Pas toujours sur le droit chemin

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Description

Cassandra Chemin, c’est elle. « Cassy » pour les intimes. « Sissi » pour les suicidaires.


À peine sortie de l’école, cette jeune diplômée se fait embaucher par une grande boîte de communication Parisienne : Creativ’Things. Et comme si ce n’était pas assez, on la propulse directement Manager !


Sauf que quand on doit diriger deux services, l’un géré par un coléreux et l’autre par un profiteur, les choses peuvent rapidement prendre une tournure inattendue...


Ce livre est à déguster avec du thé et un pot de crème glacée !

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Informations

Publié par
Date de parution 19 janvier 2016
Nombre de visites sur la page 74
EAN13 9782365409858
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0052 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Pas toujours sur le droit Chemin

 

 

 

 

 

Du même auteur aux Editions Sharon Kena

 

 

En apesanteur

Les neuf Gardiennes des Arts

L'énigme 2+0=3 - Saison 1

L'énigme 2+0=3 - Saison 2

L'énigme 2+0=3 - Saison 3

 

 

 

 

 

 

 

 

Rachel Berthelot

 

 

 

 

Pas toujours sur le droit Chemin

 

 

 

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« Le Code de la propriété intellectuelle et artistique n'autorisant, aux termes des alinéas 2 et 3 de l'article L.122-5, d'une part, que les « copies ou reproductions strictement réservées à l'usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective » et, d'autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d'exemple et d'illustration, « toute représentation ou reproduction intégrale, ou partielle, faite sans le consentement de l'auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite » (alinéa 1er de l'article L. 122-4). « Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles 425 et suivants du Code pénal. »

 

 

©2016 Les Editions Sharon Kena

www.leseditionssharonkena.com

 

 

Remerciements

 

 

 

 

 

 

Le roman que vous tenez entre vos mains a été une bouffée d’oxygène pour moi. Personne n’est parfait : nous avons tous quelque chose que nous n’aimons pas chez nous. Cassandra est une héroïne pas comme les autres parce qu’elle s’assume, telle qu’elle est. C’est pourquoi j’aimerais remercier d’autres femmes tout aussi exceptionnelles :

 

Maman, Lisa, Alicia, Steph et Cyrielle,

merci d’avoir cru en cette histoire !

 

Quant à vous, lecteurs et lectrices, j’espère que vous aurez autant de plaisir à la lire que j’en ai eu à l’écrire !

 

 

 

 

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Étymologie

AMPLIFICATUM[du verbe « amplifier »]

 

Le sortilège d'Engorgement (de Gavage ou d’Empiffrement) est un enchantement permettant au sorcier qui l’utilise de grossir des objets et de petits animaux.

 

 

SagaHarry Potter - J.K. Rowling

 

Table des matières

 

 

 

 

Prologue

1

2

3

4

5

6

7

8

9

10

11

12

13

14

15

16

17

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19

20

21

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23

24

Épilogue

 

Prologue

 

 

 

Je m’appelle Cassandra, mais mes amis m’appellent « Cassy », ou « Sissi l’Impératrice » pour les plus téméraires. Mon nom ? Chemin. Ce qui m’a valu des boutades quelques centaines de fois, du style « Surtout, te perds pas en Chemin ! ». La palme d’or revient à ma grand-mère qui, pendant toute mon adolescence, m’a rabâché encore et encore son fameux : « J’espère que tu vas te trouver, ma p’tite. ». Eh bien pour être honnête, c’est toujours pas gagné.

Je ne suis pas de ces filles qui se trouvent jolies. Personnellement, quand je regarde dans mon miroir, c’est généralement pour ne pas me crever l’œil avec mon crayon – et je dis ça parce que j’en suis parfaitement capable. Oui, je me maquille souvent en dormant encore à moitié. Je ne dis pas que j’évite mon reflet, puisque de toute façon il s’impose à moi très naturellement, mais simplement que je ne passe pas des heures à me contempler façon Narcisse... D’ailleurs, quand je croise certaines de mes consœurs, je me dis que l’Histoire a dû masculiniser Narcissa. Devant une vitrine, dans le rétroviseur ou le miroir de poche qui est « l’accessoire indispensable » du sac à main ; je me demande comment il est possible de passer autant de temps à s’admirer !

Tu dis ça parce que t’es grosse.

