Je Veux Devenir Footballeur Professionnel

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« Je suis un petit qui travaille chez les grands. »


Voici le témoignage d’un acteur immergé dans les coulisses du football professionnel depuis des années. Ancien pensionnaire du centre de formation du FC Nantes pendant une seule saison, Matthieu Bideau a su se reconstruire pour devenir à 30 ans le responsable du recrutement des Canaris. Une histoire rare... Ses expériences d’enseignant d’EPS en Seine Saint-Denis, d’éducateur de football, de recruteur en Île-de-France et de collaborateur d’agent lui permettent aujourd’hui d’avoir un avis global et aiguisé sur le football d’élite. Ce livre distille de précieux conseils pouvant permettre à un jeune adolescent talentueux d’augmenter ses chances d’atteindre le rêve de faire du football son métier. Il met également en garde sur les pièges à éviter, les décisions à prendre et les attitudes à proscrire dans ce microcosme si particulier. Rythmé d’exemples concrets et de témoignages, cet ouvrage sera une source d’inspiration unique pour toutes les personnes concernées par ce projet un peu fou (joueurs, parents, éducateurs, conseillers...) : devenir footballeur professionnel.


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Nombre de lectures 43
EAN13 9782757601273
Langue Français

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#JVDFP

MatthieuBIDEAU & Laurent MOMMEJA

“JE VEUXDEVENIR
FOOTBALLEUR
PROFESSIONNEL !„

e-
27 rue Saint-André-des-Arts - 75006 PARIS

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À mon papa Jean-Marc Mommeja.

De profonds et sincères remerciements :
•Au Président Waldemar Kita ainsi qu’au Directeur Général du Football Club de Nantes,
Franck Kita, pour m’avoir laissé m’exprimer librement dans ce livre.
•À Samuel Fenillat, directeur du centre de formation du Football Club de Nantes, pour m’avoir
soutenu dans ma démarche.
•Aux recruteurs de la cellule "jeunes" du Football Club de Nantes avec lesquels je travaille
au quotidien : Jean Claude Basirico, Jérémy Hadjress, Stéphane Guédon, Ludovic Le Mée,
Jean-Robert Bourrier, Odilio Gomis, Sébastien Oger, Philippe Casagrande et Martial
Desbordes.
•Aux personnes qui nous ont livré leur témoignage dans ce livre : Marie Gomez, Charles
Devineau, Philippe Mao, Guillaume Borne, Florian Touzet, David Alcibiade, Jean Christophe Cesto,
Marc Chervaz et Nicolas Aubineau.
•À l’ensemble des jeunes, et des moins jeunes, qui nous font confiance et nous témoignent
leur soutien depuis le début de cette aventure notamment via la page facebook suivante :
https://www.facebook.com/jeveuxdevenirfootballeurprofessionnel/.
•À l’ensemble des personnes qui nous ont poussés à éditer la version papier de
"Je veux devenir footballeur professionnel !".
•À tous les joueurs, amateurs et professionnels, qui nous soutiennent depuis de longs mois
(Cf. Galerie : www.devenir-footballeur.pro).
•À tous les joueurs, quels que soient leurs parcours, que je côtoie depuis des années au bord
des terrains.
•À toutes les familles rencontrées également depuis mes débuts, pour m’avoir enrichi
d’expériences de vie diverses et variées.
•À tous les passionnés qui nous envoient des messages constructifs et passionnants,
avec une pensée toute particulière pour un vrai passionné, Nordine Zaraba.

M i s ee np a g ea l p h a s t u d i o c o m . f r
C o u v e r t u r eA m p h o r a
P h o t o sd ec o u v e r t u r e:
J o u e u r: ©A n d r e wR i c h( I S t o c k )- Te r r a i n: ©K B 3( F o t o l i a )
I m p r i m ée nE u r o p ep a rE P E L( H e n d a y e )

© É d i t i o n sA m p h o r aA v r i l2 0 1 6
I S B N9 7 82 8 51 8 09 4 07

#J V D F P

SOMmaire

J EV E U XP R OF O O T B A L L E U R D E V E N I RF E S S I O N N E L

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Préface de yacine bammou

Préambule

Chapitre 1
Début de l’aventure
1/ Un aller-retour en centre de formation
2/ Retour à la vie réelle
3/ Une ascension express
4/ "Quel métier aimerais-tu faire plus tard ?"

Chapitre 2
Les filières d’accès au haut niveau et les choix importants
1/ La filière (trop) précoce
2/ La filière classique
3/ La filière "atypique"
4/ Le choix du club amateur
5/ Le choix du poste
6/ Le choix du club professionnel
7/ Le choix du départ
8/ Les autres choix

Chapitre 3
Les aptitudes indispensables pour réussir
1/ Les aptitudes techniques et l’intelligence de jeu
2/ Les aptitudes athlétiques
3/ Les aptitudes psychologiques
4/ Les aptitudes méthodologiques
5/ Le Talent !
6/ Le joueur recherché : La cible idéale !
7/ "Lui c’est un bon joueur !"

Chapitre 4
Les attitudes à éviter
1/ Les attitudes d’avant-match
2/ Les attitudes en compétition
3/ Les attitudes "sur la toile" !
4/ Les attitudes en stage...

