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Dieu est mort, la nature est née

De
284 pages

La grossesse masculine est pour demain !
Ce sera l’ultime libération des hommes comme des femmes et l’avènement d’une égalité véritable entre les genres et les sexes.
C’est ainsi que Bernard et Julien, jeunes mariés, décident de faire un enfant ensemble. Le premier, généticien génial, le conçoit à partir de leurs deux semences, et le second le porte puis, neuf mois plus tard, le met au monde.
Le petit garçon se révèle tout à fait charmant et la famille savoure des années de bonheur. Mais, devenu jeune homme voilà qu’il s’entiche d’une belle paysanne qui chasse le sanglier.
Or, entre-temps, les écologistes ont pris le pouvoir et veulent qu’on respecte la nature...
Un roman provocateur qui multiplie les paradoxes. À lire avec beaucoup d’humour.


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Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

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Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-80931-5

 

© Edilivre, 2014

Chapitre premier
Quelques siècles plus tôt

En l’an de grâce 1609, le bon roi Henri IV, âgé de cinquante-six ans, tomba follement amoureux de la belle Charlotte de Montmorency, qui en avait à peine quinze.

Ce fut la dernière éruption du volcan près de s’éteindre. Car le temps l’avait bien travaillé : ses cheveux et sa barbe grisonnaient, son corps s’alourdissait et ses dents lui faisaient mal. Surtout, le membre qu’il portait entre ses jambes et qu’il avait longtemps pris pour un os, ne se raidissait plus en présence d’une jolie femme, fut-elle nue et caressante. Et cette impuissance le plongeait dans une profonde tristesse. D’ailleurs, le Vert Galant n’avait plus d’occasions de s’adonner au plaisir. Il s’était fâché avec la plupart de ses maîtresses, trop ambitieuses. Et depuis la naissance du petit Louis, qui serait un jour le treizième du nom, puis de son frère cadet, il se gardait bien de pénétrer dans le lit de son épouse, Marie de Médicis, la grosse Italienne idiote.

Certes, il vieillissait. Certains jours, il lui semblait que quelques mois à peine s’étaient écoulés depuis qu’il avait gagné ses plus grandes batailles, menant lui-même la charge de sa cavalerie, coiffé de son panache blanc. Mais désormais, à la chasse à courre, il ne prenait plus les devants et restait piteusement derrière, au contraire, le dos raide et les articulations douloureuses. Au Conseil des ministres, il ne s’intéressait plus aux affaires de l’État. S’il avait pacifié le royaume, jadis, en mettant fin aux guerres de Religion, il avait échoué à réduire la misère des paysans et laissait son fidèle Sully s’occuper de labourages et pâturages. Quelquefois lui venait une envie d’étonner l’Europe par une hardie conquête mais il songeait aussitôt que l’Espagne, la première puissance de l’époque, en prendrait ombrage. Et, soudain pleutre, il hésitait à la défier.

Ainsi le roi, ruminant les souvenirs de sa gloire et de ses amours passées, errait dans son Louvre sans autre but que de se protéger du froid. Car, au début de l’année 1609, un terrible hiver s’était abattu sur le royaume et sa capitale : des monceaux de neige avaient enseveli les rues de Paris, la Seine avait gelé au point qu’on pouvait la traverser en marchant dessus et une bise atroce transperçait les manteaux, les pourpoints et les os. Dans le palais, tous les bûchers que les domestiques allumaient dans les cheminées ne réchauffaient ni les hommes ni les pierres. Tous les grands seigneurs se battaient les flancs, le vin se figeait dans les verres et la mode qui avait remplacé les bas moulants, portés par Henri III, par des chausses bien rembourrées, n’apportait qu’un réconfort dérisoire. Les savants de l’époque ne savaient pas mesurer les températures mais, à la vérité, la planète traversait le terrible petit âge glaciaire qui durerait jusqu’au milieu du dix-neuvième siècle.

C’est pourquoi toute la cour bénit la venue du printemps. À Pâques, on commença de moins en moins à frissonner puis, à l’Ascension, revinrent les premiers beaux soleils. Or, avec les boutons d’or, les jonquilles et les campanules, arriva dans le palais une jeune beauté dont tous admirèrent la fraîcheur : Charlotte de Montmorency. Issue d’une famille qui remontait aux croisades et qui avait donné à la France connétables et maréchaux à foison, petite-fille, en outre, d’un ami intime des feus rois François Ier et Henri II, elle ne manquait certes pas de noblesse.

Par contre, elle n’avait jamais connu l’amour. Ses parents, dans sa prime enfance, ne semblaient guère s’intéresser à elle et ne se la faisaient présenter qu’une heure chaque jour. Sa nourrice et quelques autres domestiques lui portèrent bien de l’affection, mais elle entra au couvent dès ses dix ans. Certes, les bonnes sœurs l’éduquèrent, mais elles la gavèrent surtout de catéchisme et de bonnes manières et bien peu de ses camarades se lièrent d’amitié avec cette aristocrate de très haut rang. Cela venait peut-être de son caractère un peu réservé et plutôt lisse, de sorte qu’on peinait à lui trouver des défauts ou des qualités.

