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Rires du terroir

De
168 pages

Loin de l’effervescence urbaine, le petit village d’Agassac se glorifie d’être le premier de la Haute-Garonne, par ordre alphabétique. Pourtant, on est vite séduit par l’humour particulier de ce terroir où coexistent des jugements abrupts, imbibés de bon sens rural avec une générosité rigolarde.
Un excellent remède, sans générique autorisé, pour faire passer de la crise sociale à la crise de rires !
Avec des illustrations de Nox, enfant du pays : c’est tout dire !


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Couverture

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Copyright

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-60096-7

 

© Edilivre, 2013

Préface

Maladroits, tendres et désopilants : tels sont les personnages qui peuplent les sketches et monologues de Michel Saint-Raymond ! Pompiers et pêcheurs, chercheurs de champignons et cantonniers, curés et paysans, (et dans la hiérarchie des acteurs, le père !) modulent un espace scénique fleurant bon le terroir et donnant accès au vif d’une énergie aussi tonnante que tonique.

Le narrateur se plait à élucider le mystère champêtre… En fait, il décline l’humour rural à travers actions et réactions du quotidien, lorsque s’affrontent routines et ruptures, lorsque l’épais des traditions se heurte à des nouveautés immaîtrisées. Facéties et délires des carburants et des ordinateurs, des soldes et des grèves, installent avec jubilation au cœur d’une vie rustique perturbée et révèlent un homme à l’écoute des autres, du passé, du présent, des lieux et des âmes, ce qui réduit l’écart entre des moments, des coutumes, des vertus si différents et si essentiels, et fait jaillir le rire et la complicité.

Il y a toujours une pulsation profonde, dans laquelle gît ce bonheur de raconter, qui refuse sarcasme et dénigrement et s’enveloppe de nostalgie parce qu’il porte en lui la conscience d’un manque actuel et le souvenir de valeurs estompées ou disparues.

Domine, chez Michel Saint-Raymond, le goût pour la qualité de paysan qui s’associe à la saveur comme organique et séminale de son écriture lestée de force, de franchise et de santé morale, c’est-à-dire pénétrée de vivacité rurale.

Prédomine la vocation pastorale et comique de textes accordés à tous les flux de la terre, à ses tracteurs et à ses vaches.

Textes d’humour et d’amour ; textes-hommages dans un horizon émotionnel qui plonge dans l’étendue, la substance et l’essence d’une campagne de chez nous !

Ilda Tomas
Université de Granada (Espagne)

I
Agassac

AGASSAC

On ne le dirait pas, à me voir, mais je viens du premier village de la Haute-Garonne… Eh oui ! Je viens d’Agassac, et c’est le premier village de la Haute-Garonne… par ordre alphabétique. Au dernier recensement, il n’y avait plus que 103 habitants à Agassac, et je crois même que le Maire y a ajouté quelques bêtes à cornes, pour les subventions ! Mais on se console en se disant deux choses : d’abord que c’est l’élite qui reste, les meilleurs ! Et puis, moins il y a d’habitants, plus il y a de terre pour tout le monde ! Au point de vue culture, on n’a rien à envier à qui que ce soit ! D’ailleurs, on ne cultive que le tiers de la superficie ; le reste, on le laisse pour les seules choses qui se vendent : les mousserons, les trémoulets1, les cèpes, les giroles… Et puis, on vit avec les bêtes et on ne s’en porte pas plus mal ! Mais à force de vivre avec les bêtes, on devient de plus en plus comme elles : on devient de plus en plus vache, de plus en plus cochon, de plus en plus chèvre aussi !… Il y en a même, il paraît, qui commencent à avoir des cornes ! Ma femme non, hein ! Parce que, elle, elle s’occupe des dindes ! J’ai même le petit qui fait partie de l’équipe des poussins ! Bon, c’est simple ! À Agassac, lorsque quelqu’un est malade, on n’appelle plus le docteur, on appelle le vétérinaire ! Hé oui ! C’est le seul qui puisse nous donner des remèdes de cheval ! Mais c’est quand même rare lorsqu’on est malade !… À Agassac, on est des gens costauds ! On a même une cousine qui est née à Agassac, elle est montée à Paris. Vous savez ce qu’elle fait à Paris ? La grue !

