Casser le moule : Pour repenser le sport sans préjugés
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Description

Comment se fait-il que l’intérêt des jeunes filles pour le sport décline tant avec l’âge, au contraire de celui des garçons? Pourquoi si peu de femmes, comparativement aux hommes, entraînent-elles des athlètes de haut niveau? Quel traitement médiatique réserve-t-on aux athlètes féminines, qu’on épargne d’ordinaire à leurs homologues masculins?
La pratique sportive se veut, jusqu’à un certain point, le reflet de la société où elle se déroule. Elle nous offre des modèles positifs, des repères et des valeurs. Toutefois, le témoignage de ce livre lève le voile sur des pratiques et des notions encore trop largement répandues dans le milieu sportif : l’embauche systématique d’hommes à des postes de direction, la suprématie de la pédagogie masculine en entraînement et la méconnaissance de l’anatomie féminine lors de l’élaboration de programmes, sans parler du choix des disciplines sportives pour un enfant, choix qui met souvent filles et garçons en opposition. « Parce que ç’a toujours été comme ça! » Cette phrase ne vient-elle pas trop souvent justifier l’injustifiable?
« Enfin, il faut faire tomber les préjugés reliés au métier de femme entraîneur et à tant d’autres aspects du milieu sportif. À 44 ans, je dois encore combattre nombre de problèmes inventés de toutes pièces, qui trouvent leur principale origine dans mon statut de femme. Voilà pourquoi il est important pour moi d’aider à changer les choses, au profit de la jeune génération. Et il est tout aussi important à mes yeux d’inciter les jeunes filles à demeurer actives, à continuer de pratiquer leur sport et même, pourquoi pas, à devenir entraîneures. On l’a souvent dit : le taux d’abandon des jeunes filles est directement lié à la pénurie de femmes entraîneures et au manque de modèles. Par conséquent, il faut tout mettre en œuvre pour augmenter le nombre de femmes entraîneurs. C’est urgent ! »

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 16 mars 2017
Nombre de lectures 3
EAN13 9782764432891
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0027€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

De la même auteure
La performance… à quel prix ? – Encouragez votre enfant à se dépasser… sans pression , coécrit avec Christiane Despatie, en collaboration avec Lise Dufour, Éditions de l’Homme, 2012.



Projet dirigé par Éric St-Pierre, adjoint à l’édition

Conception graphique : Claudia Mc Arthur
Mise en pages : Pige communication
Révision linguistique : Martin Duclos et Line Nadeau
En couverture : Jack Dempsey spars with pretty actress , par Leslie R. Jones.Gracieuseté de la Boston Public Library, collection Leslie Jones.
Conversion en ePub : Marylène Plante-Germain

Québec Amérique
7240, rue Saint-Hubert
Montréal (Québec) Canada H2R 2N1
Téléphone : 514 499-3000, télécopieur : 514 499-3010

Nous reconnaissons l’aide financière du gouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du livre du Canada pour nos activités d’édition.
Nous remercions le Conseil des arts du Canada de son soutien. L’an dernier, le Conseil a investi 157 millions de dollars pour mettre de l’art dans la vie des Canadiennes et des Canadiens de tout le pays.
Nous tenons également à remercier la SODEC pour son appui financier. Gouvernement du Québec – Programme de crédit d’impôt pour l’édition de livres – Gestion SODEC.



Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada

Tamborero, Séverine
Casser le moule : pour repenser le sport sans préjugés
(Dossiers et documents)
ISBN 978-2-7644-3287-7 (Version imprimée)
ISBN 978-2-7644-3288-4 (PDF)
ISBN 978-2-7644-3289-1 (ePub)
1. Sports. I. Titre. II. Collection : Dossiers et documents (Éditions Québec Amérique).
GV705.T35 2017 796 C2016-942664-5

Dépôt légal, Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2017
Dépôt légal, Bibliothèque et Archives du Canada, 2017

