//img.uscri.be/pth/24acecfb88690758cd7a0e217069fc504fbe2cc5
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 26,99 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Apprendre de ses gestes

De
175 pages
Apprendre de sa santé motrice nécessite, en première partie, d'analyser les gestes à partir des techniques du corps et des effets sur la perception du corps vécu. Apprendre du bien-être de son corps vivant, en deuxième partie, explore l'estime de soi et l'approfondissement par des gestes sensoriels. Apprendre par des gestes ludo-coopératifs ouvre, en troisième partie, à une socialisation heureuse et partagée dans une santé durable.
Voir plus Voir moins


Mouvement des savoirs
Collection dirigée par Bernard Andrieu
L’enjeu de la collection est de décrire la mobilité des Savoirs entre des sciences
exactes et des sciences humaines. Cette sorte de mobilogie épistémologique privilégie
plus particulièrement les déplacements de disciplines originelles vers de nouvelles
disciplines. L’effet de ce déplacement produit de nouvelles synthèses. Au déplacement
des savoirs correspond une nouvelle description.
Mais le thème de cette révolution épistémologique présente aussi l’avantage de
décrire à la fois la continuité et la discontinuité des savoirs : un modèle scientifique
n’est ni fixé à l’intérieur de la science qui l’a constitué, ni définitivement fixé dans
l’histoire des modèles, ni sans modifications par rapport aux effets des modèles par
rapport aux autres disciplines (comme la réception critique, ou encore la concurrence
des modèles). La révolution épistémologique a instauré une dynamique des savoirs.
La collection accueille des travaux d’histoire des idées et des sciences présentant
les modes de communication et de constitution des savoirs innovants.
Déjà parus
Pierre PARLEBAS et Thierry DEPAULIS, Jeux et culture à la Renaissance. L’album
d’estampes de Nicolas Prévost, 2017.
Bernard ANDRIEU et Petrucia DA NÓBREGA (dir.), Somaticiens, Encyclopédie des
corps, 2017
Rémi RICHARD, Etre footballeur en fauteuil. Approche sociophénoménologique du
corps sportif en situation de handicap, 2017.
Eric PERERA, Emprise de poids, initiation au body-building, 2017.
Bernard ANDRIEU, L’écologie corporelle, Tome 2, Émersion vivante & Techniques
écologiques, 2016.
Bernard ANDRIEU, L’écologie corporelle, Tome 1, Bien-être et cosmose, 2016.
Nicolas BUREL (dir.), Corps et méthodologies, Corps vivant, corps vécu, corps décrit.
2016.
Patrik MARTY, L’Eau de l’art contemporain. Une dynamique de l’esthétique
écosophique, 2016.
Pierre PARLEBAS, Jeux traditionnels, sports et patrimoine culturel. Cultures et
éducation, 2016.
Éric PERERA et Yann BELDAME (dir), In Situ, Situations, interactions et récits
d’enquête, 2016.
Judith NICOGOSSIAN, Mélanie SUSTERSIC, La norme du corps hybride, Une éthique
de la reconstruction et de l’amélioration du corps humain en chirurgie, 2016.
Isabelle GUILLAUME, Aymeric LANDOT, Irène LE ROY LADURIE et Tristan MARTINE,
Les langages du corps dans la bande dessinée, 2015.Sous la direction de
Bernard ANDRIEU et Luc COLLARD







Apprendre de ses gestes

De la santé motrice au bien-être
























© L’Harmattan, 2017
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.editions-harmattan.fr

EAN Epub : 978-2-336-79872-1Préface
Bernard ANDRIEU et Luc COLLARD
En réunissant les textes dans les trois axes de notre Équipe d’Accueil (EA 3625
TEC « Techniques et Enjeux du corps »), nous poursuivons le travail interdisciplinaire
1engagé depuis 2012 par Luc Collard autour du bien-être relationnel et de la santé. La
sociologie, la praxéologie, la psychologie, la physiologie de la santé, l’émersiologie de
l’activité inconsciente se retouvent ici en dialogue autour de trois thema :
– Apprendre de sa santé motrice implique une modélisation praxeologique de la
motricité dans l’expérience même du corps, mais aussi dans l’intercorporéité ludique.
L’évolution des techniques, sous la pression de la sélection ou sous celle de
l’environnement, influe sur les modes de description du corps vécu et sur la perception
des socialisations ludiques. La santé motrice nous apprend, par le relevé des
indicateurs psycho-sociaux et praxéologiques, comment l’apprentissage aura été
incorporé dans un geste technique adapté et pertinent. Le niveau de l’engagement
corporel est rendu dans celui, technique, du corps qui peut ainsi, dans des milieux
différents comme la montagne ou l’eau indiquer son niveau d’adaptation motrice. Mais
avec le Tai-chi ou le judo, l’enseignement est confronté à la polysémie impliquant une
traduction motrice d’une culture importée, comme dans les chœurs, dans notre propre
culture corporelle ;
– Apprendre du bien-être de son corps vivant étudie non plus la relation de la santé
motrice avec le corps vécu, mais la relation au corps vivant. Le bien-être engage un
dialogue compréhensif et une recherche d’une communication entre les états
inconscients et ceux conscients fournis par la perception corporelle. L’activation du
schéma corporel engage une modification esthésiologique et une nouvelle esthétique
de l’image du corps. Le geste est le moyen de ressentir son bien-être, mais aussi son
mal-être, en fonction des techniques à vivre. Le rôle des conseillers, entraîneurs et
éducateurs doit pouvoir éveiller et activer la production du bien-être du corps vivant en
étant à l’écoute des effets de l’activité physique, adaptée et artistique. Ici la danse, la
musique, le yoya sont des exemples d’expériences émotionelles qui font découvrir en
chacun(e) ce qui ne peut se voir immédiatement dans les gestes ;
– Apprendre par les gestes ludo-coopératifs est la troisième dimension en
complément avec celles, motrices et émersives, mettant l’accent sur la cohésion, la
coopération et l’intégration par la ludicité. Les codes gestuels, conduites motrices et
capacités sémiotiques proposent une lecture de l’espace ludique et des espaces de
vie : les émotions ludomotrices, l’agressivité licite et illicite dans le karaté ou la
coopération des rôles dans les jeux traditionnels, définissent une santé éco-sociale.
