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L'Arche de Naé

De
300 pages

Naé est un petit chien mordu de nature et de sa maîtresse Nelly. Afin d’accomplir une mission d’une importance cruciale pour la planète, il se construit une arche de souvenirs, au bord de laquelle il fait des aller-retours entre le monde qu’il vient de quitter et celui de l’au-delà. Pour communier avec Nelly, Naé veut devenir écrivain. Son premier ouvrage est un roman aux accents parodiques (il a des senseurs artistiques dans ses moustaches!). Madame H., tout comme les fascinants artistes rencontrés sur Canis Minor et les dogons l’aident à peaufiner son âme de chien.

Qu’en est-il de l’esprit canin après la mort ? A-t-il droit à un jugement dernier, à une réincarnation? Lisez et vous en saurez plus sur ses extraordinaires aventures... À savourer !


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Couverture

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Copyright

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cet ouvrage a été composér Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-334-12997-8

 

© Edilivre, 2017

Avant-propos

Une fois l’écriture de ce livre finie, je me suis rendu compte que je ne savais pas en définir le genre littéraire. C’est un roman, évidemment, mais quel type de roman ? Une fiction ou un journal — un double journal — celui du petit chien Naé et de sa maîtresse Nelly ? Ce journal-fiction, écrit post mortem par Naé, comprend ses péripéties terrestres et dans l’au-delà.

Qu’en est-il de l’esprit canin après la mort ? A-t-il droit à un jugement dernier, à une réincarnation et à une évolution ? Peut-on dépasser le stade d’animal par une vie engagée au service du bien ?

La mythologie égyptienne donne des réponses affirmatives à toutes ces questions, par l’intermédiaire du dieu Thot qui, en dehors de son inestimable don fait à l’humanité, l’écriture, avait aussi la noble tâche de trier les âmes (y compris celles des animaux), avec pour but leur orientation vers une nouvelle réincarnation à une échelle spirituelle supérieure.

Et voici le fil conducteur de ce roman, la laisse qui porte avec elle la vie de Naé, le but de cette vie et son devenir, fiction-prétexte pour une incursion dans le domaine des arts de la plume et celui des couleurs, en un mot, dans le domaine de la culture.

Le ton du roman — parfois sarcastique, tantôt parodique, tantôt nostalgique et tendre — met au premier plan un problème d’une inquiétante actualité : la survie de notre planète menacée d’extinction.

Je tiens à remercier ma mère pour notre correspondance entre les années 1990 et 1995, dont certains fragments esquissent quelques aspects de la pénible transition politico-économique de la Roumanie post-révolutionnaire.

Et, pour citer Naé, si le roman vous a plu, « je vous prie de me dire combien d’os il vaut (ceux avec de la moelle) ».

L’auteure.

Mise en garde

Caché dans l’âme inaltérée d’une peluche, j’ai atterri sur la colline Korvatunturi. Père Noël a déjà fermé son sac bourré de cadeaux et a sorti son traîneau des entrailles de la montagne de l’Oreille. Il partira cette minute même et j’en profite pour vous faire parvenir mon cadeau : ce livre. Mais je vous préviens…

Si vous faites partie du clan des prétentieux ou du club des puristes de la langue française, si vous n’avez jamais fait de fautes d’orthographe ou de grammaire, n’y touchez pas, car ce livre pourrait être pour vous un os empoisonné.

Si vous n’avez jamais eu un chien ou que tout autre animal vous rend allergique, n’y touchez pas non plus.

Mais…

Si à quinze, vingt, quarante-cinq ou même à quatre-vingt-neuf ans une âme d’enfant vous habite encore, allez-y mes amis, gaspillez votre temps précieux et ouvrez une porte à cette bouchée d’air frais ! Laissez la brise de l’innocence caresser votre cœur desséché et votre esprit tordu, et mettez-vous dans la peau d’un petit chien de compagnie libéré, cultivé, cosmopolite et mordu par l’amour des humains.

Si vous ne supportez pas les critiques (justifiées et parfois filigranées), faites un trou au fond du jardin et enterrez ce livre, car il vous juge sévèrement, vous, les humains inhumains qui vous croyez, à tort, les maîtres du monde. C’est nous, les chiens, les vrais maîtres du monde, car l’amour est encore roi sur cette terre. Et qui peut prétendre aimer davantage qu’un chien ?

Naé-cutz-de-fleurs

Chapitre I

Et in Cosmos ego

— Comment t’appelles-tu, pitchoun ?

— Quand ?

— En ce moment même et avant d’arriver ici, évidemment !

— Nom d’un chien, mais où je suis ?

— Tu es dans le vide cosmique, dans un trou noir, voyons…

— Voyons… Vous rigolez. Je ne vois rien. C’est terrifiant ! Comment j’y suis arrivé ?

— Difficile d’expliquer… Prenons les choses une par une, calmement et méthodiquement. Comment t’appelais-tu de l’autre côté ?