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Chapitre 5
Où et comment se faire repérer par un club professionnel ?
11/ Les diférents centres de formation
12/ Une élite dispersée...
13/ Les matches du week-end en club
14/ Les Pôles Espoirs fédéraux
15/ Les sélections départementales et régionales
16/ Les détections
17/ Les sections sportives scolaires
18/ Les "lettres à la mer"
19/ Les stages "payants"
10/ Le "bouche à oreille" et les "relations"
11/ Les mirages d’internet
12/ Quel comportement adopter face à un recruteur ?

Chapitre 6
Quels contrats signer ?
1/ À 12, 13, 14 ans...
2/ À 15 ans...
3/ À 16, 17 ans...
4/ À 18, 19, 20 ans...

Chapitre 7
Le rôle des parents
1/ Dédramatisez l’échec !
2/ Insistez sur la priorité qu’est l’école !
3/ Économisez pour lui !
4/ Restez à votre place de parent !
5/ Ne déléguez jamais totalement votre autorité parentale !
6/ Ne devenez jamais l’enfant de votre enfant !
7/ L’adolescent en formation, un ado complexe
–L’icône
–Le mannequin
–à risquesLe placement
–L’élève
–Le miniadulte
–L’international français

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Chapitre 8
Comment rebondir après un échec ?
1/ Les 14 étapes à franchir
2/ Entre 12 et 15 ans : fin de la préformation
–Contacté mais pas recruté
–En club professionnel depuis le début...
–Pôle Espoirs
–En club professionnel jusqu’en fin de préformation...
3/ À 18 ans : fin du contrat aspirant
–Où en est mon enfant au niveau scolaire ?
–Quelles sont les raisons de la "non prolongation" de mon enfant ?
4/ À 20 ans : fin du contrat stagiaire
5/ À 22/23 ans : fin du premier contrat professionnel
6/ Un échec à relativiser

Chapitre 9
Comment devenir recruteur ?
1/ Ai-je le profil pour être recruteur ?
2/ Comment mettre un pied dans le "milieu"?
3/ Mes plus gros regrets...
4/ Mea culpa...
5/ Plusieurs histoires "magiques"

Chapitre 10
Quid de l’agent de joueur...
1/ L’objectif des "agents de jeunes"
2/ Qui sont ces "agents de jeunes" ?
–Un collaborateur d’agent FFF
–Un agent FFF qui débute
–Un "conseiller sportif"
–Un membre de la "famille"
3/ Quelles sont les missions potentielles d’un "agent de jeunes" ?
–Une mission de recherche
–Une mission de représentation
–Une mission de "grand frère"
–Une mission d’éducateur
4/ Comment les "agents de jeunes" recrutent-ils ?
–Obtenir un contact
–Présenter et argumenter autour de l’importance de leur activité
5/ Informations à retenir
6/ Pour finir parlons argent

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Chapitre 11
Temps additionnel...
1/ Témoignage de Charles Devineau
2/ Témoignage de Guillaume Borne
3/ Témoignage de Jean-Christophe Cesto
4/ Témoignage de David Alcibiade
5/ Témoignage de Florian Touzet
6/ Témoignage de Marc Chervaz

Chapitre 12
Prolongations...
1/ Bien s’alimenter
–L’eau
–Alimentation quotidienne
–Focus sur l’intérêt de stocks de glycogène optimisés
–Dernier repas avant le match
–Pendant l’efort
–Après l’efort
–En conclusion
2/ Les professionnels du mental
–L’importance du mental
–Les diférents métiers
3/ Un exemple de programme de pré-saison

Conclusion

ANNEXES
1/ Liste des centres de formation agréés
2/ Liste des Pôles Espoirs Interrégionaux
–Liste des Pôles Espoirs Masculins
–Liste des Pôles Espoirs Féminins
3/ Aller plus loin

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Préface

Par Yacine BAMMOU
footballeur professionnel au FC Nantes
et internationalmarocain