Apprendre de ses gestes exige un décentrement : ne plus être préoccupé par la
maîtrise du geste, fût-il technique et parfait, implique une mise à distance avec ce
corps conscient de l’action motrice. Comme l’aura établi Edward T. Hall, des mondes
2sensoriels différents servent à la perception corporelle pour recevoir des informations
produisant, dans le vivant de l’action motrice mais aussi par l’écologisation, des
situations et des gestes.
Sans toujours le savoir consciemment eux-mêmes, car très préoccupés par
l’expertise technique de leur performance, l’analyse de leur corps révèle une richesse
considérable pour lier l’expérience corporelle et l’action motrice. Le corps-instrument alongtemps été le moyen d’apprendre des techniques sportives : L’apprentissage de ces
formes gestuelles codifiées est considéré comme moyen d’accéder à un certain type
3de culture et de transmissions de ces « savoir-faire » .
Décrypter et questionner les mouvements inconscients, involontaires et habituels
du schéma corporel, et les gestes conscients de l’apprenant dans les activités
physiques, sportives et artistiques, c’est accepter de poser un regard nouveau sur la
pratique pré-motrice de celui-ci et comprendre ces mouvements pour l’accompagner
en tant qu’enseignant d’EPS dans sa pratique vivante comme processus essentiel de
4la sémiotricité et dans le jeu sémioteur de détection et de production d’indices , la
préaction est elle aussi une décision et une anticipation. Cette action motrice
préparatoire, accomplie par un ou plusieurs pratiquants dans l’action motrice, relève
des indices observables d’une situation motrice à travers un événement, une propriété
ou un projet non immédiatement perceptibles. Souvent intuitivement et sans en avoir
5nécessairement conscience , ou savamment dissimulée dans la feinte, l’incertitude
motrice implique l’identification des signes porteurs d’actions tactiques. Ce
6« praxème » est le résultat d’une interprétation perceptive du projet tactique à travers
leur signifiant et leur signifié. Savoir préagir est un des objectifs de l’éducation
7physique , preuve de l’adaptabilité motrice : la décision motrice est une pré-décision
8répondant à une pré-perception qui déclenche des actes d’anticipation motrice . La
décision motrice se distingue des conduites de choix cognitifs, même si elle peut s’y
trouver engagée, par l’activité sémiotrice qui décode continûment les signifiants
environnementaux.
Le corps est en acte (Berthoz, Andrieu (éds.), 2011) avant que la conscience en
soit consciente. En fonction de la position dans l’espace et de la posture à accomplir,
le cerveau est capable de faire des prédictions. Plus le circassien s’entraîne, plus il
répète la validité des boucles sensori-motrices en s’habituant aux gestes. La
dimension inconsciente de l’incorporation de ces techniques de gestes produit une
synthèse psycho-bio-sociale dont Marcel Mauss définissait l’habitus. Les ajustements
posturaux, qui sont des contrôles sensori-moteurs et non plus de simples réflexes,
témoignent de cette réponse appropriée au mouvement exécuté sans que le sujet en
soit conscient, bien qu’il l’ait appris en répétant de nombreuses fois à l’entraînement la
mise en jeu des muscles, le mouvement des bras ou la rotation.
Ces techniques du corps, activées par le terrain situé, vont se manifester à travers
nos gestes, nos habitudes, notre motricité et nos réactions émotives. Sans cette
mémoire des techniques incorporées, l’expérience corporelle inédite peut provoquer la
peur de sa mise en action : le refus de l’activité ou la crainte du mouvement trouvent là
un travail d’élaboration à accomplir pour aider le sujet à se construire dans son schéma
corporel de nouvelles références sensorielles. Certes, anticiper mentalement dans une
représentation cognitive, répétition imaginaire de l’acte moteur à produire, prépare le
corps du sujet à l’expérience, mais seule la pratique physique incorpore de nouvelles
données sensorielles dans une expérience.
La pratique corporelle transforme le corps du sujet en lui fournissant une
expérience à intérioriser de manière volontaire ou non : la pratique implique
immédiatement le corps dans une interaction entre l’objet et le sujet dont l’effort, la
volonté et la fatigue sont les effets. L’activité physique, par son intensité énergétique et
par l’investissement du corps, incorpore, sans une élaboration réflexive, des nouvelles
données. La mise en jeu du corps dépasse souvent le contrôle volontaire de l’actionpar l’intensité de l’effort moteur dans un contexte imprevisible. Ce dépassement des
limites recule le seuil de connaissance corporelle qu’avait pu élaborer le sujet sur
luimême au cours des expériences précédentes. Si la performance physique est inédite
au schéma corporel, le sujet doit la constituer comme une nouvelle expérience en
devant comparer son ancien schéma corporel et le nouveau à recalibrer en fonction de
l’adaptation possible du corps aux nouveaux gestes.
La pratique corporelle trouve, dès la mise en jeu perceptive de la motricité, un
mode d’action par lequel le sujet prend connaissance de son corps dans un monde
situé. Cette appropriation se renouvelle indéfiniment pour autant que l’activité physique
vienne modifier les coordonnées habituelles du schéma corporel : l’enjeu de la variété
et de la variation des pratiques corporelles, et surtout de l’entrée nouvelle dans une
pratique physique, favorise cette déshabituation des postures d’action et implique une
recalibration des réseaux neurophysiologiques de notre schéma corporel.