Tous droits de traduction, de reproduction et d’adaptation réservés

© Éditions Québec Amérique inc., 2017.
quebec-amerique.com





INTRODUCTION
Entraîneure : une passion et une profession
Il y a maintenant 28 ans que j’entraîne des jeunes qui ont l’ambition de jouer au tennis au niveau professionnel. Une foule d’expériences extraordinaires ont marqué ces années : voyages partout dans le monde et rencontres enrichissantes avec, en toile de fond, la satisfaction d’inciter constamment les athlètes à réaliser leur plein potentiel. Surtout, le sport a fait de moi une meilleure personne.
De surcroît, j’ai eu la chance d’amorcer ma carrière à une époque où le monde du sport, tout comme la société en général, élargissait ses horizons. Au moment où les femmes investissaient davantage le milieu des affaires ou des disciplines jadis peu accessibles à elles, notamment la médecine, l’univers sportif faisait une plus grande place aux athlètes féminines et, plus récemment, aux entraîneures.
Cependant, je constate que, malgré les progrès incontestables accomplis au cours des dernières décennies, il reste encore beaucoup de travail à faire afin que l’égalité des chances pour tous devienne une réalité dans l’univers sportif. Les différences entre les garçons et les filles se manifestent à tous égards. Ils ne s’impliquent pas de la même façon à l’école ni avec leurs amis, et même leurs choix sportifs diffèrent.
Les préjugés : l’ennemi à abattre
Je me rends compte avec le recul que les expériences moins heureuses au cours de ma carrière étaient attribuables au fait que j’étais une femme entraîneure. Intimidation, discrimination, opinions perçues différemment parce que c’était une femme qui les énonçait, messages qui n’atteignaient pas leur destinataire de la même façon selon qu’ils étaient exprimés par un entraîneur masculin ou par un entraîneur féminin… Était-ce de la naïveté de ma part ? Est-ce qu’au fond de moi je ne voulais pas admettre cette réalité ? Ou bien acquiert-elle plus d’importance aujourd’hui ?
Loin de moi l’idée de généraliser ou de vouloir soutenir des thèses spécifiquement féministes : la connaissance et la compétence n’ont pas de sexe et un entraîneur est un entraîneur, un point c’est tout. Je suis très bien entourée et j’adore mes confrères de travail. Malgré tout, je suis de plus en plus à l’écoute de certains signaux qui me parviennent.
Mon travail exige que je voyage beaucoup et, à l’occasion de ces déplacements, je me fais dire de plus en plus souvent : « Merveilleux, enfin une femme entraîneure sur le terrain avec nos filles ! » Ou : « Je suis super contente de voir une femme entraîneure occuper un poste important dans notre profession ! » Ou encore : « Je suis heureuse de savoir que ma fille aura un modèle ! »
Ces remarques dénotent un malaise en ce qui concerne les jeunes filles qui s’entraînent. Plus d’une fois, j’ai vu de jeunes sportives pourtant motivées abandonner parce que le climat dans lequel elles s’entraînaient ne convenait pas à leurs besoins. À l’origine de l’échec, il y avait fréquemment le préjugé voulant que les mêmes méthodes conviennent à tous. Une espèce de one size fits all , d’approche uniforme trop rarement remise en question, à mon avis, dans le monde du sport.
La maturité aidant, et maintenant que j’ai une compréhension plus claire de mon environnement, je note que certaines réalités qui devraient être évidentes ont besoin d’être expliquées. Oui, il y a des différences dans la façon dont les jeunes filles et les jeunes garçons abordent le sport (et la vie en général, bien sûr). Oui, certaines approches peuvent convenir davantage à des filles ou à des garçons.