Ah, j’oubliais. Je vous présente ma conscience, une sorte de Jiminy Cricket qui n’me lâche pas d’une semelle et qui a « un peu » tendance à me taper sur le système. Et que les choses soient claires, je ne suis pas grosse, seulement bien en chair.

Mouais.

Peu importe. Le fait est que je me suis toujours dit que mes formes voluptueuses seraient du plus grand effet sur les hommes, et que ça me serait bien utile pour rivaliser avec les sacs d’os ! Et c’est bien connu, que seuls les chiens aiment leur faire leur fête. Mais là, je m’égare. Si ma mère était conciliante, mon père a tout fait pour me persuader de faire « un effort » comme il dit ; un joli terme pour dissimuler l’expression « régime draconien ». Je pense avoir le seul papa à s’être autant renseigné sur les pratiques exotiques pour perdre du poids, quitte à aller chez une diététicienne à ma place vu que je refusais catégoriquement de mettre les pieds dans ce genre de cabinet. Pour moi, s’entretenir pendant une demi-heure avec un top modèle qui prétend être passé par-là, ça relève du masochisme. Si t’as pas mon matériel génétique, tu la boucles. Oui parce que, il est important de préciser que je ne suis pas le vilain petit canard de la famille ! J’ai toute une ribambelle de cousins et cousines prêts à témoigner en ma faveur... aux États-Unis. Alors évidemment, mon père défend que c’est normal « là-bas ». Du coup, j’hésite à migrer aussi.

Mais moi, je regardais le bon côté de ma « condition ». Au lycée par exemple, personne ne me cherchait des noises ! Faut dire aussi que quelques jours après la rentrée en Seconde, j’ai surpris une princesse en train de mettre un mot dans mon casier pendant qu’une de ses esclaves la filmait en gloussant comme une dinde. Ça m’a un peu énervée. Et après quatre années à souffrir dans un collège rempli de gamins plus immatures les uns que les autres, je ne comptais pas me laisser faire. Je l’ai attrapée par le haut de sa chemise ultra-repassée pour la garder à portée de main – malgré ses cris de truie qu’on égorge – et ai lu le mot doux consciencieusement pour lui faire honneur :

« Fait gaff à l’encadrement de portes, tu devrais essayé d’les passer en pas chassés. »

Mes yeux en saignent encore. J’ai donc refermé mon casier et ai calmement appuyé (collé ?) son visage contre la porte avant de répondre à son conseil :

— Écoute-moi bien, ma poule. Les nanas comme toi, j’en mange cinq au p’tit déj’, alors reste bien dans ton périmètre de sécurité et t’avise plus de rentrer dans l’mien, pigé ?

Alors qu’elle gémissait des excuses, le professeur que sa copine avait appelé en renfort a débarqué et m’a sommée de la lâcher, ce que j’ai fait de bon cœur : son parfum commençait à m’irriter les yeux. Cette petite mise au point m’avait valu une retenue de deux heures le samedi suivant, mais aussi un respect gagné auprès des spectateurs y ayant assisté. Ne vous méprenez pas, je ne suis pas violente ! Seulement, quand on me cherche, on me trouve. En revanche, mes parents n’ont pas accueilli la punition avec autant de sérénité que moi : j’avais alors eu droit à l’un de leur traditionnel lavage de cerveau... Même ma mère avait été jusqu’à accuser mes habitudes alimentaires de me rendre agressive. N’importe quoi. Comme si quelques kilos superflus pouvaient influencer le comportement de quelqu’un !

Les kilos peut-être pas, mais le manque de chocolat...

Bon, d’accord. Je n’y étais pas allée de main morte, mais après ça, plus aucune embrouille ! Ni aucun ami. Une belle continuité avec le collège en somme, les insultes en moins. Autant dire que les plus belles années de ma vie ont mis un certain temps avant de se pointer. C’est aussi durant le lycée que mon paternel fit ses tentatives les plus nombreuses pour me changer. Enfin... Dans le fond, il voulait simplement que je mette toutes les chances de mon côté pour réussir. Je n’étais pas douée pour me faire accepter en société, et sans doute avait-il peur que je finisse seule, vieille fille, avec un chat pour unique compagnie. Ou un lapin, je suis fan des lapins.

