort des animaux de compagnie et de leurs propriétaires. Les bienfaits de l’animal à nos côtés sont maintena nt prouvés dans tous les pays occidentaux. La présence des chiens dans nos foyers nous apaise, nous stimule, nous réconforte, nous met du baume au cœur et nous rend… plus humains. Mais qu’en est-il pour le chien lui-même ? L’indivi du qui vit sous notre toit, qui partage notre intimité, qui assiste à tous les évènements d e nos existences, profite-t-il lui aussi des bénéfices de cette cohabitation ? Est-il toujou rs heureux, comblé dans ses besoins les plus élémentaires ? Est-il toujours satisfait p ar le mode relationnel que nous lui proposons ? Dans ce chapitre consacré aux particularités de la relation homme/chien, l’auteure passe en revue les besoins biologiques, sociologiqu es et individuels de nos meilleurs amis. Elle aborde la question des violences invisib les qu’ils sont susceptibles de subir du fait de cette cohabitation parfois inadaptée à leur réalité. Enfin, je vous présenteMarie Perrin. Marie est comportementaliste et éducatrice canine, passionnée par les chiens-loups et les chie ns dits « primitifs », mais elle est aussi journaliste, titulaire d’un doctorat en lettr es modernes et spécialiste de la littérature
et de la poésie « fin de siècle ». Elle exerce dans l’Est de la France, dans la région de Strasbourg. Son chapitre est consacré au stress chez le chien d e compagnie. En effet, les chiens sont, eux aussi, concernés par ce stress dont médec ins et sociologues dissertent abondamment, mettant en garde les populations contre ses effets pervers et néfastes. Pris dans le tourbillon de nos existences, souvent niés dans leur être et dans leur réalité éthologique, forcés de s’adapter à nos cont raintes, certains chiens souffrent de pathologies organiques et de troubles comportementa ux directement imputables au stress. Mais comment détecter qu’un chien subit du stress ? Comment le lui éviter autant que possible ? Et comment l’aider à aller et à vivre mi eux ? Ce travail donne des clés pour mieux comprendre, connaître et respecter nos chiens , quels que soient leur tempérament et leurs besoins spécifiques. Georges-Henri Arenstein
UN LIEN SI FORT
Bâtir une relation co-créative avec un cheval
1 André Benoit et Lucie Pétrin, psychologues
Présentation
2 Dans ce chapitre, j’expose ce que j’ai appris et découvert par mes lectures, par mes expériences et par intuition sur la relation humain -cheval. Qu’est-ce qu’unerelation co-créative avec un cheval? D’abord j’aspire à situer cette relation dans un contexte de psychothérapie, d’appr entissage ou de croissance émotionnelle facilités par le cheval. Ensuite je te nte de la définir et la rendre plus concrète par la présentation des ingrédients qui la constituent et que j’estime être essentielle à une telle relation. Je partage tout au long de ce chapitre des prises d e conscience, des erreurs et des renoncements nécessaires qui m’ont permis de transf ormer mon lien avec chaque membre de ce qui est devenu mon équipe thérapeutiqu e. Ainsi, dans ma vision, le zoothérapeute diplômé ou en formation et le simple passionné de la relation humain-cheval pourront construire eu x aussi une véritable relation co-créatrice à partir du lien unique qu’ils entretienn ent avec leurs équidés. Dans ce chapitre, l’on veut distinguer la relation co-créative d’une relation utilitaire ou d’une relation affective en relevant le petitquelque chosefait que la relation co- qui créatrice est plus qu’une bonne relation et plus qu ’une relation utile. La relation co-créative peut s’avérer une voie novatrice de dévelo ppement de l’intelligence émotionnelle pour l’humain qui tend à aller dans le sens que je décris ici. Je précise que tout le travail de construire une re lation co-créative que je présente ici se fait au sol, san s équitation. Ce travail psychothérapeutique avec le cheval ne vise le dével oppement d’aucune habileté ou compétence équestre. 1Nous sommes psychologues depuis 1992, éducateurs somatiques diplômés et nous sommes aussi zoothérapeutes membres de la Corporation des zoothérapeutes du Québec (CZQ) et de l’Association nationale de mieux-être facilité par le cheval (ANMFC). Nous offrons divers services de psychothérapie à notre clinique privée en Estrie pouvant inclure la psychothérapie facilitée par le cheval (PFC). 2au long de ce chapitre, la marque du masculin singulier sera utilisée pour désigner le Tout « je » qui parle, que ce soit Lucie, André ou les deux.