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la question :"Quel métier voudrais-tu faire plus tard ?", j’ai souvent
réÀ
pondu de façon automatique à mes professeurs :"Je veux devenir
footballeur professionnel !"Comme beaucoup d’enfants, je joue au football
depuis mon plus jeune âge et bien évidemment j’ai toujours eu ce rêve dans
un coin de ma tête. Contrairement à la majorité des joueurs professionnels,
je n’ai pas emprunté la voie royale... J’ai signé ma première licence en
benjae
min aux Gobelins dans le 13arrondissement de Paris. J’ai ensuite rejoint mon
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ami d’enfance, Ahmed Mogni , aujourd’hui footballeur professionnel au
Paris FC en Ligue 2, au Paris Université Club. Après une escapade d’une année à
Issy-les-Moulineaux, nous signons tous les deux en 2010-2011 à l’AC
Boulogne-Billancourt. S'ensuit une belle saison en U19 (2011-2012) au cours de
laquelle je découvre le monde des seniors, en Division Supérieure Régionale. Nous
sommes leaders depuis les premières journées mais je suis loin d’être titulaire.
Le coach me fait jouer en coupe mais je joue la majeure partie du temps avec
l’équipe réserve en deuxième division de District. Ce n’est pas facile à accepter
car Ahmed est un joueur indispensable de l’équipe première. Je m’entends très
bien avec le groupe, le staf, le président, et il règne une très bonne ambiance
au club. Aucun problème de ce côté-là. Mais clairement je soufre en silence.
Heureusement, Gilles Bibé, coach des U19, m’aide à garder le moral lorsque
chaque fin de semaine on m’annonce que je suis convoqué avec la réserve.
Sincèrement, à cette époque, j’estime pouvoir être un bon remplaçant en équipe
première. Malgré la déception, je m’entraîne à fond tous les jours pour pouvoir
me faire une place dans le groupe. Le coach, Greg Benarib, me prend souvent à
part pour m’expliquer qu’il est satisfait du travail fourni au quotidien mais que
malheureusement il y a beaucoup de concurrence. Il me répète sans cesse de ne
rien lâcher car selon lui j’aurai ma chance si je continue à m’investir de la sorte.
Je m’eforce de suivre ses conseils, mais malgré de sérieux eforts, je termine la
saison avec très peu de temps de jeu au sein du groupe premier. Malgré cela je
garde de très bons souvenirs de l’ACBB. Je n’oublierai jamais ce club.

La saison suivante, mon "pote" Ahmed est convoité par le club d’Évry qui vient
tout juste de monter en CFA2. Avant de signer dans ce club, il demande au
président la chose suivante :"Si je signe à Évry, j’aimerais que mon pote Yacine
Bammou signe aussi."Me voilà donc embarqué dans une nouvelle aventure.
En plein stage de préparation, le coach et le président viennent me voir et me
disent :"Tu n’es pas dans nos plans de base, mais si tu mérites de jouer, sache
que tu joueras".Après une excellente préparation, le championnat commence
et je suis titulaire. Je ressens alors un tel plaisir que je me jure de tout donner

1 • Né en 1991, Ahmed Mogni est le meilleur ami de Yacine Bammou. Il est passé par le PUC, l'ACBB, Évry, avant de signer au
Paris FC en octobre 2014. Il a signé professionnel avec le club parision quelques mois plus tard.

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pour conserver cette place dans le onze de départ pour toute la saison. À côté
du football, je passe mon Baccalauréat professionnel commerce en candidat
libre et je travaille le matin à la boutique du Paris-Saint-Germain. Il est
inconcevable pour mes parents que j’arrête l’école sans un diplôme. Cette saison est
magnifique à tous les niveaux. Je m’impose comme un titulaire indiscutable et
grâce à quelques buts décisifs en fin de championnat, nous réalisons l’objectif
du club à savoir le maintien en CFA2. J’obtiens mon baccalauréat professionnel
et je m’éclate dans mon job. Tout va bien ! Et là, à quelques jours de la fin de
saison, je reçois un appel d’un certain Matthieu Bideau qui se présente comme
un recruteur du FC Nantes. Je suis chez mes parents, à Gentilly, et il me dit :
"Bonjour Yacine. Abdel Djerboua m’a beaucoup parlé de toi et j’aimerais que tu
viennes passer une semaine à l’essai au FC Nantes".Je n’y crois pas ! Je pense
sincèrement que c’est un canular ! Il me demande alors mon adresse email afin
de m’envoyer des billets de train. C’est en recevant son mail que je réalise que
c’est vrai. Je suis seul à la maison, personne de ma famille ne répond au
téléphone. J’attends que tout le monde rentre pour leur annoncer la bonne
nouvelle. Je me souviens encore de la réaction de joie intense de l’ensemble de ma
famille, et notamment celle de ma maman. Elle sait au fond d’elle que ce rêve
de devenir footballeur professionnel est omniprésent en moi et que depuis des
années je travaille très dur pour avoir une chance de démontrer un jour mes
qualités. Il faut savoir qu’à cette époque je réalise en parallèle quelques essais
avec des clubs de CFA et de National mais en vain... Rien n’aboutit.

Nous sommes en juin 2013 et me voici à l’entraînement avec la réserve du FC
Nantes (Championnat de France Amateur). C’est très intense, il y a beaucoup
de très bons joueurs, et je comprends vite que cela ne va pas être simple de
taper dans l’œil du staf nantais. Le FC Nantes cherche un attaquant de pointe
pour renforcer son groupe. J’ai fini la saison à ce poste avec Évry pour pallier
des absences et cela s’est plutôt bien passé. Cependant j’ai toujours évolué au
poste de milieu ofensif depuis mon plus jeune âge. Peu importe ! S’il fallait
jouer latéral droit ou gardien de but, je donnerais tout de la même façon pour
pouvoir vivre de ma passion. Même si mon idole est le Brésilien Ronaldo, et
qu’il évolue au poste d’avant-centre, je n’ai pas de réelle formation sur ce poste
très spécifique.

Durant ce stage, je m’intègre très rapidement au sein du groupe et je sens que
je suis déjà accepté, au moins humainement. Je me souviens m’être
réellement libéré lors du second jour de stage après avoir marqué un superbe but
d’une frappe lointaine. Cet essai se passe bien mais je n’ai aucune idée de ce
que sera le verdict final. Matthieu Bideau me convoque en fin de semaine et

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me dit :"Bravo pour cette semaine. Je te tiens au courant une fois que nous
aurons fait le point avec les éducateurs".