— Attendez que je réfléchisse… Nom d’un os ! J’ai toujours eu la conscience d’un être pluri-identitaire. J’étais soit Naé, soit Naï ou Nay selon mes interlocuteurs roumains, francophones ou flamands. Mais j’avais aussi un appellatif binominal, Naé-le-bâtard ou encore un tri nominal, Naé-cutz1-de-fleurs et d’autres, Naé-de-poils-mêlés, Naé-Naïtza-chien-homme…

— Écoute… Ne me dis pas que tu as plus de noms que Picasso !

— Quoi ?! Lui aussi était un « Naé » ?

— Non, c’était un peintre, un grand peintre.

— Mais quel rapport entre moi et la peinture ?

— Pas grand-chose maintenant… Patience. Je réitère ma question : comment t’appelles-tu, pitchoun ?

— Naé-le-vagabond, ou Naé tout court.

— Bon. Quel vent t’amène chez nous ?

— J’ai passé le seuil, comme vous voyez.

— Et… c’est arrivé quand ?

— Je ne sais pas de quoi vous parlez, chère madame. Que diable, est-ce à moi de vous expliquer qu’ici le temps ne se compte plus en secondes ou en années-lumière ?! Si je vous dis que c’était il y a un milliard d’années ou il y a une milliard-énième de seconde, il n’y a aucune différence, car tout se passe maintenant. Je vous croyais déjà au courant avec la relativité du temps.

— Et comment m’as-tu trouvée dans cette énormité d’espace-temps ?

— Je ne crois pas au hasard… Je crois plutôt que quelqu’un a guidé mes pas. Oh, chère madame, j’ai tellement de choses à vous dire… J’ai des aventures extraordinaires plein ce bouquet, que je suis prêt à vous offrir.

— Merci, merci… Tu te vantes trop, mon p’tit. Avoir des aventures et faire des choses extraordinaires dans une vie, ça fait partie de l’ordinaire. Le problème est si tu sais pourquoi tu as fait tout ça et si ton âme en a tiré un profit quelconque. Sais-tu ou non ?

— Franchement, non.

— Hm… Je le savais. Et… aimerais-tu le savoir ?

— Oui, bien sûr. Quoique… quelque chose me dit que cela ne ferait pas mon bonheur. Savez-vous madame… madame…

— Hélisenne…

— …Savez-vous madame Hélisenne, combien de pays et de villes merveilleuses j’ai visités durant ma vie ? Combien de haies j’ai honorées, combien d’informations olfactives j’ai accumulées ici, dans ma base de données sous la truffe ? Voyez-vous cette tête ébouriffée ? Hmm, elle vous semble petite, mais sachez qu’elle est très dense, juste comme un trou noir de l’univers ; elle est gourmande de nouveautés et avale tout. Moi ou le trou noir, à qui mieux mieux. J’ai la caboche lourde de connaissances accumulées ici, sous le sinciput. Mais à quoi tout cela m’a servi, je n’en sais rien. Pourquoi j’ai fait tout ce que j’ai fait, je l’ignore. Qui a décidé que moi je serais moi et que je m’identifie à plusieurs êtres, étant à la fois moi et le contraire de moi ?… Mystère. Je regarde au fond de vos yeux, madame… madame…

— Hélisenne. Tu as la mémoire courte…

— …Madame Hélisenne, je vois au fond de vos yeux une toute petite sphère de lumière, pas plus grande que la pointe d’une aiguille ; c’est moi, Naé-cutz-de-fleurs, reflété par le miroir de tes yeux, ma très chère dame.

— Aïe-iaï-iaï ! Tu changes un peu trop vite de formule, petit… Me tutoyer sans m’avoir demandé la permission… Ce n’est pas très élégant.

— Je vous fais mes excuses.

— Rien de grave, petit, tu peux m’appeler comme tu veux. L’essentiel entre nous, ce n’est pas ça, vu l’état dans lequel nous sommes. Tu disais…

— Je me demandais d’où venait cette petite lumière dans tes yeux, où je me vois comme dans un miroir minuscule. Comment mon âme est-elle apparue dans l’univers et à quelle fin ? « Mais sais-tu pourquoi tu as fait toutes ces choses-là ? »… Avec cette question, chère madame, tu as sorti de la manche l’as de pique. Pourrais-tu m’aider… Veux-tu bien être mon guide spirituel ?

— Disons… oui. Mais je voudrais d’abord t’avertir : tu devras respecter certaines règles. La règle numéro un est d’être obéissant et la numéro deux est de travailler dur. Acceptes-tu mes conditions ?

— J’accepte, pourquoi pas ? Quoi d’autre, j’ai fait toute ma vie que de servir mes maîtres, de travailler dur et de supporter humblement leurs chichis, en deux mots d’être obéissant.

— Bon. Voyons maintenant tes origines… Tu es une âme d’animal, non pétrifiée.