Cela fait – ou devrait faire – partie des choses que tout parent (d’athlète) et tout futur entraîneur devraient savoir. En effet, l’attention que cette personne apportera aux besoins spécifiques de chaque athlète exercera une influence déterminante sur la qualité du climat – ce que j’appelle l’environnement – lors des séances d’entraînement. Or, la qualité de l’environnement sportif pour les jeunes filles et les jeunes garçons qui s’entraînent détermine souvent le choix entre la persévérance ou l’abandon.
J’ai longtemps travaillé avec des jeunes de tous les âges, tant des garçons que des filles. J’ai toujours utilisé une approche adaptée à chaque individu et mes façons de faire n’étaient pas exactement les mêmes selon que mes athlètes étaient des filles ou des garçons. Cependant, j’agissais ainsi plus par instinct que parce qu’on m’avait enseigné à me comporter différemment selon l’âge ou le sexe de mes athlètes. Et j’ai acquis la conviction, avec l’expérience, qu’un entraîneur doit posséder les connaissances qui lui permettront de faire des choix appropriés et de trouver des solutions adéquates aux situations occasionnées par ces différences.
Les préjugés sont, à mon avis, l’ennemi à abattre. Ils sont encore largement répandus dans notre société et pas seulement dans l’univers sportif, où ils contaminent beaucoup plus que les seules méthodes d’entraînement. Est-il normal en 2017 que les filles qui jouent au hockey soient encore traitées de garçons manqués ? Que les garçons qui s’inscrivent à des cours de danse soient étiquetés comme homosexuels ? Que les entraîneures soient considérées d’office comme lesbiennes ou qu’on les juge seulement « bonnes avec les petits » ? Que les entraîneurs ne soient pas sensibilisés aux changements physiologiques que provoque la puberté chez les jeunes filles ? Ce qui m’autorise une question plus grave encore : comment l’ignorance et la fermeture d’esprit des adultes affectent-elles les plus jeunes qui, eux, doivent vivre avec l’encadrement déficient encouragé par cette ignorance et cette fermeture d’esprit ?
Ces questions qui m’habitent depuis longtemps se posent pour moi avec encore plus d’acuité depuis que j’ai assisté à la conférence nationale sur les femmes et le sport, tenue à Québec en juin 2015. Y participaient des femmes qui sont de réelles sources d’inspiration, notamment la patineuse de vitesse Catriona Le May Doan, la hockeyeuse Hayley Wickenheiser, la coureuse paralympique Chantal Petitclerc, la skieuse de fond Chandra Crawford et la plongeuse Sylvie Bernier.
J’ai passé deux jours exceptionnels à cette conférence. J’y ai rencontré des femmes fascinantes et entendu des histoires déchirantes. Par-dessus tout, j’ai compris à cette occasion que des combats marquants avaient été livrés par des femmes avant moi et qu’il était peut-être temps que j’apporte ma contribution.
Pourquoi j’ai écrit ce livre
Ce sont toutes ces considérations qui m’ont poussée à écrire un ouvrage visant plusieurs objectifs : sensibiliser les entraîneurs (hommes et femmes) aux besoins spécifiques des jeunes filles et des jeunes garçons qui s’engagent dans une discipline sportive ; montrer qu’une femme entraîneur peut fort bien réussir auprès d’un athlète masculin (ou un entraîneur masculin auprès d’une athlète), à la condition d’être sensible aux besoins de l’athlète ; déboulonner plusieurs mythes ; promouvoir l’égalité des chances en matière d’activité physique ; et, ultimement, mettre fin aux stéréotypes genrés de notre société. Il s’agit, pour moi, de contribuer à l’avènement d’une société plus ouverte, plus inclusive et, surtout, plus éduquée. À nous de créer des possibilités dans ce but !