En outre, le destin s’acharna sur elle, puisque son père puis sa mère moururent rapidement. Une tante dévouée la recueillit lorsqu’elle quitta l’institution qui lui avait appris comment se tenir dans le monde et l’adolescente se demanda ce qu’il adviendrait d’elle.

Or, dès qu’elle eut achevé sa puberté, on expliqua à cette orpheline qu’elle était un très beau parti, peut-être la plus riche dot du royaume. Et, selon les mœurs de ce temps, nul ne concevait pour elle un autre destin que le mariage avec un grand seigneur. Aucun prétendant ne s’étant encore exprimé, on commença par la faire dame de compagnie de la reine. Habituée à obéir, tout en se révélant très fière de ses glorieuses origines, elle débuta fort bien dans cet emploi nouveau et qui lui offrit le bonheur de côtoyer de nombreuses jeunes filles de son âge et de son rang. Celles-ci devinrent vite ses nouvelles amies, bien qu’elles la jugeassent rapidement un peu réservée et trop sérieuse.

Toute son aventure commença un jour qu’elle répétait un ballet de nymphes dans une chambre du Louvre, en compagnie des autres dames et demoiselles. Vêtue de tulles transparents, elle tenait à la main une flèche et, sur l’ordre du maître de danse, lança celle-ci droit vers une porte qui s’ouvrit à l’impromptu. C’était le roi qui entrait et le symbole de l’amour, fait de carton, tomba sur ses pieds.

Le quinquagénaire, levant les yeux, découvrit Charlotte qui rit un instant, faisant trembloter sa gorge potelée. Ses formes rondes et neuves, ses bonnes joues rougissantes et sa lippe gourmande invitaient aux plaisirs galants pendant que son front pur, ses cheveux châtains et sa taille mince suggéraient la chasteté. Comme elle redevenait grave, son regard noir et profond remua l’âme du roi et il dut s’appuyer au mur, atteint d’une soudaine faiblesse. On s’empressa aussitôt : quelqu’un apporta une chaise puis s’en alla chercher un médecin pendant qu’un autre faisait disparaître les jeunes filles. Mais le malaise fut vite dissipé.

Or, celui qui s’était cru un vieillard quelques instants plus tôt, se sentait rajeuni de trente ans, ce qui lui en laissait encore douze de plus que la vierge qui l’avait ébloui. C’est pourquoi, dès qu’il fut remis de son étourdissement, il s’enquit de son nom et de son état, demanda comment il pourrait la revoir et entreprit une cour effrénée. Il la poursuivit de ses assiduités, lui adressait des lettres enflammées et assistait bien sûr à toutes les répétitions du ballet, en s’asseyant de façon que le contre-jour révélât, au travers des tulles, ses seins si joliment galbés et ses fesses mignonnes. Un matin, ayant su dans quelle chambre elle dormait, il se mit à l’affût sous ses fenêtres, de sorte qu’en ouvrant celle-ci, la belle vit le roi lui envoyer mille baisers de la main.

Cette toquade fit aussitôt jaser tout Paris mais, rapidement, elle parut en outre inconvenante. À cette époque, en effet, si l’adultère restait parfaitement admis, du moins entre des personnes de qualité, l’œuvre de chair avant le mariage passait pour un grand péché. C’est ainsi qu’un dimanche, à la messe, le souverain fut surpris par le sermon de l’abbé Coton. Ce jésuite prêcha soudain sans s’embarrasser de subtilités et, avec virulence, tonna contre la luxure, spécialement lorsqu’elle aboutissait à corrompre une jeunesse innocente. Et, pendant que le visionnaire lui décrivait un enfer rempli des plus atroces tourments, le bon Béarnais, les yeux hagards, tournait son visage de droite et de gauche et voyait bien que toute la cour, un sourire aux lèvres, saisissait sans peine l’allusion.

Aussitôt après cette semonce, l’amoureux, un peu remué, prit conseil auprès de Sully. Son fidèle ministre lui aurait volontiers parlé d’autre chose, comme des tensions grandissantes avec l’Espagne mais se résolut à lui donner un conseil de bon sens : pour devenir l’amant de Charlotte sans que nul ne s’en offusquât, il suffisait de marier d’abord cette dernière. Cette idée déplut immédiatement au quinquagénaire. Car il rêvait passionnément d’être le premier homme à posséder la belle et, rongé par la jalousie, il n’eût point supporté de ne passer qu’en second. Il hésita donc longtemps jusqu’à ce qu’un soir, une idée lumineuse lui vînt.

