Le football est une science (in)exacte

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Français
241 pages
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Quel est le point commun entre le titre de champion d Angleterre conquis par Leicester en 2016, le sacre de l'Allemagne à la Coupe du monde 2014 et la victoire des modestes Danois de Midtjylland contre Manchester United lors de la Ligue Europa 2016 ?


Au-delà de représenter d'incommensurables exploits footballistiques, ces succès ont été en partie bâtis à l'aide de chiffres, de statistiques et autres algorithmes astucieusement utilisés par des scientifiques intégrés au sein même de ces formations. Passées au peigne fin, les « datas » deviennent des armes au service de la performance. Une fois recoupées, décortiquées, comparées, hiérarchisées, ces caractères sont capables de révéler toutes les parcelles du jeu d'une équipe, ses forces et évidemment ses failles.


Entraîneurs, directeurs sportifs, journalistes, analystes, mathématiciens, fournisseurs de contenu, nous allons nous intéresser à ces acteurs qui ont contribué à la « data-ification » de ce sport et lui ont permis d évoluer dans une logique toujours plus tournée vers la performance.


Apprenez également à exploiter simplement, et depuis votre canapé, ces données et devenez incollable sur les statistiques de votre équipe et de vos joueurs préférés.



Professionnels ou amateurs, bienvenue dans la matrice du ballon rond !

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Nombre de lectures 9
EAN13 9782757601501
Langue Français