SECTION 1 D’OÙ VENONS-NOUS ? OÙ ALLONS-NOUS ?
Pour en finir avec les préjugés et les stéréotypes dans le sport


LE SPORT AU FÉMININ : HISTOIRE D’UN LONG COMBAT
L’HISTOIRE DU SPORT AU FÉMININ
Dans les sociétés occidentales contemporaines, un nombre croissant de femmes sont en mesure de réaliser leur plein potentiel sur le plan tant personnel que professionnel. Cela inclut les activités sportives, bien que les progrès aient été très lents dans ce domaine.
Où en sont les femmes dans leur bataille pour se tailler une place dans le monde du sport ? De quoi l’avenir sera-t-il fait ? La meilleure façon de savoir où on va étant de savoir d’où on vient, je vous propose d’abord un court historique du sport au féminin.
Vous ne serez pas surpris de constater que la lutte menée par les femmes au fil des siècles pour s’affirmer dans l’univers sportif est indissociable du combat qu’elles ont livré contre les préjugés à leur endroit et de leur bataille pour l’égalité entre les sexes.
Le sport et les femmes dans l’Antiquité
Dans la Grèce antique, les prouesses sportives sont le propre de déesses telles qu’Artémis, patronne des chasseurs, ou Atalante, qui aurait défié ses prétendants de la battre à la course. Le sort des mortelles est nettement moins glorieux : elles n’ont aucun statut légal ou politique et ne peuvent aspirer qu’à celui d’épouse et de mère.
Non seulement les femmes brillent par leur absence aux célèbres Jeux olympiques, mais celles qui sont mariées ne peuvent pas y assister comme spectatrices sous peine d’être condamnées à mort. En revanche, les jeunes filles et les prostituées sont acceptées dans les gradins, selon plusieurs témoignages, parce que cela peut faciliter la rencontre entre jeunes gens en vue du mariage pour les premières et le recrutement de clients pour les secondes… On garde quand même un certain sens pratique !
Les Grecques peuvent s’adonner à des activités physiques même si elles sont exclues des compétitions. Seule exception à cette règle : les Jeux héréens, ainsi nommés en l’honneur d’Héra, l’épouse de Zeus. Créée au XI e siècle av. J.-C., cette rencontre sportive s’adresse uniquement aux femmes et comporte une seule épreuve : la course à pied. Elle se tient dans le stade olympique et le parcours est amputé d’un sixième de sa distance totale par rapport au trajet de l’épreuve masculine. Il s’agit donc d’une course de 160 m, bref, d’une course d’une vingtaine de secondes tous les quatre ans… Tout un privilège ! Les Jeux héréens ont lieu à Olympie, deux semaines après les Jeux olympiques disputés par les hommes.
La ville de Sparte occupe une place à part parmi les cités grecques. En effet, elle est la seule où l’instruction est obligatoire pour tous, tant pour les filles que pour les garçons. Puisque cette cité militariste tient à ce que les femmes mettent au monde de futurs soldats vigoureux, l’éducation des filles comporte un volet sportif incluant la course à pied, la lutte ainsi que les lancers du disque et du javelot.
Puis, en 396 av. J.-C., Kyniska, fille du roi de Sparte, devient la première championne olympique après avoir remporté la course de chars, exploit qu’elle réussit sans mettre le pied dans le stade, remarquez bien. En effet, les lauréats de la course de chars sont traditionnellement les propriétaires des chevaux et non pas les auriges (les conducteurs), qui sont habituellement des esclaves. Or, les femmes spartiates peuvent hériter de biens. C’est le cas de Kyniska qui, au décès de son père, a hérité de sa fortune et de ses chevaux. Aux Jeux olympiques qui suivent, quatre ans plus tard, elle réédite ce haut fait.
Dans la Rome antique, les femmes peuvent assister aux épreuves sportives masculines comme spectatrices, mais elles n’y participent pas. L’existence de rares gladiatrices semble tenir au fait que de tels combats sont considérés davantage comme un spectacle que comme un sport. Si les Romaines sont absentes des compétitions, elles pratiquent néanmoins des activités sportives pour le plaisir. Les célèbres mosaïques de la Villa Romana del Casale, située à Piazza Armerina, en Sicile, montrent de jeunes filles en maillot deux-pièces pratiquant plusieurs sports, notamment un jeu de ballon, la course et le lancer du disque.
L’ère moderne