— Hélisenne ! Comment peux-tu faire une telle affirmation ?! Je suis un chien de salon, demi-bâtard, demi-pedigree, stylé, promené dans des hôtels quatre étoiles, régulièrement lavé et parfumé. Je ne suis pas un sauvage, voyons !

— Je sais, je sais, mais tu es pourtant un animal, même si tu en es un en pleine évolution, engagé sur la voie de l’humanisation. Voilà pourquoi on t’a confié une mission très difficile. Mais j’ai l’impression que tu n’es pas suffisamment préparé pour une telle discussion. Combien de temps as-tu passé sur Terre ?

— Quatorze années terrestres. Mais je vous le jure, je ne les ai pas vécues pour rien. J’ai appris tant de choses pendant ces quatorze ans…

— Aïe-iaï-iaï !… Quatorze ans… presque rien !

— Tu dis que ce n’est pas beaucoup. Alors, que dire de la pauvre éphémère, la petite mouche ivrogne qui a tout juste trois semaines pour naître, grandir, faire des petits, transformer le vin en vinaigre, vieillir et finalement mourir ? Elle court, la pauvre, depuis sa sortie de l’œuf jusqu’à son dernier souffle, stressée et surmenée. Je vois ici une bonne raison de boire un coup toutes les deux secondes. Tu dis, madame, qu’une vie de chien n’est pas grand-chose… T’as raison. Mais vois-tu, ma chère dame, ma vie fut courte, mais la leur n’est pas très longue non plus, car l’Apocalypse est en train de frapper à la porte. Oui, oui, comme disait d’ailleurs madame-mémé Marioara de Neculce, d’ici peu sera la fin du monde, elle viendra en chevauchant un grand balai noir, l’année de disgrâce 2012, l’année-revanche de la nature humiliée, possédée et dépossédée par l’espèce humaine gloutonne, inconsciente et corrompue. Si les prophéties des Mayas sont vraies, nous irons tout droit vers une catastrophe semblable à celle de la première glaciation. La planète sera pulvérisée aux quatre vents, tout comme un os de bœuf à moelle, frappé par la foudre. Tout se passera très vite, chère m’dame : inondations, tsunamis, tremblements de terre, éruptions volcaniques violentes qui vont couvrir de lave et de cendres toute la surface de notre chère mère Terre ; des orages magnétiques débridés, des orgies désespérées ; on n’aura même plus le temps pour un adieu, pour un soupir ou pour une éructation, après un bon repas ; ce sera exactement comme il y a un million d’années, quand les mammouths ont gelé les branches entre les dents. Nous verrons, chère m’dame, les étoiles s’éteindre une par une dans le ciel, tandis que les ressources naturelles se seront depuis longtemps éteintes sur la Terre et on verra les singes (car les mammouths n’existent plus, malheureusement), oui, oui, chère m’dame, les singes figeront la banane dans la bouche.

— Je vois que tu es à jour avec le sort de la planète et avec toutes sortes de prophéties. Tu es plus avisé que je n’imaginais… Dans ce cas, on pourrait sauter quelques étapes. Qu’en est-il de tes hobbies, car je suppose que tu en as quelques-uns…

— J’ai une nouvelle vocation : l’écriture. Ma maîtresse Nelly est une artiste polyvalente et c’est elle qui m’a contaminé. Mais pourquoi cette question ?

*
*       *

Je vagabondais fier de mon tout nouveau costume cosmopolite de plasma ionisé (sans poils), bien attendri par la pluie de météorites qui me cinglaient les oreilles. J’étais désorienté, angoissé, voire effrayé, quand tout à coup je fus avalé par une énorme créature. Elle me ressemblait, en quelque sorte. Avec sa queue touffue et ses agiles oreilles dressées vers le haut, elle pouvait être prise plus pour un chien que pour un renard. Il courait comme un fou, le museau largement ouvert et les yeux écarquillés. Je lui ai demandé des comptes :

— Hé, toi, l’enragé, qui es-tu ? De quel droit m’as-tu volé l’âme ?

— Quoi ? Tu ne sais pas qui je suis ?! Je suis le renard de Teumessos, le plus rapide de tous les renards de l’univers. Personne ne peut m’attraper. Ha ha ha !

— Et comment se fait-il que tu rôdes par ici ? Pourquoi ne cours-tu pas dans la forêt, comme tous les renards qui se respectent ?

— Ah… C’est une longue histoire. Voici des milliers d’années, Zeus m’a puni pour un crime (une tragique affaire de poules) et m’a envoyé à Thèbes. À l’époque, à la tête de Thèbes était le roi Kréon, un gros mangeur amateur de chasse. Un beau jour, le fou eut envie de me faire la peau et alors il appela Laïlaps.

— Qui est celui-là ?