En ce temps-là, vivait non loin de Paris, un homme aimable et raffiné : le prince Henri de Bourbon-Condé, son propre neveu. Détestant la politique, cet esthète ne goûtait guère l’atmosphère lourde d’intrigues de la cour et préférait couler des jours paisibles à la campagne, dans un joli château briard qui semblait flotter sur les champs de blé. Là, il s’adonnait à de multiples plaisirs. Il aimait la musique et organisait souvent de petits concerts de chambre. Il collectionnait aussi les tableaux et les œuvres d’art, avouant une prédilection pour les objets décoratifs et les bibelots. Il recouvrait en outre avec goût les murs épais de sa demeure par de ravissantes tapisseries qui représentaient des scènes bucoliques. Il lisait enfin beaucoup et la conversation de cet esprit cultivé, qui comprenait sans effort le latin et le grec, enchantait tous ceux qui y prenaient part.

Prince du sang qui ne le cédait qu’aux enfants du roi, il dédaignait les honneurs dont on le couvrait, à l’exception d’un seul : sa charge de grand louvetier de France. Et, chose curieuse, cet épicurien qui vivait de confortables rentes accomplissait consciencieusement cette mission qui semblait lui aller si mal. Car cette âme sensible ne prenait aucun plaisir à tuer des animaux. Mais, vivant dans la campagne, il savait les ravages que les grands fauves qui pullulaient infligeaient aux malheureux paysans : des moutons égorgés par centaines, des chevaux retrouvés à moitié dévorés dans les champs, des vaches meuglant leur détresse après qu’un de leurs veaux fut emporté et mille autres nuisances.

C’est pourquoi il s’efforçait de chasser au moins une fois par semaine. Ce même jour, il lisait les rapports que lui envoyaient ses lieutenants nommés dans toutes les régions du royaume et il réprimandait les paresseux ou les maladroits tandis qu’il récompensait ceux qui avaient fait preuve de zèle. Cette besogne effectuée, il reprenait sa nonchalance.

Âgé alors de trente-cinq ans, il n’était point marié pour la plus vieille raison du monde : il n’aimait que les hommes. D’ailleurs il logeait dans son château nombre d’éphèbes ou de mignons, ainsi qu’on disait du temps de feu Henri le troisième.

Or, un après-midi, alors qu’il écoutait un joli musicien jouer un morceau de luth, une rumeur parcourut soudain la maisonnée et les domestiques ne répétèrent bientôt plus qu’un seul mot : « le roi ! ». Condé n’eut besoin que de regarder par une fenêtre pour voir s’arrêter dans sa cour un carrosse escorté de six cavaliers portant la livrée d’azur à trois fleurs de lis d’or. Le temps de commander qu’on préparât une collation et de jeter un coup d’œil au premier miroir venu afin de rectifier sa toilette, il se précipita dehors et accueillit son auguste visiteur au moment où ce dernier s’apprêtait à gravir l’escalier d’honneur :

« Mon bon neveu ! Que je suis aise de vous voir ! J’ai de grandes nouvelles pour vous ! »

Et celui qui arrivait à l’improviste éclata d’un bon rire gras. Ensuite il ne cessa de pouffer et de glousser, tout en caressant son hôte, jusqu’à ce qu’ils fussent attablés devant une corbeille de fruits et une orangeade. Le Béarnais, qui eût préféré du vin, ne se formalisa point et, son humeur toujours joyeuse, finit par révéler la raison de sa venue.

« Je ne me suis point assez occupé de vous depuis la mort de votre père et j’ai décidé de rattraper le temps perdu, c’est-à-dire de vous marier.

Entendant ce mot, le prince pâlit brusquement.

– Songez, continua le roi, que vous serez sur le trône s’il arrivait quelque malheur à mes fils et qu’il est donc dans l’intérêt de la France qu’à votre tour vous vous donniez des héritiers. Au demeurant, je vous donne un excellent parti : Mademoiselle de Montmorency, au moins deux cent mille écus de dot. Et, de plus, elle est charmante.

Le ton du quinquagénaire changea soudain et c’est enflammé par la passion qu’il évoqua la beauté de Charlotte :

– Des yeux à damner les anges, une gorge ronde et ferme, dont les tétons se dressent quelquefois, et des jambes, et des hanches… » Et, tout en s’échauffant ainsi, le barbon décrivait des rondeurs dans l’air avec ses paumes.

Atterré, Condé tenta vaguement d’émettre une objection, mais le souverain éleva la voix et le malheureux n’eut plus qu’à obéir. L’affaire fut d’ailleurs promptement menée. Quelques jours plus tard, il rencontra la jeune fille à Paris, pour leurs fiançailles. Elle lui parut une enfant et il ne sut rien lui dire, sinon « Bonjour ». L’abbé Coton les bénit tous deux et le Vert Galant les sépara aussitôt, afin de reprendre sa cour auprès de la belle.