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Mise en page : artemishqc.com Couverture : T. Panfili - Éditions Amphora Relecture Sandrine Harbonnier Édition des versions numériques :IS Edition, Marseille ©Éditions Amphora Novembre 2017 ISBN 978 275 760 150 1
L’auteur
Journaliste formé à l’ISCPA Lyon de gammes dans différents médias de la Radio ou Télé Lyon Métropole, avant Progrès.
2012 à 2015,Gautier STANGRETfait ses a région lyonnaise, comme LyonMag.com, Tonic d'intégrer la rédaction des sports du journalLe
Il part ensuite à la rédaction football de Canal+, d’abord en tant que stagiaire, puis en tant que journaliste pigiste pour les émissions La Data Room et Les Spécialistes Ligue 1, respectivement sous la coupe de Thomas Raby et Dominique Armand.
Il a également travaillé au bureau des informations générales du groupe EBRA, à Paris, couvrant l'Euro 2016, le Tour de France et les jeux Olympiques pour les sites web du groupe. Depuis septembre 2016, il est revenu à Lyon et travaille actuellement dans différents services du journalLe Progrès.
Philippe Doucet, journaliste à Canal+
Combien de personnes, un jour près d’un stade, sont venues me voir afin de me demander une « bonne stat » pour les aider à faire un pronostic ? Je ne saurais dire, mais j’en tire une évidence : dans l’esprit de beaucoup, la statistique est scientifique et donne la vérité. Donc, ici, le résultat d’un match. Je n’aimerais pas en décevoir plus d’un. Mais s’il est un sport où la statistique est surtout (in)exacte, c’est bien le football. Et je ne risque d’ailleurs pas mon argent dans ces jeux de « hasard ».
Je sais, pour beaucoup, j’incarne celui qui a fait rentrer les statistiques dans le monde du football, via Canal+. Par quel paradoxe me voilà dans le rôle de celui qui minore leur importance ? Il y a, bien sûr, l’avis du général de Gaulle, qui comparait les statistiques avec les jupes des filles, estimant que, là aussi, le plus important était caché. De fait, si un match de basket-ball, de football américain ou de base-ball se comprend par ses statistiques, il n’en est rien au foot. Bien souvent, durant les matchs, c’est l’observation visuelle, ou un commentaire de Christophe Dugarry ou Aimé Jacquet, qui m’amenait à surveiller tel chiffre sur un joueur. Mais je mets au défi un laborantin de comprendre un match de foot par la simple observation de chiffres, sans voir la rencontre. Surtout qu’à l’arrivée, il y a 1-0, une différence si infime…
Ainsi, comment l’étude de statistiques pourrait-elle vous garantir un succès alors qu’une rencontre est si disputée et étroite ? 1-0 ou 0-1, cela rend-il le contenu du match si différent ? Eh bien, paradoxalement, je crois que c’est justement cette fameuse théorie du « détail qui fait basculer une rencontre » qui a fait le succès des outils d’analyse, dont fait partie la statistique. Inversons la question : puisqu’une victoire bascule sur un détail, qui nous semble même parfois irrationnel, pourquoi ne pas chercher si, malgré tout, il n’y aurait pas, quelque part, un peu de sens caché, quelques détails qui peuvent nous aider à comprendre comment un match penche d’un côté ou de l’autre ? C’est précisément cette recherche du pourquoi qui m’a incité à chercher des datas qui « rationaliseraient » ce que je crois comprendre du football.
Et je constate, avec ce livre, que je ne suis pas le seul, car l’auteur y refait ce même chemin vers le « savoir », et surtout le « comprendre » ! Or, c’est exactement dans cette démarche, à force de vouloir analyser, que je me suis penché sur ces outils dont tout le PAF regorge aujourd’hui. La fameuse palette graphique et les statistiques développées sont nées de ces réflexions. Quand je les ai proposées à Canal+ en 1999, Michel Denisot et Thierry Gilardi ont immédiatement trouvé que c’était très « Canal ». Et dans la droite ligne de ce que Charles Biétry avait tiré de son admiration pour la couverture TV des
sports US dès les débuts de Canal+. Des décennies plus tard, ces innovations font encore partie de « l’expertise Canal » à l’antenne. Quand, bien sûr, les sports US en font encore plus également de l’autre côté de l’Atlantique…
Il est arrivé que l’on me demande si j’étais statisticien à l’origine. Pas même matheux… Ma vraie passion est claire : le jeu de football. Et ces outils sont un élément d’explication de ce jeu si complexe. Voilà pourquoi ce livre est d’ailleurs, pour moi, d’un grand intérêt encore aujourd’hui. Car il permet de suivre l’évolution de ces outils à travers les acteurs du jeu.