— Laïlaps était le plus grand et le plus fameux chien de chasse de tous les temps. Il avait une sacrée réputation, car il n’avait jamais raté sa proie. À bon chat, bon rat et bonjour la traque. Moi, je fuis et je fuis, et lui, court et court après moi. Drôle de paradoxe mythologique… Figure-toi un chien de chasse qui ne rate jamais sa proie, courant après un renard qui ne peut jamais être attrapé ! Je m’arrêtais de temps en temps pour qu’il puisse reprendre haleine, tout en lui chantant sous le nez « nia nia nia, tu n’peux pas m’attraper, ha ha ha ! » Et Laïlaps se mettait à aboyer et moi, je riais à mourir, ha ha ha. Et, parce qu’on faisait trop de bruit dans l’univers, Zeus s’est fâché contre nous. Le résultat ? Il nous a transformés tous les deux en constellations. Ainsi, je suis devenu Canis Minor et Laïlaps, Canis Major. Et on s’est réconciliés, comme tu vois…

Me voici donc dans le ventre du renard, à côté d’un tas de fameux écrivains, peintres célèbres, architectes et autres espèces d’artistes. La dame à qui je parlais tout à l’heure est une femme très chic. Elle s’appelle Hélisenne de Crenne et m’a dit qu’elle n’avait pas d’amis. Il y a presque cinq cents ans, elle avait inventé le roman épistolaire et, suite à ses lettres de scandale empoisonnées, elle ne se fit que des ennemis. Moi et Hélisenne avons fusionné sur le coup, vu que je cherchais une nouvelle maîtresse et elle, un vrai ami. Avec cette dame tout à fait distinguée, j’ai partagé des moments doux comme les os fragiles de perdrix, même magiques, je dirais, comme les petits foies de poulains dodus élevés en plein air, bourrés de grains de maïs bien de chez nous.

Madame Hélisenne (madame H tout court) s’est montrée très intéressée à mon égard. Et de là à me faire des confidences, il n’y eut qu’un pas. Je me reposais sur une plaine bleue de Canis Minor, en pensant à ma bien-aimée Candy, quand je l’ai vue se diriger vers moi en balançant sa corpulence généreuse, à droite et à gauche, laissant derrière du tonnerre et de la foudre.

Dès qu’elle m’a lorgné, des questions commencèrent à tomber sur ma tête comme les pommes bien mûres d’un pommier au milieu de l’automne : d’où je viens (je lui réponds : de la Terre, comme tout ce qui bouge), avec qui j’ai été contemporain, voire acoquiné, (la liste est longue, chère Hélisenne, je vous invite à lire plus loin et jusqu’au bout), si mes maîtres vivent encore (oui), s’ils ont un boulot (oui), s’ils sont cultivés (oui), s’ils sont naturalisés ou non (je ne réponds pas aux questions tendancieuses) depuis quand sont-ils ici (depuis longtemps), pourquoi sont-ils venus (madame, vous me tapez sur les nerfs) et quand envisagent-ils de rejoindre leur pays d’origine (ça, c’est trop ! faites attention, j’ai encore de très bonnes dents bien aiguisées), si j’ai encore des frères et des sœurs (oui, j’en ai, mais j’ai perdu leur trace), si j’ai été ou non un bon chien (et comment !) et autres fariboles. Elle ne cessait d’inventer des choses, juste pour me faire sortir de mes coussinets. Je me demandais, de plus en plus inquiet, si elle n’avait pas été mordue par un rottweiler ou, que sais-je, par l’un des membres du parti atteint par la rage, « Allons leur déchirer la peau. » Mais, bientôt, je fus rassuré : ce n’était qu’une simple curiosité féminine, sans arrière-pensées. Elle m’a demandé si je savais lire.

— Je ne connais que l’alphabet des odeurs. Si c’est ça « savoir lire » alors, oui, je suis un as en la matière.

— Quoi ?! T’as vécu quatorze ans dans une famille d’intellectuels et tu ignores l’écriture ? Honte ! Comment t’es-tu infiltré dans le cosmos ? Par des relations haut placées, hein ?

— Non, chère madame, j’y suis arrivé par mort naturelle, cancer du pancréas. (Elle ne s’est pas laissée impressionner) :

— Comment te vois-tu écrivain quand tu ne sais même pas tenir le crayon ? Que dira Thot, le père des écrivains, lorsqu’il apprendra que tu ne sais déchiffrer le moindre hiéroglyphe ?

Mes yeux se remplirent de larmes. J’étais humilié, voire brisé. Mrrr… « Tu ne sais même pas tenir le crayon. » Et alors ?! Étais-je le seul ?! J’avais moi aussi une passion et quelques rêves. Pourquoi être mis au pied du mur ?

Je regardais madame H avec stupeur, en penchant ma petite tête tantôt à droite, tantôt à gauche, en signe d’incompréhension. Pourquoi ma nouvelle amie m’humiliait-elle ainsi ?