Or le prince, qu’on avait logé dans le palais du Louvre le plus loin possible de tout le monde, avait conçu de nombreux soupçons sur l’attitude de son oncle et s’efforça de prendre quelques renseignements. Trop fin pour poser des questions directes, il procéda par allusions. Il dit à un courtisan que le roi semblait trouver charmante la jeune fille qu’il lui donnait, à un autre qu’il se sentait vaguement ridicule et à un troisième qu’une atmosphère étrange régnait partout autour de lui. Ainsi apprit-il rapidement ce que tout Paris savait : Henri IV ne rêvait que de posséder Charlotte et il lui faisait tenir le rôle du jobard.

Mais il n’eut guère le temps de ruminer cette perspective déshonorante. Le mariage fut bientôt célébré en grande pompe à la cathédrale Notre-Dame de Paris. La messe fut suivie de diverses festivités, qui durèrent trois jours puis, enfin, on laissa les époux libres. Condé, susceptible, s’empressa de retourner dans son château briard en prenant soin d’emmener celle que son oncle désirait follement. Car il refusait bien de devenir la risée de tout le royaume. Mais il se retrouvait dès lors embarrassé d’une jeune femme, certes fort jolie, mais qui restait pour lui un être tout aussi exotique que les panthères ou les girafes que le sultan de Turquie offrait parfois aux maîtres de la France.

À tout hasard, et soupçonnant que l’adolescente avait besoin d’un minimum d’aisance, il embaucha quelques femmes de chambre pour la servir, la logea dans des appartements confortables, dans l’aile opposée à celle où lui-même dormait, et crut s’en tirer à aussi bon compte.

Charlotte, pourtant interloquée, ne dit rien cette fois-ci. Il ne lui déplaisait certes pas d’être devenue princesse mais, s’étant fait instruire de certaines choses, s’étonnait d’être toujours vierge. Sa nouvelle vie lui parut en outre aussi étrange qu’ennuyeuse. Elle ne voyait son mari qu’une fois la semaine, le dimanche matin, à la messe que l’abbé du lieu disait au château. Cet inconnu fort distingué la saluait fort poliment et lui donnait le bras. Mais, les autres jours, entourée de domestiques obséquieuses, elle mangeait seule, s’efforçait de passer le temps en brodant, s’autorisait hardiment à prendre un des nombreux livres de cette maison et se sentait davantage prisonnière qu’au couvent où elle avait passé son enfance. Et, rétrospectivement, les quelques mois qu’elle avait passés au Louvre, au service de la reine et en compagnie d’adolescentes de son âge, lui parurent un paradis. En outre, fine, elle comprit assez vite, au hasard de rencontres inopinées, qu’elle avait à redouter non des rivales mais des rivaux.

Pendant ce temps, Henri IV s’efforçait d’atteindre le but de ses subtiles manœuvres. Il commença par écrire à son neveu que Marie de Médicis se languissait de sa dame d’honneur et qu’il importait que celle-ci revînt au Louvre. Certes, en ce temps-là, les époux ne devaient point mener vie commune. Mais le prince ne tomba point dans ce piège grossier et répondit à son oncle que sa jeune femme souffrait d’une maladie qui l’empêchait de se déplacer, ce qui était parfaitement faux. Ensuite, l’amoureux organisa une grande fête à laquelle toute la noblesse du royaume devait accourir. Mais le couple dont on désirait une moitié ne parut pas, prétextant une convalescence.

Finalement, une nuit, les domestiques et les gens d’armes du château briard sonnèrent brusquement l’alarme : un inconnu, d’apparence suspecte, avait été surpris tentant de forcer les murailles. Condé, non sans courage, se leva, retrouva son épée dans un vieux meuble et, en chemise, marcha hardiment jusqu’au brigand. Il reconnut subitement le roi, déguisé en chevalier errant, et qui, piteusement, tenta de façon fort embrouillée de lui expliquer qu’il avait voulu lui faire une farce. On reconduisit incontinent Sa Majesté à Paris.

Mais cette dernière tentative convainquit le jeune marié que, s’il ne prenait pas une décision énergique, il serait bientôt vaincu, si l’on nous permet cette rime. C’est pourquoi, dès le lendemain, il entra dans la chambre de son épouse pour lui intimer de faire aussitôt ses malles. Et, quelques heures plus tard, ils partaient pour le Nord. En peu de jours, ils eurent atteint Bruxelles et le prince demanda l’hospitalité à l’archevêque. Mais si ce dernier voulut bien héberger sa femme, il refusa de lui accorder la même grâce. La ville était en effet alors possession espagnole et un des plus grands seigneurs de France, n’eût-il aucun pouvoir politique, ne pouvait y rester sans déclencher de dangereux troubles diplomatiques. Condé fila donc plus loin, à Cologne.