L’activité physique repose donc sur une pratique corporelle inédite pour devenir
une expérience corporelle. Car la répétition d’une même activité corporelle spécialise
une expérience corporelle en approfondissant la connaissance de ses limites d’action
motrice, le repérage des sensations positives et négatives dans le vécu corporel et
l’écart par rapport à l’habituation physique. Cette spécialisation est la condition d’une
connaissance des contenus de l’expérience corporelle.
1 Collard L. (éd.), 2012. Sport & bien-être relationnel : un autre aspect de la santé. Facteur
d’intégration, de socialisation et d’insertion des jeunes, Paris, Chiron.
2 Hall E.T., 1966. La dimension cachée, Paris, Points, p. 15.
3 Le Boulch J., 1995. Mouvement et développement de la personne, Paris, Vigot, p. 125.
4 Parlebas P., « Préaction », dans Jeux, sports et sociétés. Lexique de praxéologie motrice,
Paris, INSEP, 1999, p. 269-270. Ici, p. 269.
5 Parlebas P., 1999. « Indice », Op. cit., p. 177.
6 Parlebas P., 1999. « Praxème », Op.cit., p. 260.
7 Parlebas P., 1999. « Préagir », Op.cit., p. 272.
8 Parlebas P., 1999. « Décision motrice », Op. cit., p. 91.Première partie
Apprendre de sa santé motriceChapitre 1
Évolution des techniques de nage sous la pression de la sélection
Luc COLLARD
Introduction. De la traînée vers la portance dans la propulsion des mammifères marins
Inventer de nouvelles techniques de nage sous la pression de la sélection ? C’est ce qui s’est produit pour les mammifères conquérant le
milieu aquatique depuis 60 millions d’années (Thewissen, 2013). Trottant d’abord en surface tel un chien, the walking whales, Packicetus a
progressivement laissé place à une descendance galopant puis ondulant dans l’eau pour aboutir aux cétacés que nous connaissons
aujourd’hui (Gingerich, Wells, Russel, Shah, 1983 ; Alexander, 1988). Comment, mécaniquement, a procédé l’évolution pour les mammifères
marins ? Les espèces les plus adaptées au monde aquatique se déplacent vite et longtemps en s’immergeant profondément (Williams,
Frield, Fong, Yamada, 1992). Afin de ne pas perdre d’énergie dans le retour sous-marin des appuis, ces espèces ont abandonné les forces
de traînée propulsive pour s’orienter vers les forces de portance propulsive (« lift-based propulsion », Fish, 1996). Même les membres
supérieurs performants des phoques ou des otaries ne leur servent qu’à se lancer ou à changer promptement de direction. Recherchant de
la vitesse, ces animaux semi-aquatiques collent leurs antérieurs sur le corps et ondulent latéralement comme la plupart des poissons. Durant
les coulées et avant les reprises de nages « officielles », on peut voir les nageurs onduler, mais dans un plan vertical comme le font les
cétacés.
Les forces de traînée propulsive s’appliquent alors alternativement de haut en bas et de bas en haut. Elles contribuent à la montée et à la
descente du corps, pas à son avancement. Ce qui propulse les nageurs vers l’avant n’est plus la troisième Loi de Newton, mais les forces de
portance. Elles s’appliquent à 90° des forces de traînée (Chollet, 2000). Les forces de portance propulsive sont produites par effet de
dépolarisation et bénéficient d’un rendement qui étonne encore la communauté scientifique. Ceci est rendu sous le nom de « paradoxe de
Gray ». Gray (1936) a estimé la puissance nécessaire pour qu’un dauphin puisse nager comme il le fait (vite et longtemps), considérant les
résistances à l’avancement vu son cœfficient de forme (Cx) et de sa surface du maître couple (S, projection du contour du dauphin sur un
plan à deux dimensions placé perpendiculairement à lui)… Le calcul indique que, pour obtenir les performances réellement observées, la
puissance musculaire requise devrait être multipliée par sept.
En réalité, les actions ondulatoires créent un effet de pompe (« undulating pump » (Müller, Van Den Heuvel, Stamhuis, Videler, 1997) ou
« suction effect » (Shouveiler, Hover, Triantafyllou, 2005) sur la surface du corps, ayant pour effet d’accélérer les masses d’eau de moindre
pression de l’avant vers l’arrière (Triantafyllou, Weymouth, Miao, 2016). L’exercice de cet effet de pompe n’est possible que si et seulement
si : d’une part, l’animal est suffisamment immergé afin que l’eau puisse être dépressurisée d’un côté du corps et pressurisée de l’autre et,
d’autre part, si ce dernier possède déjà une vitesse initiale pour que le fluide dépressurisé s’écoule le long du corps vers l’arrière. Autrement
dit, l’effet de succion ne se fait qu’à une valeur de Reynolds élevée : Re = LU/v, où L est la longueur de l’animal, U sa vitesse et v la viscosité
du milieu d’accomplissement divisée par sa densité. C’est une des deux raisons pour lesquelles, contrairement aux idées reçues, en
recherche de vitesse, les poissons et les mammifères marins n’essayent pas d’échapper aux résistances aquatiques en procédant à des
sauts hors de l’eau, mais au contraire s’immergent davantage (Lighthill, 1969). La seconde raison tient au fait que des résistances, ignorées
des profondeurs, se forment lors des déplacements en surface (résistances de vagues, traînées de remous). Hertel (1966) estime que nager
en surface à 2 m/s peut augmenter les résistances à l’avancement par cinq. Les bonds en-dehors de l’eau des poissons et mammifères
marins ont d’autres finalités : échapper au contrôle de prédateurs, respirer ou communiquer. Les démarrages depuis la vitesse zéro se font
par brutal changement de direction ou par usage des nageoires pectorales (Lighthill, 1975) recourant un instant aux forces de traînée
propulsive. L’effet de pompe est prolongé par un fouetté de la partie arrière (nageoire caudale chez les poissons et mammifères marins)
générant du vortex. Tous deux – suction effect et vortex – participent des forces de portance propulsive.