— Écoute, mon pitchoun, je vais te parler franchement. Je vois que tu es capable de te maîtriser, tu résistes aux offenses sans te mettre en colère et sans faire usage de tes dents. Ce sont des qualités rares chez un chien. C’est tout ce que j’ai voulu vérifier. Pater Thot m’a dit de prendre soin de toi et de t’instruire. Car il t’a confié une mission extrêmement importante. Mais qu’est-ce qu’il t’arrive ? T’es tout blanc ; reprends tes esprits, mon pitchoun, car on a beaucoup à faire tous les deux !

Une leçon de mythologie égyptienne

— Qui est papa Thot ?

— Tu ne sais vraiment rien sur lui ?

— Rien. Mais je serais ravi d’en apprendre. Et surtout je voudrais savoir quelle serait ma mission et pourquoi a-t-on choisi un chien — moi —, pour une tâche d’une telle importance, selon tes dires.

— Calme, petit, calme. Prenons les choses une à une. Tu veux savoir qui est papa Thot. Eh bien, Thot est un dieu, il est le verbe et le patron des scribes et des écrivains, il est le père de la sagesse universelle. Il a haussé la race humaine du rang d’homo sapiens à celui d’homo scriptor, élevant ainsi la conscience du monde à un niveau supérieur.

— C’est-à-dire…

— Il y a des centaines de millions d’années, les hommes sortaient à peine des vapeurs du plasma cosmique et, figure-toi, ils ne savaient point écrire. Et c’était ainsi parce qu’ils n’en avaient aucun besoin, leur mémoire cosmique étant encore intacte ; le besoin crée l’outil. Lorsqu’ils sont devenus amnésiques…

— Que veux-tu dire par là ? Ce mot « amnésique », c’est nouveau pour moi…

— Quand ils ont perdu cette mémoire cosmique qui les tenait liés au Créateur et à la Loi divine, ils ont dû noter certaines choses.

— Pour quoi faire ?

— Pour ne pas les oublier, afin qu’ils puissent les transmettre à leurs descendants. Et c’est à ce moment-là que Thot leur envoya l’écriture sur la Terre. C’est ainsi que les humains furent capables d’écrire leur histoire et leurs magnifiques légendes.

— Comme par exemple « Les légendes de l’Olympe » ?

— Oui, en quelque sorte.

— J’ai vu sur une étagère, dans la chambre de ma maîtresse, un livre avec une couverture rouge. Il s’agissait des légendes des titans et des dieux Zeus, Héra, Rhéa, Gaïa, Chronos et beaucoup d’autres. C’est toujours Thot qui les a écrites ?

— On ne sait pas qui les a écrites ; l’important est qu’elles ont survécu grâce à ce système nouveau de communication entre les humains. Rien ne se perd, tout se transmet. Mais il fallait inventer l’outil et Thot y a pensé. Est-ce, peut-être, parce que ce dieu était lui-même un grand amateur d’art, appréciant surtout les arts de la plume ? Dans l’art égyptien, il apparaît d’ailleurs représenté soit comme un homme ayant une tête d’oiseau ibis (ou bibi comme disent les Égyptiens), soit comme un babouin. Parfois, il porte sur ses épaules une tête de chien. Mais, peu importe la représentation, Thot est toujours accompagné de son outil d’écriture : la plume.

— Pourquoi Thot n’apparaît-il pas avec un visage humain ? Car il était un homme, n’est-ce pas ? Et pourquoi plusieurs visages ? Est-ce toujours parce qu’il était un homme ?

— Que sais-tu des hommes ? Les Égyptiens avaient un vrai culte pour les animaux et je crois que c’est la raison pour laquelle il a été représenté avec tous ces visages. Bibi était l’oiseau saint de l’Égypte antique et l’oiseau, si tu penses bien au symbole, signifie vol, élévation et liberté de pensée. Je crois que Thot déguisé en bibi signifie la connaissance et la liberté de la parole à travers le mot écrit, tandis que le babouin pourrait être le symbole de l’art en général.

— Le babouin le symbole des arts ?! Ha, ha, tu me fais rire. Tu veux dire que les singes écrivent ? Je dirais plutôt que c’est de certains hommes qu’il s’est inspiré ; de ceux qui se singent dans leur art.

— Eh… Ils ne se singent pas tous, ce n’est pas une règle. Certes, il reste un mystère pourquoi le babouin symbolise les arts. Ce n’est pas facile à comprendre pourquoi Thot se cache sous les poils d’un babouin. Cette statue en marbre blanc nous révèle un Thot-singe ayant le sexe en érection et qui salue amicalement le soleil. À quoi les Égyptiens ont-ils pensé ? Peut-être au fait qu’il était l’incarnation de la virilité cachée dans la partie lunaire de ce dieu et dans une certaine lumière à laquelle on accède par cette voie, la voie du sexe je veux dire… Ou peut-être ont-ils pensé à la dispersion des ténèbres et du mystère de la vie. Le babouin reste accroupi et gratte le sable avec ses ongles. Écrit-il des poèmes ou cherche-t-il des tiques pour les écraser ensuite entre ses dents, comme des cacahuètes ? Qui sait ?… Les Égyptiens avaient leurs propres interprétations, pas toujours bien comprises par le reste du monde.

