Jardiner bio sans se raconter de salades

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136 pages
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Des limaces mortes de trouille, un jardinier mort de rire... Du compost au paillage, en passant par les engrais bio et la lutte contre les ravageurs, l'auteur vous dévoile ses petits secrets et ses convictions profondes au sujet du jardinage bio avec un ton personnel et plein d'humour !

Il n'hésite pas également à évoquer les limites de certaines pratiques pour vous guider sans vous tromper. Et s'il manie à merveille la grelinette, il ne fait pas usage de la langue de bois ! Sans vous raconter de salades, cet ouvrage vous ouvrira les portes d'un jardinage différent, respectueux de la nature et du rythme des saisons.


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Ajouté le 12 août 2011
Nombre de lectures 152
EAN13 9782815301732
Langue Français
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Avant-propos
l y en a qui sont pour : plaisir de récolter des légumes vraiment sains, sans traitement Itoxique d’aucune sorte (c’est si important pour la santé présente et future des enfants !) ; plaisir gustatif avec des tomates, des haricots ou des salades au zénith de leur saveur ; satisfaction de protéger l’environnement, de ne pas polluer les nappes phréatiques, de ne pas assassiner la petite faune des jardins. Il y en a qui sont contre : jardiner bio, ce sont de mauvais rendements assurés et parfois même la perte complète de toute une récolte ; les engrais et les pesticides chimiques ne sont pas si mauvais qu’on le prétend et il ne donnent aucune toxicité aux légumes – qui, du point de vue gustatif, sont tout à fait au niveau des légumes bio ; en outre, les produits bio, que ce soient des graines ou des fertilisants, sont plus chers que les autres. Nous, disons-le tout net, nous sommes pour. Sans restriction et définitivement. Pour toutes les raisons citées plus haut et parce que jardiner bio nous met en accord profond avec la nature – ce qui nous rend tout simplement heureux. Cela dit, nous ne sommes pas prêt à gober n’importe quoi – ni au sens propre, ni au sens figuré. Posons-nous donc sérieusement la question (sans nous raconter de salades) ; dans le jardinage bio, qu’est-ce qui marche vraiment ? Comment faire, pratiquement, pour récolter des légumes vraiment sains, avec un rendement satisfaisant ?
Michel Beauvais
Ameublir oui, labourer non !
Ne plus se tordre les reins à labourer en automne, voilà qui en fait frémir plus d’un. Et pourtant, force est de constater que l’on obtient de meilleurs résultats en se contentant d’un simple ameublissement, sans retournement des mottes. « Creusez, fouillez, bêchez. Ne laissez nulle place Où la main ne passe et repasse. » C’est le sympathique Jean de La Fontaine qui le dit dansLe Laboureur et ses Enfants. Preuve, s’il en était besoin, que le chamboulement du sol est depuis longtemps considéré comme un des dix commandements de la culture dite « conventionnelle ». Un dicton ajoute même que « le laboureur est du métier d’Adam », mais c’est une erreur : on sait que les premiers cultivateurs, évidemment préhistoriques, pratiquaient le semis direct, sans les labours, que l’on retrouve dans le bio aujourd’hui.
Le sol donne le “ la ” !
Jouons un instant à la patate… Mettons-nous à la place de la brave pomme de terre : qui voudrait s’embêter à pousser en ayant ses racines dans une mixture râpeuse, tristounette, brûlante ou glacée, où l’on ne rencontre jamais personne, en absorbant des trucs qui sentent le pétrole (on aura reconnu les engrais chimiques) ? Le précepte à retenir, en paraphrasant le « soigner la tête pour guérir le corps » de la médecine orientale, est le suivant : soigner le sol pour guérir les plantes. Et la méthode est simple : il s'agit de respecter le vivant et les cycles naturels.
Un sol, c’est quoi ?
Le sol est composé de 3 éléments : • une partie minérale:elle est issue de la roche et également de la décomposition de la matière organique en minéraux. Selon les cas, le sol est à dominante argileuse, limoneuse ou sableuse (avec des particules plus ou moins fines) ; • une partie organique:elle est constituée de matière organique (végétale et animale) en décomposition, c’est-à-dire l’humus ; • des êtres vivants:ce sont les bactéries, les algues, les champignons, les insectes…
Un sol fertile, c’est quoi ?