Avance rapide jusque vers la fin du Moyen Âge. Avant cette période, peu d’indices suggèrent la participation des femmes à des activités sportives, l’équitation mise à part. Le premier compte rendu digne d’intérêt concerne, en France, le jeu de paume, l’ancêtre du tennis. Du XIII e siècle au début du XVI e siècle, moment auquel ce sport devient un sport de raquette, les « paumistes » attrapent la balle à mains nues ou gantées de cuir. Le jeu de paume devient tellement populaire à Paris au XV e siècle que les autorités tentent de l’interdire les jours de semaine. En effet, on rapporte que les ouvriers délaissent leur travail et leur famille pour s’y adonner. La folie du jeu de paume gagne la population tout entière, femmes incluses. En 1427, la jeune Margot la Hennuyère acquiert une grande notoriété du fait qu’elle bat la plupart des hommes à ce sport, sauf ceux dont le jeu est très puissant.
C’est également en France, après la révolution de 1789, que plusieurs femmes réalisent des exploits fort remarqués. Le 10 novembre 1798, Jeanne Garnerin, épouse de l’inventeur du parachute, devient la première femme à sauter en parachute et à le faire d’une montgolfière. Puis, le 14 juillet 1808, Marie Paradis passe à l’histoire en tant que première femme à atteindre le sommet du mont Blanc.
En 1820, la publication d’un premier traité de gymnastique féminine en Angleterre marque un tournant et incite les établissements scolaires pour jeunes filles à intégrer l’activité physique dans leurs programmes d’études. À la fin du xix e siècle, malgré les réticences de l’ establishment masculin, tout particulièrement le corps médical, les femmes sont de plus en plus nombreuses à faire de l’exercice, même si la notion de sport de compétition est presque totalement absente. L’activité de prédilection est le vélo, ce qui fait dire à la suffragette américaine Susan B. Anthony, en 1896 : « Le cyclisme est ce qui, dans le monde, a le plus contribué à l’émancipation des femmes. »
Dans la dernière décennie du XIX e siècle, le baron Pierre de Coubertin prépare en coulisse la résurrection des Jeux olympiques et, curieusement, c’est de la part du fondateur des Jeux olympiques modernes que les sportives de l’époque rencontrent la plus farouche résistance à leur inclusion dans les compétitions de haut niveau.
« Les femmes et le sport ne font pas bon ménage », clame Pierre de Coubertin avant d’ajouter, en 1925 : « Le véritable héros olympique est à mes yeux l’adulte mâle individuel. Les Jeux olympiques doivent être réservés aux hommes, le rôle des femmes devrait être avant tout de couronner les vainqueurs. » L’opinion de Pierre de Coubertin est du reste appuyée par celle des médecins de l’époque, notamment un certain Maurice Boigey, un médecin militaire français qui affirme en 1922 que « la femme n’est pas faite pour lutter mais pour procréer ».
Compte tenu de cette opposition, ce n’est donc pas un mince exploit d’avoir obtenu que les femmes puissent participer aux Jeux olympiques pour la première fois en 1900, dans les épreuves de golf, de tennis, de sports équestres, de voile et de croquet. Elles y représentent 1,6 % de tous les participants. La joueuse de tennis britannique Charlotte Cooper est alors la première femme à gagner une médaille olympique.
Lorsque Alice Milliat, championne française d’aviron et militante pour les droits des femmes, demande au Comité international olympique (CIO) d’ajouter de nouvelles épreuves féminines, elle se heurte au refus catégorique de Pierre de Coubertin. Qu’à cela ne tienne : M me Milliat décide de fonder à Paris les Jeux féminins, lesquels seront suivis des Jeux mondiaux féminins en 1922. Quatre ans plus tard, de l’autre côté de l’Atlantique, est créée au Canada la Women’s Amateur Athletic Federation, dont l’objectif est d’encourager les compétitions sportives chez les femmes. Aux États-Unis, la National Women’s Athletic Association voit le jour en 1921.
Devant le succès remporté par les Jeux mondiaux féminins, Pierre de Courbertin doit accepter à contrecœur, en 1928, que les femmes accèdent à de nouvelles disciplines olympiques. « Les voici désormais admises à l’escrime et, ce qui est plus grave, aux épreuves d’athlétisme, lesquelles ont lieu dans un stade », s’insurge l’ineffable baron.
Il peut d’autant moins imposer son veto que de remarquables athlètes féminines accumulent les exploits. C’est le cas, notamment, de la joueuse de tennis française Suzanne Lenglen, véritable tornade qui rafle six fois les honneurs à Wimbledon entre 1919 et 1926. En sept ans, celle qu’on surnomme « la Divine » remporte 241 tournois et trois médailles olympiques, dont deux médailles d’or. Pourtant, cette championne tous azimuts se fait demander de « préférer la grâce à la puissance ». On peut s’interroger à savoir ce que répondrait Serena Williams à une telle injonction, elle dont la vélocité des services dépasse parfois les 200 km/h…
