L'espace européen du football

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Au sommaire de ce numéro : Le traitement européen des migrations de jeunes footballeurs / UEFA, the EU and Financial Fair Play / Jeux sans frontières / Enjeux politiques du sport en Turquie / Le supportérisme serbe et l'Europe / L'Europe, le football et la sociologie politique.

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Date de parution 01 juin 2012
Nombre de lectures 125
EAN13 9782296493926
Langue Français
Poids de l'ouvrage 3 Mo

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N° 36 | 2012
L’espace européen
du football
Dynamiques institutionnelles
et constructions sociales
SOUS LA DIRECTION DE WILLIAM GASPARINI
ET JEAN-FRANÇOIS POLORevue publiée avec le soutien de l’Institut des sciences humaines et sociales du
CNRS, du laboratoire Pacte Grenoble et de la Fondation nationale des sciences
politiques.
Politique européenne
Centre d’études européennes de Sciences Po
28, rue des Saints-Pères
F - 75007 Paris
Tél. (+ 33 1) 45 49 83 52
Fax (+ 33 1) 45 49 83 60
politique.europeenne@sciences-po.fr
<www.portedeurope.org/>
©L’Harmattan, 2012
5-7, rue de l’école polytechnique 75005 Paris
<www.librairieharmattan.com>
difusion.harmattan@wanadoo.fr
Harmattan@w.fr
ISBN 978-2-296-96543-0
ISSN 1623-6297Directeur de la revue
Antoine Mégie, Université de Rouen
Directeurs adjoints
Céline Belot, Pacte, IEP de Grenoble
Frédéric Mérand, Université de Montréal
Olivier Rozenberg, Centre d’études européennes, Sciences Po
Comité de rédaction
Céline Belot, Pacte, IEP de Grenoble
Didier Chabanet, Triangle, ENS de Lyon
Dorota Dakowska, IEP de Strasbourg, GSPE-PRISME
François Foret, Université Libre de Bruxelles
Sophie Jacquot, Centre d’études européennes, Science Po
Antoine Mégie, Université de Rouen
Frédéric Mérand, Université de Montréal
Romain Pasquier, CRAPE, IEP de Rennes
Olivier Rozenberg, Centre d’études européennes, Sciences Po
Sabine Saurugger, IEP de Grenoble, Pacte
Antoine Vauchez, CNRS, Université Paris 1, CRPS/CESSP
Alexander Warleigh-Lack, University of Surrey
Julien Weisbein, IEP de Toulouse, LaSSP
Cornelia Woll, CERI, Sciences Po
Conseil scientifique
Pierre Allan, Université de Genève
Richard Balme, Sciences Po, Université de Pékin
Stefano Bartolini, Centre Robert Schuman, Florence
Simon Bulmer, University of Shefeld
Renaud Dehousse, Centre d’études européennes, Sciences Po
Guillaume Devin, Sciences Po
Patrick Hassenteufel, Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines
Reinhard Heinisch, University of Pittsburgh
Bastien Irondelle, CERI, Sciences Po
Markus Jachtenfuchs, Hertie School of Governance, Berlin
Jean Leca, Sciences Po
Patrick Le Galès, Centre d’études européennes, CNRS
Christian Lequesne, CERI, Sciences Po
Paul Magnette, Université Libre de Bruxelles
Anand Menon, University of Birmingham
Yves Mény, Institut universitaire européen, Florence
Pierre Muller, Centre d’études européennes, Sciences Po
Claudio N. Radaelli, University of Exeter
Andy Smith, SPIRIT, IEP de Bordeaux
Ezra Suleiman, Princeton University
Yves Surel, Université Paris II
Assistante édition
Claudette Gorodetzky, Pacte, IEP de Grenoble4 Sommaire
DOSSIER
William Gasparini et Jean-François Polo
Introduction.