— Tu dis que Thot était viril. Plus viril que moi ? J’en doute. Combien de bambins il a eu ?

— Il a eu huit enfants parmi lesquels le célèbre Amon-Ra. (Voyant que j’ai baissé la tête, madame H me regarde décontenancée.) Ni d’Amon-Ra, n’as-tu entendu parler, n’est-ce pas ?

— C’est exact. Je n’ai jamais entendu parler d’Amon-Ra. Par contre, je sais un tas de choses sur Ramona ; je parie que vous ne savez rien sur elle.

Et je commence à lui chanter : « Ramona, Ramona, l’aube est rose / Ramona, Ramona, et je t’attends venir. » Ce fut un désastre, comme quoi je lui aurais éructé au nez une désagréable odeur d’ail. Pour me faire pardonner, je lui ai adressé la formule de politesse :

— Êtes-vous aimable, très chère madame, de me dire qui fut ce fameux Amon-Ra ?

À ma tendre surprise, madame H n’était pas rancunière. Me regardant avec une certaine clémence, elle se mit à raconter, tandis qu’elle me caressait les poils à l’envers :

— L’ancien peuple égyptien croyait qu’Amon-Ra était le créateur de l’univers. (Madame H laissa rêveuse sa tête en arrière en me caressant les bajoues. Je commence à me passionner pour la mythologie égyptienne.) Elle continua :

— Le dieu Thot était un alchimiste et même un astrologue réputé ; il s’est d’ailleurs réincarné dans Hermès Trismégiste, le célèbre alchimiste du Moyen Âge. Il a écrit quarante-deux livres où il a comptabilisé toute la sagesse du monde accumulée jusqu’alors. C’est à lui qu’on doit Le livre des morts. Sache qu’uniquement les âmes dépourvues de péchés et légères comme une plume de bibi trouvaient une place au Paradis, après le jugement devant le Tribunal des quarante-deux juges. Thot, l’avocat des morts, pesait et triait leurs âmes. Et il le fait toujours. Toute âme plus lourde que la plus légère plume de bibi est donnée au recyclage cosmique.

— C’est-à-dire…

— C’est-à-dire qu’elle doit se réincarner sur Terre.

— Et les âmes des animaux ?

— Les âmes animales sont traitées de la même façon que les autres et, le temps venu, elles doivent se réincarner dans des humains. Cela ne se passe pas tous les jours, mais uniquement quand l’âme commune de tout un groupe d’animaux — la soi-disant âme collective — gagne suffisamment d’expérience et assez de capacités d’évolution vers autre chose de plus exaltant.

— Et les âmes des chiens sont-elles aussi pesées par papa Thot ?

— Oui, elles aussi, car le but final de l’évolution cosmique est d’arriver à une seule âme, parfaite et unitaire : l’Âme de l’univers. Et comme je te disais tout à l’heure, le dieu Thot doit trier et peser les âmes, afin de les réorienter vers un hôte approprié, selon leur mérite. Mais à part cela, Thot est un dieu lunaire, c’est un artiste, un poète inspiré par le mystère de la Lune. Ne crois pas qu’il n’est rien d’autre qu’un pauvre poète mordu par les arts de la plume. Entre ses mains, les ténèbres et la magie sont des jeux d’enfants et il demeure, à juste titre, le maître de la sagesse universelle.

Je me sentais encore plus petit que je ne l’étais, un niais écrasé par le fardeau de sa propre ignorance. Je méritais qu’on me dise imbécile et stupide. Mais madame H ne m’en voulait pas. Au contraire, en me voyant recroquevillé comme un escargot égaré à ses pieds, elle revint à des sentiments plus généreux et accepta de m’enseigner les techniques de l’écriture. Ainsi m’envoya-t-elle faire un stage sur la côte de la Vallée du Nil.

— Tu auras beaucoup à apprendre sur tes ancêtres, m’a-t-elle dit.

Elle avait raison.

L’os mythologique

Madame H m’a aidé, à travers l’hypnose, à faire une incursion dans mes vies antérieures. J’ai vu l’instant magique où papa Thot m’avait envoyé sur Terre, caché dans le corps d’un petit chien belge. Conformément au plan céleste, la toute petite boule de lumière nommée Naï-le-vagabond que j’étais, s’infiltra au sein d’une famille d’immigrés roumains. Chose étrange, mon maître Bog était membre du Club d’égyptologie de la ville d’Andenne. Ce fut en ce premier automne de notre vie sous le même toit que les membres du club organisèrent un voyage en Égypte.

Suivant l’exemple de mon maître, je me suis collé à un petit groupe d’archéologues en route vers le désert, en quête d’os dans la Vallée des Rois. Oh, si seulement vous pouviez imaginer la joie ressentie quand on passe quelques jours à côté des gens passionnés d’os… Les discussions dont j’ai été témoin m’ont révélé d’incroyables mystères millénaires.