Pourtant, j’avais quand même une amie : Andréa Bernardt. Une des nièces de la voisine, qui passait donc ses vacances dans la maison face à la mienne. Physiquement, on avait à peu près rien en commun : elle châtain, moi brune, elle chétive, moi boulotte, elle grandes lunettes rondes, moi... Ronde tout court. Mais sa timidité avait eu l’effet extraordinaire de nous lier. En plus de ça, elle était adorablement gentille, et sa petite taille la faisait ressembler à une poupée au look vintage. Elle avait fait fondre mon petit cœur en sucre... Après une période bien compréhensible de méfiance face au gros bonbon rose que j’étais (j’ai été victime d’une overdose de cette couleur, merci maman), elle avait su voir en moi le doux et gentil nounours en manque d’affection. Du coup, on jouait dans son jardin puis dans le mien, dans ma piscine puis sur sa balançoire (au grand désespoir de ses parents, prêts à téléphoner aux urgences d’un instant à l’autre), et cela d’année en année. Andy et Cassy, les girls’ du quartier ! Laurel et Hardy n’avaient qu’à bien se tenir. Bien sûr, en grandissant, elle a pris assurance et jolies formes. Et moi, j’ai pris kilos et, heureusement, centimètres. Elle a fini par troquer ses lunettes contre des lentilles vertes lui allant à ravir, ses vêtements de grand-mère contre des trucs à la mode, et malgré tout, Andréa revint régulièrement me voir... À seize ans, les jeux se transformèrent en soirées confidences à la belle étoile, comme dans Le Roi Lion, allongées sur de simples serviettes de plage. Et alors qu’elle se souciait de ce que pensait tel ou tel garçon, je feignais l’indifférence en arrachant l’herbe de la pelouse. Autant de Julien, Christophe, Matthieu ou encore Cyril qui ont su tour à tour faire palpiter le cœur de mon amie avant de le briser.

Au moins, ils ont touché le sien !

Les garçons. Difficile de ne pas faire attention à son physique et de vouloir plaire quand même ; c’est comme vouloir le beurre et l’argent du beurre (et dans mon cas, le crémier avec !). Mais à cet âge-là, on croit que tout est possible. Surtout moi. J’étais persuadée que mon penchant pour les gâteaux et crèmes glacées ne pouvait en rien entacher mon charme naturel, qui réside également dans ma capacité à citer plus d’une centaine de producteurs de films. Oui, j’adore le cinéma. Et pas n’importe lequel : le sang, les tripes, et quelques décapitations sont nécessaires pour provoquer mon coup de cœur. Comment ça « je suis pas normale » ? Peut-être, mais au moins je ne suis pas un mouton. Bref, j’étais persuadée qu’au lycée les mecs aimaient ce type de nanas : sûres d’elles, pas pimbêches, et surtout capables de tenir plus de quinze minutes dans une salle de cinéma où une princesse n’est pas le centre de l’attention. Vous l’aurez compris, je n’aime pas les princesses. Les princes, par contre... Que voulez-vous ? J’ai un esprit de contradiction aussi développé que mes formes ! Sauf qu’apparemment, je me trompais sur les goûts de mes camarades masculins : pourvu que la jupe soit courte et le décolleté plongeant pour que la langue tombe par terre. Répugnant. Au bout de quelques mois dans cet enfer (ou ce paradis de faux-semblants), j’ai enfin compris que je ne risquais pas de le trouver ici, au détour d’un couloir. Le trouver, lui, ce mec pas comme les autres qui aimerait mon humour et ma personnalité détonante.

Et surtout qui supporte ton « léger » embonpoint.