L’espace européen du football : dynamiques
Institutionnelles et constructions sociales 8
1 — William Gasparini et Mickaël Heidmann
Le traitement européen des migrations de jeunes
footballeurs : nouvel enjeu de pouvoir à l’échelle
européenne ? 22
2 — John Marks
UEFA, the EU and Financial Fair Play:
« on ne dépense pas plus d’argent que l’on n’en génère ! » 52
3 — Cornel Sandvoss
Jeux sans frontières ?
Europeanisation and the erosion of national categories
in European club football competition 76
4 — Jean-François Polo
Enjeux politiques du sport en Turquie :
gagner l’Europe ? 102
5 — Loïc Trégourès
Le supportérisme serbe et l’Europe :
entre indiférence et rejet 126
Andy Smith
Conclusion.
L’Europe, le football et la sociologie politique.
Quelques remarques 149SommaireDossier 5
VARIA
Alistair Cole et Romain Pasquier
The impact of European integration on centre/
periphery relations:
A comparison France/United-Kingdom 160
CHANTIERS DE RECHERCHE
Albrecht Sonntag
Grilles de perception et dynamiques identitaires
dans l’espace européen du football :
Le projet FREE (7ème PCRD, 2012-2015) 184
LECTURES CRITIQUES
Xavier Saint-Denis
Adrian Favell et Virginie Guiraudon (dir.),
Sociology of the European Union, New York, Palgrave
Macmillan, 2011, 266 pages. 194
Claire Visier
Bruno Cautrès et Nicolas Monceau,
L’Opinion des Européens et des Turcs, Paris,
Presses de Sciences Po, 2010, 172 pages. 198
Romain Tinière
Mikael Rask Madsen,
La Genèse de l’Europe des droits de l’homme - Enjeux juridiques
et stratégies d’États (France, Grande-Bretagne et pays scandinaves,
1945-1970), Strasbourg, Presses universitaires de Strasbourg,
coll. « Sociologie politique européenne », 2010, 333 pages. 202Dossier
L’espace européen
du football
Dynamiques institutionnelles
et constructions sociales
POLITIQUE EUROPÉENNE N° 36 | 2012POLITIQUE EUROPÉENNE
N° 36 | 2012
William Gasparini et Jean-François Polo
[p. 8-21]
IntroductionIntroduction 9
L’espace européen du football
Dynamiques institutionnelles
et constructions sociales
William Gasparini,
Université de Strasbourg
Jean-François Polo
Institut d’études politiques de Rennes
i l’inscription formelle du sport dans les compétences de l’Union euro-S péenne est très récente (article 165 du traité de Lisbonne), l’espace
européen du sport (non communautaire) est ancien. Porté par des instances
sportives nationales et européennes, il se dessine à mesure que les fédérations et européennes font du continent un espace organisé
de compétitions. Avant la Seconde Guerre mondiale, il n’existait que trois
compétitions d’envergure dans le cadre européen (natation – 1889  –,
athlétisme – 1934 – et basket – 1935 –). Entre 1952 et 1965, ce sont des coupes
entre villes européennes, des compétitions entre les champions de leurs
pays respectifs et, bien sûr, entre nations européennes qui sont instituées :
saut d’obstacle (1952), football et gymnastique (1955), coupe d’Europe de
basket et championnat d’Europe des nations de football (1958) et première
coupe d’Europe des nations d’athlétisme (1965). Ainsi, la construction
d’un espace européen du sport n’est pas le fait d’une action volontariste de
l’Europe communautaire ou de tout autre grand projet politique d’après
guerre, mais le résultat d’échanges de plus en plus importants entre les
instances professionnelles sportives qui s’institutionnalisent. En 1954 est
créée l’Union des associations européennes de football (UEFA), en 1955 la
Coupe des clubs champions de football qui connut dès ses débuts un très
vif succès populaire (Madsen, 2007). Cet espace européen du sport (ici du
football) utilisa une cartographie du continent assez sensiblement diférente
de celles qui prévalaient au sein des principales organisations politiques. Elle
fut ouverte aux pays de l’Europe de l’Est, ainsi qu’à la Turquie et à Israël. En
revanche, on y trouve des objectifs proches de ceux des projets politiques
fondateurs de la construction européenne comme la volonté des « pères de
l’Europe » (Cohen, 2007) de transcender les rivalités européennes en les
insérant dans un cadre réglementé. Tout comme dans de nombreux autres
domaines (comme celui des échanges culturels), le sport a ainsi ouvert la voie
POLITIQUE EUROPÉENNE N° 36 | 201210 William Gasparini et Jean-François Polo
à des échanges trans-européens de plus en plus importants, aussi bien dans
le cadre étroit de l’organisation des compétitions sportives continentales que
dans les dimensions plus larges qui en découlent en termes économiques
et politiques.