Introduction
Le rôle du cheval à travers les Âges
epuis sa domestication, le cheval a toujours vécu p rès de l’humain et est exposé à D être utilisé à diverses affectations. Nous pouvons aussi observer que les civilisations du passé qui ont inclus le cheval dan s leurs activités ont progressé plus rapidement que les nations qui se sont privées de s a contribution. En caricaturant un peu, voyons quatre secteurs d’activités du cheval o u les quatre temps du cheval.
1. Cheval de guerre; une machine de guerre
Avant l’invention de véhicules plus performants, le cheval était utilisé comme machine de guerre. L’armée qui s’en servait comme monture poss édait un avantage certain. Par exemple, j’ai écouté récemment le filmCheval de guerre. On voit très bien dans ce film de S. Spielberg que le rôle du cheval était netteme nt restreint à porter le soldat et son matériel de guerre. Un cheval qui ne pouvait s’acqu itter de cette tâche était déclassé et abattu.
2. Cheval agricole; une machinerie agricole
Plus efficace que le bœuf, le cheval a longtemps ti ré la charrette et la charrue tout comme le tracteur. Je me rappelle qu’à l’âge de cinq ou six ans, mon p ère a troqué notre vieux cheval contre un tracteur. Nous avions toujours bien trait éTi-gris. Mais ce cheval de trait de 1400 lb (640 kg) ne faisait pas partie de la famill e comme je l’avais toujours cru. Un jour, devenu incapable de jouer son rôle de machinerie ag ricole, sa chair a servi de nourriture. C’était comme ça. Cette main d’œuvre n’était pas pe rçue comme un être affectif. Les gens de plus de 50-60 ans qui ont vécu leur enfance sur une ferme s’en souviennent sûrement.
3. Cheval, sport équestre; machine à performer
Pour bien exécuter son rôle dans les divers sports et compétitions équestres, le cheval se doit de performer. C’est le sens de son existenc e. Tout va pour le mieux tant qu’il est vu comme un champion ou un futur champion. Tout poi nte dans cette direction : son entraînement, son alimentation, sa convalescence et la relation avec son cavalier. À l’adolescence, une amie de mon âge rêvait depuis l’enfance d’un coursier. Elle amasse toutes ses économies pendant quelques années , ne se permettant que les frais de ses cours d’équitation. Quelque temps après l’ac hat de son superbe champion, celui-ci se blesse sévèrement et devient inapte à lui ser vir de monture. Qu’a-t-elle choisi ? Elle a fait ce qu’aurait fait toute personne priorisant son objectif équestre… Je crois que je
m’y étais attaché plus qu’elle.
4. Cheval de randonnée; maillon d’une industrie ou « tondeuse à gazon » ?
Je trouve cette quatrième catégorie plus difficile à simplifier que les trois précédentes. Divisons-la en deux. 3 Il y a le cheval de randonnéesurutiliséou utilisé comme un VTTpar le centre de randonnée qui offre ce service aux touristes. La re lation avec le cheval du centre de randonnée est presque accessoire. Il est dépourvu d e personnalité. Plus le cheval se comporte en robot, standardisé et sécuritaire, p lus il a de chance d’y faire de vieux os. Puis le cheval que je qualifierais de famille. Il p eut servir autant pour la randonnée que comme confident. Il y a aussi tous les autres c hevaux qui traînent dans les champs ou près des maisons. Ces chevaux dont le sen s de leur existence en est un, de brouter l’herbe, de justifier l’absence de t onte mécanique du gazon ou d’embellir leur espace par leur seule présence. J’e ntrerais aussi dans cette dernière catégorie tous les chevaux ne pouvant plus jouer le s rôles actifs qu’ils ont portés toute leur vie. Que ce soit à cause du vieillisseme nt, d’une maladie, d’une blessure majeure ou mineure qui ne guérit pas, l’abandon des courses, etc. Certains chevaux se retrouvent donc à la retraite; une retraite qui s’avérera plus ou moins active. Avec un peu de chance, un cheval peut vivre une réorientation de carrière comme ont vécu les nôtres à mon écurie. À l’instar de l’humain à la retraite, ce travailleur non syndiqué découvrira un rôle différent comportan t un sens nouveau à ses journées. De nos jours, le cheval, tout comme le chien ou le chat, peut devenir un facilitateur de la croissance psychologique. Ce grand équidé peut œ uvrer en intervention en zoothérapie – animal partenaire d’intervention en z oothérapie (APIZ), comme le nomme la CZQ –, mais peut aussi devenir un partenaire précieux de d éveloppement émotionnel dans une relation sans zoothérapeute diplômé.