Or, cette fois, Charlotte se permit de regimber. Elle n’appréciait guère d’avoir été enlevée par son mari, si l’on peut dire. Car cette petite orgueilleuse de quinze ans avait un peu rêvé de devenir la favorite du roi et le désir qu’il avait exprimé l’avait beaucoup flattée. « Il est fou ! » s’était-elle exclamée avec ravissement en apprenant comment il avait tenté de la surprendre dans le château briard.

Et voici que, exilée dans ces sinistres Pays-Bas, elle se morfondait dans une méchante abbaye, quasiment recluse et plus seule que jamais. Elle était servie par une femme de chambre qui lui parlait une langue inconnue, ne mangeait que des légumes cuits à l’eau et n’avait d’autre distraction que la lecture de psaumes. Elle eut tôt fait d’adresser une lettre cinglante à son époux, dans laquelle elle lui rappelait toute l’obéissance dont elle avait fait preuve depuis leur mariage et l’incroyable condition dans laquelle il la faisait vivre désormais.

Contrit, ce dernier lui envoya une bourse pleine d’écus qui permit à l’adolescente de mener un train de vie plus conforme à ses attentes et lui recommanda la compagnie d’une jeune comtesse locale.

À Paris, Henri IV hurlait sa colère dans tous les couloirs du Louvre, tel un lion blessé qui n’a cure que toute la jungle apprenne sa mésaventure. Et il devint presque fou. Atrocement frustré, furieux contre son neveu et incapable d’écouter le sage Sully, il leva une armée et décida de reprendre la guerre contre l’Espagne. Bien protégé au Sud par les Pyrénées, il avait conçu le plan d’attaquer au Nord, de conquérir Bruxelles et de délivrer celle que tous, désormais, surnommaient « Hélène de Troie ». Mais le quatorze mai 1610, alors que tout semblait fin prêt, le couteau de Ravaillac mit fin à cette folie.

La mort du roi, qui fut un grand malheur pour la France, fit le bonheur de quelques-uns. Condé d’abord retrouva les blés de sa campagne, son château, ses bibelots et ses mignons. Comme son épouse l’avait rejoint et qu’il ne savait toujours pas quoi faire d’elle, il s’empressa, non sans muflerie, de l’autoriser à retourner vivre à Paris, près de la reine. Certes, il risquait de nouveau de porter des cornes mais du moins ne le devrait-il pas à celui-là même qui l’avait marié. Charlotte reprit donc son service de Dame d’honneur. À cette occasion, elle retrouva avec plaisirs certaines des jeunes filles de son âge avec lesquelles elle avait répété le ballet des nymphes. Mais elle découvrit, en même temps, toute l’horreur de la régence.

Au pouvoir, la reine, qui avait chassé Sully, ne faisait rien d’autre que restaurer la paix avec l’Espagne et, pour le reste, s’en tenait aux fort mauvais conseils de sa sœur de lait et du mari de cette dernière : Concino Concini. Ce drôle, de basse extraction, avait assez de talent pour manipuler la sotte souveraine comme un marionnettiste sa poupée. En peu de mois, il parvint à se faire nommer marquis, premier gentilhomme de la Chambre, gouverneur de diverses places et finalement Maréchal, quoiqu’il sût à peine tenir une épée. Et, bien sûr, il recevait de multiples pensions et diverses rentes, si bien qu’en moins d’un an, il devint l’homme le plus riche de Paris, mais aussi le plus détesté.

En effet, plusieurs grands seigneurs jalousèrent fort l’aventurier italien et peinaient à comprendre comment ce faquin pouvait recevoir de Marie de Médicis autant d’honneurs et autant d’argent. Pour les calmer, on les laissa, eux aussi, plonger les mains dans les caisses de l’État. Comme celles-ci se vidèrent vite, il fallut lever de nouveaux impôts pour satisfaire les convoitises et le peuple s’appauvrit pendant que les nobles s’enrichissaient.

Quelque temps plus tard, on maria Louis XIII avec Anne d’Autriche. Tout un chacun savait, à la cour, que cet adolescent de quatorze ans, pour des raisons politiques ou pour suivre l’exemple de son défunt père, eût plus volontiers fait la guerre au roi d’Espagne que l’amour à sa fille. Et quelques-uns se demandaient en outre s’il n’eût pas préféré découvrir les plaisirs de la chair avec un garçon. Quoi qu’il en fût, la mine qu’il arbora ce jour-là indiquait bien à qui voulait la voir, y compris la malheureuse fiancée, qu’on le forçait à coucher avec une ennemie.