À l’instar des mammifères semi-aquatiques, les nageurs de haut niveau passent près d’un quart de leur vie de champion dans l’eau. Ils
sont tout à fait capables de s’exercer à la propulsion par portance, même si leur anatomie ne leur permet pas d’onduler aussi bien qu’une
anguille. La relative rigidité du tronc les cantonne davantage à recourir aux oscillations des jambes, déclenchées par l’ondulation du bassin
(Colobert, Bideau, Nicolas, Fusco, 2004). Les éthologues classeraient les nageurs dans la catégorie des espèces « carangiform » (pour
carangue, une espèce de poisson) ou « thunniform » (pour thon) possédant de un demi aux troisquarts du corps relativement rigide (Lindsey,
1978). C’est précisément la forme offrant le potentiel de vitesse le plus élevé (Lighthill, 1960 ; Guillaume, Piat, 2003).
On peut donc s’étonner que l’Institution sportive n’ait retenu aucun des modes de propulsion inspirés par la sélection naturelle. Même si
de nombreux travaux scientifiques récents mettent en lumière le potentiel pour les nageurs des Underwater Dolphin Kicks (Atkison, Dickey,
Dragunas, Nolte, 2014 ; Wei, Mark & Hutchison, 2014 ; Connaboy, Næmi, Brown, Psycharakis, McCabe, Coleman, Sanders, 2015 ; Choi,
2015 ; Hillmeyer, 2015 ; Martin, 2015 ; Averianova, Nikodelis, Konstantakos, Kollias, 2016), les programmes fédéraux continuent à faire la
part belle aux actions de surface, la technique du dauphin apparaissant comme un élément annexe de la propulsion. L’histoire de la natation
sportive est l’histoire de la condamnation des coulées (Collard, 2009 ; Collard, Gourmelin, Schwob, 2013). Pourtant les crawleurs,
papillonneurs, dossistes et brasseurs se meuvent de façon plus proche des chevaux, des éléphants ou des rats dans l’eau, que des
phoques, des orques ou des dauphins, dont la propulsion est pourtant bien plus adaptée à la vitesse…
Mais à la différence des autres animaux, les hommes sont dotés d’un pouvoir d’apprentissage et d’innovation qui les singularise
(Blackmore, 2000 ; Dawkins, 2016). Sur le plan expérimental et pour aller plus vite, seraient-ils capables de reproduire les techniques
utilisées par les espèces les mieux adaptées au milieu aquatique ? C’est ce qu’ambitionne de révéler ce papier qui rend compte d’une
expérimentation visant à copier le tri sélectif de l’évolution à la piscine.
1. Méthodologie. Comment mettre les nageurs en condition de se déplacer par portance propulsive ?
Pour les raisons susvisées, il est nécessaire d’inciter les participants à quitter la surface et à se déplacer sous l’eau. On évite ainsi qu’ils
répliquent les techniques habituelles de crawl, papillon, etc. Et on leur permet de se libérer de la résistance de vague. Le départ doit donner
une vitesse initiale sur laquelle peut se fonder la portance propulsive : ils partiront en plongeant. Les capacités d’apnée dynamique ne
doivent pas être dépassées et sont préalablement testées.
L’approche consistant à décrypter les conduites de sportifs à partir d’une mise en situation motrice, relève de la Praxéologie motrice
(Parlebas, 1999). Sur le plan de la méthode, cette Science de l’action motrice s’apparente à l’Éthologie animale. Les éthologues animaliers
observent ce qui se joue au sein des meutes de loups, durant le vol migratoire des oies sauvages ou comment s’y prennent les phoques
avant de s’immerger plusieurs dizaines de minutes. On ne peut les interroger, il faut éviter de les perturber. Les isoler en Laboratoire
couperait toute chance d’apprendre d’eux. Pendant longtemps, les sportifs ont été mis au zoo, comme le héros de Pierre Boulle dans La
planète des singes (2011). En Natation sportive, des dizaines de papiers scientifiques ont présenté, par exemple, la contribution à
l’avancement des mains, ou au mieux des avant-bras et des mains – à l’aide d’avatars en plastique et de simulations informatiques. Que
peut-on tirer de telles recherches ? Confirmer au plus près ce que les nageurs font déjà. La Praxéologie motrice ambitionne plus. La Science
de l’action motrice a vœu d’être prédictive.
Procédure : On imagine un système de duels au coude-à-coude en montante/descendante. De 2 m de fond, la piscine comporte 8
couloirs de 2,5 m de large chacun. Les nageurs sont 2 par couloir. Dans chaque couloir, un objet lesté est placé au fond de l’eau à 15 m du
bord. C’est le premier qui l’attrape. Le départ de chaque paire de nageurs se fait au signal sonore : « À vos marques… Feu ! ». Les 2*8 = 16nageurs plongent en même temps. S’ils ramassent le premier l’objet dans leur couloir, ils gagnent leur duel et grimpent d’un couloir pour le
coup suivant. Sinon, ils descendent. Chaque couloir est numéroté de 1 à 8. « Un » correspond au couloir le moins rapide. Après 8 duels, les
meilleurs plafonnent au couloir 8, les plus lents au premier.
Indicateurs : Au dixième de seconde près, on chronomètre le temps mis à chaque passage. Les chronométrages sont assurés par les
nageurs en attente (ou les filles du groupe ne participant pas à la recherche) – doublés par l’expérimentateur. Ils doivent également rapporter
à ce dernier les techniques de nage utilisées à partir d’une fiche d’observation ouverte pour ne pas induire les comportements. Il s’agit juste
de décrire sommairement ce que font les jambes : (i) actions alternées type battements, ou (ii) simultanées type ciseaux de brasse ou (iii)
oscillantes ; puis ce que font les bras : (iv) actions simultanées type brasse, (v) immobiles le long du corps ou (vi) tendues devant la tête ; et
enfin une case (vii) : « autre », demandant de décrire l’originalité de l’action motrice.