Professionnalisation et institutionnalisation du sport
européen
Le développement du sport professionnel sur le continent européen mais
aussi la prise en compte des fonctions sociales du sport au niveau des États
et des fédérations sportives ne pouvait que mener à la rencontre, puis à la
reconnaissance de ce domaine par les institutions politiques européennes.
Deux dimensions ont été à l’origine des interventions communautaires dans
le domaine du sport. La première est relative à la régulation du football dans
1l’Europe communautaire et fut provoquée par l’arrêt Bosman rendu par
la Cour de justice des Communauté européennes (CJCE) en 1995.
Remettant en cause la règle de l’UEFA limitant à trois par équipe le nombre de
joueurs ressortissants d’un pays de l’UE, la Cour a estimé à travers cette
décision que le sport était une activité économique à part entière à laquelle
devaient s’appliquer les règles du marché intérieur. Elle marque l’irruption
du droit communautaire dans les activités sportives en dépit des réticences
du mouvement sportif européen et des États. Cette dérégulation des règles
du sport définies par les fédérations sportives au profit du principe de libre
circulation des travailleurs communautaires sera confirmée par de nouveaux
arrêts de la CJCE (arrêt Kolpak en 2003 notamment). Depuis l’arrêt Bosman,
les restrictions portant sur le nombre des joueurs communautaires admis à
évoluer dans les clubs d’États membres dont ils ne sont pas ressortissants
ne sont plus permises. Il est à signaler que certains sportifs hors UE
bénéficient également de dispositions favorables en matière de mobilité au sein
de l’Union sur la base d’accords « préférentiels » conclus entre l’UE et leur
2pays . Les intérêts sportifs défendus par les fédérations européennes ont dû
ainsi s’efacer au profit d’une libéralisation du marché des travailleurs sportifs
1 CJCE, 15 décembre 1995, Bosman, af. C-415/93, Rec.1995, p. 5040.
2 La Cour a rendu plusieurs arrêts dans ce sens : CJCE, 8 mai 2003, Deutscher
Handballbund e.V. contre Maros Kolpak, afaire C-438/00, Rec. I-4135 ; CJCE,
12 avril 2005, Igor Simutenkov contre Ministerio de Educacion y Culture, Real
Federacion Espanola de Futbol, afaire C-265/03. Ordonnance de la Cour
ème(5 Chambre) du 25 Juillet 2008, Nihat Kahveci c/ Consejo Superior de
Deportes, Real Federación Española de Fútbol.Introduction 11
communautaires. En faisant entrer le sport dans la sphère économique, l’arrêt
3Bosman a ainsi contribué à sa marchandisation . Mais on peut aussi y voir
une régulation communautaire permettant de protèger le sport des « dérives »
marchandes (Husting, 2009). En efet, s’il est possible d’envisager qu’une telle
libéralisation ait pu contribuer à afaiblir le sentiment d’identification ou à
diminuer l’intérêt de former des jeunes nationaux, Alexandre Husting (2009)
souligne cependant qu’à aucun moment la Cour n’a obligé les clubs à recruter
des joueurs étrangers. En cherchant à maximaliser leurs profits, ce sont les
clubs professionnels européens qui ont créé un marché des « mercenaires »
du football. La Cour a ensuite défendu une interprétation stricte des clauses
de non-discrimination sur la nationalité. Cette première intervention
communautaire, en remettant en cause la capacité de régulation de l’UEFA, s’inscrit
donc dans la logique d’une intégration négative (Scharpf, 2000).
