Funny-rarium

Funny-rarium

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Livres
102 pages

Description

L'auteure entrouvre les coulisses d'un théâtre où déambulent les acteurs des pompes funèbres qui côtoient, chaque jour, la longue Dame Noire. C'est avec un clin d’œil complice qu'elle dévoile au lecteur des scènes tragicomiques qui en feront sourire plus d'un ! Un recueil de nouvelles, de petites histoires qui donneront au lecteur l'opportunité d'apprivoiser cette Dame Noire qu'est la Mort... Des récits gorgés d'humour qui vous purgent et vous lavent de la peur, du malaise voire du dégoût qu'instille cette inconnue... Un humour souverain et insaisissable qui vous déstresse et vous libère de tous les tabous qui entourent cette grande Dame Noire. L'auteure ajoute : « Je vous le promets : vous allez sourire et peut-être bien que vous allez rire ! »


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Informations

Publié par
Ajouté le 30 juin 2016
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EAN13 9782334144933
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
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Cet ouvrage a été composér Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-334-14491-9

 

© Edilivre, 2016

Bibliographie

Narcose dans le Grand Bleu, roman, Edilivre, 2013

Ivresse et Détresse, Poésie, Edilivre, 2014

Cendrilla « laissée-pour-conte », témoignage, 2015

Funny – rarium, recueil de nouvelles, Edilivre, 2016

Ce recueil relève de la fiction. Toute ressemblance ou similitude avec des personnages et des faits réels existants ou ayant existé ne saurait être que coïncidence fortuite.

Dédicaces

 

 

Je dédie ce livre à tous mes collègues de travail…

Puissions-nous toujours travailler dans un esprit de solidarité, d’écoute et de bienveillance.

Prologue

D’aucuns pourraient être heurtés par les traits d’humour, les pointes d’ironie qui jalonnent ce recueil… La légèreté n’est-elle pas la meilleure façon de déjouer l’absurdité de la Mort au risque de faire de cet ouvrage un éteignoir ?1 Comment tous ces intervenants qui « flirtent » avec la maladie, le malheur, la misère et la mort pourraient-ils œuvrer dans leur sacerdoce s’ils ne se ménageaient pas des garde-fous ?

L’humour est le meilleur antidote pour ces professionnels. Il ne s’agit, en aucun cas, de manquer de respect ou d’empathie. Il s’agit de se protéger, de développer des mécanismes de défense pour ne pas être contaminé, voire gangrené par la souffrance et les agressions que ces employés rencontrent jour après jour. Charlie Chaplin2 n’a-t-il pas dit que l’humour renforce notre instinct de survie et sauvegarde notre santé mentale !

Je pense tout particulièrement aux croque-morts confrontés à des situations sordides, sinistres et glauques. S’il n’avaient pas cette résilience, cette faculté de rebond, ils se retrouveraient, pour la plupart, dans des hôpitaux psychiatriques. Tout comme ils enfilent leur combinaison sanitaire dans certains cas, l’humour constitue une de ces combinaisons sous laquelle se réfugient leurs émotions, leurs ressentis et leur permet d’affronter les situations les plus surréalistes.

N’importe comment, le propos de ce recueil n’est pas de s’attarder sur la crudité de certains aspects glauques et sordides de la Mort. Si certaines personnes à la curiosité malsaine restent sur leur faim, elles ont tout le loisir de se tourner vers les médias et les paparazzi toujours prêts à « sur-exposer » violence, cruauté, terrorisme, cataclysmes et catastrophes.

Il n’y a pas non plus sujet à faire la fine bouche quand l’agro-alimentaire nous promet, pour le futur, une alimentation hyper-protéinée à base de larves, d’insectes, de vers de farine qui grouilleront dans nos futures assiettes !


1. Éteignoir : ce qui arrête l’élan de l’esprit, de la bonne humeur.