Population : 61 sportifs (garçons) d’une vingtaine d’années, inscrits à l’Université de Paris Descartes en Sciences et Techniques des
Activités Physiques et Sportives (STAPS), participent à l’expérimentation. Ils se subdivisent en 3 sous-groupes de 19, 21 et 21 étudiants.
Leur niveau en natation est homogène. Ils sont tous capables de nager au minimum 400 m en 10 minutes sans reprise d’appui avec le
monde solide et de se déplacer en immersion sur une distance de 15 m. L’expérience fait partie d’un élément pédagogique du cours de
natation obligatoire dans leurs études. Ne présentant aucune difficulté et aucun danger, il n’y a pas lieu de demander une autorisation
spéciale. Les étudiants sont sous la responsabilité de l’enseignant expérimentateur. La recherche a lieu en début de séance, après un
échauffement préalable. La durée des 8 duels est d’environ 20 minutes, permettant de larges plages de récupération afin d’éviter l’hypoxie.
2. Résultats. Les nageurs vont-ils singer les mammifères marins ?
Chaque nageur, jouant 8 fois, a la possibilité, s’il est performant, de passer du couloir le plus lent (n° 1) au couloir le plus rapide (n° 8). Il
peut aussi, chemin faisant, changer de tactique du corps pour retenir la meilleure.
Fig. 1 : Distribution des 488 coulées de 15 mètres réalisées par les 61 sportifs à la piscine. Six tactiques de nage émergent. La brasse
(Breastroke) est de loin la plus utilisée (75 % des cas).
Des 244 duels (488 plongeons suivis d’une course sur 15 m), 6 techniques émergent (Fig. 1) :
(i) Le déplacement en battements jambes seules, bras le long du corps (Beats) ;
(ii) La brasse complète (Breastroke : bras simultanés et symétriques suivis des jambes en ciseaux simultanées et symétriques). À noter
que la brasse se fait sous l’eau en accompagnant les mains jusqu’aux cuisses – ce qui est illégal en natation sportive dès lors que les
nageurs ont recouvré la surface ;
(iii) La brasse hybride (Hybrid : bras simultanés et symétriques synchrones aux battements de jambes) ;
(iv) Le galop : ondulations du corps associées aux battements de jambes (Gallop) ;
(v) L’ondulation du corps entier (Undulation : en réalité, il s’agit davantage de l’association des oscillations des différents segments du
corps donnant cette impression) ;
(iv) Le serpent (« The Snake » s’écrieront les observateurs en voyant l’étudiant onduler du haut du corps, non pas sur un plan vertical
comme les nageurs en (v), mais sur un plan horizontal, avec un battement des jambes, elles-mêmes ondulantes horizontalement).
Une technique inédite se fait jour : ondulant latéralement du haut du corps comme un serpent, les bras tendus le long des cuisses
(accompagnant ce mode de propulsion de type anguilliforme d’un battement alterné des jambes), un nageur – pourtant médiocre en natation
sportive, prend l’ascendant de la compétition en montante/descendante (Photo 1).Photo 1 : Chronophotographie d’une des 6 tactiques : The Snake ; caractérisée par un battement des jambes synchrone d’une oscillation du haut
du corps, les bras collés au buste.
La figure 2 (page suivante) rend compte des vitesses obtenues par techniques à travers les temps moyens pour parcourir 15 m en
immersion (M, barre bleue, en seconde) et l’étendue des temps (du meilleur au moins bon temps, trait noir, en seconde). Derrière The snake
– dont les 8 prestations s’échelonnent de 6,9 à 8,1 secondes, s’observent les nageurs endossant la tactique Undulation (avec une étendue
élevée allant de 7, 7 à 10,3 secondes), plus performante que le Gallop (minimum : 8,3 sec. ; maximum : 10,3 sec.), elle-même plus rapide
que Hybrid (9, 8-11) ; puis Breastroke (9, 2-12,6) et Beats (10, 2-13,6) ferment la marche.
Fig. 2 : Temps moyens en secondes pour parcourir 15 m, et étendues (temps minimum et maximum) des 6 tactiques de nage Les nages
privilégiant les Lift based-propulsion (The Snake, Undulation, Gallop) sont les plus rapides. Très utilisée, la technique de brasse (Breastroke) est en
avant-dernière place.
Un test T de Student laisse apparaître des différences significatives de temps pour les 6 techniques prises deux à deux (Tab. 1). Pour la
population observée, il n’est pas péremptoire d’afficher : The Snake > Undulation > Gallop > Hybrid > Breastroke > Beats (où « >« signifie
« plus rapide que »). Tab. 1 : Comparaison deux à deux des 6 tactiques au T-test de Student. Les performances moyennes de chaque technique sont significativement
différentes. Bien que distinctifs, les résultats de The Snake, Undulation et Gallop sont plus proches ; idem pour Hybrid et Breastroke.
3. Discussion, conclusion. Disqualifier les excès de vitesse ?
Une majorité de nageurs a utilisé sous l’eau la technique de brasse apprise en surface (tactiques (ii) et (iii)). C’est la seule des quatre
techniques officielles exploitable sous l’eau (impossible en effet de faire, immergé, du papillon, du dos crawlé ou du crawl). Cela dit, la
brasse retenue a systématiquement utilisé les mouvements de mains jusqu’aux cuisses – ce qui est interdit en natation sportive, à
l’exception du plongeon ou après les virages où une seule action de bras dépassant la ligne des hanches est permise. On trouve cette façon
de faire avec les antérieurs chez les otaries. Plus rapides, les phoques préfèrent coller leurs nageoires pectorales le long du corps et osciller
latéralement comme The Snake (vi).