Face à un tel traitement du sport par la CJCE, une seconde dimension de
l’intervention communautaire dans ce domaine, impulsée par la Commission
européenne et encouragée par le mouvement sportif réclamant une exception
ou une spécificité sportive européenne, va mettre l’accent sur les aspects plus
sociétaux du sport. Cette période marque la véritable mise sur agenda d’une
action européenne dans le domaine du sport (Garcia, 2009). Plusieurs
communications, des discussions, un Livre blanc (2007) vont conduire à renouer avec
une vision plus globale des activités sportives intégrant les diverses fonctions
sociales traditionnellement assignées au sport (Gasparini, 2010). Concernant
cette seconde dimension, le Conseil de l’Europe avait déjà précédé l’UE en
adoptant dès 1984 sa « Charte du sport pour tous ». En 1997, une déclaration
adoptée en marge du traité d’Amsterdam a souligné « l’importance sociale
3 Voir à ce sujet les nombreuses études portant sur les conséquences
négatives de l’arrêt Bosman sur le sport professionnel : Husting A. (1998), L’Union
européenne et le sport. L’impact de la construction européenne sur l’activité
sportive, Lyon, Éd. Juris-Service ; Bourdieu P. (1998), « L’État, l’économie et
le sport », in R. Renoir (coord.), Football et sociétés, Paris, CREDHESS, n° 7,
p. 13-19 ; Dubey J.-P. (2000), La Libre circulation des sportifs en Europe, Berne,
Staempfli– Bruxelles, Bruylan ; Husting A. et De Waele J.-M. (2001), Sport et
Union européenne, Bruxelles, Éditions de l’université de Bruxelles ; Manzella
A. (2002), « La dérégulation du football », Pouvoirs, n° 101, p. 40-48 ; Le Noé
O. (2005), « Le New Deal sportif après l’arrêt Bosman  : stratégie judiciaire
et reconfiguration des relations professionnelles dans le football », in L.
Israël, G. Sacriste, A. Vauchez et L. Willemez (dir.), Sur la portée sociale du
droit. Usages et légitimité du registre juridique, Paris, PUF, 2005, p. 201-214 ;
Garcia B. (2007), « UEFA and the European Union: from confrontation to
co-operation? », Journal of Contemporary European Research, vol. 3, n° 3,
p. 203-223 ; Robin G. (dir.) (2011), Football, Europe et régulations, Villeneuve
d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion.
POLITIQUE EUROPÉENNE N° 36 | 201212 William Gasparini et Jean-François Polo
du sport et en particulier son rôle de ferment de l’identité et de trait d’union
entre les hommes ». En 1999, la Commission a remis au Conseil européen
un rapport relatif à la « sauvegarde des structures sportives actuelles et [au]
maintien de la fonction sociale du sport dans le cadre communautaire »
(rapport d’Helsinki sur le sport) dans lequel elle évoque plusieurs phénomènes
4liés aux évolutions récentes du sport : dopage , prépondérance de la logique
commerciale au détriment de la logique sportive, tendance des grands clubs à
s’organiser entre eux (à l’image du G14) au détriment des fédérations
nationales garantes de l’équité sportive, diférences de législation fiscale qui créent
des inégalités entre les clubs, etc. Elle présente alors plusieurs propositions
destinées à « concilier la dimension économique du sport avec sa dimension
populaire, éducative, sociale et culturelle ». En juillet 2007, la Commission
européenne a présenté le Livre blanc sur le rôle du sport au sein de l’Union
européenne. Il réaffirme l’impact que peut avoir le sport sur l’ensemble
des politiques européennes et identifie les besoins ainsi que les spécificités
propres au monde du sport. Avec le traité de Lisbonne (article 165), le sport
est définitivement inscrit dans le cadre des compétences communautaires.