Dès le début d’ailleurs, je m’étais enquis de l’intérêt de ces derniers pour ces outils. Et je les interrogeais souvent avant ou après le match. Peu d’entraîneurs, en France, avaient goût à cela. Mais Christian Gourcuff, un des intervenants du livre, avait déjà développé son logiciel à lui… Une palette d’exercices d’entraînement au 4-4-2, en fait. Ce n’est que bien plus tard que les staffs se sont dotés d’outils et d’analystes vidéo. Après tout, si un match se joue justement sur de petits détails, n’est-ce pas aux professionnels de creuser toutes les pistes pour feindre de les maîtriser ? De ce point de vue, le livre rend parfaitement les exigences d’aujourd’hui. Et elles dépassent largement ce que j’ai pu développer comme un outil pour les médias et, notamment, une chaîne de télévision.
Aujourd’hui, les clubs professionnels analysent tout en datas et vidéos pour mieux se rassurer que tout a été fait pour remporter la victoire… Est-ce que cela fait gagner un match ? En tout cas, cela va conforter l’intuition du coach. La compléter aussi, avec l’étude ciblée des coups de pied arrêtés, par exemple. Pourtant, me direz-vous, Sergio Ramos marque toujours de la tête sur corners, malgré toutes les études sur le sujet et les consignes. La preuve que le football reste héroïquement humain avec toute cette création et ce sens de l’adaptation qui nous font nous passionner pour le jeu et les joueurs.
Voilà donc comment les statistiques en sont venues à jouer un si grand rôle dans le sport. Chez les pros, bien sûr. Pour éteindre la soif de compréhension du journaliste que je suis, également. Mais aussi pour le grand public, qui aime comprendre ce sport si fin et si intelligent. Quelle formidable méprise, quand on parle du football comme un sport d’idiots… L’amateur de foot aime savoir pourquoi un match a basculé, pourquoi son équipe a gagné… ou pas. Parce qu’il veut être coach, tout comprendre, tout expliquer à son voisin de bistro. Pour cela, il lui faut l’information et les datas qu’il va glaner sur des sites, à la TV…
Les chiffres ont, du coup, pris une importance grandissante. Jusqu’à l’excès, jusqu’à la surinterprétation. Je suis parfois fasciné par la vivacité d’une stat qui, prise isolément, ne veut pourtant pas dire grand-chose. Certains vont s’exciter sur les 12 kilomètres de tel joueur qui a pourtant raté techniquement son match dans les grandes largeurs. Peut-être d’ailleurs parce qu’il a trop couru… Paradoxal. D’autres vont souligner les 8 tentatives cadrées de ce joueur. Un acteur majeur donc, sauf qu’il a tiré 6 fois dans les bras du gardien et de 25 mètres en oubliant tous ses partenaires…
C’est, une fois encore, toute la limite des statistiques dans un sport où tout bascule sur quelques actions clés. Si elles ne sont pas accompagnées d’un œil d’analyste fin, elles peuvent être largement détournées de leur objet.
Vous remarquerez que je parle beaucoup de statistiques, et non de chiffres. Car j’ai toujours essayé de donner un côté éducatif à ces outils de compréhension du jeu. Je peux expliquer au téléspectateur que Marseille a mené 38 actions par la droite, et 20 par la gauche. J’ai toujours préféré lui dire simplement que Marseille passait deux fois plus par la droite que par la gauche. Cela fait tout de suite moins blouse blanche et professeur.
Mais il s’agit moins d’épater le téléspectateur que de lui apporter la compréhension du jeu et du match qu’il regarde.
Le livre relate plus volontiers la vision des professionnels qui, eux, vont aller dans le détail et comparer ces 38 attaques aux matchs précédents pour voir si on est dans la norme usuelle. Toutes les informations n’iront pas jusqu’à l’entraîneur de l’équipe première, mais la collecte permanente est devenue une nécessité si l’on ne veut pas rater le détail, l’observation qui va faire la différence sur tel ou tel match. Vous savez, celui qui a ensuite été le déclic pour une série qui va qualifier le club en coupe d’Europe…
Par moments, il m’est arrivé de me demander si les statistiques ne faisaient pas aussi partie de la superstition du footeux. Je reviens encore aux débuts de la statistique, quand les entraîneurs moquaient gentiment les « historiques » entre clubs ou les séries en cours. Relevant, à juste titre, que telle série « n’est jamais aussi proche de sa fin qu’avant un match ». Et puis, la statistique est devenue partie intégrante du milieu… Cela a commencé avec ces statistiques générales. Puis un entraîneur qui demande la possession, la hauteur de la récupération de son équipe après un match. Tel autre pariant avant le match sur une victoire, « mais en faisant moins de 130 passes »… Puis un coup de fil d’un recruteur pour savoir si tel joueur – international français, quand même – avait des performances et des chiffres confirmant l’impression visuelle.
De fil en aiguille, j’ai vu ce milieu se transformer. Des entraîneurs, on est passé aux joueurs. Ils sont devenus « accros » à ces statistiques personnelles qui allaient,in fine, permettre à leur agent d’argumenter auprès d’autres clubs. J’ai vécu cette individualisation du sport collectif. Au départ, l’entraîneur faisait la leçon au joueur et trouvait un soutien dans la vidéo et les chiffres. Puis, c’est le joueur qui est allé se plaindre aux dirigeants en invoquant ses propres données, éventuellement apportées par le même fournisseur, mais pas dans le même but… Car les sociétés de datas s’étaient peu à peu rendu compte de l’élargissement de leur niche. Et chacun avait ses données et sa lecture. L’autre danger du chiffre : il est neutre. Donc on lui donne le sens et l’importance qu’on a bien envie de lui donner…
