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L'Insule paraguayenne

De
145 pages
Nous avons lu avec Augusto Roa Bastos quelques passages de l’étude approfondie d’Eric Courthès sur le Paraguay et nous avons dû admettre que nous méconnaissions quelques données sur le territoire où nous vivons...Ce travail de recherche s’avérera fort utile comme élément de consultation à l’heure de savoir quel espace nous étudierons dans l’avenir. Eric Courthès a réussi de façon méthodique à résumer tous les éléments pour la compréhension structurelle d'un monde complètement hermétique à l’étranger. Loin de la carte postale, Courthès armé de son scalpel est au cœur même du problème et il finit par résumer l’ensemble de ses conclusions :« Toute île, qu’elle soit géographique ou sociale, se prête aux excès de l’utopie et du pouvoir ». L’histoire funeste de ce pays le démontre largement.
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L'INSULE
PARAGUAYENNE
Eric Courthès







L'INSULE
PARAGUAYENNE

ESSAIS ET DOCUMENTS
Le Manuscrit
www.manuscrit.com












© Éditions Le Manuscrit, 2006
20, rue des Petits Champs
75002 Paris
Téléphone : 08 90 71 10 18
Télécopie : 01 48 07 50 10
www.manuscrit.com
communication@manuscrit.com

ISBN : 2-7481-6805-4 (fichier numérique)
ISBN : 2-7481-6804-6 (livre imprimé) Eric Courthès
I/ EXERGUES


A Náhual le double-tigre sur son île
A Elixène la muse du Conte de Lisle
A Roxana la Ñusta, d’Inti la fille




« Tout homme porte en lui une île, une île dont le profil change
selon la fantaisie de ses rêves, comme un nuage se déforme au gré
du vent. Image du refuge, ou espoir de dépaysement, l’île peut être
encore promesse d’aventure, ou pari sur l’inaccessible. », Yves La
Prairie, préface de L’Ile de Pâques, Journal d’un aspirant de
La Flore, Pierre Loti, Paris, Editions Pierre-Olivier
Combelles, 1988, (1877), p.7.





« J’ai toujours eu la sensation que le temps au Paraguay est
immobile, le temps de la fixité, le temps pétrifié, sec, vide, fossile.
Et ce qui bouge dans cette île entourée de terres, ce sont les gens en
permanentes pérégrinations, en exodes interminables. », Augusto
Roa Bastos, El Fiscal, Buenos Aires, Editorial
Sudamericana, 1993, p. 66, la traduction est de l’auteur.





9 L'INSULE PARAGUAYENNE
« Le pays rêvé peut seulement se construire sur une place
transformée en île de l’Utopie pendant six jours ? Pouvons-nous
seulement nous unir face à un ennemi commun et alors faire de
grandes choses. Sommes-nous incapables d’aller un peu plus loin ?
Sommes-nous condamner à caresser le paradis avec la pointe des
doigts, pour retomber ensuite dans l’infortune ? », Andrés
Colman Gutiérrez, El país en una plaza, Asunción,
Editorial El Lector, 2004, quatrième de couverture,
traduction de l’auteur.



« Le Paraguay n’est pas un pays, c’est une obsession. » Juan
eCarlos Herken, dans Le Paraguay au XX siècle, naissance
d’une démocratie, Renée Frégosi, Paris, L’Harmattan, 1997,
p.7



« Le Paraguay est une terre entourée de terres, un pays
méditerranéen, au sens étymologique du terme. Lieu de passage et
de transit, carrefour des chemins depuis l’origine, le Paraguay est
cependant une île d’où l’on s’arrache dans l’exil, où l’on aborde en
Robinson, où l’on vit isolé. », ibid., p. 18
10 Eric Courthès







II/ PRÉFACE


L’ILE BIPOLAIRE DU DOCTEUR COURTHÈS


Nous avons lu avec Augusto Roa Bastos quelques
passages de l’étude approfondie d’Eric Courthès sur le
Paraguay et nous avons dû admettre que nous
méconnaissions quelques données sur le territoire où
nous vivons, presque comme un usurpateur en ce qui
me concerne.