Enfin, dernière étape de cette institutionnalisation du sport au sein de l’Union
européenne, le premier Conseil formel des ministres des sports européens
s’est tenu le 10 mai de 2010, sous la présidence espagnole.
Semblant prendre davantage en considération les diférentes dimensions du
sport, l’UE a ainsi réorienté sa politique en prétendant promouvoir le sport
comme facteur de citoyenneté européenne et de compréhension interculturelle
dans une Europe de plus en plus « diversifiée » (voir Gasparini, 2008, 2009).
Il est dorénavant érigé en instrument d’intégration. Comme la culture (Polo,
2004), le sport est aujourd’hui de plus en plus considéré comme une
manifestation socioculturelle qui peut contribuer à l’imprégnation quotidienne
de l’idée d’un espace public européen. Et ce avec d’autant plus de force que
du côté des citoyens de l’Union européenne, le sport semble globalement
4 Pour le Conseil de l’Europe, le dopage constitue une entrave à l’éthique
sportive et une menace pour la santé des athlètes. Il est historiquement la
première préoccupation du Conseil de l’Europe en matière de sport. En efet
dès 1967, le Comité des ministres produit le premier instrument légal
international concernant ce qui s’appelle alors le « doping » des athlètes. Le Comité
des ministres du Conseil de l’Europe a ainsi adopté un certain nombre de
résolutions avant de voter une Convention contre le dopage en 1989 (entrée
er en vigueur le 1 mars 1990) : Résolution (67) 12 sur le doping des athlètes,
Recommandation n° R (79) 8 concernant le dopage dans le sport,
Recommandation n° R (84) 19 relative à la « Charte européenne contre le dopage
dans le sport », Recommandation n° R (88) 12 concernant l’institution de
contrôles antidopage sans préavis hors compétition. Introduction 13
perçu comme un spectacle mais aussi comme une activité qui contribue à
la santé et au dialogue entre les diférentes cultures cohabitant en Europe :
d’après plusieurs enquêtes d’Eurobaromètre, presque trois Européens sur
quatre considèrent le sport comme un moyen de promouvoir l’intégration
sociale et culturelle. D’autres ont mis en avant le processus d’identification
à l’Europe que le sport permettait, parfois avec plus d’efcacité que toute
politique de communication de l’UE. Pour Pierre-Édouard Weill, enquêtant
sur le rapport à l’Europe de jeunes Français de milieux populaires issus de
l’immigration, « l’identification à l’Europe renvoie d’abord à l’adhésion par
enchantement à un socle de valeurs humanistes, dont le football apparaît
comme le principal vecteur ». (Weill, 2009, 113). Constatant l’intérêt
croissant du public (spectateurs et téléspectateurs) pour les compétitions
européennes, la forte mobilité sportive intra-communautaire et l’implication des
institutions européennes dans la définition du cadre d’action des fédérations
sportives et des administrations nationales, certains analystes n’hésitent pas
à conclure que l’activité sportive est « une des sphères de la vie sociale la
plus européanisée » (Dunning, 2001).
Penser l’espace du football européen
L’objectif du dossier est d’étudier, à partir d’une analyse socio-politique du
football, l’institutionnalisation d’un espace européen du sport. Cette
perspective « permet de dépasser les dichotomies à l’œuvre dans les European Studies
entre théories de l’intégration, entre l’analyse de l’intégration européenne
et l’analyse de la gouvernance européenne et entre l’analyse de l’intégration
européenne et l’analyse de l’européanisation » (Guigner, 2008, 48). Par
espace européen, nous entendons l’ensemble des relations de pouvoir qui
s’exercent dans un ordre institutionnel particulier (Lagroye, 1997), fruit de
l’enchevêtrement d’ordres internes et européens. Loin de se soumettre aux
injonctions européennes, une multitude d’acteurs sociaux et politiques se
mobilisent et contribuent ainsi directement ou indirectement à construire
l’Europe et à définir l’enjeu européen (Pasquier et Weisbein, 2004). La notion
d’espace nous semble pertinente à plusieurs titres.