Résumé
Après avoir servi l’humain de multiples façons en é tant perçu et traité comme une « chose animée », le cheval peut apporter une autre c ontribution en étant vu et considéré comme un être sensible doué de conscience. Bref, de nos jours, le cheval peut jouer un rôle différent de tous ceux qu’il a portés jusqu’à présent depuis qu’il côtoie l’être l’humain. Il peut se revêtir d’un rôle d’aide-thérapeute en z oothérapie ou de partenaire équin pour favoriser le développement émotionnel de l’humain. Son propriétaire ou son gardien peut devenir son co équipier humain s’il choisit la voie de bâtir avec lui une relation co-créative comme je l’ai fait à mon écurie. Pour la première fois dans l’histoire, de nombreux chevaux font partie de la vie des gens simplement pour un plaisir mutuel.utilités ou leurs usages ne sont plus tant Leurs ceux d’un outil ou d’une chose. Ils sont la contrib ution d’un être sensible, intelligent et manifestant des compétences émotionnelles et relati onnelles jusque-là méconnues.
Celui ou celle qui a accès à un cheval libre qui vi t dans un environnement naturel peut coopérer à transformer sa propre vie par une relati on co-créative.
La relation avec un cheval a un sens
Toute relation a un sens en soi pour l’humain. Elle a une signification qui est sa raison d’être, d’exister. La relation avec une chose a sou vent un sens de possession ou est utilitaire tandis qu’avec un être doué de conscienc e, le sens de cette relation peut dépasser le stade de l’utilisation pour devenir un partage mutuel. Cet échange peut même devenir une collaboration où chacun des deux p artis peut prendre l’initiative d’exprimer son besoin. Mais revenons à la relation. Qu’elle soit satisfais ante ou non, celle-ci devient adéquate si elle est adaptée aux services que je veux qu’ell e me rende. 4 Par exemple, la relation que j’entretiens avec le c ommis du dépanneur du coin s’avère adéquate si elle reste dans l’utilitaire. J e donne de la monnaie et je repars avec le litre de lait. Si je suis adapté, je m’abstiendr ai de m’en servir comme confident. Si je l’invite au cinéma et qu’il accepte, la relation prendrait alors une autre signification. Une autre relation, comme avec un partenaire de ten nis, sert d’abord à la pratique de ce sport alors qu’une troisième relation aura plutô t des visées affectives. Lorsqu’il est question de la relation avec le cheva l, son sens variera selon ce qu’on attend de l’animal, indépendamment de lui. L’engrai sse-t-on pour devenir du steak ? La relation en sera teintée. L’entraîne-t-on pour labo urer les champs ou pour l’équitation ? Le cheval aura une signification particulière et de viendra aussi spécialisé que sa description de tâche le lui permettra. Contrairemen t à un objet, le cheval n’a pas de sens défini en soi, mais prendra celui que lui donnera l ’être humain par sa façon de le voir et d’être en relation avec lui. Autrement dit, c’est l a manière dont il sera traité et pris en soin qui lui conférera sa signification particulière. Commençons ici à préciser ce qui est entendu par un e « relation co-créative » : elle est comme une relation de couple lorsqu’elle dépasse le niveau utilitaire. Une relation co-créative se définit comme une relation où chacun s’ engage à favoriser sa propre croissance et est un témoin bienveillant de celle d e l’autre. Plus je permets à l’autre d’être et de croître, plus j’en tire profit et plus mes propres besoins sont satisfaits. La relation elle-même change lorsqu’on accepte de s’en gager dans une relation humaine ou trans-espèce et qu’on se permet d’être partie intég rante de celle-ci; on en vient ainsi à se laisser transformer par cette relation. C’est viser à voir l’autre égal à soi en restant co nscient de nos différences et de nos champs de compétence mutuels (je reviendrai sur ce point).
LARELATION CO-CRÉATIVEDONNEAUCHEVAL UNSENSPARTICULIER
Toute relation utilitaire apporte quelque chose à l ’un des deux. La relation qui dépasse le niveau utilitaire est censée apporter quelque chose de bon, d’enrichissant et de