Donc, le lycée, on oublie. Ensuite, j’ai été confrontée, comme tout le monde, au dur choix de l’orientation post-bac, mais une de mes passions a su tirer son épingle du jeu : j’adore le dessin. Une activité fortement appréciable puisqu’elle se pratique seul(e) et n’importe où, si on a le matos. Comme en dehors des cours et des devoirs je n’avais pas la moindre distraction, j’ai voulu me trouver quelque chose à ma portée et, avec mon perfectionnisme, je me suis améliorée au fil du temps. Mes parents m’ont encouragée dans cette voie, et j’ai fini par m’orienter vers la filière artistique. J’ai pris un petit appartement pour entamer ma formation en Communication Visuelle, certainement la période la plus épanouissante de ma vie. J’ai découvert des gens excentriques, originaux, exceptionnels en somme. J’étais entourée par une bande de joyeux lurons : une Ludivine au look rock et aux cheveux rouges, un Damien percé et tatoué (une œuvre d’art à lui tout seul), un Estéban féru d’informatique et un Lucas on ne peut plus glandeur. Le travail que nécessitait ce cursus ne diminuait en rien le bonheur que j’éprouvais chaque fois que je retrouvais « le groupe », si soudés que nous étions. En plus de ce nouveau train de vie, j’avoue que mon indépendance m’a aussi bien fait souffler. Mais si j’ai quitté le domicile familial, cela n’a pas découragé mon père et ses aspirations démoniaques pour autant. Il me demandait à chaque occasion si je me nourrissais « correctement » et m’observait d’un œil critique quand je rendais visite à mes vieux... Sentiment de filature très vite envolé une fois arrivées les retrouvailles du groupe autour d’un verre, ou d’une dizaine. Tout était prétexte à nos soirées restau/bar, les mêmes qui résonnaient encore dans notre boîte crânienne le lendemain en cours d’analyse Marketing.

Bien sûr, nos chemins ont fini par se séparer. Chemin, chemins, haha ! Bref. J’ai décidé de compléter ma formation dans une école privée sur Paris, dans la Gestion de Projets Évènementiels, alors forcément, mes petits camarades de promo ne m’ont pas suivie. Je suis devenue successivement Bachelor en Projets Culturels, puis Manager du Développement Commercial. Un peu, mon n’veu ! J’avoue que l’héritage de maman (par sa tante adorée) a financé la totalité de mes études, parce que la vache, c’est pas donné... Je suis devenue un bourreau de travail : je voulais mettre toutes les chances de mon côté pour réussir. Pour rassurer mon père sur le fait que même si je finissais avec un lapin, au moins, il aurait une cage en or ! Mais oui, « les études ça paie ». On nous rabâche toujours ça. De retour dans mon asociabilité, avec mes habitudes alimentaires déplorables et mon attirance sans faille pour les soirées boulot-pizza. Non, on ne peut pas bosser le ventre vide. Et un jour, alors que je révisais pour mes derniers exam’s, j’ai reçu un appel d’Andréa.

— Salut, la plus belle !

— Andy ! je souris en posant ma part dégoulinante de fromage. J’ai pas rêvé alors, c’est bien toi !

— Évidemment ! J’te dérange pas, j’espère ?

Je léchai mes doigts en me moquant de sa politesse excessive mais habituelle.

— Du tout. T’inquiète. Que me vaut le plaisir ?

— En fait, je dois débarquer sur Paris le mois prochain et je me demandais si on pouvait en profiter pour se voir...

— Mais absolument ! J’aurai fini mes examens et serai officiellement au chômage, enfin si je réussis, donc ce sera avec joie ! Qu’est-ce qui t’amène à la capitale ?

— Eh bien... Je te le présenterai.

Où avais-je la tête ? C’était forcément son Jules, alias Yann. Elle m’en avait déjà parlé de sa « perle rare », mais comme on ne s’était pas vues depuis des lustres, l’occasion de faire connaissance ne s’était jamais offerte. Lorsque je raccrochai quelques minutes plus tard, le silence de mon appartement me troubla. Je fis un tour d’horizon comme si je le voyais pour la première fois ; des murs blancs, des meubles noirs surmontés de cadres photos et autres bibelots... Un espace habité, et pourtant terriblement vide. L’idée de rencontrer le prince de ma meilleure amie d’enfance me mettait visiblement dans un triste état. Je jetai un œil au reste de pizza, à mon immense T-shirt Playboy qui me servait de pyjama, et décidai de faire une pause crème-glacée. On ne se refait pas !

 

 

 

1

 

 

 

Le jour J est arrivé.

Il est 11h07, Andy doit me téléphoner dans une heure environ pour me rappeler que je dois aller la chercher à la gare, parce qu’elle est intimement persuadée que ma vie trépidante peut me causer des pertes de mémoire.

Si elle savait...