L’espace du football européen est d’abord celui de l’ensemble des acteurs
concernés par les mutations de ce secteur sportif à l’échelle européenne, à
l’usage qu’ils en font (Jacquot et Woll, 2004) et à leurs relations de pouvoir :
les États, les fonctionnaires, ministres et secrétaires d’État mais aussi les
dirigeants sportifs, les fédérations et leurs pratiquants dont les stratégies
POLITIQUE EUROPÉENNE N° 36 | 201214 William Gasparini et Jean-François Polo
et les ressources proviennent pour l’essentiel d’autres champs structurés
en fonction d’histoires nationales spécifiques. L’espace européen met ainsi
en concurrence des structures institutionnelles, des savoirs et des habitus
d’agents qui reflètent les différentes tentatives de transformer le champ
sportif européen. Dans le cas du sport, la formation de cet espace s’est aussi
accompagnée d’investissements savants qui ont contribué à définir et à
borner l’espace du pensable. Dans de nombreux domaines, les pères fondateurs
des institutions européennes et des études européennes ont en partie réussi
à imposer leur vision politique et scientifique de l’Europe en opérant un
double transfert des catégories politiques dans le champ scientifique et des
problématiques savantes dans les discours politiques. Il s’agit alors
d’interroger les catégories d’analyse et de pensée difusées par des acteurs politiques
et sportifs investis dans la production des normes sportives européennes.
Dans sa dimension topographique, cet espace européen est aussi à géométrie
variable dans la mesure où les décisions prises dans l’espace communautaire
afectent l’espace européen élargi tel qu’il est circonscrit par les fédérations
sportives. Cette tension n’est pas aussi anodine qu’elle peut sembler l’être
puisqu’elle interroge aussi les frontières si débattues de l’Europe. Enfin, cet
espace européen est également peuplé de citoyens dont les représentations
sont afectées par les transformations des espaces nationaux, par les
dynamiques de la globalisation, mais aussi par leurs pratiques sportives (sur le
terrain mais également à travers les médias) et leurs identifications aux
équipes qu’ils soutiennent.
Privilégiant une sociologie des politiques publiques et des représentations
de l’Europe à travers le football, le dossier vise d’abord à dépasser les seules
approches normatives et institutionnelles du « sport européen » (voir
notamment Pautot, 2009 ; Miège 1996, 2000). Se concentrant sur les structures
objectivées que forment les relations institutionnelles, les analyses juridiques
des spécialistes de droit communautaire appliquées au sport, ignorent
souvent le rôle crucial des individus et groupes qui s’expriment au nom des
institutions et des pays qu’ils représentent. L’analyse de l’espace européen
du sport est ainsi détachée des rapports de force et des enjeux de pouvoir
qui dépassent le cadre strictement sportif. À l’inverse, les contributions
de ce numéro, notamment celles portant sur les processus d’identification
(ou de rejet) à l’Europe que les supporters de football entretiennent avec
leurs équipes nationales ou de club confirment bien l’institutionnalisation
d’un espace européen du sport afecté d’une manière ou d’une autre par la
construction européenne.Introduction 15
Si toutes les études présentées dans ce dossier sont centrées sur le football,
c’est parce que cette discipline domine très largement l’ensemble des sports
en Europe par le nombre de ses pratiquants amateurs ou professionnels, par
sa médiatisation et sa popularité, par son développement économique et ses
implications juridiques et, de manière générale, par son pouvoir politique
et symbolique. Dès lors, il n’est guère étonnant que les confrontations,
ajustements, adaptations aux normes et politiques communautaires ainsi que
les cristallisations identitaires qu’elles produisent soient les plus visibles du
champ sportif et dès lors suscitent particulièrement l’intérêt des chercheurs.