Se distingue également la championne de golf américaine Edith Cummings, première sportive à paraître sur la couverture du magazine Time , en août 1924. La même année, l’Américaine Sybil Bauer devient la première femme à fracasser le record masculin du 100 m dos crawlé en parcourant cette distance en 1 min 23 s 2/10 aux Jeux olympiques de Paris. Deux ans plus tard, la New-Yorkaise Gertrude Ederle, âgée de 19 ans, est la première femme à traverser la Manche, exploit que cette médaillée olympique accomplit en 14 h 31 min, soit en 2 heures de moins que le record précédent, établi par un homme.
À l’époque, la participation des femmes aux épreuves sportives en tout genre a déjà commencé à exploser. Les clubs, fédérations et associations de sport féminin se multiplient. Ne représentant que 2 % des participants aux Jeux olympiques de 1912, les femmes forment 30 % du contingent en 1992, passant à 40 % aux Jeux de Beijing en 2008 puis à 44 % aux Jeux de Londres en 2012. L’ajout de la boxe féminine à la liste des épreuves fait des Jeux de Londres les premiers où les femmes prennent part à toutes les compétitions au programme. En fait, depuis 1991, chaque discipline olympique doit inclure des compétitions pour les athlètes féminines.
Étrangement, il aura néanmoins fallu attendre les Jeux de Sotchi, en 2014, pour que les femmes, à l’insistance des athlètes canadiennes, puissent prendre le départ au saut à ski.
Ce qu’il reste à faire…
Malgré les immenses progrès accomplis, tout n’est pas gagné pour les femmes dans le monde du sport. On a vu en mars 2016 l’esprit misogyne de Pierre de Coubertin refaire surface lorsque Raymond Moore, alors directeur général du tournoi de tennis d’Indian Wells, en Californie, a déclaré que le tennis féminin « profitait du tennis masculin » et invité les joueuses à s’agenouiller devant Rafael Nadal et Roger Federer…
Encore aujourd’hui, les femmes sont peu nombreuses à occuper des postes de direction dans les instances sportives supérieures. Même si le nombre d’athlètes féminines a presque atteint celui de leurs homologues masculins aux Jeux olympiques de 2012, la proportion de femmes aux postes décisionnels du CIO n’est que de 20 %. En fait, il faut souligner que si les femmes ont réussi de manière éclatante à faire leur marque dans le sport comme athlètes, l’accès aux fonctions d’entraîneur auprès d’équipes et d’athlètes masculins leur a été beaucoup plus difficile, comme nous le verrons dans la section « Sports et préjugés ».
Les doutes sur l’identité sexuelle de plusieurs sportives ont même amené les autorités à faire subir d’humiliants tests de féminité à quelques athlètes. La Sud-Africaine Caster Semenya a raconté à quel point elle a vécu difficilement l’épisode du test de féminité auquel elle a dû se soumettre, à peine sacrée championne du monde du 800 m en 2009. L’Association internationale des fédérations d’athlétisme (IAAF) a fini par la reconnaître en tant que femme.
La FIFA (Fédération internationale de football association) permet aux dirigeants d’une équipe ayant des doutes quant au sexe d’une joueuse adverse d’obliger cette athlète à se soumettre à un test de féminité. La gérante de l’équipe allemande de soccer, Doris Fitschen, a d’ailleurs pris ses précautions : elle a fait passer des tests de féminité aux 23 joueuses de son équipe pour éviter tout incident fâcheux pendant la Coupe du monde de 2015… La FIFA a adopté ce règlement en 2011 à la suite des soupçons nourris à l’endroit de deux sœurs membres de la sélection de la Guinée équatoriale, qui avait en fin de compte décidé de se passer de leurs services.
Les tests de féminité existent depuis la fin des années 1960 et l’historienne française du sport Anaïs Bohuon estime qu’ils reflètent forcément de nombreux préjugés. « On veut que les sportives excellent mais qu’elles restent dans les critères de la féminité : être mince, imberbe, avoir un minimum de hanches, avoir un minimum de poitrine, ne pas être trop musculeuse, être longiligne… Au-delà du sport, ces tests nous amènent à réfléchir sur ce qu’on attend d’une femme dans la société », déclarait M me Bohuon dans les pages du quotidien Le Monde , le 11 juin 2015.
Au palmarès des bonnes nouvelles figure le début d’un temps nouveau pour les clubs sportifs d’où les femmes ont longtemps été bannies. En 1998, deux institutions britanniques, le Marylebone Cricket Club et le Leander Rowing Club, ont finalement ouvert leurs portes aux femmes. Puis, en 2012, ce fut au tour du club le plus récalcitrant de tous, l’Augusta National Golf Club, en Géorgie, aux États-Unis. Ce club sélect était depuis longtemps la cible de critiques, et pas uniquement à cause de son attitude vis-à-vis des femmes : il a refusé les hommes de race noire jusqu’en 1990 et, avant 1959, ses règlements exigeaient que tous les caddies du club soient des Noirs !