Je me suis proposé ensuite de lire tout ce travail de
recherche d’un coup, pour disposer de la vision
panoramique nécessaire avant de pénétrer en
profondeur dans chacun des confinements que propose
et dispose le texte, tel que pourrait le faire la
topographie malsaine d’un pays malade. Qui a pu goûter
l’expérience de vivre un certain temps au Paraguay sait
bien que le climat asphyxiant de cet enfermement que
décrit Eric Courthès est présent partout. Il s’inspire de
la réalité et évidemment inspire telle une exhalaison
l’écriture expiatrice depuis Barrett jusqu’au magistral
Roa Bastos de Moi le Suprême.

11 L'INSULE PARAGUAYENNE
On découvre la pluralité de constatations et de
contrastes d’un virtuose dans la minutieuse analyse
linguistique dérivant d’une seul mot en apparence aussi
simple que « Paraguay », qui de par son caractère
prismatique ( mais n’en est-il pas au fond toujours
ainsi ?), se décompose en une vertigineuse succession de
signifiés ordonnés en strates qui nous laisse voir, à
travers l’œil d’Eric Courthès, comme le panoptique de
Bentham, la situation idéale depuis laquelle tout devient
visible, même si cela doit passer à travers les brumes de
ce mirage, la « terre inconnue » du Paraguay, que l’on ne
nommait pas par hasard « la Chine américaine » au XIX.

Le paragraphe « Les dérivations du monème – y –«
démontre de façon claire la profonde capacité d’analyse
du linguiste Courthès.

Nos analyses avec Roa des travaux d’Eric Courthès
se rejoignaient alors, celui recense des natifs, il décrit
leurs us et coutumes ainsi que leurs langues, il compare
constamment les ethnies, les colonies, les immigrants, a
recours aux statistiques tel que le fit le Consul-Espion
de Sa Majesté Britannique, Sir Richard Francis Burton
dans la Préface de son libro : Lettres depuis les champs de
bataille du Paraguay. Comme Burton, Courthès en appelle
aux chiffres et aux citations pour appuyer ses
hypothèses, les délivrant ainsi des soupçons de la
spéculation qui guette toujours les chercheurs. Avec la
foi d’un clerc de notaire, il s’appuie sur une foule de
documents pour tout ce qu’il consigne.

On trouve de tout dans cette analyse : les
occurrences aquatiques dans la toponymie, les
12 Eric Courthès
descriptions géologiques qui expliquent le Grand Chaco
qu’Eric Courthès visita effectivement et « explora », en
lui permettant de vivre cette bipolarité désert-eau qui
fait pressentir de façon presque solide cette île
d’enfermement méditerranéen du Docteur Francia, le
Manorá de Roa, la Terre Sans Mal et cependant pleine de
tous les sévices de son histoire, de sa géographie et de
ses perpétuels rendez-vous manqués, telle la Circulaire
du Dictateur Suprême.
Eric Courthès constate l’absence de communication
de ce vaste archipel d’enfermements, d’indigènes cernés
par la misère, de colonies mennonites fondées selon le
moule du protestantisme puritain du XVI, d’autres
colonies avec les yeux rivés sur la mère patrie et les
pieds ancrés dans ces solitudes, des propriétaires
terriens qui se barricadent dans leurs terres face aux
(légitimes) convoitises dont ils sont l’objet, des
dictatures politiques qui se sont succédées telles des
pestes. Depuis les mythiques missions jésuites idéalisées
par les historiens de cette confession comme « de
véritables paradis communautaires », comme s’il s’agissait là
de l’Eden d’Adam, où les saints pères appliquaient la
politique de la « main de fer avec des gants de soie », le
Paraguay-cachot est plus qu’une métaphore du Tevegó du
Dictateur Suprême.

Ce profond travail de recherche s’avérera fort utile
comme élément de consultation à l’heure de savoir quel
espace nous étudierons dans l’avenir. Eric Courthès a
réussi de façon méthodique à résumer tous les éléments
pour la compréhension structurelle et fonctionnelle
d’un monde complètement hermétique à l’étranger.
Loin de la carte postale, Courthès armé de son scalpel
13 L'INSULE PARAGUAYENNE
est au cœur même du problème et en une phrase il finit
par résumer l’ensemble de ses conclusions :« Toute île,
qu’elle soit géographique ou sociale, se prête aux excès
de l’utopie et du pouvoir », affirme et confirme Eric
Courthès. L’histoire funeste de ce pays le démontre
largement.
Alejandro Maciel, Asunción, Paraguay, octobre 2004
14