Invité par le Conseil de l’Europe en 2008, le président de l’UEFA, Michel
Platini, avait déclaré que « des millions d’enfants partout dans le monde
sont devenus et continuent à devenir Européens en jouant au football sur un
terrain boueux soit dans les villes, soit à la campagne, avant d’aller à l’école ».
Au-delà de cette conviction partagée par de nombreux dirigeants de football,
beaucoup de citoyens européens connaissent efectivement l’Allemagne, la
Belgique, la Pologne, l’Italie ou l’Espagne grâce au football, soit pratiqué dans
le cadre de tournois et de championnats (scolaires ou civils) dans un pays
européen, soit vu à la télévision. Ces expériences produisent une certaine
« européanisation », dans le sens d’une familiarité avec des footballeurs, des
clubs, des territoires et des « styles de vie » européens. Ensuite, les
institutions sportives européennes sont susceptibles d’imposer une carte mentale
de l’Europe. Ainsi, à la diférence de l’Union européenne (vingt-sept pays)
ou du Conseil de l’Europe (quarante-sept pays), le territoire européen de
l’UEFA est constitué de plus de cinquante-trois pays membres, incluant
la Turquie, Israël, la Russie, le Kazakhstan, les Iles Féroé‥. L’Europe du
football est bien le plus grand espace européen. Par la difusion télévisuelle
de ses matchs tant dans ses pays membres qu’à l’extérieur, l’UEFA donne
une vision très élargie de l’Europe et produit une « communauté imaginée »
(Anderson, 1983). Non seulement la Champion’s League dessine un espace
européen à travers des matchs joués à Barcelone, Istanbul ou Moscou mais
elle produit aussi un discours européanisé sur les matchs de football,
largement relayé par les médias européens. Cette croyance est renforcée par
l’existence d’une chaîne sportive européenne – Eurosport – née en 1989 à
l’initiative de l’Union européenne de radiodifusion. Malgré l’idée séduisante
d’un efet du football sur les citoyens européens, « l’européanisation par le
sport » reste cependant à démontrer sociologiquement. Comme d’autres
fonctions attribuées au sport (Gasparini, 2008, 2011), elle semble faire
partie de ces prophéties auto-réalisatrices largement difusées par des experts,
responsables politiques et fonctionnaires européens. Le dossier abordera
POLITIQUE EUROPÉENNE N° 36 | 201216 William Gasparini et Jean-François Polo
plus particulièrement deux dimensions qui illustrent les dynamiques et les
ambiguités de l’européanisaiton du football.
Les efets de l’intervention communautaire dans le champ
sportif institutionnel
On s’intéressera ici aux efets des interventions directes ou indirectes de
l’Union européenne dans le champ sportif à partir de l’exemple du football.
Contribuant à limiter le pouvoir autonome de régulation du sport par les
fédérations sportives, le cadre normatif et les politiques publiques de l’UE
afectent l’autonomie des pouvoirs publics sur leurs capacités à mener une
politique sportive ou à organiser le sport de façon autonome.
William Gasparini et Michael Heidmann pour leur part, ont centré leur
contribution sur l’étude du traitement européen des migrations de jeunes
footballeurs. À partir d’une approche sociologique fondée sur de nombreuses
données qualitatives, ils analysent les débats et controverses entre les acteurs
de diférentes institutions (Parlement européen, Unité sport de la
Commission, direction de la Jeunesse et du Sport du Conseil de l’Europe, UEFA‥.)
pour mettre en place une politique européenne de protection des jeunes
footballeurs. John Marks s’est intéressé quant à lui aux eforts de l’UEFA et
de son président Michel Platini pour tenter de résister à la « libéralisation
économique excessive » du football à travers l’analyse de l’initiative Financial
Fair Play Regulations de l’UEFA. Cette initiative annonce-t-elle un nouvel
espace européen de régulation du football qui parviendrait à un meilleur
équilibre entre ses dimensions économiques et sociales ?