Trois jours plus tard, il me rappelle et me dit :"Quand est-ce que tu peux
venir signer ton contrat ?"Au bout de mon téléphone, je tremble de joie mais je
m’eforce de me contenir. Nous fixons rapidement une date et je me souviens
qu’après avoir raccroché, ma première réaction fut naturellement de pleurer...
Tout simplement... Je m’engage donc dans la foulée avec le FC Nantes sur un
contrat amateur d’une saison, sans rien chercher à comprendre, et sans
négocier un quelconque élément contractuel. La seule ligne qui me saute aux yeux
est la suivante :"Si le joueur apparaît à cinq reprises sur une feuille de match de
Ligue 1, il lui sera proposé un contrat professionnel de trois saisons".Voilà ce qui
va booster mon quotidien par la suite...

La reprise avec le FC Nantes est intense. Des séances quotidiennes, un travail
athlétique énorme, une solide concurrence, une pression plus forte... Je n’ai
qu’une seule chose à faire : bosser et encaisser la charge de travail en espérant
ne pas me blesser. Je sens que le coach, Loïc Amisse, me fait confiance suite
à de bons matches amicaux. Je débute alors le championnat comme titulaire
et je marque quatre buts en quatre matches. Un matin, le coach Amisse me
dit :"Yacine aujourd’hui tu vas avec les pros !"Je ne réalise pas... Je vais
m’entraîner avec ceux que je regardais à la télévision il y a encore deux mois. Sans
me poser trop de questions, je fonce tête baissée en essayant de jouer le plus
simple possible et en étant généreux dans l’efort. Être à l’entraînement avec
les professionnels me remplit de bonheur. J’ai les yeux grands ouverts comme
un môme devant un rayon de jouets. J’essaye de gérer au mieux toutes ces
émotions positives avec une seule idée en tête : tout donner !

Six mois après mon arrivée, à la trêve hivernale, Samuel Fenillat, le directeur
du centre de formation, et Matthieu, me convoquent pour me proposer de
partir en prêt à Luçon, en National :"Yacine, tu es au-dessus du niveau CFA mais
l’équipe professionnelle tourne bien. On aimerait que tu franchisses un cap en
allant te frotter à des matches plus intenses au niveau National".là, la sur- Et
prise :"Nous aimerions avant que tu partes, que tu signes un contrat
professionnel avec le club. Le club compte sur toi à l’avenir".Je suis incapable de vous
décrire exactement ce que je ressens à ce moment précis. Un mélange fort
et intérieur de joie et de fierté. Sans être apparu sur une feuille de match en
Ligue 1, le FC Nantes décide de me faire confiance et croit en moi. Je vis un
rêve éveillé. J’accepte immédiatement de m’exiler en Vendée. Une fois encore,
je fonce tête baissée sans me poser de questions. Je suis content de partir en

prêt avec Jules Iloki, que le FC Nantes a également décidé de prêter. Après six
mois à Luçon, mon bilan est plutôt correct : treize apparitions et un beau
maintien en National. Je garde d’excellents souvenirs de mon passage en Vendée.
Le fait d’être parti en prêt m’a permis de me rendre compte de beaucoup de
choses et notamment de la chance que j’avais de fréquenter au quotidien ce
lieu exceptionnel qu’est le centre d’entraînement du FC Nantes : la Jonelière.
Je rentre avec un seul objectif en tête : tout faire pour m’imposer en Ligue 1
chez les Canaris !

La saison 2014-2015 est dans ma ligne de mire. Le coach Michel Der Zakarian
m’appelle début juin pour m’annoncer que la reprise du groupe
professionnel est prévue le 27 juin. Avant de partir en vacances, Samuel Fenillat et
Matthieu Bideau me convoquent :"Yacine, la reprise va être vitale pour la suite des
événements. Le club ne peut recruter cette saison. Tu as une vraie carte à jouer.
Pars en vacances, fais le vide, repose-toi, prépare-toi bien et reviens en boulet
de canon".Me voilà donc à la reprise dans un nouveau monde pour moi, celui
des footballeurs professionnels. Le coach me dit immédiatement la chose
suivante :"Il faut que tu bosses sérieusement pour avoir ta chance un jour".Grâce
à une excellente pré-saison (3 buts en 4 matches de préparation), j’ai le droit
de m’asseoir sur le banc de touche pour le premier match de championnat de
Ligue 1 contre le RC Lens le samedi 9 août 2014, à La Beaujoire. Je n’oublierai
jamais cette date ! Je ne perds pas une seule seconde de ce grand moment. À
la 64e minute, le coach me donne les dernières consignes avant que je rentre
sur le terrain. Mon cœur bat très vite. Toute ma famille et mes amis d’enfance
ont fait le déplacement pour venir me voir. Je n’y crois pas. Je rentre sur un
terrain de Ligue 1... Trente-deux secondes plus tard, je marque l’unique but de
la rencontre et je donne la victoire à mon équipe ! Je n’ai plus les mots. Mon
rêve d’enfant se réalise. Marquer et célébrer un but victorieux dans un stade
en ébullition me remplit de frissons. Je suis sur un nuage, quasi en transe. À la
fin du match je sens clairement que ma vie a basculé. Tout aurait pu s’arrêter
ce jour-là, j’en suis conscient. Mais à force de travail, je suis parvenu à me faire
une place dans cette équipe et dans ce magnifique club qu’est le Football Club
de Nantes. Entre temps j’ai réalisé deux autres rêves d’enfant. Le 26 septembre
2015 j’ai marqué contre le Paris-Saint-Germain ! Après avoir été magasinier à
la boutique du club de la Capitale, il me tenait à cœur de marquer les esprits
en faisant un pied de nez à cette belle histoire de vie. Dans un tout petit coin
de ma tête j’avais un autre rêve. Très sincèrement je le pensais inaccessible.
Mais il s’est réalisé. J’ai la chance d’être devenu international et de porter le
maillot du Maroc, le pays natal de mes parents. Cerise sur le gâteau, lors de ma
première sélection face à la Guinée équatoriale en éliminatoires de la Coupe