On peut tenter de replacer les procédés des nageurs dans le modèle soumis par Fish (1996) pour décrire l’odyssée des mammifères
retournant vers l’eau depuis 60000000 d’années (Fig. 3). Les correspondances ne sont pas parfaites, mais les techniques de nages les plus
rapides (v) et (vi) sont celles qui singent le mieux les mammifères marins les plus adaptés à la vitesse (« pectoral oscillation » : phoques ;
« caudal oscillation » : orque). Ces derniers privilégient les forces de portances aux forces de traînées propulsives (que l’on rencontre chez
les chiens, rats et autres crawleurs utilisant les « quadrupedal paddling » et « alternative pectoral paddling »). Après le trot de surface, les
mammifères conquérant le milieu marin sont passés au galop (ce que l’on observe dans la technique hybride et assez rapide numéro (iv)),
avant d’investir l’oscillation (dont l’équivalent terrestre est le bond, (Fish, 1996)).
Les nageurs sportifs observés sont capables de reproduire sur le mode quasi expérimental le tri de la sélection naturelle. Les tactiques
émergeantes les plus rapides s’éloignent des techniques officielles de la natation sportive. Ce résultat est étonnant. L’objet de la Fédération
internationale n’est-elle pas de faire progresser les performances natatoires humaines ?
Pierre Parlebas (1985) avait vu juste : Le problème de la technique n’est pas un problème technique, écrivait-il dans la Revue Culture
technique n° 13. À l’instar des autres techniques du corps, les techniques de nage ne sont pas naturelles, mais culturelles (Mauss, 1936).
Ce sont des choix de société : des tactiques. Des choix guidés par des représentations, comme la peur de la noyade (Chauvaud, 2007).
(D’ailleurs, dans ce papier, nous n’avons pu nous empêcher d’écrire indifféremment « technique » et « tactique »). Le plus curieux est que
ces tactiques fédérales dressant les nageurs à garder la surface, sanctionnent les excès de vitesse…Fig. 3 : Modèle représentant les séquences de transition des techniques de nage de la surface en trot (à gauche) vers l’oscillation pectorale
subaquatique (The Snake, à droite) – correspondant à l’adaptation des modes de propulsion au milieu aquatique (inspiré de Fish, 1996). En italique,
les techniques de nage observées expérimentalement à la piscine (marquées d’un astérisque, les plus rapides).
Avant que les coulées ne soient limitées à 15 m (1988 en épreuve de Backstroke (dos), 1996 en Butterfly (papillon) et 2002 en Free-style
(« nage libre »)), on a vu Denis Pankratov à Paris, en 1995, battre le record du monde du 200 m papillon en petit bassin (25 m) en réalisant
un seul coup de bras sur la première traversée. Il est remarquable, aux Championnats d’Europe de 2005 d’observer, en bassin de 25 m,
l’Allemand Thomas Rupprath sortir en tête aux 15 m, se faire doubler en surface, reprendre la tête de la course aux 15 m suivants, et cela
jusqu’à la fin de course. En se servant des bouées des lignes d’eau comme repères et de la caméra se déplaçant sur des rails parallèles au
bassin, l’analyse image par image montre qu’il nage plus vite des 5 aux 15 m (essentiellement sous l’eau, en ondulations) que des 15 aux
25 m (en surface), et cela à 4 reprises au cours du 100 m dos, ainsi qu’au cours du 100 m papillon. Il n’est pas seul dans ce cas (Collard,
2007). Et de même que le style novateur de Dick Fosbury a vite trouvé des émules chez les sauteurs en hauteur, nul ne doute que certains
nageurs travaillèrent d’arrache-pied dans le sillage tracé par Pankratov et Rupprath. L’eau étant 800 fois plus dense que l’air, dès que les
nageurs quittent le mur, ils ralentissent. Le fait de pouvoir maintenir leur vitesse maximale de nage en immersion à 15 m (ou au-delà) ne peut
s’expliquer par un simple corps projectile qui attend de rejoindre la surface pour devenir propulseur. L’art de nager le crawl de Johnny
e
Weissmuller (1931), bien qu’avant-gardiste au début du XX siècle, n’est peut-être pas le dernier ; la natation sportive peut encore évoluer.
Mais les nouvelles tactiques du corps sont souvent combattues par les représentants de la technique officielle. Pankratov cessa de dominer
sa catégorie peu après le rappel à l’ordre des 15 m. Il est regrettable que le développement personnel d’un nageur soit le processus par
lequel il renonce à ses possibilités.
L’été des Championnats du monde 2015 a été le théâtre d’une mini révolution aquatique. Durant les coulées après les virages de Nage
libre, l’Américain Ryan Lochte a gardé la position dorsale consécutive à la culbute (roulade avant pour tourner avec pose des pieds sur le
mur, doigts de pieds vers le ciel) et réalisé 10 m en ondulations dorsales profondes (puis costales) pendant que ses petits camarades
crawlaient déjà sur le ventre en surface (Photo 2).Photo 2 : Après 10 m d’ondulations dorsales (bas gauche), Ryan Lochte, toujours immergé, bascule sur le côté (bas milieu), pendant que ses
adversaires crawlent en surface (en haut). Puis il bascule sur le ventre (bas droite) avant de couper la surface à 15 m du mur. Nous sommes en finale
du 200 m Nage libre, aux Championnats du monde de Kazan en Russie, été 2015.
Il est devenu champion du monde de 200 m 4 Nages en usant de cette nouvelle tactique du corps dans la liaison Brasse/Nage libre,
obligeant la FINA (Fédération Internationale de NAtation) à réagir. Même s’il n’était pas autorisé de s’y prendre ainsi, sa première place a été
pourtant maintenue, la Fédération s’est posé la bonne question : jusque quand va-t-on disqualifier pour excès de vitesse ? Cette technique
est valide en Nage libre et le travail d’apnée devrait être valorisé pour en permettre l’essor.