Je lève l’oreille… J’entends que de nombreuses localités situées sur la côte est de la Vallée des Rois, abritent des momies d’animaux domestiques enterrés avec leurs maîtres. Par exemple, les chats noirs se sont pressés à Istabl Antar, les chiens lévriers afghans ont préféré aller un peu plus loin, à Asyut, et un délicieux cocktail de momies composé de chiens, chats, serpents, bœufs, chevaux et oiseaux vivaient tous ensemble et en parfaite harmonie à Abydos. Je fus moi-même l’un des acteurs de certaines découvertes.

Nous étions tous à Asyut et mes compagnons archéologues avaient l’intention de pénétrer au cœur d’un tombeau de pharaon. Ils travaillaient sans fatigue, tantôt avec leurs outils, tantôt avec leurs mains, avec une ferveur qui m’a finalement contaminé moi aussi. Il faisait plus de quarante degrés, ils sapaient, je sapais et le sable chaud me brûlait les pattes. Je creusais de plus en plus pressé en éparpillant désespérément le sable vers la gauche et vers la droite, en avant et en arrière, afin de libérer mes frères enterrés là-bas, plus de trois milliers d’années auparavant. Je ne pouvais perdre une seule seconde, étant en pleine compétition avec mes amis (ils étaient sept, moi, tout seul).

Je sapais, je sapais sans arrêt, quand tout à coup un relent de gibier faisandé me chatouilla les narines. J’enfonce la truffe dans le sable, tout comme les cochons en quête de truffes, et deux archéologues foncent dans ma direction. L’un d’eux me donne un coup de pied (merci, maître) et m’éloigne de la proie. Je me trouve figé juste devant la porte du tombeau d’où s’échappe l’agréable odeur de gibier. Jusqu’à la salle des sarcophages, il y a encore du chemin. Je jaillis comme une flèche sortie de son arc vers le sépulcre et, à partir de là, personne n’a pu m’arrêter. Je m’enfonce dans le noir souterrain, complètement sourd aux sifflements et aux jurons des messieurs les archéologues. Et je fuis, je fuis en mangeant le sable, sous l’effet exaltant de l’excitation olfactive arrivée au paroxysme.

Qui oserait nier la supériorité de notre espèce face à l’espèce humaine ? Sous l’aiguillon de mes récepteurs olfactifs d’un millier de fois plus nombreux que chez tous ces archéologues, je cours comme un fou à travers le couloir sombre et frisquet qui descend en pente abrupte vers la pièce aux sarcophages. Tandis que j’avance dans cette vallée de la mort, je jette un coup d’œil vers les dessins bizarres qui ornent les murs. Des oiseaux et autres signes surprenants, peints en couleurs parfaitement conservées, me font penser à ces hiéroglyphes au nom desquels je fus humilié par madame H. Toutes ces choses défilent comme sur un tapis roulant devant mes yeux aveuglés par mon sens olfactif hyperexcité. Fallait-il que je m’y attarde un peu plus sur ces signes rupestres dessinés avec autant de maîtrise, afin de cultiver mon esprit ? Hélas, tel ne fut pas le cas. La faim me pourchassait, en me donnant des coups de fouet. Pas facile. Une lutte acerbe ébranlait mon âme, une lutte terrible entre ma soif de connaissances et ma faim pour l’os. Et finalement ce fut la soif qui perdit, car j’avais la fringale et l’eau à la bouche.

Essoufflé et ému, je pénètre enfin dans la salle du tombeau. À la seule lumière présente, celle de mes yeux, je pus voir le grand sarcophage installé au milieu de la pièce. Un peu plus loin, il y avait un petit coffre, une sorte de malle de dot. Je la contourne pour trouver la faille et me sers du museau afin de soulever le couvercle. Et, à ma plus grande surprise, j’y trouve l’un de mes confrères, momifié.

Un peu plus loin, dans une grande caisse en bois, il y avait des vivres pour le festin du pharaon défunt, très appétissants et bien conservés car embaumés de toutes sortes d’épices et d’arômes qui me faisaient hurler. J’ai inventorié une robuste cuisse de biche, une petite cuisse fine et tendre de faisan, une autre de lapin, un cœur de bœuf, quelques petits foies d’oie et des cuisses de grenouille, chaque repas étant joliment et sainement couvert de lambeaux de lin. À regarder tout ce trésor gastronomique, intact, on se rendait compte que les morts avaient manqué d’appétit ; aucune morsure nulle part, aucune miette oubliée, rien.

Je me trémoussais nerveux autour de la caisse-trésor aux viandes précieuses, en préparant l’attaque. C’était surtout le souci pour la proie qui me rongeait : et si les rats venaient et rasaient tout ? Bref, j’ai pris un petit paquet à la mesure de mes forces et cours, Naé, cours !