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#J V D F P

du Monde, j’ai eu la chance de marquer dans un stade survolté... Un immense
moment de bonheur ! La question que je me pose souvent est la suivante :
pourquoi moi ? J’ai sûrement eu un peu de chance mais je pense l’avoir
provoquée en ne lâchant jamais. J’ai toujours été présent aux entraînements
malgré les dificultés rencontrées. J’ai toujours pris un immense plaisir à jouer au
football. J’ai toujours écouté les conseils et essayé de les appliquer au mieux.

Je pense souvent, sans aucune rancœur, à cette enseignante de vente qui m’a
demandé un jour :"Mais Yacine, que vas-tu faire après l’obtention de ton
baccalauréat ?"Ma réponse, même à 20 ans, fut brève, instinctive et limpide : "Je
serai footballeur professionnel !" Son intense et puissant soupir en disait long
sur ce qu’elle pensait de ma réponse. La réaction de beaucoup d’élèves de ma
classe suite à ce vexant soupir également... Je suis fier que cette enseignante
m’ait envoyé un très beau et long sms en février dernier pour s’excuser. J’étais
très ému car à aucun moment, jamais, je ne lui en ai voulu. Avec le recul, je me
dis que sa réaction était logique.

Si je n’étais pas devenu footballeur professionnel, je travaillerais aujourd’hui
dans le commerce. J’ai besoin de contact et d’échange. Je pense d’ailleurs
déjà à l’après football car je sais d’où je viens et j’ai pleinement conscience
que mon métier actuel peut s’arrêter du jour au lendemain. Quand je réfléchis
à mon avenir professionnel, je pense encore et toujours à travailler dans le
commerce.

Je suis conscient que mon histoire est porteuse d’espoir pour beaucoup de
jeunes joueurs mais elle ne doit pas cacher la réalité que j’ai aperçue via des
histoires moins belles de nombreux partenaires de jeu que j’ai connus depuis
que je joue au football. Beaucoup sont partis en centre de formation bien avant
moi, mais très peu en vivent à ce jour. Seuls Soualiho Meité que j’ai connu aux
Gobelins, Marvin Diop que j’ai côtoyé à l’ACBB et mon ami de toujours Ahmed
Mogni, ont franchi le cap.

Accompagner l’aventure #JVDFP a été pour moi une évidence car je pense que
ce livre va devenir un réel guide pratique pour un grand nombre de jeunes et
de familles.
Je vous souhaite une très belle réussite dans votre vie sportive mais aussi et
surtout dans votre vie d’homme !

Amitiés
Yacine

Préambule

J EV E U X D E V E N I RF O O T B A L L E U RP R OF E S S I O N N E L

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#J V D F P

"Je veux devenir footballeur professionnel !" estune humble réflexion qui
germe en moi depuis très longtemps maintenant. Mais pourquoi l’écrire me
direz-vous ?

Tout simplement en raison du grand nombre d’appels reçus de parents, de
grands-parents, de grands frères, de grandes sœurs, d’éducateurs, voire
d’enfants en direct, pour des renseignements liés à une question obsessionnelle :
"Comment intégrer un centre de formation ?". Untas d’autres questions plus
précises découle très souvent de cette interrogation large et complexe. Je n’ai
malheureusement pas toujours le temps de répondre de façon exhaustive à
ces multiples et diverses demandes. Et cela me navre. J’ai toujours
l’impression, frustrante, de négliger ces gens qui cherchent simplement des
solutions pour répondre aux fortes attentes de leurs enfants sur le sujet. Au vu du
nombre de CV reçus au quotidien, ou encore de la pile de DVD accumulés sur
mon bureau, il me tenait à cœur d’éclairer, sans aucune prétention et à la
lumière de mon ressenti, nos jeunes adolescents sur les moyens d’accéder à leur
rêve, tout en les mettant en garde sur certains mauvais côtés du "milieu", pour
enfin envisager les diférentes voies de relance dans le football en général.