Cet événement confirme notre investigation relative à la question : les hommes peuvent-ils nager plus vite en s’appropriant les
techniques utilisées par les espèces mieux adaptées au milieu aquatique ? Sur le mode quasi expérimental, et sans aucun entraînement
préalable, nous retrouvons les étapes évolutives décrites par les Paléontologues étudiant la reconquête des océans par les mammifères
depuis 60 millions d’années. Aujourd’hui, les façons les plus rapides de se déplacer dans l’eau ne sont pas ou peu présentes dans les
séances fédérales d’entraînement… Et il est du ressort d’une Science de l’action motrice d’en anticiper l’émergence et l’avenir.
Bibliographie
ALEXANDER R., « Why mammals gallop », Am. Zool., Issue 28, 1988, p. 237-245.
ATKISON R.R., DICKEY J.P., DRAGUNAS A. & NOLTE V., « Importance of sagittal kick symmetry for underwater dolphin kick performance »,
Human movement science, Vol. 33, 2014, p. 298-311.
AVERIANOVA A., NIKODELIS T., KONSTANTAKOS V. & KOLLIAS I., « Rotational kinematics of pelvis and upper trunk at butterfly stroke :
can fins affect the dynamics of the system ? », Journal of Biomechanics, Vol. 49 (3), January 2016.
BLACKMORE S., 2000. The meme machine, Vol. 25, Oxford Paperbacks.
BOULLE P., 2011. La planète des singes, Paris, Julliard.
CHAUVAUD F., 2007. Corps submergés, corps engloutis : une histoire des noyés et de la noyade de l’Antiquité à nos jours, New York,
Amherst Media, Inc.
CHOI T., « Learning from the Dolphins : How Anterior Motion Affects the Dolphin Kick », Bulletin of the American Physical Society, Vol. 60,
2015.
CHOLLET D., 2000. Natation sportive, approche scientifique, Paris, Vigot.
CONNABOY C., NÆMI R., BROWN S., PSYCHARAKIS S., MCCABE C., COLEMAN S. & SANDERS R., « The key kinematic determinants of
undulatory underwater swimming at maximal velocity », Journal of Sports Sciences, Issue 1-8, 2015.
COLLARD L., « Average swimming speeds for 6 sections of the 50-meter backstroke race », International Journal of Performance Analysis in
Sport, Vol. 7, Issue 3, 2007, p. 37-45.
2009. La cinquième nage : natation et théorie de l’évolution, Biarritz, Atlantica.
COLLARD L., GOURMELIN E. & SCHWOB V., « The fifth stroke : the effect of learning the dolphin-kick technique on swimming speed in 22
novice swimmers », Journal of swimming research, Vol. 21, 2013.
eCOLOBERT B., BIDEAU B., NICOLAS G, FUSCO N., « Théorie des corps allongés pour la nage avec palmes », dans F. Pelayo (éd.), 3
Journées spécialisées de Natation Lille, Publibook, 2004, p. 131-132.
DAWKINS R., 2016. The Selfish Gene, Oxfort Landmark Science.
FISH F.E., « Power output and propulsive efficiency of swimming bottlenose dolphins », J. Exp. Biol., Issue 185, 1993, p. 179-193.
« Transitions from drag-based to lift-based propulsion in mammalian swimming », Amer. Zool., Issue 36, 1996, p. 628-641.
GINGERICH P.D., WELLS N.A., RUSSEL D.E., SHAH S.M.I, « Origin of whales in epicontinental remnant seas », Science, Issue 220, 1983, p.
403406.
GRAY J., « Studies on animal locomotion, VI : The propulsive powers of the dolphin », J. Exp Biol., Vol. 13, 1936, p. 192-199.
GUILLAUME J.-L., PIAT E., « Conception et modélisation d’un microrobot nageur », Rs-Jesa, Vol. 37, Issue 1, 2003, p. 31-48.
HERTEL H., 1966. Structure, form, movement, New York, Reinhold.
HILLMEYER S.R., 2015. The Effect of Different Styles of Underwater Kicking on Velocity in Swimming, South Carolina Junior Academy of
Science, Issue 219, [on line] : http://scholarexchange.furman.edu/scjas/2015/all/219.
LIGHTHILL M.J., « Note on the swimming of slender fish », J. Fluid Mech., Issue 9, 1960, p. 305-317.
« Hydrodynamics of aquatic animal propulsion-a survey », Ann. Rev. Fluid Mech., Issue 1, 1969, p. 413-446.
1975. Mathematical Biofluiddynamics, Philadelphia, Siam.
« Form, function and locomotory habits in fish », in W.S. Hoar & D.J. Randall (Eds), Fish Physiology, Vol. VII : Locomotion, 1978, p.
1100.
MARTIN J., « Go Fast With The Flow », Mechanical Engineering, Vol. 137 (5), 2015, p. 40.MAUSS M., « Les techniques du corps », Journal de psychologie, Vol. 32, Issue 3-4, 1936, p. 365-386.
MÜLLER U.K., VAN DEN HEUVEL B.L.E., STAMHUIS E.J., VIDELER J.J., « Fish foot prints : morphology and energetics of the wake behind
continuously swimming mullet », J. Exp Biol., Issue 200, 1997, p. 2893-2906.
PARLEBAS P., « La dissipation sportive », Culture technique, n° 13, 1984, p. 19-37.
1999. Jeux, sports et sociétés : lexique de praxéologie motrice, Paris, INSEP.
SCHOUVEILER L., HOVER F.S., TRIANTAFYLLOU M.S., « Performance of flapping foil propulsion », J. Fluids Struct., Issue 20, 2005, p.
949959.
THEWISSEN J.G., HUSSAIN S.T., ARIF M., « Fossil evidence for the origin of aquatic locomotion in archaeocete whales », Science, Issue
263, 1994, p. 210-212.
THEWISSEN J.G. (Ed.), 2013. The emergence of whales : evolutionary patterns in the origin of Cetacea, Vol. 1, Springer Science & Business
Media.