Or, à cette occasion, Charlotte retrouva Condé. Ce dernier n’avait pas quitté son château briard depuis des mois mais, à Notre-Dame, il lui donna le bras ainsi que le protocole de la cérémonie l’exigeait. Et ils parurent de nouveau ensemble lors des diverses festivités qui suivirent. Mais, comme il paraissait sans cesse revêtu de ses plus beaux atours, la jeune fille, d’abord aussi étonnée que fière, se rappela qu’elle avait épousé un prince. Alors, elle conçut une idée malheureuse. Et, à la première occasion, le voyant s’ennuyer au cours d’un bal, elle l’entraîna dans une antichambre discrète afin de lui en faire part. Lorsqu’ils furent seuls, elle lui conta le pillage du royaume par les grands seigneurs en l’exhortant à y mettre fin.

Le marié malgré lui, après avoir remarqué que l’adolescente avait embelli, tenta de se dérober selon son habitude, en arguant qu’il n’entendait rien à la politique, ce qui était parfaitement exact. Mais elle lui remontra qu’il était cousin du roi, qu’il descendait de Saint-Louis et d’Hugues Capet et, qu’avec toute sa noblesse, il lui appartenait de sauver la France. L’épicurien fut bien étonné de découvrir autant de hardiesse dans le cœur de sa jolie femme. En outre, ayant pris quelques renseignements sur elle, il savait qu’elle n’avait point pris d’amant et qu’elle était donc restée vierge. C’est peut-être pourquoi, comme pour la rembourser de sa vertu, il finit par convenir, qu’en effet, il lui fallait agir.

Or, il s’y prit de la pire façon du monde. Revêtu d’un joli pourpoint rose, une large fraise autour du cou et une bague au doigt, il parut au conseil de régence, dont il était membre de droit. C’était la première fois qu’il participait à une séance du gouvernement du royaume et son inexpérience le perdit. Quand vint son tour de parler, d’une voix mal assurée, il tenta d’expliquer qu’il était criminel de puiser dans les impôts que payait le peuple pour s’enrichir personnellement. Concini, non sans toupet, protesta qu’on l’injuriait et Condé tomba dans le piège en jurant qu’il ne visait personne en particulier. Tous se crurent donc soupçonnés par cet inconnu qui ne semblait certes guère redoutable mais disposait peut-être d’appuis cachés. Dès le lendemain, des gens d’armes l’arrêtèrent et il fut enfermé à la Bastille.

Lorsqu’il aperçut les murs épais qui l’enfermeraient désormais, les trois malheureuses chambres qui constitueraient son seul univers et le lit rustique et sale où il devrait dormir, il crut défaillir. Ensuite, lorsqu’il comprit que, sauf un vieux valet de chambre qu’on lui avait laissé, il vivrait seul et loin de ses plaisirs, il plongea la tête entre ses mains. Enfin, lorsqu’il se représenta que son destin dépendait du bon plaisir des êtres cupides et méchants qu’il avait sottement menacés, il s’effondra en sanglots. De plus, méchamment, on lui laissa entendre qu’il pourrait être accusé non seulement de trahison mais encore de sodomie. S’attendant à être brûlé vif, il s’abîma dans un immense désespoir.

Puis quelques mois passèrent et il comprit qu’on n’oserait pas attenter à sa personne. Mais sa condition restait misérable. Dès les premiers froids de l’hiver, il tomba malade et fut long à guérir. Puis, au printemps, des punaises venues l’on ne sait d’où le dévorèrent avec acharnement. Enfin, plus terrible que tout, il se mourait d’ennui.

Or un jour, tel un rayon de soleil, Charlotte lui apparut. Vêtue simplement, accompagnée d’une seule femme de chambre, elle lui expliqua d’abord qu’elle avait obtenu de la reine la faveur de partager sa captivité et qu’elle s’était arrangée pour qu’on la logeât dans quelques cellules voisines de ses appartements. Bien sûr, elle pourrait librement lui rendre visite. Mais ce n’était pas tout.

« Vous concevrez sans peine, lui dit-elle, que je me sens bien coupable de vous avoir entraîné dans l’aventure où vous vous êtes finalement perdu. Mais je tiens à me racheter en soulageant vos souffrances par ma compagnie et par toutes les menues distractions que je pourrai vous offrir. Je me permettrai, en échange, de vous demander quelque chose : voici trois ans que nous sommes mariés et je suis toujours vierge. Or, il se trouve que je veux des enfants et que vous seul pouvez me les donner. Véritablement dégoûtée de la cour et n’ayant nulle envie de me morfondre dans votre château briard, j’ai décidé de mettre à profit ces temps difficiles pour devenir mère enfin. Si vous acceptez donc que je vous rejoigne dans votre lit deux fois la semaine, je resterai près de vous et vous consolerai de vos tristesses autant que je le pourrais. »

Ayant parlé, elle resta debout devant lui, attendant sa réponse. L’adolescente avait renoncé à l’amour mais encore à la gloire et, toute princesse qu’elle fût, ne rêvait plus que de tomber enceinte et d’accoucher. N’imaginant pas une seconde de prendre un amant et de mettre au monde un bâtard, ce que tout Paris aurait su, elle voyait dans le malheur qui avait frappé son mari une belle occasion de réaliser son projet. Car il serait alors non seulement prisonnier de la bastille mais aussi, enfin ! d’elle-même.