La rencontre avec Laurent Mommeja, un passionné viscéral du football des
"jeunes", a été le déclic pour se lancer dans cette belle aventure. L’idée centrale
de notre projet a été de tenter de condenser en un livre l’ensemble des
éléments que j’aimerais donner dans le détail à tous les gens qui cherchent des
réponses à leurs interrogations sur notre milieu trop souvent opaque.

Il est important de préciser également que dans le travail de recrutement des
jeunes footballeurs, il nous arrive de froisser certains jeunes et leur famille,
de parfois promettre une potentielle signature et, sous la forte pression de la
concurrence, de manquer de psychologie et d’oublier tout simplement que
nous travaillons avec de jeunes enfants... Il ne s’agit en aucun cas de se placer
au-dessus de la mêlée. Au cours de mes dix années d’activité, j’ai moi-même
parfois été négligeant sur ces points, au début par manque d’expérience et
aujourd’hui, quelquefois, par manque de temps. Je ne suis pas parfait mais
j’essaye au quotidien d’être droit. Cependant je reste très lucide sur la
"violence" de notre activité.

I
CHAPITRE
début de l'aventure

J EV E U X D E V E N I RF O O T B A L L E U RP R OF E S S I O N N E L

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Ces quelques lignes sur mon parcours personnel n’ont rien de
démagogique, ni de narcissique, loin de là, mais il me semblait primordial de les
écrire pour donner du "poids" aux propos qui seront exposés dans les
chapitres suivants.

1/
Un aller-retour en centre de formation
Tout a commencé pour moi dans le "milieu du terrain",à la fin de la saison de
l’année 1996, par une invitation du prestigieux Football Club de Nantes
Atlantique pour participer à un tournoi international à Vigneux de Bretagne (44). Je
touchais du bout des doigts, par l’intermédiaire de cet essai, le rêve de tous les
mômes de mon âge.

Repéré par un observateur lors d’une bonne série de matches en 15 ans DH
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avec mon équipe de Douarnenez (29) , j’allais avoir la chance de démontrer
mes qualités de footballeur. Cet observateur s’appelait Claude Dulak. Il était à
la fois entraîneur de l’équipe de La "Stella Maris" de Douarnenez, mon club, et
il était également le "pion" de mon collège, le collège Saint Blaise.

Une semaine plus tard, et un titre de meilleur joueur en poche (un jour de
chance j’en conviens ! Guy Hillion, recruteur chez les Canaris à l’époque, s’en
rendra compte par la suite), je signais une convention de deux ans avec ce
grand club dont la réputation dépassait les frontières de l’Hexagone pour son
fameux jeu "à la Nantaise". Le FCN venait d’être Champion de France de Ligue
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1 en 1995de fort belle manière et ce club me faisait rêver. J’allais intégrer le
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fameux centre de formation de "La Jonelière" . Tout simplement énorme... Et
inespéré !

Une adaptation dificile, un niveau technique moyen pour un milieu relayeur,
un manque de vivacité et une révision des catégories revues à l’année civile et
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me voilà en rendez-vous avec Loïc Amisse , mon coach de l’époque, le lundi

2 • Douarnenez est une ville bretonne de 15 000 habitants située dans le sud du département du Finistère.
3 • Le FC Nantes a remporté le titre de Champion de France 1995 en ne concédant qu'une défaite. Ce fut la saison de tous les
records pour le club, avec le titre de Champion de France, la meilleure attaque, la meilleure défense et le meilleur buteur
(Patrice Loko).
4 • Le centre sportif José Arribas se situe sur la commune de La Chapelle-sur-Erdre dans le nord de l'agglomération nantaise
au lieu-dit « La Jonelière ». Il regroupe le siège administratif, le centre d'entraînement et le centre de formation du FC Nantes.
Ancien entraîneur du FC Nantes, José Arribas (1921-1989) fut à l'origine de la création du centre de formation des Canaris.
5 • Loïc Amisse est un ancien international français (né en 1954) qui a efectué l'essentiel de sa carrière au FC Nantes. Il fut
ensuite formateur et entraîneur au FC Nantes.

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I• D EL 'D É B U TAV E N T U R E

14 avril 1997, pour faire le bilan de ma première saison passée au centre de
formation. Accueilli par un sourire sincère et apaisant, la pression retombe
alors. À peine assis, le coach me dit :"Matthieu, c’est bien, tu as bien
progressé... Mais ce ne sera pas assez !"Cette phrase restera à jamais gravée dans ma
mémoire. Le ciel venait de me tomber sur la tête. Je revois la scène comme si
c’était hier. Nous étions là-haut, au self. J’avais une magnifique vue sur le stade
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de La Beaujoire ... Les yeux dans le vague, mes premières pensées sont alors
pour ma famille. La peur de décevoir mes parents et mes deux frères m’envahit
dans la seconde. Je ne me souviens pas d’un seul mot de plus de cette trop
longue discussion. Pas de contestation sur une convention non respectée, pas
d’états d’âmes envers qui que ce soit... Juste une impression bizarre et usante
mélangeant tristesse, honte et colère...