J’allais le dire. Voilà donc trois semaines que mes examens sont définitivement terminés, et une quinzaine de jours que je reconnais l’évidence : je suis bel et bien diplômée. En même temps, ça m’aurait fait mal de dire adieu à ma vie sociale pour rien... Je pense même que ça aurait pu me tuer. Depuis, je passe mes journées à écumer les sites d’annonces, armée de mon Bac +5, pour espérer dégotter un bon job. Bien sûr, je ne rêve pas. J’ai conscience qu’être aussi douée en théorie qu’inexpérimentée sur le terrain peut freiner certains patrons, mais je positive : je n’ai pas fait ça pour rien. Et en fait, j’essaie aussi de m’en convaincre.

J’ai essayé de mettre de l’ordre dans mon appartement pour accueillir comme il se doit mon invitée de marque. Je me change rapidement pour troquer mon T-shirt-pyjama contre une chemise blanche et un pantalon noir très fin, histoire de ne pas m’évanouir par cette chaleur étouffante. La canicule a atteint plusieurs zones en France, et si Paris est soi-disant épargné, c’est bien parce que les météorologues n’ont pas les mêmes critères que moi.

L’interphone sonne. Je regarde le cadran de la cuisine en reposant ma tasse de thé (j’en bois toute la journée) et me rends à l’entrée, perplexe. Je décroche et demande d’une voix inquiète d’avoir oublié un autre rendez-vous :

— Oui ?

— Hellooo ! me crie Andy dans l’oreille.

— Mais...

— Y a pas de « mais » ! Ouvre-moi avant que je fonde !

J’appuie sur le bouton adéquat en me demandant si mon tympan est toujours fonctionnel. Je me rends à nouveau au salon pour voir si tout est en ordre le temps qu’elle monte les deux étages : ça m’a l’air pas mal. Je réarrange l’agencement des coussins sur le canapé et retourne à l’entrée alors que je l’entends toquer. J’ouvre la porte et elle les bras avant de crier :

— Suuurpriiiiise !

Elle me saute dessus pour embrasser mes joues avec empressement, et je la serre contre moi pour réaliser : la petite Andréa est dans mon appartement, à Paris. Je la dépasse au moins de dix centimètres, alors je peux dire « petite ». Elle s’écarte de moi, on se sourit, et on se remet à crier en chœur. L’hystérie passée, je décide de la faire entrer et lui montre le chemin vers le salon.

— Petite visite des lieux, quand même ! Ton train est vachement en avance ou t’en as pris un autre ?

— Je l’ai pris hier, en fait, me dit-elle en balayant chaque recoin du regard.

— J’me disais aussi.

— Fallait que j’le vois, j’en pouvais plus d’attendre ! Et toi aussi d’ailleurs, ça fait... quoi, trois ans ?

J’acquiesce gravement. La dernière fois, elle était passée chez mes parents alors que je leur rendais visite durant les vacances de Noël. On s’était refait nos soirées filles (sauf qu’on n’était pas allongées dans la neige) et ça avait été vraiment extra. Son séjour avait eu le don de représenter la récréation du mien ! Voilà qui résume bien cette fille. Une bouffée d’oxygène.

— Où est Yann ?

— Il a préféré nous laisser « entre nanas » jusqu’à ce que « la pression soit retombée ».

Elle pouffe de rire en me jetant un regard complice. Je propose alors qu’elle observe encore l’appartement :

— J’te sers quelque chose ?

— Mh, n’importe quoi de frais !

— D’accord, fais comme chez toi en attendant !

En retournant à la cuisine, je la vois s’installer dans le sofa du coin de l’œil. J’attrape un plateau où je pose mon thé et son verre que je remplis de jus de fruits. J’apporte aussi des petits biscuits apéro, vu qu’après tout, c’est l’heure. Je retourne près d’elle aussitôt et installe le tout sur la table basse.

— Merci, ma belle ! Alors, t’as enfin fini tes études interminables ?

Elle saisit son verre et en boit une gorgée en me souriant. Les cours, malgré son ancien look de petit rat de bibliothèque, Andréa n’en était pas fan.

Mon portable se met à crier Still loving you depuis la table où je le laisse toujours. Un appel. Je regarde le mobile un instant (comme s’il était clair qu’il s’agissait d’une erreur) avant de l’attraper et de décrocher machinalement.

— Allô ?

— Mme Chemin ?

— Oui...

— Bonjour, Georges Dorelli, Directeur des Ressources Humaines de la société Creativ’Things. Nous avons reçu votre Curriculum Vitae et nous sommes intéressés. Serait-il possible de vous rencontrer ?