Dans l’état désespéré où il se trouvait, Condé accepta l’offre de Charlotte avec des larmes de soulagement et de gratitude dans les yeux. Mais il lui fallut tenir sa parole. Or, à son grand étonnement, cela ne lui fut pas impossible. À trente-huit ans, il n’avait jamais connu de femmes et, après quelques échecs bien excusables, il trouva le moyen de posséder la sienne.

Une chose qui l’aida beaucoup fut la ponctualité de son épouse. Celle-ci, aussi ordonnée que volontaire, le prévenait toujours à l’avance du jour et de l’heure auxquels elle s’inviterait dans son lit, ce qui lui permettait de se préparer. Pendant de longues minutes, il fermait les yeux et se représentait des anges, des pâtres et de mignons joueurs de clavecin. Si bien que lorsqu’elle arrivait, il ne lui restait plus qu’à se coucher sur son corps. Quand habitude leur vint à tous deux, le rapport durait moins de cinq minutes et leur procurait la satisfaction du devoir accompli.

Mais la princesse s’attardait ensuite dans la couche de son mari, croyant accroître ainsi les chances d’être fécondée. Ils en profitaient pour bavarder et c’est ainsi qu’ils firent connaissance. Ils discutèrent d’abord de leur triste condition et, dévouée, la future mère, qui disposait de plus de libertés que lui, apporta des livres qui rompirent son ennui mais aussi des gravures qu’il pouvait accrocher aux murs de sa geôle. Elle lui offrit même un luth, dont il jouait assez bien pour que, quelquefois, elle s’autorisât à chanter.

Il découvrit ainsi que son épouse ne manquait ni de goût ni de culture, ce qui l’étonna. Elle-même, qui l’avait cru sauvage tant qu’il l’avait tenue à l’écart, s’émerveillait de son caractère aimable et de son esprit raffiné. Bientôt, ils s’estimèrent réciproquement et un commencement d’affection commença même de naître, si bien qu’il finit par sourire en la voyant apparaître dans sa chambre les jours où ils étaient convenus qu’il lui donnerait sa semence.

Une première grossesse tourna très mal. La jeune femme faillit périr dans les douleurs de l’enfantement et mit finalement au monde des jumeaux mort-nés. Mais les deux prisonniers surmontèrent leur chagrin et redoublèrent leurs efforts. Enfin, pour la plus grande joie de tous les gardes de la Bastille, Charlotte mit au monde une fille, qu’elle prénomma Anne-Geneviève. Et le bébé, auquel sa mère donnait son propre sein, faute de nourrice, gazouillait, tout heureux, bien qu’il fût lui-même reclus entre les murs de grosses pierres de la forteresse.

Mais la roue de l’histoire tourna de nouveau. Quelques mois plus tard, Louis XIII, du haut de ses dix-sept ans, voulut être roi. Il fit assassiner Concini et enferma sa mère dans le château de Blois. Dès lors, les grands seigneurs s’inclinèrent. Il put dissoudre le conseil de régence et choisir ses ministres lui-même. Et il nomma comme son premier conseiller un mâle, un vrai, le cardinal de Richelieu.

Ce coup d'État eut, entre autres conséquences heureuses, la libération des Condé. Mais les deux époux ne reprirent pas leur vie commune. Le prince se retira dans son château briard où il fit revenir ses mignons et ses musiciens. De même, bien qu’il eût perdu la charge de grand louvetier de France, il recommença de chasser les fauves, par charité pour les paysans de son domaine. Mais la prison l’avait vieilli et il n’accomplissait plus cette tâche avec le même sérieux qu’autrefois.

Charlotte, qui avait toujours préféré Paris, se relogea au Louvre où, toujours deuxième Dame de France depuis l’exil de Marie de Médicis, elle se lia d’amitié avec la reine Anne. L’Espagnole avait, en effet, bien besoin d’affection, tant elle était délaissée par le roi qui persistait à refuser de faire l’amour avec son ennemie. Mais la dame d’honneur n’en oubliait pas pour autant ses projets. Elle retrouvait de façon régulière son mari, le temps de voir sa fille, élevée par une armée de nourrices et de précepteurs, et de se faire de nouveau féconder. Elle parvint ainsi à faire d’autres enfants : deux garçons.

Le temps efface tant les joies que les peines. Vieilli, Condé renonça à la sensualité, plaça ses mignons du mieux qu’il pût, se convertit et mourut pieusement. Son épouse le suivit dans la tombe peu après, heureuse d’avoir été mère. Et, après vingt ans de mariage, le roi se résolut enfin à entrer dans le lit d’Anne d’Autriche et conçut son fils : Louis XIV.