Et puis, les bêtes sont un peu de la famille, vous savez ! Té, Papa il a deux vaches ; il les appelle Meulet et Bascarèth2, ainsi, les voisins croient qu’on a des bœufs, cela fait tout de suite plus riche ! Et Papa, de ses vaches, il s’en sert pour labourer. Le mois dernier, Papa voulait labourer la vigne ; seulement, il y avait une des vaches qui était malade. Papa a attendu un jour, deux jours… cette vache toujours malade ! Le troisième jour, Papa se lève de bonne heure, il va à l’étable : la vache est toujours malade ! Alors il va réveiller Maman et il lui dit : « Écoute, hein ! La vigne ne peut plus attendre ! La vache est malade ; eh bien, il faut qu’on s’y attelle tous les deux ! »

Maman, elle, c’est la fée du logis : elle mène tout le monde à la baguette ! Elle tient de sa mère… Sa mère s’était mise en quatre toute sa vie pour élever trois gosses !… Oh ! C’est que, pendant la dernière guerre, ils ne faisaient pas les flambards à Agassac !… Je ne sais pas si vous, vous aviez du pain ?… Vous en aviez du pain pendant la guerre ? Hé bé ! Vous en aviez de la chance ! À Agassac, pas une miette ! On se débrouillait, va ! Une tranche de jambon, une couche de foie gras, une autre tranche de jambon, et on avait un sandwich ! Et bien contents d’avoir quelque chose à manger !… C’est comme pour s’habiller, je ne sais pas si vous trouviez du tissu ?… Vous en aviez du tissu ? Hé bé, vous en aviez de la chance ! À Agassac, pas un morceau d’étoffe ! Rien ! Qu’une voisine, une fois, la pauvre, elle s’était habillée comme elle avait pu… elle s’était habillée avec des sacs d’engrais !… Que même elle avait oublié d’enlever les inscriptions… Alors devant il y avait « Produits chimiques » et derrière « Engrais complet ». Pendant la dernière guerre, à Agassac, on était sur la paille !… Maintenant ça va, ça va ! On a du blé ! On a tous de la porcelaine en matière plastique !

Et puis, on se tient au courant des évolutions ! Mon père s’est acheté une voiture ! La seule chose qu’on se demande à Agassac, c’est s’il ne conduit pas avec le permis de chasse !

Figurez-vous que, aux dernières élections, il a vu que le gouvernement avait changé de côté, qu’il était passé de droite à gauche. Papa s’est dit : « Hé bé, la priorité, elle a dû suivre ! » Alors, premier carrefour, le type qui venait de droite, forcément, il ne l’a pas laissé passer !

Cela n’a pas été trop grave, il n’y a eu que de la tôle froissée ! Le bonhomme de l’autre voiture se précipite vers Papa et il lui demande : « Mon Dieu, Monsieur, je vous ai fait mal ? » Papa : « Oh, ce n’est pas grand chose, non, mais vous m’avez cassé le dentier ! »

Le bonhomme qui lui dit : « Ce n’est pas grave, suivez-moi, on va arranger ça ! » Et il l’amène derrière sa voiture, il ouvre le capot de la malle… plein de dentiers ! « Tenez ! Essayez celui-ci ! »

Papa : « Oh non, celui-là il est un peu trop grand !

– Alors voyons ! Essayez celui-ci !… »

Papa : « Eh, celui-là, il est trop petit !