TRIANTAFYLLOU M.S., WEYMOUTH G.D. & MIAO J., « Biomimetic survival hydrodynamics and flow sensing », Annual Review of Fluid
Mechanics, Vol. 48 (1), 2016.
WEI T., MARK R. & HUTCHISON S., « The fluid dynamics of competitive swimming », Annual Review of Fluid Mechanics, Vol. 46, 2014, p.
547565.
WEISSMULLER J., 1931. L’art de nager le crawl, Paris, Trémois.
WILLIAMS T.M., FRIELD W.A., FONG M.L., YAMADA R.M., « Travel at low energetic cost by “swimming” and wave-riding bottlenose
dolphins », Nature, Issue 355, 1992, p. 821-823.Chapitre 2
Le corps vécu, une expérience motrice des pratiques aquatiques
1 2Valérie SCHWOB & Ruan HUAIYUN
3
1. Qui gouverne l’eau, gouverne la Chine
En 1966, le président Mao Zedong, âgé de 74 ans, traverse le Yangste à la
nage. Au travers cet acte sportif, il souhaite exprimer sa bonne santé mais aussi
sa volonté et sa force politique. Par cette performance, on perçoit l’usage propre
et symbolique de l’eau en Chine. Pays des mille rivières tourmenté par ses
inondations, le rapport à l’eau découle ici d’une culture spécifique. Toute
technique proprement dite a sa forme. L’habitus traduit l’« exis », l’« acquis » et la
« faculté » d’Aristote. Ces habitudes varient non pas simplement avec les
individus et leurs imitations, [mais] surtout avec les sociétés, les éducations, les
convenances et les modes, les prestiges. Il faut y voir des techniques et l’ouvrage
de la raison pratique collective et individuelle, là où on ne voit d’ordinaire que
4l’âme et ses facultés de répétition . Parmi les éléments à investir pour analyser
les techniques du corps, l’étude des sociétés, des éducations, des usages
révèlent les paramètres influençant cette transmission. Considérant que la
natation est une technique du corps et que celles-ci sont culturelles,
l’enseignement de la natation revêt de fait une dimension culturelle. Ce syllogisme
nous interpelle en ce qu’il questionne la réalité de la mondialisation des pratiques.
Les techniques de transmission des savoirs du corps accommodent localement
cette globalisation. C’est la connaissance des usages locaux qui éclaire la
transmission des techniques du corps à l’aune de la mondialisation des pratiques.
Cet article propose de porter un regard local sur l’apprentissage de techniques
sportives dans un contexte attaché au développement des pratiques comme
vecteur d’épanouissement, de santé, mais associé à l’idée d’« Olympiens
5imaginaires » .
6Nager est une pratique ancestrale qui se démarque lentement en Chine des
usages militaires et sécuritaires dont l’historicité traduit la richesse. C’est
également une activité physique qui occasionne un rapport particulier avec
l’élément aquatique. À travers les effets multiples et inattendus d’une mécanique
7des liquides jouant sur le corps (Peignist, 2011) , l’eau mobilise l’imaginaire
8(Legrand, 1998) . Nager comporte une dimension émotionnelle. Apprendre à
nager, tout autant. L’approche émersive des pratiques motrices questionne leur
dimension culturelle, notamment lors des apprentissages fondamentaux comme
élément de la construction de l’identité.
L’apprentissage de la nage, pratique millénaire, s’est-elle orientée vers une
transmission sécuritaire, sportive, hygiéniste ? La sportivisation a-t-elle primé à
travers ses propres principes d’efficacité, associant une domestication des
9espaces à une déculturation des pratiques (Parlebas, 1985) ? Le
confuscianisme, dans son rapport aux cinq éléments (métal, bois, eau, feu, terre),
a-t-il des influences sur la construction du corps aquatique ? Comment le savoir
être dans l’eau se construit-il ? Pour tenter de répondre à ces questions, nous
sommes allées observer des pratiques pédagogiques et nous avons enrichi ces
observations par des entretiens menés avec des enseignants, permettant
d’appréhender finement les réalités contemporaines. Ces données
anthropologiques éclairent les pratiques locales à la lumière des représentations
des enfants. Elles seront envisagées à travers un questionnaire sémantique dont
l’analyse nous conduit à associer, de façon complémentaire et quantitative, une
dimension culturelle de l’eau à l’apprentissage de la nage.
2. 10000 personnes doivent nager, des milliers de chinois
10
réalisent la gymnastique synchronisée
La volonté politique de Mao trouve une expression dans la pratique du plus
grand nombre et renvoie aux finalités de discipline du corps et de rayonnement
11sportif. L’implantation de certains sports a été favorisée en Chine, notamment à
travers la construction d’infrastructures.
Si la répartition sur le territoire chinois des bassins d’évolution semble inégale,
à Canton les piscines sont nombreuses et anciennes. On les trouve dans des
complexes sportifs, dans des quartiers résidentiels, dans des groupements
d’immeubles et dans des établissements scolaires, de formation ou d’entreprise.
Le renouveau architectural et l’urbanisation tentaculaire contemporains
n’accordent pas de considération aux espaces aquatiques. Le prix de l’immobilier
et les responsabilités à l’égard des pratiques déconstruisent progressivement la
culture aquatique cantonaise. Les enjeux financiers et juridiques l’emportent
rapidement sur les enjeux éducatifs. Ainsi, les nouvelles écoles sont construites
sans piscine, et dans celles qui possèdent un bassin, les directeurs refusent
parfois qu’ils soient utilisés par crainte des accidents et de leurs conséquences en
termes de responsabilité.
Les cours observés ont lieu à l’école primaire Xianliedong à Canton. Il s’agit
d’une école prestigieuse, au niveau de ses résultats tant scolaires que sportifs.
L’équipe de natation est championne de Canton. Cet établissement semble être le