Malgré tous les préjugés que les femmes ont dû surmonter pour accéder au statut qu’elles occupent désormais dans l’univers du sport, c’est ailleurs qu’en Occident, il faut le souligner, que les obstacles à la participation des femmes à des activités sportives, parfois même seulement en tant que spectatrices, sont les plus considérables. Ces barrières sont souvent attribuables à des valeurs sociales ou à des principes religieux. C’est au profit des jeunes filles et des femmes de ces cultures que les plus gros efforts restent à déployer.
Chronologie de l’ouverture des disciplines olympiques aux femmes
ANNÉE
SPORTS ET DISCIPLINES
1900
Tennis, golf
1904
Tir à l’arc
1908
Patinage artistique
1912
Natation
1924
Escrime
1928
Athlétisme, gymnastique
1936
Ski alpin
1948
Canoë-kayak
1952
Sports équestres
1960
Patinage de vitesse
1964
Volleyball, luge
1976
Aviron, basketball, handball
1980
Hockey sur gazon
1984
Tir, cyclisme
1988
Tennis de table, voile
1992
Badminton, judo, biathlon
1996
Football, balle molle
1998
Curling, hockey sur glace
2000
Haltérophilie, pentathlon, taekwondo, triathlon
2002
Bobsleigh
2004
Lutte
2008
Motocross
2012
Boxe
2014
Saut à ski
2016
Rugby
Source : Comité international olympique.
Aux environs de l’an 500 av. J.-C. : Considérée comme mineure peu importe son âge, la femme est soumise à son père, puis à son mari.
En l’an 440 av. J.-C. : un événement secoue les Jeux olympiques de la Grèce antique : une femme mariée ose pénétrer dans le stade ! Il s’agit d’une dénommée Kallipateira qui, à la mort de son mari, est devenue l’entraîneure de son fils, champion coureur. Kallipateira s’était déguisée en homme pour accompagner son fils aux Jeux. Lorsque ce dernier est déclaré vainqueur de la course, maman se précipite pour le féliciter. Selon la légende, ses vêtements seraient restés accrochés à une clôture de sorte que, ô scandale, une femme se trouve bel et bien dans le stade ! Par égard pour la famille de Kallipateira, qui compte plusieurs athlètes de renom, elle échappera au châtiment prévu pour un tel sacrilège. Cependant, à partir de ce moment, les nouveaux règlements olympiques exigeront que les athlètes et leurs entraîneurs prennent part aux épreuves nus, afin qu’il soit impossible pour une femme de participer aux Jeux sous un déguisement. Comme cela a été signalé souvent, ce fut le premier test de féminité dans l’histoire des Jeux olympiques…
1405 : Christine de Pisan, première auteure française à vivre de sa plume, dénonce la misogynie ambiante et s’insurge contre la discrimination envers les femmes.
1428-1429 : Jeanne d’Arc, selon la légende, mène les troupes françaises à la victoire contre l’armée anglaise à Orléans.
1790 : Le marquis de Condorcet, philosophe, mathématicien et homme politique français, réclame le droit de vote pour les femmes, arguant qu’il s’agit « des droits de la moitié de l’humanité ».
1791 : Olympe de Gouges, auteure et politicienne française, revendique l’égalité politique entre les hommes et les femmes ainsi que l’abolition de l’esclavage. Elle est guillotinée deux ans plus tard.
Grâce au combat de longue haleine mené par le mouvement des suffragettes, les femmes obtiennent le droit de vote en Australie en 1902, au Canada en 1918, aux États-Unis en 1920 et en Grande-Bretagne en 1928. Les Québécoises devront attendre jusqu’en 1940 pour avoir le droit de voter aux élections provinciales.
25 octobre 1903 : Organisée par le rédacteur d’un petit journal parisien, la Course des Midinettes réunit plus de 2 500 ouvrières du textile. Elles font à pied les 12 km qui séparent les Champs-Élysées, à Paris, de la ville de Nanterre. L’événement frappe l’imagination et attire une immense foule de curieux. La gagnante, une modiste de 24 ans nommée Jeanne Cheminel, couvre le trajet en 1 h 10 min.
1903 : Marie Curie reçoit le prix Nobel de physique (conjointement avec son mari, Pierre Curie, et Henri Becquerel) pour ses travaux sur la radioactivité.
1908 : En Angleterre, la suffragette et aéronaute Muriel Matters laisse tomber au-dessus du parlement britannique des centaines de dépliants réclamant le droit de vote pour les femmes.
1910 : La D re Clelia Duel Mosher déboulonne plusieurs mythes touchant la santé des femmes, y compris celui voulant que leur respiration soit différente de celle des hommes, avec la conséquence que l’exercice vigoureux ne leur conviendrait pas.