– Alors le premier était trop grand, le second trop petit… Voyons… Là il vous manque une dent… Tenez, essayez celui-là ! »

Papa : « Mmm ! Hum ! (clap ! clap ! avec le dentier)… Il va bien, celui-là, oui ! Enfin, quand même, dans le malheur, j’ai eu la chance de tomber sur un dentiste !… »

Et l’autre qui répond : « Je ne suis pas dentiste, moi ! Je suis fossoyeur !!! »

AGASSAC les FLOPS

Depuis que je parle d’Agassac, le tourisme se développe dans la région. Aujourd’hui, on a bien le passage de trois ou quatre voitures par jour… des voitures bien, des Peugeot avec l’airbag, des Mercédès avec l’air conditionné… Nous, avec nos Simca 1000, nos vieilles 4L et nos Ami 6, on a l’air c… Ah, vous aussi, vous avez les mêmes marques ?

Les gens trouvent qu’on a l’air pur chez nous ! Forcément, on a l’air pur : on dort les fenêtres fermées… Alors ils viennent pique-niquer. On trouve des papiers gras derrière les haies, des peaux de saucisson… Parfois aussi, on trouve des seringues et des préservatifs… Preuve, peut-être, que si certains viennent pique-niquer, il y en a qui se contentent de l’une ou l’autre des deux activités !…

Les gens viennent aussi pour l’éducation des enfants… De temps en temps, on a une classe verte… Et ce n’est pas demain la veille qu’elles vont mûrir, les classes ! Une fois, il y a une classe qui est venue visiter la ferme. C’était une classe de la ville… On reconnait tout de suite les gosses de la ville à leur démarche et à leur façon de parler. Pour la démarche, les gosses de la campagne, ils sont tout timides et ils marchent comme ça3, parce qu’en plus, ils finissent d’user les chaussures des autres… Les gosses de la ville, ils ont des Adidas trés bandas4 et ils marchent en balançant les épaules, comme ça5 ! Et ils parlent comme ça6 ! C’est ouf7 !

Donc, une classe de la ville est venue visiter la ferme. Ces gosses de la ville, ils sont curieux de tout… Question d’un gosse de la ville : « Dites-donc, Monsieur, vos poulets, ils sifflent pas ?… »

L’instituteur a profité de la ferme pour faire une leçon sur la volaille : « Les poules, elles mangent… ? Oui, très bien ! Elles mangent du blé !

– Je sais, Monsieur, mon frère il demande toujours du blé à ma mère pour aller voir les poules ! » Puis, il faut voir comme ils écrivent mal, les gosses, aujourd’hui ! L’instituteur : « Là, ce sont des canards ! Écrivez “canards” ! Applique-toi, Kévin ! Regarde ce que tu as écrit ! Ce sont des canards ! Ce ne sont pas des connards !… »

Vous qui n’êtes pas de la ville, vous savez que l’on met des pendentifs aux oreilles de tout le bétail, que souvent, aussi, on met un anneau aux naseaux du taureau et que, pour que les cochons ne défoncent pas tout le terrain où ils sont parqués, on leur met des clous sur le bord du groin. Les gosses de la ville, ils l’avaient bien remarqué : « Monsieur, Monsieur, venez voir ! Les animaux de la ferme, ils ont des piercings !!! » Ce jour-là, il y avait aussi la truie qui s’était souillée dans une flaque de vase… « Té, Monsieur ! La truie, elle fait comme ma Mémé ! Ma Mémé aussi, elle fait des bains de boue ! »

Mais ces diables de gosses de la ville, ils ne respectent rien ! Quand ils viennent, à la grand-mère Bruniquet, ils n’arrêtent pas de lui lancer des cacahuètes ! Hein ! Aller lancer des cacahuètes à la vieille, alors qu’avec le dentier qu’elle a, elle ne peut pas en manger une seule !…

Les touristes, ils viennent aussi chez nous à cause des prix. S’ils vont à la montagne, les prix sont trop élevés, s’ils vont à la mer, les notes sont trop salées… alors, ils viennent chez nous. Comme ils sont également charmés par notre vigueur et notre énergie, ils tiennent à acheter nos produits naturels ! Ça développe l’économie locale et ça nous permet d’écouler le surplus : la soupe aux choux, on l’appelle garbure et elle part comme des petits pains ! Moi, je cultive la vigne… Enfin, le seul travail que j’y fais, c’est de la vendanger… Et je vends une bonne partie de la récolte. Jusqu’au mois de décembre, je vends du vin biologique, et, avec ce qui me reste de la récolte, à partir de février-mars, je vends du vinaigre biologique !… Une combine qui complète bien les subventions, oui… Parce qu’il faut que je vous dise, à Agassac, les subventions, on connaît ! Le premier mot que les bébés disent à Agassac, ce n’est pas « Papa », ce n’est pas « Maman », c’est « Subvention » ! Surprenant, mais c’est ainsi !