2. Charlie Chaplin : Charles Spencer Chaplin, dit Charlie Chaplin, est un acteur, un réalisateur, un scénariste et un compositeur britannique qui devint une icône du cinéma muet grâce à son personnage de Charlot.

1
La nouvelle recrue

Vous êtes probablement persuadés que, dans une équipe qui côtoie la mort tous les jours, les rapports entre collègues sont harmonieux, sans envie ni jalousie, sans rivalité ni défi… Détrompez-vous. Comme partout ailleurs, on se tire dans les pompes ! La sagesse voudrait pourtant que l’homme relativise les choses quand on sait que la mort est là qui nous attend tous. Mais bon sens et affect ne font pas souvent bon ménage.

Quand la nouvelle hôtesse funéraire fut engagée pour exercer son « ministère », les lois de la dynamique de groupe se mirent directement en place. Elle fut victime de bizutage… on pourrait parler de mise à l’épreuve frisant l’acharnement. La « cellule funéraire » rejetait systématiquement tout nouvel organe comme un corps étranger et était diablement plus difficile à apprivoiser que la mort !

La nouvelle recrue, Nina, était pourtant pleine d’illusions et partait avec l’idée que « tout le monde, il est bon, il est gentil », que tout pouvait se négocier grâce à l’esprit d’équipe, que les relations se basaient sur la confiance et le respect. Mais là, elle était à côté de ses pompes ! Elle qui avait travaillé en milieu éducatif, déchanta très vite mais elle s’empressa d’en rire pour ne pas en pleurer.

Comme elle œuvrait dans le giron de la mort, elle se devait d’être au diapason des familles. Alors, pour parer à la sinistrose, elle endossait son beau sweet noir au dos duquel figurait en lettres blanches, l’inscription « Espace Vital » sans jamais oublier son parfum « La vie est belle ». Plus tard, elle dut se conformer à porter l’uniforme de l’entreprise.

Sans pouvoir se l’expliquer, Nina savait que sa place était là, dans un funérarium, là où la vie et la mort se côtoient comme des sœurs siamoises. D’ailleurs, elle se familiarisa très vite avec la Dame noire et, très vite, elle comprit qu’elle avait déjà eu affaire à elle dans un passé très lointain… Passé dont la souvenance avait été floutée par un ange gardien.

Le premier collègue qu’elle rencontra au salon funéraire la mit tout de suite sur le ton : un homme chauve portant une petite mallette. Il était grand, le regard morgue, le teint blafard et le visage sévère comme une tombe. Pour faire bref… la gueule du croque-mort. D’un regard mortifère et d’une voix d’outre-tombe, il lui débita les dix commandements de la maison : toutes les chambres, tu nettoieras, les fleurs, les couronnes, tu disposeras, les canopes, les bénitiers, tu astiqueras, les cendriers, tu videras mais, en aucun cas, tu ne fumeras et j’en passe !

Puis, il se dirigea vers une dépouille à mettre en bière à qui il bredouilla des grognements inintelligibles. La famille avait demandé que le cercueil reste ouvert. Il s’attela donc à la toilette du trépassé, le rasa de près et l’habilla. Il procéda au placement de la tête : une main sous le menton et l’autre contre la joue glacée, pour allonger tant que faire le cou, dans une pose altière. Il tira de sa mallette, un tube de colle forte destinée à clore la bouche et les paupières qui s’acharnaient toujours à rester désespérément ouvertes. Le croque-mort regardait « la nouvelle » du coin de l’œil, l’observait à la dérobée, un sourire narquois au coin des lèvres, histoire de juger de sa réactivité à la scène. Avec le temps, Nina s’habitua à cet homme. Sous ses airs bourrus, il devait cacher une grande sensibilité. Il avait l’habitude, après chaque mise en bière, d’aller visiter le frigo à l’affût de quelques collations qu’il avalait avec délectation. Cet appétit gourmand inquiétait quelque peu Nina : il aurait pu développer des pulsions nécrophages3 et il fallait éviter toute bavure !