Comme on sait, en 1804, au château de Vincennes, Napoléon fit fusiller le dernier descendant du prince et de Charlotte, du moins, par ordre de primogéniture mâle. Car, par les branches cadettes, par les femmes, voire par la cuisse gauche, ce sang ne fut point tari. Et nous retrouvons ainsi, vers 1930, une Agathe de Longueville qui connut, brièvement, une petite notoriété.

La bourgeoisie triomphante avait alors imposé le mariage par consentement. C’est pourquoi, bien conseillée par sa mère, cette jolie blonde en pleine jeunesse avait accordé sa main au fils d’un négociant en vin qui lui avait paru sérieux et gagnant bien sa vie. Il s’appelait Lussac. Et c’est sous ce nom, dix ans après avoir mis au monde un unique enfant, qu’elle se piqua d’écrire un opuscule antiféministe.

Car les idées et les modes nouvelles lui paraissaient alors menacer dangereusement l’ordre établi. Elle entreprit donc de démontrer que la femme, incapable de subvenir à ses besoins et à ceux de sa progéniture, se soumettait de la meilleure grâce du monde à un maître doux et bienveillant. Ce dernier, père présumé de toutes les créatures qu’elle mettrait au monde, recevait, en échange de la protection qu’il leur offrait, la direction de la famille. En guise de conclusion, après avoir pesé la justice d’une pareille union, elle vantait les charmes insoupçonnés d’une existence chaste et dévouée.

Elle-même s’occupait avec amour de son petit garçon et entretenait sa maison avec le plus grand soin. Ses principales distractions étaient les fêtes de charité et les dîners du dimanche, où les ménages du voisinage s’invitaient les uns les autres à manger du gigot.

À dire le vrai, son livre connut certes un petit succès dans un certain milieu mais il sombra assez vite dans l’oubli.

La Seconde Guerre mondiale et l’occupation la firent changer assez radicalement d’opinion. Pour commencer, elle connut l’angoisse de ne pouvoir nourrir son enfant et, contrainte par le rationnement, elle déployait tous ses talents de cuisinière pour accommoder des rutabagas ou des topinambours. Honteusement, elle se ravitaillait aussi quelquefois au marché noir. Ensuite, elle souffrit du froid. Les climatologues d’aujourd’hui s’accordent pourtant à dire que les années quarante furent assez chaudes. Mais, privée de charbon, comme tous les Français, la famille Lussac trouvait les hivers bien longs.

Or, à la libération, Agathe apprit que son époux semblait avoir collaboré avec les Allemands. Il échappa certes à l’épuration en gagnant deux procès mais un poison avait néanmoins pénétré dans le couple. Car elle-même, toujours dévouée, avait, de son côté et dans la plus grande discrétion, aidé diverses personnes qui en cachaient d’autres – ce qui voulait dire beaucoup de choses à l’époque. Et, pour couronner le tout, elle découvrit qu’il la trompait, ce qu’elle ne pardonna point.

C’est donc avec joie qu’elle vota pour la première fois en 1945. Et c’est avec la même satisfaction qu’elle reçut le droit de travailler et d’ouvrir un compte en banque sans l’autorisation de son mari. Pressée de jouir de sa nouvelle liberté, elle donna rapidement des cours de solfège qui lui procurèrent un petit revenu. Puis, lorsque, son enfant atteignit l’âge adulte, elle envisagea de rompre avec le goujat dont elle partageait la vie depuis trop d’années. Et un soir, après une dispute ordinaire, elle prononça le mot « séparation ». Surpris, son mari prit le temps de la réflexion. Puis, après avoir bien ruminé cette affaire, il considéra que sa femme savait beaucoup trop de choses sur lui. En outre, il s’entendait fort bien avec sa maîtresse. Il envisagea donc d’un œil serein de refaire son existence. Ils en discutèrent sérieusement une autre fois et convinrent finalement de se quitter bons amis.

Chacun prit donc un avocat et fit avec stupéfaction la même découverte : ils n’avaient nul droit de divorcer sous le simple prétexte qu’ils ne s’entendaient plus. Telle était la loi. La famille étant le pilier de la société, la désagrégation de l’une risquait évidemment d’entraîner celle de l’autre, c’est pourquoi députés et sénateurs refusaient que ceux qui avaient consenti à s’unir pussent, animés de la volonté contraire, dénouer leurs liens. Heureusement quelques exceptions à ce dur régime étaient prévues, et ils surent en profiter.

Un des premiers motifs permettant d’obtenir un jugement était l’infidélité. C’est pourquoi le conseil d’Agathe insista fort pour que celle-ci tentât d’établir un constat d’adultère. Après tout, depuis qu’ils s’étaient mis d’accord, son mari passait de nombreux soirs au domicile d’une autre femme et il ne serait sans doute pas difficile de les faire surprendre...