Remarquez, il y en a qui exagèrent, quand même ! Le père Trézéguet, il s’est spécialisé dans l’élevage des pigeons voyageurs ; il les vend le matin et ils reviennent le soir ! Et le père Bouffartigues, lui, il a fait mieux : il a vendu un coucou suisse à un Belge avec cinquante kilos de blé pour le nourrir pendant un mois !

On avait même commencé à développer l’élevage de poulets à quatre pattes pour les Mac-Do et l’élevage commençait à payer !… C’était un produit naturel, si, si, je vous l’assure !… On leur donnait juste un petit comprimé tous les matins, un comprimé… ce sont des comprimés qu’on fait venir d’Amérique, par la poste des États-Unis… ! Mais si, l’U.S. postal, vous en avez entendu parler certainement… C’est un produit qui développe les bras, et c’est idéal pour les poulets à quatre pattes !… Ça fait l’Arm Strong, comme ils disent là-bas ! Comment on les appelle, ces comprimés, déjà ? Ah oui, la cyclosportine… C’est une hormone d’excroissance… Le problème, on l’a avec Bové : il démonte tous les Mac-Do, et par la même occasion, il nous fiche la baraque en l’air !

Mais celui qui fait les meilleures affaires, c’est le curé ! Comme, à Agassac, il n’y a rien de particulier à voir, où vont les touristes ? Ils vont à l’église ! Et comme ils ont toujours perdu quelque chose, ils mettent toujours de l’argent dans ?… Dans le tronc de Saint Antoine, oui ! Je vois qu’il y en a qui sont passés à Agassac ! Regardez un peu la situation ! C’est Saint-Raymond qui fait connaître le village et c’est Saint-Antoine qui récolte !!!

Parce que, de plus, ces touristes qui viennent à Agassac, cela intéresse tout le monde ! (sauf la grand-mère Bruniquet, bien sûr, parce qu’elle en a une indigestion des cacahuètes !)… On se demande même comment on pourrait faire pour qu’il en vienne davantage ! Le Maire a lancé l’idée de faire un golf à Agassac !… L’opposition : « Oui… Jusqu’à présent, Agassac, c’était un trou ; dix-huit trous, est-ce que ce ne sera pas pire ?… » Alors il y a ceux qui sont pour, il y a ceux qui sont contre ; il y a ceux qui sont pour tout ce qui est contre, il y a ceux qui sont contre tout ce qui est pour… Boudiou !!! Résultat, té ! A Agassac, on a la guerre du golf !…

LES INAUGURATIONS

Il y avait des années qu’on avait à Agassac une grosse cloche fêlée au clocher de l’église… C’était le vieux Rességuier qui se l’était prise sur la tronche en la sonnant à la volée… Ils avaient la tronche dure, les vieux, macarel8 : c’est la cloche qui s’était fêlée, dites donc !… Remarquez que le vieux Rességuier il en était resté sonné aussi : il y avait des moments où il ne raisonnait pas bien, lui non plus…

Alors, cette cloche fêlée, aux Agassaquois, elle leur fichait le bourdon…Et il y a eu une pétition pour qu’on ait une autre cloche dans la commune. L’ancien Maire était resté sourd à cette demande, comme la cloche… Il a fallu changer de Maire pour avoir un autre son de cloche ! C’est le nouveau Maire qui a fait voter la nouvelle cloche et, pour ne pas fâcher les partisans du Maire d’alors, il a aussi fait bâtir la Maison du Peuple. Pour éviter trop de frais à la commune, on a inauguré la Maison du Peuple et on a baptisé la cloche le même jour : le Maire a décidé qu’on pouvait combiner les deux !