Remerciements
Je remercie tous les interlocuteurs ayant eu l’amabilité de partager leur expérience, ainsi que les autres personnes ayant contribué, de près ou de loin, à l’élaboration de cet ouvrage, parmi lesquelles Thierry Kiefer, Patrick Girard et toute l’équipe pédagogique de l’ISCPA Lyon, Jonathan Martin, Morgane Zeli, Nicolas Pré, Valentin Blanchet, Matthieu Gonet, Ciaran Brennan et Martin Casamatta.
Remerciements tout particuliers à Renaud Dubois, pour avoir cru en ce projet, mamie Christiane et papi Jean-Marcel Nicolay, pour cette escapade allemande, mes parents, Valérie et Daniel, lecteurs de la première heure, et Joséphine, soutien de toujours.
Le phénomène n’a échappé à personne. Au cours de la dernière décennie, l’explosion massive des données numériques s’est propagée à l’ensemble des pans de notre société, pour venir jusqu’à impacter notre quotidien. Partager un message sur les réseaux sociaux, poster une vidéo sur Internet, écrire un mail, se déplacer à l’aide d’un signal GPS, plus aucune interaction avec un objet connecté ne se fait sans être enregistrée. Tant et si bien que 90 % des données dans le monde ont été créées au cours des deux dernières années, à raison désormais de 2,5 trillions d’octets de données générées par 1 jour .
Aussi nombreuses que soient ces informations, celles-ci sont aujourd’hui regroupées dans une gigantesque manne répondant au nom de Big Data. Censé sacraliser cette révolution opérée par le développement ainsi que la démocratisation d’Internet et des outils de télécommunication, ce concept a considérablement changé le visage de l’informatique, laissant apparaître un nouveau prisme à travers lequel voir le monde.
« Les sciences dures comme les mathématiques, les statistiques et les probabilités, associées à la puissance de calcul des ordinateurs actuels, donnent un pouvoir magique aux données, celui de permettre de prédire l’avenir en analysant le présent. Autrement dit, elles permettent de savoir ce qui va se passer grâce à ce qui est en train de se passer », écrit très justement Andy Hyeans, spécialiste de la question, dans son excellent ouvrage Sport Data Revolution.
Uniquement collecté, ce volume de données croissant se trouve être dépourvu de toute utilité. Mais une fois passé au peigne fin, il sera susceptible de délivrer des informations permettant d’anticiper des réactions à venir. Lire dans ces données de masse est ainsi devenu un enjeu majeur pour les acteurs de l’économie mondiale, comme pour les chercheurs ou les scientifiques.
Dans la vie de tous les jours, le Big Data s’exprime sous différentes applications. Les marques y voient par exemple un formidable levier commercial, recueillant les habitudes de consommation de leurs clients pour tenter de les fidéliser ou de mieux orienter leurs choix. En politique, les instituts de sondage s’en servent, eux, à foison pour analyser les opinions politiques de la population, afin de dégager des tendances électorales ou un avis sur un débat sociétal. Même le judiciaire fait aujourd’hui appel à ses services. Le logiciel AnaCrim, sorte de méga-algorithme ayant pour vocation de traiter des milliers de données complexes pour faire ressortir les contradictions de témoignages ou les incohérences de récits, a notamment permis aux gendarmes français d’élucider de nombreuses affaires. Économie, transports, santé, industrie, recherche, les autres domaines touchés par le phénomène sont nombreux. Et évidemment, le ballon rond ne pouvait y échapper.
Comme le milieu de la finance ou de la recherche, le football est en effet soumis à un facteur inhérent, qui l’oblige à recourir à tous les moyens nécessaires pour le réduire à son strict minimum : l’incertitude. Quel que soit l’écart de niveau, de division ou de moyens financiers entre deux équipes, un match n’est jamais joué d’avance. Ce qui peut – parfois – aboutir à un exploit incommensurable, reflétant alors la beauté de ce sport. Par sa propension à collecter et analyser des données de performance individuelles ou collectives, le Big Data offre donc la possibilité aux clubs de dégager un avantage compétitif par rapport aux équipes ignorant ce type d’informations. Et ainsi, d’influer sur des décisions d’ordre technique ou tactique, pour tenter d’agir directement sur le résultat de la rencontre.
Pourtant, ballon rond et statistiques n’ont pas toujours fait bon ménage. Le premier préférant se développer autour de méthodes traditionnelles et empiriques ; les secondes s’évertuant plutôt à exercer leur art de l’autre côté de l’Atlantique, dans une culture plus