Pour que les plantes aient les meilleures chances de développement, le sol doit être : • friable et aéré,pour permettre la pénétration et la respiration des racines (un sol fertile contient 25 à 50 % d’air – étonnant, non ?) ; • poreux,tout en retenant suffisamment l’eau pour éviter à la fois le dessèchement et l’excès d’humidité ; • riche en éléments nutritifs,c’est-à-dire, en azote, en phosphore et en potassium. Et c’est pourquoi la qualité d’un sol dépend : • de la taille des particules qui le composent ; • de la proportion d’humus qu’il contient ; • des êtres vivants qui s’y trouvent. L’ameublissement du sol évite précisément de bouleverser sa structure, de faire disparaître l’humus en l’enterrant et favorise le développement de la vie. Il est complété par l’apport d’amendement – en particulier, justement, de l’humus – et éventuellement, de fertilisants organiques. L’étymologie nous apprend que les termes « fertile », « fertilité », viennent d’un mot latin, porre, signifiant « porter » et, plus précisément « porter dans son ventre ». C'est une belle image que ce sol fertile qui « enfante » les plantes – on comprend toute de suite qu’il faut en prendre soin !
La fertilité, c’est quoi ?
Pourquoi s’embêter à mettre les mains dans la gadoue alors que l’on peut s’en passer ? Car, pour pousser, une plante n’a nullement besoin de terre, comme le démontre tous les jours la culture hors-sol ou hydroponique. Cette pratique, même si cela semble bizarre, n’est théoriquement pas incompatible avec le bio, qui l’appelle alors la « bioponie » – apparemment en plein boum. Tout dépend, bien entendu, des fertilisants que l’on utilise. Photo Franck Boucourt (potager de Patricia Pour le jardinier à la fois à l’ancienne et à la Auvray) moderne, qui veut tout simplement réussir des légumes sains et de belles fleurs dans son jardin – si possible sans polluer la nature –, la notion de terre fertile est essentielle. Il est alors primordial de se contenter d’ameublir sans retourner !
ça grouille
Les organismes vivants constituent 0,1 % d’un sol fertile. Pas beaucoup, dites-vous ? Mais si, car cela veut dire que pour 1 kg de terre, il y a 3 000 milliards de bactéries, 400 millions de champignons, 50 millions d’algues et 30 millions de protozoaires, nématodes et vers de tout acabit. Ajoutons à cette joyeuse bande d’insectes en pagaille les précieux lombrics !
Il y en a 3 types
Les lombrics épigés :ils vivent en surface dans les litières de feuilles en décomposition. Ce sont eux que l’on trouve dans le lombricompost. Les lombrics endogés :très abondants, ils creusent des galeries horizontales en avalant la terre, sans jamais venir en surface. Les lombrics anéciques :dans un jardin, ils représentent souvent plus de 80 % de la masse des vers de terre. Ils sont plus rouges que les précédents. Ils creusent des galeries à la verticales qui leur permettent de venir à la surface glaner des débris végétaux, en y laissant des tortillons appelés turricules.
Vive les vers de terre !
Si le serpent est le symbole de la médecine dans le caducée, le ver de terre pourrait bien être celui du jardinage bio. En effet, on les soigne et on les bichonne, les jolis petits lombrics. Et on a bien raison. Pourquoi ? Parce que ces timides annélides ont l’idée splendide d’avaler de la terre. Et que c’est dans leur intestin que l’humus et l’argile (liés par des ions positifs) forment un ensemble stable, grâce à l’apport d’une sorte de colle humique que l’on appelle la « glomaline » et qui est synthétisée par les champignons. Cet ensemble stable, c’est précisément le sol fertile. Les vaillants vers de terre aèrent aussi abondamment le sol avec leurs galeries horizontales et verticales. Ils digèrent également les déchets végétaux en décomposition et les transforment en humus. Et il ne faut pas croire qu’ils ne traitent qu’une faible partie de la terre – du moins quand ils sont en nombre suffisant ! Ce sont des fouisseurs insatiables et acharnés qui « traitent » des volumes phénoménaux de terre. Et il faut savoir qu’ils représentent à eux seuls 70 % de la masse totale des animaux terrestres, loin devant les éléphants ! On compte 150 à 400 individus au mètre carré, tous sur le pied de guerre, dans une prairie naturelle non traitée – et seulement 3 à 5 dans un champ de céréale 100 % chimique ! Sur notre bonne vieille planète, il en existe environ 4 000 espèces – dont une de 3 m de long en Australie !
Un coup de cuivre !