Sport et Europe : des identifications à géométrie variable
Il s’agira de s’interroger sur les efets des dynamiques sportives européennes
(et pas seulement communautaires) sur les formes d’identification aux
territoires, qu’il soit national ou local, et à l’Europe (voir Smith, 2002 ;
Sandvoss, 2003). Les compétitions sportives internationales ou la simple
organisation de ces manifestations mettent à jour des processus complexes
de construction identitaire. Les trois dernières contributions de ce dossier
s’intéressent ainsi aux représentations que le sport en général et le football
en particulier peuvent générer dans trois pays ayant des statuts diférents Introduction 17
dans leur relation à l’UE. Cornel Sandvoss (University of Surrey) a porté
son attention sur les représentations territoriales et identitaires des
supporters de football en Allemagne. Dans quelles mesures, la multiplication
de compétitions sportives européennes, la migration des footballeurs
professionnels à travers l’Europe et la dimension internationale croissante des
championnats nationaux changent-elles le rapport des fans de football à
leurs équipes ? L’Europe politique sort-elle renforcée de cette mutation de
l’Europe sportive ? Jean-François Polo, à partir d’une étude sur les enjeux
politiques du sport en Turquie, met en avant le recours au sport par les élites et sportives turques pour démontrer la modernité et le dynamisme
de ce pays engagé dans un processus de négociation d’adhésion à l’UE dont
l’issue très incertaine nourrit et renforce des sentiments ambigus vis-à-vis
de l’Europe. Enfin, Loïc Trégrourès s’est penché pour sa part sur le sport en
Serbie, autre pays candidat à l’Union européenne dont la candidature est
longtemps restée bloquée en raison d’un faible empressement des autorités
politiques nationales à livrer les responsables des actes de guerre.
L’ultranationalisme des supporters apparaît comme un défi adressé à une Europe
perçue comme menaçante. Ce numéro spécial sur l’espace européen du football
se terminera par quelques remarques conclusives d’Andy Smith, qui voilà
dix ans, avait ouvert la voie à une réflexion sur l’articulation entre sport et
intégration européenne (Smith, 2002), et qui invite ici à entreprendre une
économie politique du football.
Au final, à travers l’exemple du football, les contributions du dossier montrent
que l’espace européen du sport recouvre une double réalité : d’une part l’espace
objectivé (la somme des politiques et organisations sportives nationales et
européennes présentes dans cet espace ainsi que la politique sportive des
institutions européennes) et, d’autre part, l’espace symbolique, c’est-à-dire
la construction tant politique, scientifique et symbolique de « l’Europe du
sport » par les acteurs individuels et collectifs européens. Les processus
institutionnels observés sont alors intimement liés à des intérêts d’organisations
et de groupes sociaux. À trop se concentrer sur les structures objectivées que
forment les relations institutionnelles européennes, on oublie finalement
le rôle crucial des individus et groupes qui (re)produisent ces institutions.
POLITIQUE EUROPÉENNE N° 36 | 201218 William Gasparini et Jean-François Polo
Références bibliographiques
ere Anderson B. (1996), [1 éd.], L’Imaginaire national, Paris, La Découverte.
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William Gasparini
Professeur des universités en STAPS (Sciences du sport), Spécialité :
Sociologie du sport, membre de l’Équipe de recherche en Sciences
sociales du sport (Équipe d’Accueil n° 1342), école doctorale « Sciences
humaines et sociales. Perspectives européennes », Université de
Strasbourg, Chercheur associé au Groupe de sociologie politique européenne
(GSPE) - Université de Strasbourg.
gasparini@unistra.fr
Jean-François Polo
Maître de conférences en science politique à l’Institut d’études politiques
de Rennes et membre du Centre de recherches sur l’action politique en
Europe (CRAPE-UMR 6051).
jean-francois.polo@sciencespo-rennes.fr
POLITIQUE EUROPÉENNE N° 36 | 2012