Le 8 mars, la baronne Raymonde de Laroche devient la première femme à obtenir son brevet de pilote d’avion.
1917 : En Russie, les femmes sont très présentes lors des grèves « pour le pain et la paix ». Entamées le 8 mars (selon le calendrier grégorien, qui n’était pas en usage en Russie à l’époque), ces grèves contribuent au déclenchement de la révolution contre le tsar. C’est en souvenir de ces événements que le 8 mars sera proclamé, en 1977, Journée internationale de la femme par l’Organisation des Nations unies (ONU).
1918 : Avec la fin de la Grande Guerre, beaucoup de veuves de guerre doivent se trouver du travail. L’idée d’une plus grande autonomie pour les femmes fait son chemin.
1922 : Alice Milliat, qui a fondé la Fédération féminine sportive de France en 1917, organise les premiers Jeux mondiaux féminins à Paris, après le refus catégorique de Pierre de Coubertin d’ouvrir plusieurs disciplines olympiques aux femmes. Devant 20 000 spectateurs, 18 nouveaux records du monde d’athlétisme sont établis au cours de la seule journée du 22 août.
1932 : Amelia Earhart est la première femme pilote d’avion à traverser l’Atlantique en solo.
1933 : Nommée secrétaire au Travail par le président Franklin D. Roosevelt, Frances Perkins devient la première femme à siéger au cabinet présidentiel des États-Unis.
1956 : Le D r Gregory Pincus met au point la pilule contraceptive aux États-Unis.
1960 : Wilma Glodean Rudolph, coureuse américaine surnommée « la Gazelle noire » en raison de l’élégance de son style, rafle trois médailles d’or aux Jeux olympiques d’été à Rome, battant ainsi les records du monde dans trois disciplines distinctes. Dix-septième d’une famille de 21 enfants, elle a dû combattre plusieurs maladies graves, dont la poliomyélite, avant de pouvoir marcher sans aide. Grâce aux soins de sa famille et à une volonté de fer, elle est devenue la femme la plus rapide du monde. Wilma Rudolph est encore considérée comme celle qui a exercé la plus grande influence sur les athlètes noires américaines.
1966 : Indira Gandhi devient la première femme premier ministre de l’Inde. Elle le demeurera jusqu’à son assassinat, en 1984.
1969 : Golda Meir devient la première femme premier ministre d’Israël.
Années 1970 : L’avènement de la société des loisirs fait en sorte que plus d’hommes et de femmes pratiquent des sports tels le ski, le tennis, le golf et le cyclisme.
1972 : Aux États-Unis, l’amendement Title IX, qui interdit la discrimination dans les programmes d’éducation et vise notamment à permettre aux femmes d’accéder aux activités sportives à tous les niveaux, fait rapidement grimper le nombre d’étudiantes américaines qui font du sport.
1973 : La championne de tennis Billie Jean King remporte la « bataille des sexes », un match où elle affronte Bobby Riggs. Très publicisé, cet événement incite les athlètes féminines à revendiquer les mêmes droits et les mêmes possibilités que les athlètes masculins.
1978 : La Charte internationale de l’éducation physique et du sport, adoptée par l’UNESCO à Paris le 21 novembre, décrète que « la pratique de l’éducation physique et du sport est un droit fondamental pour tous ».
1979 : L’Assemblée générale des Nations unies adopte la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes.
1979 : Margaret Thatcher devient la première femme premier ministre du Royaume-Uni. La « Dame de fer » restera en poste jusqu’en 1990.
Années 1980 : On assiste à l’essor du culte de la forme. Les salles d’aérobie et les gymnases fleurissent un peu partout, mais on s’entraîne davantage pour rester en santé que pour faire de la compétition.
1981 : Gro Harlem Brundtland devient la première femme premier ministre de la Norvège. Au cours de son deuxième mandat (sur un total de trois), elle dirige un gouvernement où 8 ministres (sur 18) sont des femmes. Elle est par la suite devenue l’une des personnalités les plus influentes dans le domaine de l’environnement et a été nommée directrice générale de l’Organisation mondiale de la santé en 1998.
1984 : La cosmonaute soviétique Svetlana Savitskaïa devient la première femme à effectuer une sortie dans l’espace.
1992 : La Québécoise Manon Rhéaume écrit une page d’histoire en devenant la première femme à jouer au sein de la Ligue nationale de hockey, où elle est gardienne de but.
1994 : Le premier congrès international des femmes et du sport, qui réunit 280 délégués de 82 pays, produit la déclaration de Brighton sur les femmes et le sport. Ce document expose « les principes qui régiront les mesures visant à augmenter la participation des femmes à tous les niveaux, à tous les postes et dans tous les rôles ».