Mon autre souvenir pesant, qui m’a hanté pendant de nombreuses nuits, reste
le moment du départ. Je devais quitter une chambre, un éducateur, des
dirigeants et surtout des copains que l’on ne m’avait pas réellement laissé le
temps de connaître. Il n’est pas simple psychologiquement, à 17 ans, de
brutalement quitter un cocon socialement valorisé pour se réinsérer dans la vie
"normale" ! Mais nous en reparlerons par la suite.

Je garde de magnifiques souvenirs d’internat avec notamment Mathieu
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Berson etCharles Devineau(à ce jour entraîneur des U19 au FCN). Je n’ai
aucun souvenir fort de terrain en Jaune et Vert car je n’ai quasiment jamais joué
pour le FC Nantes, ou très peu. J’ai juste gardé quelques photos et un article
de presse relatant mon unique but avec le FC Nantes dans un match remporté
5 à 0 face aux voisins de La Roche-Sur-Yon.

C’est sous des trombes d’eau et à travers une vitre de voiture que je voyais en
quelques secondes disparaître une chance de réaliser mon rêve. Je quittais le
FCNA après dix mois seulement et à l’aube de ma majorité je prenais la
première "claque" de ma vie. Et une belle...

6 • Le Stade de la Beaujoire est le stade du FC Nantes. Erigé en 1984, il a une capacité de 37 473 places.
7 • Né en 1980 et formé au FC Nantes, Mathieu Berson est passé par Aston Villa, l'AJ Auxerre, Levante, le Toulouse FC
et Vannes.
8 • Né en 1979, formé au FC Nantes (champion de France et vainqueur de la coupe de France en 1998 et 2000 avec le
FC Nantes), Charles Devineau est notamment passé par le Stade Lavallois. Il livre son témoignage dans cet ouvrage.

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2/
Retour à la vie réelle
Il ne faut pas penser que le plus dur dans ce genre d’échec est le fait de ne plus
jouer à un très bon niveau de pratique dans un grand club. Le plus dur
là-dedans c’est de se remettre psychologiquement dans la peau d’un jeune
"normal" mais qui, à vrai dire, n’est pas "normal" au vu de la chance qu’il a eue aux
yeux des autres d’intégrer un centre de formation. C’était vrai en 1996. Ça l’est
encore plus de nos jours. Car autant vous êtes un "winner" quand vous quittez
votre village pour intégrer un centre de formation, autant vous vous mettez
facilement dans la peau d’un "looser" à votre retour. Certaines personnes ne
manquent pas de vous faire sentir, parfois sans le vouloir, que vous êtes un
moins que rien. Qu’on le veuille ou non, ces moments vous marquent.

Deux éléments importants m’ont aidé à vite repartir de l’avant : tout d’abord
j’étais plutôt doué à l’école et, par conséquent, mes parents ne s’inquiétaient
pas de ce côté-là pour moi. Ils n’ont donc pas eu à se battre comme des
forcenés pour me trouver un autre projet football dans l’idée que je puisse manger
un jour à ma faim. Ils savaient que j’étais armé scolairement. Ensuite il faut
avouer que ces derniers n’étaient pas branchés football. Je n’ai donc pas eu à
supporter une déception familiale qui m’aurait, j’en suis sûr, achevé !

Depuis mon départ du Centre José Arribas, de l’eau a coulé sous les ponts. Un
passage à Saint Brieuc pour passer le baccalauréat (1998) tout en jouant en 18
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ans Nationaux au Stade Briochin... Quatre années de faculté en STAPSà Brest
(1999 à 2002) et de nombreuses joutes épiques en DH senior bretonne sous les
maillots de Pont l’Abbé et du Stade Quimpérois... Un Brevet d’Etat de football
dans mes bagages et me voilà devenu enseignant d’EPS à Pierrefitte-sur-Seine
dans le fameux "9-3" et défenseur central en senior DSR à Sarcelles.

Plusieurs fois interpellé lors des matches de catégories de jeunes à Sarcelles
par la présence de nombreux "hommes à calepin" sur le bord du terrain, j’en
venais à me renseigner sur leur fonction auprès d’Ate Nzete, manager général
du club de Sarcelles de l’époque."Ce sont des recruteurs de clubs pros !"me
dit-il..."Ici ils sont en moyenne cinq ou six par match pour observer nos jeunes
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et découvrir les Philippe Christanvalde demain".Dans mon Finistère natal, à
15 ans, soit en 1995, on en croisait un par an, et encore... À Sarcelles, en 2003,

9 • La filière universitaire Sciences et techniques des activités physiques et sportives (STAPS) forme les futurs professionnels
du secteur des activités physiques et sportives, et notamment les « profs de sport ».
10 • Né en 1978, Philippe Christanval a été international français. Formé à l'AS Monaco, il est passé par le FC Barcelone,
l'Olympique de Marseille puis Fulham avant de prendre sa retraite en 2008.

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I• L 'D ED É B U TAV E N T U R E

j’en croisais dix par week-end. Dingue ! Je décidais dès le lendemain matin
d’envoyer mon CV aux quarante clubs pros recensés en France en croisant les
doigts pour que mon cursus et ma disponibilité sur cette région regorgeant de
futurs talents me donnent un coup de pouce.