On avait mis la cloche sur une estrade devant l’église, et, pour séparer la cloche de la Maison du Peuple, on avait mis la table de l’apéro et le buffet : c’est la zone neutre et pacifique qui réunit la gauche et la droite… Autour d’une table, t’as plus de droite, t’as plus de gauche, t’as que les endroits d’où tu peux te servir plus facilement !

On a d’abord inauguré la Maison du Peuple : ah, il y en avait, des huiles ! Le Député, le Sénateur, l’Instituteur, le Garde-Champêtre et le Cantonnier Municipal ! Rien que des huiles ! Et chacun y est allé de son petit discours ! Et les discours étaient longs ! On devrait plutôt dire des dislongs au lieu de dire des discours ! Tous ont bien causé ! On n’a pas toujours compris ce qu’ils voulaient dire, mais peu importe ! Le Maire, je crois qu’il a lu le même discours que pour l’enterrement du président des Anciens Combattants et le Député, qui a retourné sa veste, il s’est trompé de discours : il a pris le discours qu’il a lu dans l’ancienne veste !… Enfin, ça ne change pas grand chose !

Après les discours, il fallait se taper la cloche ! Le Curé a allumé l’encensoir pour la bénédiction et le Garde-Champêtre a allumé le barbecue pour les grillades !

La marraine de la cloche, c’était la vieille Marceline Bézuquet ; elle t’avait sorti la tenue des grandes circonstances ! Elle avait ressorti la robe de quand elle avait été élue rosière d’Agassac. Je ne sais pas si la rose est toujours intacte ; en tout cas, la Marceline Bézuquet, elle commence à se flétrir ! La seule chose bien conservée, c’est la robe ! C’est vrai qu’elle a dû t’y flanquer une couche de naphtaline à te donner la nausée à toutes les mites du département ! Ce n’est pas demain qu’elle sera bouffée par les mites, la vieille ! Quand le vent tournait, soit tu sentais l’odeur des grillades, soit t’étais asphyxié par la naphtaline de la mère Bézuquet !

Puis le Curé a attaqué une dizaine de chapelets et le Garde-Champêtre a attaqué un chapelet d’une dizaine de saucissons… Le Curé : « Donnez-nous aujourd’hui notre pain de ce jour !… » Le Maire, il tartinait déjà un sandwich au pâté pour le Député en lui demandant où en étaient les subventions pour la commune. On avait déjà attaqué le vin de circonstance : le garde champêtre n’arrêtait pas de déboucher le vin bouché. Au troisième « Je vous salue Marie », le pâté était fini. A la fin des « Je vous salue », on attaquait le Port-Salut ! Alors, le Curé, il t’a fichu un coup d’accélérateur sur les prières et, ainsi, il a pu récupérer quelques miettes du buffet !

La seule consolation du Curé, c’est d’avoir trouvé beaucoup d’argent dans le plateau de la quête : comme on a fait la quête au moment où le buffet touchait à sa fin, les gens ont été généreux : ils croyaient que c’était pour le service !!!

PERTE DU TRIPLE A :
INQUIÉTUDES À AGASSAC

Un vent de panique vient de souffler sur Agassac lorsqu’on a annoncé, de façon officielle, que la France avait perdu son triple A et que, par effet de domino, les collectivités territoriales en subiraient également les conséquences.

En effet, la commune a, depuis son origine, bénéficié du triple A : AgAssAc ! Cette qualité lui a toujours valu de figurer à la première place du classement départemental (par ordre alphabétique). Et c’est justement le premier A de la commune qui est menacé ; la suppression de l’un des deux autres n’aurait aucun sens, protégés qu’ils sont par trois consonnes chacun. Donc, si Agassac perd son premier A, le nom va devenir Gassac et notre commune va se retrouver exactement au 214ème rang sur la liste des 589 communes du département : un déclassement vertigineux de plus du tiers !