Le manager de l’équipe à la courtoisie quelque peu cauteleuse4 s’appelait Goliath : il fallait le voir fendre la pénombre de l’athanée5 de sa stature imposante. Il marchait toujours le regard bas mais il voyait tout sous le linceul de ses paupières. Qui plus est, il avait deux chefs d’équipe qui visionnaient et rapportaient tout ce qui ne tournait pas rond.

Ces deux coaches étaient les meilleurs acteurs de la troupe. Le plus petit portait la moustache et se nommait Ricky. Quand il venait à la rencontre d’une famille, on assistait à une métamorphose impressionnante de l’homme au quotidien. Tandis qu’il se dirigeait vers la chambre du défunt, le regard plein d’empathie et de componction6, son corps se figeait, ses pores se fermaient… il rétrécissait à vue d’œil puis tendait la main en courbant le corps comme s’il s’excusait d’exister… De quoi avoir peur de le voir tomber en poussière ! Mais, il se déconstipa très vite et, grâce à son intelligence, son efficacité et son sens du contact, il gravit très vite les échelons de la hiérarchie, sans pour autant passer dans l’Au-delà !

L’autre chef d’équipe se prénommait Ronald. Un autre style… Il devait être du signe des gémeaux. Certains jours, il se faisait caïd et entretenait la forme physique de ses hommes en leur faisant faire des pompes ! D’autres fois, c’était un gentleman accompli. De son élocution impeccable, il s’adressait aux familles avec mille politesses, attentif aux doléances de chacun. A ces moments-là, on lui aurait donné le bon dieu sans confession.

Puis, il y avait le plus jeune des croque-morts qui plaisantait souvent avec Nina, l’invitant au rituel macabre de la mise en bière. Peine perdue… elle n’avait jamais aimé partouzer à la bière ! Il avait le feu sacré de la jeunesse et rien ne semblait pouvoir entamer sa bonne humeur et sa bonne volonté. Quand il « s’attaquait » à une dépouille, on peut dire qu’il avait les coudées franches pour mettre la main à la pâte. S’il continuait dans cette direction, ce jeune gars se préparait un bel avenir !… Si on peut parler d’avenir quand on parle de fin de vie.

Herbert, lui, était connu sous le pseudo de « Monsieur Bricolage ». Il était passé maître dans la création de systèmes D pour la réparation et l’entretien des bâtiments funéraires.

Nina et lui s’étaient découverts un point commun : ils conversaient en wallon au grand dam des autres collègues qui n’y comprenaient que dalle !

Les supplétifs n’apparaissaient qu’en « haute saison » quand la grande faucheuse, déchaînée, opérait de grandes razzias : les chambres se remplissaient et se vidaient telle une chaîne de production automatisée.

Venons-en à la gent féminine. Aurore exerçait son ministère depuis deux décennies. Sa vie, c’était son funé, sa famille, ses défunts et les familles de ses défunts. Elle connaissait par cœur, l’ABC des rites funéraires. Elle n’en finissait pas d’attendre encore et toujours l’arrivée de nouvelles dépouilles. Dès qu’il y avait un arrivage, son moral montait d’un cran : elle les pomponnait, les bichonnait et ronronnait comme une chatte à son affaire.

Quant à Delphine qui arrivait en fin de carrière, elle s’occupait de l’autre funérarium : c’était la grande actrice qui cartonnait sur la scène de l’athanée depuis quelques décennies. Elle évoluait sur scène… mais surtout en coulisses et brillait sous le feu des lampes qui éclairaient la chapelle. On l’appelait la reine du paradis des cercueils. Elle s’était forgé une armure en acier blindé. Aguerrie par ses années de service, elle était de celles qu’on n’apprivoise pas. Pour elle, ce n’était plus un ministère mais une corvée. Si le feu sacré n’était plus là, elle restait néanmoins bien scellée à sa place.

Les croque-morts se plaignaient souvent de leur vie mouvementée, cavalant « la mort aux dents » de jour comme de nuit… Parlons...