Trois semaines après la date d’envoi, et quatre réponses positives reçues, je
signais un engagement d’observateur en faveur de mon club de toujours, le
Football Club Nantes Atlantique, qui recherchait au même moment des "yeux"
dans la région Ile-de-France. En efet mon parcours "post" centre de
formation et les très bonnes impressions "humaines" laissées auprès du club me
donnaient l’opportunité de devenir le repère du FCNA à Paris, dans un
premier temps en tant que bénévole, et ce pour le centre de formation. C’est dans
un petit bistrot connu de tous les recruteurs d’Ile de France, juste en face de
la sortie du stade Yves Dumanoir à Colombes, que je signais un engagement
symbolique avec mon club de cœur. Le début d’une nouvelle vie...

3/
Une ascension express
Issu d’un milieu social plutôt favorisé, je ne le nie pas, je découvrais en région
parisienne une autre France. La France des banlieues avec tout ce que cela
engendre : misère sociale, misère culturelle, problèmes de langues, de
délinquance, de logement, mais aussi et surtout un nombre incalculable de mômes
attachants, pétris de talents et prêts à tout pour avoir la chance que je n’avais
pas pu, ou su, saisir. La volonté de réussir, "la rage de vaincre", l’espoir de gravir
l’échelle sociale, la grande majorité de ces gamins avait un atout que je n’avais
pas eu : un mental, pas toujours maîtrisé certes, mais un vrai mental à exploiter.
Il ne sufit pas d’habiter un quartier sensible pour avoir un mental d’acier me
direz-vous... Il y a aussi, dans ces zones sensibles, des mômes qui se laissent
aller bien évidemment... Mais à cette époque et au vu de mon parcours de vie,
ces jeunes et leur vitalité débordante étaient pour moi une vraie "nouveauté".

Un an plus tard je devenais responsable du recrutement en Ile-de-France
(2004) pour les Canaris. Je devais dès lors mettre un terme à ma fulgurante
carrière de joueur ! On ne m’a d’ailleurs jamais sollicité pour faire un jubilé
mais ce n’est pas bien grave...

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À côté de mes heures d’enseignement en EPS à Pierrefitte-sur-Seine, je
passais l’essentiel de mon temps à arpenter les terrains de football du bassin
parisien. Au collège Gustave Courbet, j’étais professeur principal d’une classe de
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sixième au sein de laquelle se trouvait la pépite de l’époque, Yannis Salibur,
né en 1991, et aujourd’hui joueur de Ligue 1. Il était le joueur que tous les clubs
professionnels s'arrachaient sur Paris. J’ai eu la chance de croiser son chemin
et de me former en accéléré en étant très souvent au contact de Yannis et de sa
famille... Je le suis toujours de très près, mais de loin.

Tous les ans, en moyenne, trois enfants quittaient la région pour rejoindre le
célèbre centre José Arribas. À cette époque je ne décidais pas, je proposais.
J’avais alors en tête un triple objectif : premièrement donner à ces enfants une
chance de réaliser leur rêve de devenir footballeur professionnel, et peut-être
inconsciemment un désir fort de vivre à travers eux, un rêve jamais atteint ! Puis,
je l’avoue aisément, tenter de me faire une place dans le "milieu". En d’autres
termes, mais de façon inconsciente à l’époque, prendre une revanche !

Si l’on se réfère à l’article 522, relatif à "l’encouragement du recrutement
d’an13
ciens joueurs", de la Charte du Football Professionnel, vous comprendrez
que se faire une place "au soleil" n’est pas chose aisée dans le football
professionnel. Cet article nous dit :"La FFF s’attachera à encourager ses clubs à
utiliser de préférence des joueurs professionnels ayant cessé leur activité. Ces
métiers peuvent notamment concerner les fonctions suivantes :
masseur-kinésithérapeute de club, secrétaire administratif, directeur technique, responsable
d’installations sportives, préparateur physique, conseiller technique régional
et conseiller technique départemental, responsable d’un centre de formation
du football, animateur-conseiller, etc.".Le "etc." est bel et bien écrit dans cette
charte et dénote une réelle volonté institutionnelle de recycler les "anciens
combattants". Volonté que je comprends. La tâche s’annonçait compliquée...

Je me souviens, après trois mois d’exercice, m’être fait "attraper" sur le bord
du terrain à Sarcelles par un routard du métier qui travaillait pour l’AJ Auxerre.
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On venait voir Baissama Sankoh. Un certain Bernard me dit alors :"Hé, petit,
c’est toi qui bosses pour Nantes ? T’es chez moi ici alors fais gafe !Fais
attention à toi !"...Le décor était planté. Je comprenais alors qu’il allait falloir forcer
ma nature d’agneau. Je sentais également que mon hyperactivité sur les
ter

11 • Pierrefitte-sur-Seine est une commune française de près de 30 000 habitants qui se situe en Seine-Saint-Denis.
12 • Né en 1991, Yannis Salibur a été formé au Red Star puis au LOSC. Il évolue à l'EA Guingamp depuis l'été 2015.
13 • Disponible à cette adresse : http://goo.gl/ALh2kk.
14 •Né en 1992, Baïssama Sankoh a été formé à l'EA Guingamp. Prêté au Stade Brestois lors de la saison 2015-2016.

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