Le jardinage va-t-il connaître un âge du cuivre ? L’idée n’est pas nouvelle puisqu’elle daterait évidemment de l’âge du cuivre et des anciens Chinois. Certains affirment que les particules de fer qui se détachent des outils et qui rouillent entraînent des phénomènes de dessèchement de la terre, alors que les particules de cuivre des outils constitués de ce matériau sont bénéfiques. Vérité ou élucubration, difficile de le savoir en l’absence d’études sérieuses.
Chapeau les champignons !
La classification des champignons – des mycètes pour parler scientifiquement – est affreusement compliquée. Les girolles et les cèpes ne sont que la partie visible de l’iceberg (porteurs de spores), le gros du champignon est le mycélium. Il est constitué de fins filaments, les hyphes, qui se collent aux racines des plantes. En effet, presque tous les végétaux sont associés à un mycète, souvent spécifique à une espèce. Champignon et plante vivent en symbiose : la seconde donne du glucose au premier qui, en échange, lui procure de l’eau et des sels minéraux. C’est ce qu’on appelle la mycorhize. Les plantes qui bénéficient de la collaboration d’un mycète croissent mieux que les autres. D’où l’importance de les préserver dans la structure du sol.
Bouffer des briques ou des lombrics ?
Quand on connaît le coût élevé, pour l’écologie, de l’élevage du bétail, notamment des bovins (ciel, mon ozone !), pourquoi ne pas jouer malin…et servir à la cantine, au lieu de l’insipide steak-semelle-chewing-gum, des pâtes à la bolognaise de lombric ? Ou du ver de terre sauce madère ? Il y en a qui y pensent en tout cas, et très sérieusement même. On trouve déjà du lombric en poudre, du lombric séché et même du lombric liquide pour l'alimentation de la volaille, essentiellement, c’est vrai. Mais le produit a été testé – avec succès – sur les humains. Ça ne coûte pas cher à produire et c’est bourré de protéines ! Et comme on dit, il n’y a que la première bouchée (gulp !) qui coûte.
Les méfaits du labourage
Cata pour l’humus ! Le complexe argilo-humique, ça vous dit quelque chose ? En gros, et même en très gros, c’est la couche superficielle du sol riche en humus qui a pour propriété d’être fertile. Eh bien, en bouleversant la terre, en mettant le dessus dessous et inversement, le labourage a tendance à faire disparaître cette couche. En conséquence, on perd de la fertilité.
Assassinat collectif !
Conséquence du point précédent quand on donne un vigoureux coup de bêche, on trucide allègrement quelques vers de terre malchanceux. Jusque-là, encore, rien de trop méchant. Mais quand on retourne la motte, c’est de la liquidation en gros ! Les micro-organismes aérobies – qui ont besoin de bonnes bouffées d’oxygène – meurent par étouffement et les créatures anaérobies – celles des profondeurs –, les imitent pour la raison inverse.
Sale coup pour les lombrics !
Quand la charrue ouvre son sillon, c’est dîner de gala pour les merles, les mouettes, les rouges-gorges et bien d’autres amateurs ! Et le labourage, en enfouissant l’humus, réduit l’activité des lombrics anéciques (voir p. 11) ceux qui creusent des galeries verticales et que l’on trouve essentiellement dans la terre de nos jardins.
Bonjour l’érosion !
Une terre destructurée et désertée par la vie est beaucoup plus vulnérable à la déshydratation et aux fortes insolations. Elle durcit, se craquelle, part en poussière ; le vent l’emporte et elle est plus vulnérable au ruissellement.
Merci l’acidification !
Le labourage enfouit des déchets végétaux et, souvent, du fumier, ce qui entraîne une décomposition en profondeur – anaérobie… Avec pour conséquence une acidification, la disparition des champignons utiles ou encore le développement de nématodes parasites.
Bravo la « semelle » !
En bêchant toujours à la même profondeur, on crée une couche dure et compacte à environ 20 cm de profondeur. Cette « semelle » bloque la croissance des racines, ainsi que le passage de l’eau et de l’air.
Conclusion, déduction et leçon
Avec un bilan aussi calamiteux, comment le labourage fait-il encore des adeptes ? Il y a
certes la force de l’habitude. Mais ses défenseurs disent qu’il permet de contrôler un certain nombre d’ennemis des cultures, en particulier les limaces, d’aérer et de décompacter le sol et d’éliminer les mauvaises herbes. Sur ce dernier point, on remarquera qu’il fait en réalité remonter à la surface des graines qui en profitent pour germer dare-dare. La réalité est que le labourage implique des apports d’engrais d’autant plus massifs qu’il est profond et fréquent.
Photo Franck Boucourt (potager de Patricia Auvray)