Je fuyais et je fuyais, la faim au ventre et la mort dans l’âme, car la pente longue d’environ cinq cents mètres me causait beaucoup de soucis. Et, soudainement, j’ai eu un coup de pompe. Le quartier de viande à la bouche, j’étais en train de suffoquer, la langue pendante molle et sèche à côté du petit paquet momifié. Je me traînais péniblement tout au long du couloir mortuaire, car plus je m’approchais de la sortie, plus j’avais du mal à respirer.

Quand j’étais sur le point d’abandonner la proie mythologique, je tombe nez à nez avec mon maître. Avait-il lui aussi senti l’os ? Il courait droit vers moi, à une telle vitesse que ses pas laissaient derrière des étincelles.

Bog me pousse contre le mur orné de hiéroglyphes et se souvient brusquement qu’il m’aime — qui bene amat, bene castigat2 alors, il me donne un coup de pied entre les côtes et m’arrache la relique. Ma bouche, mécontente, continuait à saliver, car je n’avais rien reçu de ce grand festin, ni le moindre petit os ou du moins quelques centimètres de toile imbibée de sauce. Rien, après tout le travail que j’avais fait. Finalement, je dus me contenter d’une poignée de croquettes « Romeo » de chez Aldi, que mon maître me jeta plein de dégoût : « Tiens, calamité ! Qu’as-tu voulu faire à la culture universelle ? »

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Revenons-en maintenant à mon cher guide spirituel, la belle madame H, une invétérée défenseuse des droits de la femme et autodidacte (faut-il souligner ici qu’elle avait gagné sa vie en vendant ses écrits, chose rare de nos jours). Oui, je l’aime, et la considère ma maîtresse du ciel. Mon estime grandit davantage en connaissant son passé, ainsi que son œuvre. Son premier roman épistolaire publié au XVIe siècle, intitulé Épistres familières et invectives (d’ailleurs le premier du genre), lui avait apporté à la fois la célébrité et le scandale. Les longues discussions entre nous deux m’ont fait devenir un chien féministe.

Dans la même période, j’ai suivi sur Canis Minor un cours de spécialisation à la Faculté de lettres et philosophie du cosmos que j’ai fini avec magna cum laudae. Ma thèse de doctorat, intitulée « L’Arche de Noé à la limite dumacrocosmos et du microcosmos », abordait le thème du rivage comme ultime but de la connaissance de soi. Madame H m’a dit que c’était trop tôt pour me dévoiler ma mission :

— Tu devras d’abord visualiser ta vie entière, sans rien omettre. Et pour y arriver, tu devras avant tout la découper en fines tranches, plus fines encore que les tranches de salami de Sibiu que tu chipais sur la table à Noël. Car chaque souvenir est une porte d’entrée vers l’ancien monde, celui que tu viens de quitter par l’ordre du karma.

— Mais qui diable est ce karma pour me donner des ordres, à moi ?!

— Karma est… comment t’expliquer ça ? C’est la résultante de tes agissements, bons ou mauvais, c’est un compte rendu de tous tes vécus dans tes vies antérieures. Je disais donc que tu dois prendre, une par une, chaque feuille du livre de ta vie, chaque grain de filigrane de ton miroir cassé et chaque morceau de vitrail, car c’est en comparant toutes ces choses-là que tu pourras apprendre quelle est la voie, ta propre voie. Et cette voie qui est unique te montrera comment accéder de nouveau à ce monde que tu viens de quitter, mais cette fois-ci à un niveau supérieur de conscience. Et c’est ainsi que le saut va se produire. Car, n’oublie pas, c’est en sautant sur un niveau supérieur de vibration que tu pourras atteindre les pensées de tous ces terriens qui te sont chers, c’est-à-dire tes maîtres. Tu auras en même temps l’occasion de connaître aussi tes limites, pour savoir jusqu’où tu peux avancer sans t’engloutir. Quand tu auras dépassé toutes ces étapes, tu seras informé sur ta mission. Mais avant, tu dois examiner quelques faits incontournables pour ton parcours. À cette fin, je te conseille de prendre contact avec un certain monde, qui est si cher à notre dieu bien-aimé : le monde des artistes.

Rien ne se perd, tout s’enregistre quelque part

Suivant le conseil de mon amie, je me suis glissé dans la communauté des artistes de Canis Minor. J’y ai connu ainsi de nombreux privilégiés de la plume et des couleurs, venus de tout l’univers, qui savaient bien aboyer et mordre. Mais ce n’est pas dans mes intentions de me vanter ou de vous démolir avec mes relations high-life-high-death. Les grands parleurs ne sont pas les grands faiseurs et si je bêle trop je risque de perdre ma goulée, tout comme la brebis.

Depuis cette rencontre prophétique avec madame H, j’écris sans relâche, jour et nuit. J’ai étudié et revu d’un œil critique toute la saga de ma vie, de A à Z...