Réunis en assemblée extraordinaire, cordiale et bien sympathique autour d’une succulente galette des rois, les Agassaquois ont juré solennellement de tout faire pour garder leur triple A, et, l’union faisant la force, gageons qu’ils réussiront !

En attendant, comme pourrait le dire un bègue : A A + !

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LES GENS DE LA VILLE

Chez nous, à la campagne, s’il y a quelqu’un qui fait pétarader le motoculteur entre midi et trois heures de l’après-midi, c’est un type de la ville ! Les types de la ville, le bruit leur manque tellement qu’il faut qu’ils en fassent avec la tondeuse à gazon, la tronçonneuse ou le motoculteur juste au moment où nous faisons la sieste !

Ah, pour travailler, chez nous à la campagne, ils en font du boulot ! Ils sont autour de leur résidence secondaire comme des fourmis autour d’un pot de confiture ! Tout devient secondaire, à Agassac ! La maison du cordonnier : résidence secondaire ! Chez le forgeron : résidence secondaire ! Chez la Paule : résidence secondaire ! Le presbytère : résidence secondaire ! Nous sommes en pleine ère secondaire ! Agassac, premier village de la Haute-Garonne par ordre alphabétique est en train de devenir un village secondaire !

Je ne sais pas si vous l’avez remarqué, les gens de la ville sont toujours en train de courir ! Ils ne voient pas le temps passer ! Chez nous, à la campagne, il n’y a que douze mois dans une année ! A eux, il leur faut le treizième mois et, parfois même, le quatorzième !

Quand ils arrivent, les gens de la ville, on n’en donnerait pas bien cher ! Le premier jour qu’ils montent sur le tracteur, ils redescendent avec les fesses sans connaissance ! Le soir, ils ont les jambes comme des manches de veste ! Ils nous arrivent blancs comme des cachets d’aspirine et ils repartent comme des radis : rouges dessus et blancs en dessous ! Remarquez que ce n’est pas étonnant qu’ils soient pâles : l’air de la ville, on se demande comment ils peuvent le respirer sans le faire bouillir ! Ce qu’ils boivent ? Ce serait un peu plus concentré, ce serait une peinture du tonnerre ! Ce qu’ils mangent ? C’est emballé, et ça les emballe ! Des poulets de batterie ! Du veau en batterie ! Des œufs en batterie ! Ce ne sont pas des batteries d’accumulateurs, ce sont des accumulateurs de batteries ! Et puis, quand, le dimanche, ils s’achètent un petit poulet rôti, ce pauvre poulet, il est plus petit que rôti ! Et heureusement pour nous, parce que, comme cela, quand ils viennent acheter de bons poulets chez nous, hé bien, nous faisons des affaires !

Chez nous, à la campagne, il y a des riches (pas beaucoup !), il y a des pauvres (beaucoup plus !), il y a des jeunes (pas beaucoup !), il y a des vieux (beaucoup plus !), mais nous sommes tous égaux, vu que nous sommes tous agriculteurs ! Ce n’est pas comme en ville : chez eux, ils ont la hiérarchie ! En ville, vous avez trois niveaux : en haut, dans les buildings, il y a les bureaux. Dans les bureaux, les patrons, les chefs d’entreprises, les secrétaires, les PD… (en principe dans le public : G !) G, oui !… Ah, si vous les écoutez, ils vous font croire qu’il n’y a qu’eux qui travaillent ! Mais je me demande si on peut bien travailler quand on est tous les jours en costume du dimanche !

En bas, ensuite, dans les tranchées, il y a les travailleurs, plus bronzés que les autres !

Entre les deux, les contremaîtres ! Eux, ils fayottent avec les patrons et ils font travailler les travailleurs ! Les seuls qui ne se plaignent jamais ! D’ailleurs, ils ont la main sur le cœur, avec écrit dessus : « Touche pas à mon pot… ».

Nous ne sommes pas comme ça, à...